Blog

  • Anne

La Mouette




Étymologie :

  • MOUETTE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Fin xiiie-début xive s. moette (J. Lescurel, Chansons, éd. A. de Montaiglon, XXXIII ds IGLF) ; 1422 mouete (A. Chartier, Quadrilogue invectif, éd. E. Droz, p. 34, 1. 25). Dimin. de l'agn. mave, mauve, v. mauve ; suff. -et, -ette*.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Zoologie :


Selon Matt Pagett, auteur de Le petit livre de merde (titre original What shat that ?, Quick Publishing, 2007 ; édition française Chiflet & Cie, 2008) :


"Quand, lors d'une promenade sur une plage, nous recevons une fiente d'oiseau (généralement sur la têt), peu importe alors l'auteur du délit : le triste résultat est là et même s'il s'agit de la mouette rieuse ça ne nous fera pas rire du tout. A moins que ça soit un goéland. Quoi qu'il en soit, ces oiseaux qui se ressemblent car ils sont de la même famille, celle des Laridés, sont de véritables calamités. et comme il semble prouvé en plus que leurs excréments sont radioactifs, il y a du souci à se faire.

Description : La fiente de mouette est un mélange bariolé d'excréments sombres et d'acide urique (trainées blanches). toute fraîche, elle est liquide. Elle devient poudreuse en séchant, et laisse des taches indélébiles.


Maudite soit la crotte : Les mouettes n'ont pas peur de nous, et, comme les souris et les rats, elles raffolent du contenu de nos poubelles. D'où leur mauvaise réputation.

Elles se régent de nos déchets qu'elles défèquent ensuite tranquillement dans nos piscines et réserves d'eau potable. Nous savons désormais, tests ADN à l'appui, que les excréments de mouettes sont porteurs des bactéries chlamydia et salmonella, responsables d'infections sévères et on se demande aussi si d'autres maladies infectieuses comme la grippe aviaire ne seraient pas dues aux virus transportés par ces oiseaux. Mais il faut rester prudent car rien n'est prouvé.

A Sellafield dans le nord-ouest de l'Angleterre il y a une centrale nucléaire hautement radioactive si l'on en croit justement les excréments de mouettes. C'est pourquoi les ouvriers de la région, surtout depuis la catastrophe de Tchernobyl, sont obligés de porter des vêtements protecteurs. Ces taux élevés de radioactivité ne sont pas seulement dangereux pour les oiseaux ; des écosystèmes peuvent aussi être touchés, voire détruits, à cause des habitudes migratoires des mouettes.


La fiente ou la vie : En 2006, une mouette qui avait eu l'audace de faire ses besoins dans les assiettes lors d'une grande réception en plein air fut exécutée à coups de fusil comme un vulgaire pigeon."

*




Croyances populaires :

Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


En 1939, à Villeneuve, un vieux pêcheur racontait à un médecin que les Mouettes du Léman ne pondent pas d'œufs, mais donnent naissance à des petits vivants. Le Dr ne paraissant pas très convaincu il lui dit avec un accent de grande autorité : « Nous connaissons notre lac mieux que personne et la preuve c'est qu'on ne trouve jamais de nids de Mouettes ».

Un habitant de Montreux prétendait récemment que les Mouettes nichent en montagne et disait « avoir vu » des nids.

Les Mouettes ne nichent pas sur le Léman, elles s'en vont sur les bords de la mer du Nord, en mars, mais il en reste quelques centaines qui ne se reproduisent pas, ainsi a pris naissance la croyance que les Mouettes, sont vivipares.

*




Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; éd. revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gherbrant, on apprend que :


"Selon un mythe des Indiens Lilloet, de Colombie britannique, rapporté par Frazer, la mouette était primitivement propriétaire de la lumière du jour, qu'elle conservait jalousement dans une boîte, pour son seul usage personnel. Le Corbeau, dont on connaît les qualités de démiurge dans les cultures du Nord-Ouest, réussit à rompre cette boîte, par ruse, au bénéfice de l'humanité. Le même mythe explique ensuite comment le Corbeau organise une expédition au pays des poissons, à bord de la barque de la mouette (barque de lumière) pour conquérir le feu."

*

*




Symbolisme onirique :


Selon le site spécialisé dans l'interprétation des rêves http://www.signification-reves.fr/ :


"La mouette intervient dans des cauchemars plutôt, ou des rêves d’une intensité marquante, car la mouette est annonciatrice d’une séparation douloureuse, la séparation de la mère.


