Vosegos, divinité de la forêt des Vosges

Étymologie :
L’hypothèse celtique : selon l'article du Wikipedia anglais, l’analyse la plus couramment proposée décompose le nom en deux éléments gaulois/protoceltiques :
*uo-/uɸo- : « sous, au-dessous, inférieur »
sego- / segos : « force, puissance », avec des sens associés de « victoire » dans la famille celtique.
Dans cette interprétation, Vosegus pourrait donc évoquer quelque chose comme « sous la puissance » ou « celui qui est sous/au-dessous de la force ». Mais cette traduction littérale est assez incertaine et ne permet pas, à elle seule, de dire qu'il est un « dieu de la forêt » ou un « dieu puissant ».
Une autre analyse, proposée notamment dans la littérature toponymique (voir le site l'Arbre celtique) rapproche vo-sego- de l'idée de « grande force ». Il faut toutefois la considérer comme une étymologie proposée, et non comme une certitude linguistique établie.
Dans "la Lorraine et l'Alsace dans la nomenclature botanique, zoologique et paléontologique, en minéralogie, en stratigraphie et en préhistoire. Etude critique." (In : Bulletin des Académie et Société Lorraines des Sciences : 1996, 35, n°l, pp. 23-68), à l'entrée Vosges, après une liste des attestations des différentes formes recensées, Georges H. Parent propose quelques remarques intéressantes :
"Remarques.
Le nom latin le plus ancien paraît être Vosegus (Ir siècle avant J.-C), mais on trouvera plus tard Vosagus, par exemple sur la Table de Peutinger (IVe siècle) = Mons Vosagus.
Vogesus serait le nom latinisé du dieu celte de la forêt vosgienne, mais on trouve aussi "Genio vosegunum", inscription sur un autel découvert en 1933 à Luxembourg, ce nom désignant à la fois la montagne et son dieu protecteur (Dauzat et alii 1978 : 233).
Il existe un risque de confusion avec Vosagensis Pagus qui désigne probablement Bouges-le-Château (Indre, arrondissement de Châteauroux) (Longnon 1878:475-477).
Tous les adjectifs cités ont un sens géographique et non administratif : ils ont servi à désigner le massif vosgien, sauf un qui se rapporte au département : Rubus vogesigenus (BOT, n° 13 dans la liste qui précède).
Selon Maury (1867 : 110, 178), Vosagus Sylva = Sylva voesia (par altération) = Vosagum foreste = Vendogia Sylva se rapporte à la forêt de Voës(e) ou de Vosage, au sud de Laon (02, Aisne) : entre Ailette - Oise - Serre jusqu'à Assis et Laon avec vestiges dans la forêt de Coulommiers ou forêt de Folembray, bois de Forestelle, du Tilleul et de Tranlon.
Ce serait dans cette forêt que le roi Gontran aurait chassé le "Bubalus", boeuf sauvage et c'est ici que fut installée l'abbaye-mère de Prémontré. Ce sont les traducteurs de Grégoire de Tours qui auraient introduit la confusion avec la forêt des Vosges !
On persiste donc à la fin du XXe siècle à colporter une idée fausse corrigée depuis 1867 !"
Identification et attributs :
Selon Gustave Fraipont, auteur d'un ouvrage intitulé Les Vosges. (Henri Laurens Editeur, 1894) :
"Aux époques celtiques et romaines, la forêt vosgienne Sylva Vosegus couvrait la région entière ; l'immensité de cette forêt, la beauté des arbres, avaient frappé l'imagination de nos ancêtres ; aussi avaient-ils faits de Vosegus, le dieu topique de la région."
Patrick Perotto, dans un article intitulé "Les dieux des Vosges" (L'Est Républicain - 25 juil. 2012) décrit sommairement le dieu Vosegos :
"Les dieux des Vosges
Celtes et Romains ont célébré des cultes en haut de la montagne du Donon.
Vosegus, le nom ne vous dit peut-être rien, mais sans lui, les Vosges ne s’appelleraient pas Vosges. Dieu celtique de la faune et de la vie sauvage, parfois accompagné par un chien, il était représenté avec un arc et un bouclier, sous des traits noirs et, parce qu’il se fondait dans la nature, il restait souvent invisible. C’est en haut du Donon, la montagne située au carrefour de quatre départements et trois régions, qu’on vénérait Vosegus, d’où vient le nom du massif. À l’écart, le mont Donon et ses forêts facilitent la naissance des mythes et des légendes. Le sommet est transformé en place forte, cernée par un puissant mur d’enceinte et si les druides célèbrent un culte, ce n’est pas celui de Vosegus, mais celui de Teutatès, le Toutatis d’Astérix, à qui plusieurs édifices sont consacrés. [...]"
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Symbolisme :
Mythologie :
Roger Maudhuy, auteur d'un article intitulé "Au commencement était Vosegus" (Vosges Matin, 21 juillet 2016) relaie les traces de la mythologie de Vosegus dans la mémoire populaire :
"Les Vosges peuvent s’enorgueillir de porter le nom d’un vieux dieu celte dont le souvenir hante encore le Donon… Tellement vieux, d’ailleurs, qu’on ne sait presque rien de lui, et que même son nom est mal fixé : Vogesus, Vogesos, Vosegus, Vosegos… L’archéologie a ramené parmi nous quelques inscriptions gravées, et on le voit en quelques statues de géant. La langue allemande lui a été plus fidèle : les Vosges sont nommées dans la langue de Goethe Vogesen.
