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Les Géants

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 1 mars 2023
  • 24 min de lecture

Dernière mise à jour : 15 janv.




Étymologie :


  • GÉANT, -ANTE, subst. et adj.

Étymol. et Hist. Ca 1100 jaianz (Roland, éd. J. Bédier, 3253). Du lat. vulg. *gagantem, forme issue par assimilation du class. Gigas,-antis (gr. Γ ι ́ γ α ς, -α ν τ ο ς), plur. Gigantes (Γ ι ́ γ α ν τ ε ς, -ω ν), les Géants, monstrueux fils de la Terre, qui, ayant voulu escalader l'Olympe pour détrôner Jupiter, furent foudroyés par lui.


Lire également la définition de l'adjectif géant (dans notre cas substantivé) afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Croyances populaires :


Selon Jacques Albin Simon Collin de Plancy, auteur du Dictionnaire infernal, ou bibliothèque universelle, sur les êtres, les personnages, les livres, les faits et les choses: qui tiennent aux apparitions, à la magie, au commerce de l'enfer, aux divinations, aux sciences secrètes, aux grimoires, aux prodiges, aux erreurs et aux préjugés, aux traditions et aux contes populaires, aux superstitions diverses, et généralement à toutes les croyants merveilleuses, surprenantes, mystérieuses et surnaturelles. (Tome troisième. La librairie universelle de P. Mongie aîné, 1826) :


FERRAGUS. Géant dont parle la chronique de l'archevêque Turpin. Il avait douze pieds de haut, et la peau si dure, qu'aucune lance ou épée ne la pouvait percer. Il fut vaincu par l'un des preux de Charlemagne.


GEANTS - Les géants de la fable avaient le regard farouche et effrayant, de longs cheveux, une grande barbe, des jambes et des pieds de serpent, et quelques-uns cent bras et cinquante têtes. Homère représente les Aloïdes, géants remarquables, comme étant d'une taille si prodigieuse, qu'à l'âge de neuf ans ils avaient neuf coudées de grosseur, et trente-six de hauteur, et croissaient chaque année d'une coudée en grosseur, et d'une aune de haut.

Les thalmudistes assurent qu'il y avait des géants dans l'arche. Comme ils y tenaient beaucoup de place, on fut obligé de faire sortir le rhinocéros, qui suivit l'arche à la nage.

Aux noces de Charles le Bel on vit une femme d'une taille extraordinaire, auprès de qui les hommes les plus hauts paraissaient des enfants ; elle était si forte, qu'elle enlevait de chaque main deux tonneaux de bière, et portait aisément huit hommes sur une poutre énorme.

Il est certain qu'il y a eu, de tout temps, des hommes d'une taille et d'une force au-dessus de l'ordinaire. On trouva au Mexique des os d'hommes trois fois aussi grands que nous, et dans l'île de Crète un cadavre de quarante-cinq pieds.... Hector de Boëce dit en avoir vu d'un homme qui avait quatorze pieds. Pour la force nous citerons Milon de Crotone, tant de fois vainqueur aux Jeux olympiques ; ce Suédois qui, sans armes, tua dix soldats armés ; ce Milanais qui portait un cheval chargé de blé ; ce Barsabas qui, du temps de Louis XIV, enlevait un cavalier avec son équipage et sa monture ; ces géants et ces Hercules qu'on montre tous les jours au public. Mais la différence qu'il y a entre eux et le reste des hommes est fort petite, si on compare la taille réelle à la taille imaginaire que les ignorants leur donnent.

Quant aux peuples de géants, rien ne prouve qu'ils aient jamais existé ; il n'est pas impossible que les hommes de certains pays soient un peu plus grands ou plus forts que ceux des autres contrées du globe ; comme les Lapons sont généralement plus petits que les habitants des climats méridionaux. Mais si l'on voulait croire à tous les contes que font sur les géants certains historiens, amis des prodiges, et dignes de marcher de pair avec les chroniqueurs du siècle de la reine Berthe au pied d'oie, il faudrait aussi, comme l'enfant qu'on berce de fables, croire à l'existence des colosses humains de cent cinquante pieds, que Gulliver trouva dans l'île de Brobdingnac.

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Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :


COLONNE DES GÉANTS. Elles sont au nombre de neuf et situées sur une haute montagne et au milieu d'une forêt, près de Nultenberg dans la Hesse. On y voit des empreintes qui, selon la tradition, proviennent de géants qui les roulèrent en cet endroit lorsqu'ils travaillaient à la construction d'un pont sur le Mein.