Le cri de la mouette :

Dans toutes les histoires de naufragés, l’apparition d’une mouette est la promesse d’une terre proche. Mais il ne faut pas s’y tromper, si la mouette vit proche des côtes, c’est bien un animal de mer. D’ailleurs, quels autres oiseaux de mer connaissons-nous (mis à part le goéland) ? Avec son bec crochu, la mouette est à rapprocher des rapaces. Ce bec est puissant et inquiétant. Mais le plus significatif chez la mouette est son cri, un cri aigu et qu’on pourrait qualifier de primal, en se référant à la thérapie primale du psychanalyste Arthur Janov. Le cri de la mouette est strident, il peut être rapproché du cri de la mère lors de la naissance de l’enfant, ou d’un cri primitif comme celui peint par Edward Munch, un cri de douleur dans tous les cas.


L’oiseau de mère :

La mouette est un oiseau qui annonce la mère. Un rêve dans lequel apparaît une mouette a systématiquement pour thème le rapport du rêveur à sa mère, et en particulier la séparation avec la mère. La vie peut en effet être comprise comme une succession de séparation avec la mère. La naissance est la première séparation évidemment, la plus douloureuse, et celle que peut annoncer la mouette. Puis, petit à petit, le nourrisson apprendra à considérer sa mère comme un être distinct et non le prolongement de son propre corps. Ensuite, l’enfant, durant l’œdipe, devra également changer son regard sur la mère. A noter que l’œdipe d’une fille en particulier commence par un détachement à la mère (pré-œdipe) qui la conduira à se tourner vers le père. Puis vient l’adolescence. La dernière séparation sera la mort de la mère. Toutes ces périodes de vie peuvent être l’objet du rêve dans lequel apparaît une mouette. Pour identifier l’une de ces périodes, il faut s’intéresser aux événements du rêve qui interviennent juste après la vision de la mouette. La séparation mise en évidence aura certainement été douloureuse et c’est sur cette douleur que revient le rêve, cherchant à mettre à la portée de la conscience cette douleur toujours vive et qui réapparaît par intermittence dans la vie actuelle du rêveur."

*

*

Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


"Le faucon et la colombe ont été consacrés par l'usage comme les valeurs extrêmes d'une échelle d'agressivité. Jusqu'à ce jour, personne n'a défini les degrés intermédiaires qui feraient de cette échelle un instrument de mesure des sentiments belliqueux ou pacifiques. L'exploration des scénarios dans lesquels S'inscrit le vol mouvementé de la mouette nous a donné l'envie de disposer d'une telle graduation. Dans l'hypothèse où serait réalisé un étalonnage permettant de classer tous les oiseaux par rapport à dix degrés dont l'aigle et le faucon seraient le niveau d'agressivité le pus élevé et la colombe le niveau le plus paisible, où faudrait-il situer la mouette ?

Une rêverie de mouette, enveloppant l'image dans les clichés blanc et bleu d'un ciel de détente, serait tentée de la placer au niveau trois. Le souvenir des plages ensoleillées, de la douceur d'une brise marine, viendrait se confondre avec le symbole et le dénaturer.

La mouette du rêve est bien différente de celle qui plane complaisamment dans une simple rêverie ! La mouette onirique irait résolument se poser sur le septième ou le huitième barreau de l'échelle, à proximité des rapaces. Dans le rêve éveillé, pas plus que dans la poésie, il n'y a de colombe dans l'entourage de la mouette. Ses fréquentations sont les oiseaux de proie, le corbeau et les grands prédateurs terrestres ou aquatiques.

La mouette imaginaire est un signe d'animation tourmentée. Plus qu'un indice d'agressivité elle est révélatrice d'une situation conflictuelle dont l'origine est une souffrance. La plus cruelle des souffrances refoulées : celle qui se renforce à chaque étape de la séparation de la mère. C'est avec le regret de nous prêter au jeu des mots et non sans émotion que nous attestons, au terme de l'examen approfondi des scénarios pris en référence, que la mouette est vraiment l'oiseau de mère. Peu de symboles s'entourent, autant que la mouette, de souvenirs explicites de la relation à la mère du rêveur ou de la rêveuse. La séparation de la mère s'effectue trois fois dans le cours normal d'une vie. C'est d'abord la séparation physique aux instants de la naissance. Le traumatisme natal est assez connu pour rendre, sur ce point, tout développement superflu. C'est ensuite l'acte d'autonomie que doit réaliser l'adolescent pour se soustraire à la dépendance familiale, séparation psychologique et le plus souvent effective aussi. C'est encore la rupture consécutive à la mort de la mère. Lorsque cette disparition survient avant que l'enfant ait été en âge de décider par lui-même de l'inévitable prise d'indépendance, il est frustré d'une expérience majeure.