Des dizaines de fois, sinon des centaines, j’ai demandé à mes témoins, tant dans les Vosges en tant que département que dans les Vosges en tant que massif montagneux, si ce nom leur disait quelque chose. Une seule fois, j’ai obtenu une réponse positive. C’était à Domptail, alors que je confessais une agricultrice, Mme Marguerite Cuny, qui avait alors dans les soixante-dix ans.
« Vogesus ? Ma grand-mère me disait que c’était le premier habitant des Vosges, au temps où toute la région était un désert, juste après le retrait de la mer. Car vous savez qu’ici, avant, c’était la mer ? » On dit que dans la montagne, on voit encore dans des rochers les anneaux de fer où on amarrait les bateaux, il y a très longtemps.
« Donc, Vogesus était un homme très grand qui habitait au sommet du Donon, dans un grand palais décoré de colonnes. Il avait aussi un très grand château sur le Parmont, près de Remiremont, et un autre encore sur la Meuse, car il aimait beaucoup les brochets. Je crois que c’était à Bazoilles-sur-Meuse… Toutes les montagnes, toutes les forêts lui appartenaient. Toute la journée il chassait. Il buvait beaucoup, aussi, et c’est en urinant qu’il a fait couler la Sarre, la Bruche et la Plaine. »
Rivières qui, en effet, naissent près du Donon, un lieu magique, où l’âme de jadis est encore perceptible à qui veut la voir ou la ressentir.
Et ce Vogesus n’est pas sans rappeler le bon Gargantua, qui, un peu partout en France, a laissé les souvenirs de ses voyages, de ses jeux et de son féroce appétit – il n’est pas rare de le voir vider une mare pour étancher sa soif - et, évidemment, de ses conséquences. En urinant, il faisait naître un étang, voire une rivière et même, assure-t-on, la Seine.
Et il ne faisait pas qu’uriner, le bon géant. Un jour qu’il était à Sapois, il dîna de tout un troupeau de moutons. Arrivé à Rochesson, alors un désert de pierres pelées, il eut un besoin… pressant et important. Un pied sur Urbainroche, l’autre sur le mont Culin, il se soulagea, au risque de combler la vallée. Qu’il ne fit, en fait, que fertiliser…
Le blason populaire a fait des habitants de Rochesson des « merdeux ». Mais qu’un village doive sa fertilité à Gargantua est un beau titre de gloire. Que Rochesson partage, notamment, avec Crotteignées, dans l’Ille-et-Vilaine."
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Lieux sacrés :
André Pelletier, auteur de "La Civilisation gallo-romaine de A à Z". (Les Presses Universitaires de Lyon, 1993. p. 87. (Galliæ Civitates)) associe le Donon vosgien à Vosegos :
"DONON : Le plus important sanctuaire de hauteur de la Gaule de l’Est (Vosges) s’élevait à la limite des territoires de trois peuples, les Triboques, les Médiomatriques et les Leuques. Il était principalement consacré à Mercure, mais d’autres divinités y étaient honorées, en particulier Vosegus (d’où vient le nom Vosges), Hécate, Teutatès, Esus, Smertulus et Jupiter. On y a retrouvé autrefois les vestiges mal conservés de plusieurs constructions et surtout, au XXe siècle, deux inscriptions et dix-sept bas-reliefs et statues représentant en particulier Mercure, tantôt romain, tantôt associé à Teutatès (la plupart de ces objets sont entreposés au musée archéologique de Strasbourg)."
Sur le site Massif des Vosges, on peut lire le document suivant qui vient compléter la mention précédente :
Charles Kraemer, auteur de "Du Castrum Habendum au Monasterium Habendum : le Saint-Mont et ses relations avec le peuplement de la Moselotte et la haute vallée de la Moselle." (In : Mémoires de l'Association française d'archéologie mérovingienne, 2008, vol. 19, no 1, pp. 205-219)
"Les Vosges, qui tirent leur nom de Vosegus, divinité indigène de la chasse et des forêts dont le culte s'étendait du nord de l'Alsace au plateau de Langres, sont, pour l'essentiel, composées d'un môle hercynien. Progressivement recouvert, au Secondaire, de formations détritiques fluviales, du Trias notamment, il fut remodelé l'orogenèse alpine, au Tertiaire, avant de subir l'action érosive des glaciers du Quaternaire, lesquels donnèrent aux vallées leur profil actuel en auge dont le fond, plat, fut longtemps marécageux avant d'être récemment drainé.
Dans ce contexte de moyenne montagne, de 400 à 1 000 mètres d'altitude, plusieurs paysages s'affrontent. La forêt mixte de conifères et de feuillus est omniprésente notamment sur les versants les plus abrupts exposés au nord, alors que ceux exposés au sud, qui profitent de l'ensoleillement favorable à la concentration d'habitat ont largement été essartés. Dans les fonds de vallées, en particulier sur les terrasses pro-glaciaires, se propagent aujourd'hui pâture et cultures céréalières tandis que sur les chaumes sommitales se développe surtout une végétation de lande propice aux pâturages d'estive."
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Rémi Auvertin et Xavier Deru, auteurs d'un article intitulé "Déterminer les territoires de cités au sortir de la guerre des Gaules : méthodologie d’une enquête entre Seine et Rhin." (In : Annales de Normandie. Association Les Annales de Normandie, 2022. pp. 79-106) recensent les lieux attestés de la présence de Vosegos :

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