DANSE DES GÉANTS. On raconte que l'enchanteur Merlin voulant faire une galanterie au roi d'Angleterre, fit venir d'Ecosse et d'Irlande, des rochers colossaux qui exécutèrent une magnifique ronde en présence du prince. Quelques auteurs, très véridiques comme on peut le croire, affirment que, naguère encore, ces rochers se remettaient en danse, à l'avènement d'un monarque anglais.


FERRAGUS. Géant fameux dont il est parlé dans la chronique de l'archevêque Turpin. Il avait environ quatre mètres de hauteur, et sa peau était si dure qu'aucun fer acéré ne pouvait l'entamer. Il fut tué toutefois par l'un des guerriers de la suite de Charlemagne.


GEANT CRUSSOLIO. C'est le fondateur du château de Crussol, en Provence. Ce château est situé sur une roche élevée et verticale, et le géant n'a jamais cessé, dit-on, de l'habiter. Cependant, il lui arrive quelquefois d'avoir la fantaisie de visiter Valence, en Dauphiné, et alors il franchit d'une seule enjambée la plaine du Rhône. Crussolio est un digne descendant de ces géants gaulois qui attaquèrent Hercule, et que Jupiter écrasa d'une grêle de pierres dans la célèbre plaine de la Crau.


GEANT DE DESSOUBRE. Il habite une superbe vallée qui porte son nom, dans le département du Doubs. Il y habite, disons-nous ; mais il s'y trouve emprisonné, et voici comment. Ce géant était, cela va sans dire, la terreur de la contrée : il pourfendait les hommes aussi bien que les arbres, et portait fort peu de respect aux femmes qu'il rencontrait ; mais voici qu'un jour qu'il était endormi dans sa caverne, un prêtre du voisinage, exorciseur d'une grande réputation, se présenta devant l'antre redouté, et y fit tomber un rocher d'une telle dimension et d'un tel poids, qu'il boucha hermétiquement cette entrée et résista à tous les efforts que fit Dessoubre à son réveil. Le géant toutefois ne s'est jamais rebuté, il continue sa lutte pour se frayer un passage, et la sueur qui ruisselle de son corps est si abondante qu'elle forme un des affluents de la rivière qui roule dans la vallée.

GÉANT EINHEER (LE). Du temps de Charlemagne, rapportent les frères Grimm d'après Aventin, vivait un géant nommé Einheer ; il était Suève, natif de Thurgovie, aujourd'hui canton de la Suisse ; il passait à gué toutes les rivières, n'avait pas besoin de pont, tirait derrière lui son cheval par la queue, et disait chaque fois : - camarade, il faut que tu me suives ! Ce géant partit pour aller faire ces fameuses guerres de l'empereur Charlemagne contre les Vandales et les Huns ; il moissonnait les hommes comme on coupe l'herbe avec la faux, les attachait au bout de sa lance, les portait sur l'épaule comme des lièvres ou des renards, et quand, de retour au manoir, ses compagnons ou ses voisins lui demandaient quels exploits il avait faits, quelles choses lui étaient arrivées à la guerre, il disait avec indignation et colère : Que voulez-vous que je vous dise de ces misérables crapauds ? J'en porte sept ou huit sur l'épaule, attachés au bout de ma lance, et je ne sais ce qu'ils coassent. C'est bien la peine que l'empereur rassemble tant de monde contre des crapauds, des vermisseaux de cette es pèce. J'en voudrais, moi, avoir meilleur marché. On a donné à ce géant le nom d'Einbeer (une armée), parce qu'à la guerre, il se comparaît à une armée. Devant lui fuyaient tous les ennemis, Wendes et Huns ; ils le prenaient pour le diable en personne.


GÉANTS. Outre les géants Crussolio et Dessoubre, nous comptons en France, celui du vallon de Servance, dans les Vosges ; celui de Châtillon-le Duc, dans le Doubs ; celui de la Pierre-qui-Vire, dans le Jura ; et enfin le fameux Gargantua, dont la création n'appartient point à Rabelais, comme plusieurs se l'imaginent ; mais dont les exploits eurent lieu, dans un temps reculé, en Poitou, en Touraine, etc. Mais tous ces géants n'approchent pas de ceux des anciens, tant s'en faut. Les livres rabbiniques donnent une telle dimension à Adam, que sa tête dépassait la hauteur de l'atmosphère, tandis que d'une main il touchait au pôle arctique et de l'autre au pôle antarctique. Ils affirment aussi que le roi de Bazan, Og, avait une taille si prodigieuse, que les eaux du déluge ne lui vinrent qu'au genou, et ils donnent à l'os de sa cuisse, une longueur de 40 à 48 kilomètres.