Il est facile d'observer, à travers les rêves examinés, que la séparation natale s'inscrit comme une blessure jamais définitivement cicatrisée, avec laquelle toute séparation ultérieure, la mort d'un proche par exemple, quel qu'il soit, entre en résonance. 80% des rêveurs qui ont placé la mouette dans le ciel de leur rêve sont des personnes qui ont perdu pendant l'enfance soit leur mère, soit leur père, soit un collatéral.

Les principaux auteurs qui traitent du symbolisme sont tous très discrets - voire silencieux - par rapport à un oiseau dont la présence atteint pourtant près de 5% des scénarios de rêve éveillé, ce qui le range parmi les témoins les plus actifs de la dynamique d'évolution. Il est vrai que les mythes et légendes, qui constituent le principal matériau sur lequel ces auteurs appuient leur recherche, n'offrent que de rares évocations de la mouette. Le mythe d'Alcyoné mérite cependant l'attention. Ceyx, époux d'Alcyoné, a péri dans une tempête dont Ovide décrit longuement la violence. L'auteur insiste sur la désorientation verticale d'un navire dont on ne sait plus où il est : "On croirait que le ciel entier descend dans la mer, tandis que la mer soulevée se hausse jusqu'aux régions célestes." Alcyoné, découvrant le corps de son époux sur la plage clame sa souffrance avec une telle ardeur qu'elle suscite la pitié des dieux qui les métamorphosent l'un et l'autre en oiseaux de mer. "Elle rasait, écrit Ovide, oiseau bien digne de pitié, la surface des ondes et, dans son vol, sa bouche, aux claquements de son bec effilé, fit entendre une sorte de chant triste et plaintif."

Ce tableau, brossé à grands traits, contient presque toutes les caractéristiques symboliques de la mouette. L'alcyon représente tous les oiseaux de mer. L'imaginaire contemporain, s'il met en scène quelques goélands, ignore les autres espèces et les exprime toutes par la mouette.

Le cri de la mouette est l'expression d'une souffrance et d'une nostalgie. C'est le cri de la mer. Le cri de la vague montant et descendant comme le vol de l'oiseau. Autour de la mouette rêvée, le praticien reconnaîtra une quantité de signes d'agitation, d'animation spatiale et, surtout, de perte des repères. L'oiseau marin n'est pas l'oiseau d'un ciel d'été, une enseigne pour voyages de vacances. Il est d'hiver, d'automne, de tempête ou de brouillard.

La brume, le brouillard sont explicitement présents dans 40% des scénarios étudiés. Si l'on additionne les évocations de brouillard et les expressions telles que "je ne sais plus du tout où je suis ni où je vais" c'est-à-dire le renoncement aux repères, aux codes du mental, c'est 80% des rêves qui sont concernés.

Laure, dans un scénario situé vers la fin de sa cure, traverse une phase émotionnelle intense : "J'ai l'image de ces vagues énormes... je les vois grises et j'ai froid... il y a du brouillard... un brouillard triste, un brouillard d'hiver... j'ai vu fugitivement le visage de mon père... et puis... Oh ! non ! Je me rappelle que ce rêve terrible à ma deuxième séance... ce cri de la mère, la plage grise, avec la mouette..."

Ce retour à la souffrance exprimée lors de la deuxième séance n'est lui-même qu'un écho du retour à la douleur initiale, à la souffrance natale. Le cri de la mère se confond ici avec le cri de la mouette. La plage grise dans le brouillard d'hiver est un lieu de résonances nostalgiques. Le mot nostalgie est fait de nostos, qui signifie retour et d'algos, la souffrance ! Étrange lucidité des cheminements inconscients !

A de rares exceptions près, la mouette apparaît, dans la moitié des cas environ, à la deuxième ou troisième séance et, dans l'autre moitié, vers le deuxième rêve.

L'engagement dans la cure, pour le patient, correspond à renoncer aux défenses mentales et à tolérer l'irruption du sentiment. C'est ouvrir la voie aux orages du cœur. "L'oiseau de mer, écrivait Gaston Bachelard, est intimement l'être orageux, il est le centre dynamique de l'orage." Tout rêveur emporté dans un envol de mouette va à la rencontre de ces orages qui précipitent les transformations de la psyché.

Roger avait quatre ans lorsque le décès de sa mère a laissé l'enfant aux soins douteux d'un père alcoolique. Placé, à sa demande, dans un foyer d'accueil, après quelques années passées sous la protection d'un organisme public, Roger, pour se défendre contre la souffrance, s'est interdit l'émotion. A quarante ans il raisonne chaque acte de sa vie et refoule tout émergence du sentiment. A travers la cure, cet homme sympathique, sincère, renoue peu à peu avec son âme. Cette anima, atrophiée du fait de l'absence d'image maternelle, se déploie. Dès son troisième rêve, les images favorisent une réhabilitation de la souffrance refoulée. Roger va parler d'exode ! Ce terme a pour origine la racine exo c'est-à-dire "dehors" ! Dans plusieurs articles du Dictionnaire de la symbolique on trouvera ce rappel : le plus dur, le plus irréparable des exodes c'est celui qui expulse le bébé du ventre maternel. L'exode auquel le patient fait allusion exprime la double séparation - sa propre naissance et la mort de sa mère :

"Je vois une côte, une grande falaise... il y a une femme et un enfant, ils se tiennent par la main... elle est habillée comme dans les années cinquante... elle agite un mouchoir, blanc... comme si quelqu'un partait... pour toujours... en voyage... au loin, sur la mer il y a un bateau... avec beaucoup de gens... ça ressemble à un exode... on dirait même que ça ressemble... oui ! c'est l'Exodus... les gens ont l'air pauvres... je vois la femme de tout à l'heure avec son enfant sur le bateau... l'enfant est... autour de sa mère, comme protégé... sur le mât du bateau... y a un oiseau... c'est une mouette... un peu... un peu menaçante... elle a un bec... un bec crochu, comme un aigle... l'enfant semble avoir peur de cet oiseau... pourtant, il grimpe au mât... il arrive près de l'oiseau... il est blanc... l'enfant s'accroche à ses pattes et ils s'envolent... ils arrivent dans un nid... là, une discussion s'engage... sur le thème "que va-t-on faire de l'enfant ?"..."

L'enfant se jette dans le vide, se met à voler dans le ciel, tourne autour du soleil puis va se poser sur un croissant de lune. "Je vois nettement son cœur, à travers ses vêtements... il revient sur la terre... il atterrit doucement... il aperçoit un vieillard aveugle... il va lui demander conseil sur la route à suivre... le vieil homme lui dit "Suis ton cœur !" l'enfant reprend sa route... tout, autour de lui, est vert maintenant, avec des fleurs multicolores... l'enfant se transforme en oiseau... un bel oiseau... je revois aussi la mouette du début sur le mât, dans le bateau... et je vois ma mère, seule, sur le bateau, sans l'enfant... elle semble triste... elle ne dit rien... en fait, depuis le début du rêve, je voyais le visage de ma mère et je me voyais avec elle."

La mouette, l'oiseau de nostalgie, symbolise la nécessité du retour à la souffrance, de la reconnaissance d'un douleur qui fut intolérable pour l'affectivité de l'enfant, donc refoulée, mais que l'adulte peut et doit affronter pour la dissoudre.

A l'instant où il s'autorise à revivre les racines douloureuses de son histoire, Roger plonge au cœur d'une ambivalence : besoin de revenir sur les causes de sa souffrance et peur de souffrir. C'est ce qui provoque l'image d'un oiseau "un peu menaçant, au bec crochu". Les mouvements contradictoires suscitent la phrase : "L'enfant semble avoir peur de cet oiseau, pourtant il grimpe au mât."

*

La mouette du rêve se rapproche de l'aigle parce que le grand rapace, qui peut voler plus haut que tout ce qui vit, représente le réflexe qui pousse à se placer hors d'atteinte de la douleur. Cette position refuge se paie en isolement, en solitude.