JEU DE GEANTS. « Près de Hoexter, disent les frères Grimm, sont situés le Bruxsbeg et le Willberg, sur lesquels les Saxons, pendant leurs luttes avec Charlemagne, doivent avoir eu leurs châteaux forts. Selon la tradition populaire, ces montagnes furent autrefois habitées par des géants si grands, que le matin, en se saluant, ils se donnaient la main d'une fenêtre à l'autre. Ils se jetaient aussi, en guise de paume, de grosses boules qu'ils faisaient voler et se renvoyaient l'un à l'autre. Une de ces boules tomba un jour au milieu de la vallée, et creusa dans la terre un énorme trou que l'on voit encore aujourd'hui. »

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Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Surnaturel, superstitions, être fantastiques, apparitions, lieux enchantés (Editions Omnibus, 2017) Marie-Charlotte Delmas présente différents types de géants :


Dessoubre - Géant – Franche-Comté : Dans les temps anciens, un géant nommé Dessoubre vivait dans la vallée du Doubs où coule la rivière qui porte le nom de cet ogre. Il dévorait les voyageurs qui traversaient son domaine. Un jour, alors qu’il dormait dans sa caverne, un prêtre, exorciste de renom, vint en bloquer l’entrée avec un rocher et enferma le géant pour l’éternité : « Dessoubre y fait d’inutiles efforts pour enfoncer cette porte inexorable ; et il ruisselle de tout son corps une telle quantité de sueur qu’elle forme un des affluents de la rivière de son nom. » On raconte que le prêtre s’installa ensuite dans la vallée et y vécut un temps des offrandes que lui apportaient les gens du pays en remerciement du service qu’il leur avait rendu. Cependant, un soir, tandis qu’il revenait de la montagne, des « mauvais esprits », voulant venger leur ami Dessoubre, l’attirèrent au bord d’un abîme et l’y précipitèrent. Des pâtres retrouvèrent son cadavre brisé quelques jours plus tard. Depuis ce jour, la roche d’où il avait été jeté a pris le nom de Roche-du-Prêtre (D. Monnier, 1854).

[...]

Géant : Présente dans les mythologies antiques et les récits bibliques, la race des géants est réputée antérieure à celle des humains. Dans la Genèse, ils « étaient sur la terre en ces temps-là, après que les fils de Dieu furent venus vers des filles des hommes et qu’elles leur eurent donné des enfants ». Ovide, dans ses Métamorphoses, raconte que les géants périrent sous les montagnes qu’ils avaient entassées pour tenter de s’emparer du royaume des dieux.

La découverte d’ossements de grande taille accrédita un temps l’existence ancienne des géants : « On voit aujourd’hui au château d’Arlay [Jura], et l’on voyait de temps immémorial, au château des princes d’Orange à Noseroy, une côte longue de six pieds deux pouces et demi. La corde de l’arc qu’elle forme est de quatre pieds, et le rayon d’un pied et demi. Le père Joly qui a mesuré ces dimensions, et qui nous atteste qu’un très habile anatomiste a trouvé à cet os une exacte ressemblance avec la cinquième côte de l’homme, prise à gauche, a supputé que la taille de l’individu qui en était porteur devait être de plus de trente pieds, ce qui, ajoute-t-il, est incroyable. Ce débris animal était un sujet de conte perpétuel pour le peuple qui, sous ce rapport, était aussi savant que les anatomistes et les historiens, puisqu’il en faisait la dépouille d’un géant. Ce n’est plus aujourd’hui qu’une côte de baleine, le géant des mers. » (D. Monnier, 1854.) A Rieupeyroux (Aveyron), un ossement de grande taille qui ressemble à une omoplate humaine fut fixé à la voûte d’une chapelle et passa longtemps auprès du peuple pour un os de géant.

Les récits populaires qui évoquent les géants en parlent eux aussi au passé. Selon une légende recueillie à la fin du XIXe siècle en Loire-Atlantique : « Les géants sont les auteurs des dolmens. Ils n’étaient ni dieux, ni hommes, mais des sortes d’esprits incarnés doués de la plus grande force physique. Ils habitaient les souterrains qui reliaient tous les dolmens, […] et n’en sortaient que pour se battre. La tradition place au Pont d’Os [Saint-Lyphard] l’endroit d’une de ces mémorables batailles. Leurs armes étaient les “pierres à tonnerre” [haches préhistoriques]. » (H. Quilgars, 1899.)