Dans l'environnement onirique de la mouette, parmi les nombreuses figurations du mouvement ondulatoire, de montée et de descente, qui rappelle le vol de l'oiseau de mer, on repérera aussi des images de phare et de tourbillon. Dans les articles consacrés à ces deux symboles, nous montrons qu'ils sont associés l'un à l'autre par leurs valorisations dynamiques opposées. Le phare est avant tout le point de référence, exprimant le besoin de permanence, les repères. La spirale, le tourbillon, sont l'adhésion au mouvement, à l'évolution, à l'avancée confiante dans l'imprévisible.

La mouette imaginaire, qui contient à la fois la stabilité du rocher auquel elle est associée et la liberté des vents, est un agent puissant de la métamorphose du psychisme.

Le praticien averti n'aura pas à déployer de grands efforts pour interpréter le sens de la mouette. Il lui suffira de se laisser guider par l'oiseau dans le ciel du rêve pour être conduit vers les origines d'une souffrance refoulée.

Que le rêveur ne se laisse pas impressionner par l'agressivité affichée par l'oiseau de mer. Celle-là traduit la bienfaisante tourmente qu'il lui faut traverser. Au-delà de la tempête, au cœur de laquelle il entendra l'écho d'un cri qui le relie à sa mère, il sera porté vers des rivages apaisés."

*

*




Littérature :

Dans le roman policier Dans les Bois éternels (Éditions Viviane Hamy, 2006), Fred Vargas nous rappelle comment l'imaginaire fonctionne en rapprochant les sonorités pour donner (ou masquer) du sens :


"- C'est la maison qui l'a rendue folle. Toutes les femmes qui vivent ici sont minées par l'ombre. Et puis elles en meurent.

- L'ombre ?

- La revenante du couvent. C'est pour cela que l'impasse s'appelle la ruelle aux Mouettes.

- Je ne comprends pas, dit Adamsberg en versant le café.

- Il y avait un ancien monastère de femmes ici, au siècle avant avant. C'étaient des religieuses qui n'avaient pas le droit de parler.

- Un ordre muet.

- Tout juste. On disait la rue aux Muettes. Et puis ç a donné "Mouettes".

- Ca n'a rien à voir avec les oiseaux ? dit Adamsberg, déçu.

- Non, ce sont les nonnes. Mais "muettes" c'est dur à prononcer. Muettes, ajouta Lucio en s'appliquant.

- Muettes, répéta lentement Adamsberg.

[...]

Adamsberg se laissait descendre vers la Seine, suivant le vol des mouettes qu'il voyait tourner au loin. Le fleuve de Paris, si puant soit-il certains jours, était son refuge flottant, le lieu où il pouvait le mieux laisser filer ses pensées. Il les libérait comme on lâche un vol d'oiseaux, et elles s'éparpillent das le ciel, jouaient en le laissant soulever par le vent, inconscientes et écervelées. Si paradoxal que cela paraisse, produire des pensées écervelées était l'activité prioritaire d'Adamsberg. Et particulièrement nécessaire quand trop d'éléments obstruaient son esprit, s'entassant en paquets compacts qui pétrifiaient son action. Il n'y avait plus alors qu'à s'ouvrir la tête en deux et tout laisser sortir en pagaille. Ce qui se produisait sans effort à présent qu'il descendait les marches qui le conduisaient sur la berge.

Dans cette échappée, il y avait toujours ne pensée plus coriace que les autres, telle la mouette chargée de veiller à la bonne conduite du groupe. Une sorte de pensée-chef, de pensée-flic, qui s'évertuait à surveiller les autres, les empêchant de passer les bornes du ciel,. Le commissaire chercha dans le ciel quelle mouette tenait aujourd'hui le rôle monomaniaque du gendarme. Il la repéra rapidement, en train de rabrouer une jeunette qui s'amusait à lutter vent debout, oublieuse de ses responsabilités. Ensuite, elle fonça vers une autre étourdie qui virevoltait au ras de l'eau sale. Mouette-flic criant sans discontinuer. Pour l'heure, sa pensée-flic, également monomaniaque, passait en vol rapide dans sa tête, en aller-retour continu, et piaillant Il y a bien un os dans le groin du porc, il y a bien un os dans la verge du chat.

[...]

- Que se passe-t-il ? demanda Veyrenc.

- Il a trouvé une idée en l'air, expliqua Danglard, avec les mouettes. Une chiure d'oiseau qui lui tombe d'en haut, en quelque sorte, un battement d'ailes, entre ciel et terre.

*

*