Comparés aux fées et aux lutins, les géants, essentiellement présents dans les contes merveilleux, tiennent peu de place dans les croyances populaires, à l’exception de Gargantua dont le nom reste attaché au XIXe siècle à un très grand nombre de lieux. Il est même probable qu’il ait pris la place d’anciens géants, lesquels, pour l’essentiel, auraient participé à la formation géologique du terroir. En effet, il reste peu de géants dotés d’un nom spécifique. On trouve aussi quelques ogres, dont certains ressemblent à des cyclopes à l’œil unique, mais aussi des personnages remarquables et des saints auxquels sont accordés la stature et les exploits des géants. A Saint-Péray (Ardèche), le château de Crussol perché sur une roche serait l’œuvre d’un géant : « Lorsqu’il s’ennuie de sa solitude, le Polyphème [nom du cyclope que combattent Ulysse et ses compagnons] se lève pour aller à la promenade, et, d’une seule enjambée, franchissant la plaine du Rhône, il se trouve à Valence. » Vers la fin du XIXe siècle, le conservateur du Musée vosgien raconte que, dans sa région, « saint Martin, saint Maurice, saint Gibert, voire la Pucelle d’Orléans se partagent le privilège des énormes enjambées » comme les géants (P. Sébillot, 1883). Dans quelques récits, l’ombre des géants plane sur le territoire qu’ils ont habité. Selon un folkloriste berrichon : « Les villages et les chaumières d’une partie du Bas-Berry admettent toujours l’existence de géants qui ont habité jadis le pays et que l’on voit apparaître et se promener dans les “mauvaises nuits”. » (L. Martinet, 1879.) En Alsace, dans les bois proches d’Andolsheim (Haut-Rhin), « se trouvent sept levées de terre qui servent de tombeau à un géant de taille colossale. Il poursuit souvent les gens, sans se montrer toutefois, et fait s’élever dans la forêt un ouragan qui secoue les arbres et les buissons » (1852, R. Stiébel, 1902) ; celui du Kastenwald, près de Colmar (Haut-Rhin), « inquiète souvent de ses poursuites les voyageurs égarés dans cette forêt » et enfin celui de Froensberg, « armé d’une massue, se montre parfois dans la vallée de Katzenthal [Haut-Rhin], aux confins de l’Alsace septentrionale » (A. Stoeber, 1856). Dans la forêt d’Escombres (Ardennes), un géant chassait avec des chiens minuscules. Malheur à qui touchait l’un de ces chiens, il était épouvantablement puni par le colosse qui ajoutait : « Le jour est pour vous, hommes, mais la nuit est pour moi ! » (A. Meyrac, 1890.)

Dans les années 1930, Claude Seignolle recueille à Arcueil (Val-de-Marne) la légende du sire de Malassis, sorte de géant fait de brume « qui prenait les formes les plus diverses et les plus pénibles pour un humain, d’où son nom Malassis ». Ces brouillards « qui montaient des plaines encore marécageuses situées le long de la Bièvre » servaient toujours au XXe siècle à assagir les enfants dissipés auxquels on disait : « J’vais t’mener au Malassis. »


Les géants et la formation du terroir : Selon plusieurs récits, les géants façonnèrent jadis le terroir. En Alsace : « Les géants, cette race formidable que nous voyons apparaître dans l’histoire primitive de tous les pays, établirent aussi leur demeure dans la vallée du Rhin, et bientôt ils se mirent à dessécher les marais infects, à déblayer les vallées couvertes de rochers, à niveler ou à transporter les montagnes. Le puissant Schrat, qui paraît avoir présidé à l’ensemencement des forêts, eut, en récompense de ce bienfait, l’honneur d’être divinisé ; nos ancêtres lui consacrèrent des arbres dans certains cantons des Vosges. Le géant qui a formé la vallée de Munster repose sous la cime majestueuse du Hohenack [Hohneck, Haut-Rhin], appelé par nos montagnards le tombeau du Géant. Parfois, disent-ils, au milieu du silence de la nuit, le géant se réveille, et, se retournant dans son cercueil de pierre, il pousse d’affreux gémissements. Un autre géant, nommé Sletton, ayant ébranlé les flancs des montagnes, en arracha les rochers et creusa de sa main puissante la vallée de la Lièpvre ; puis il construisit un vaste palais sur l’emplacement duquel s’élève la ville de Schlestadt [Sélestat, Bas-Rhin], c’est-à-dire la ville de Sletton. » (A. Stoeber, 1856.)

Dans le Cher, une immense tranchée, le « fossé du Grand-Géant », s’étend d’Ivoy-le-Pré à Henrichemont : « La légende rapporte que le Grand-Géant, le fondateur des villes et le défricheur du sol, creusa ce fossé avec une charrue attelée à ses épaules. » (L. Martinet, 1880.) Dans les années 1860, on raconte que, dans les temps anciens, un loup terrible ravageait la province du Dauphiné : « Un géant entreprit d’en délivrer le pays, et il se porta à sa rencontre ; mais lorsqu’il vit la bête féroce s’avancer vers lui, la gueule sanglante et en montrant ses énormes crocs, il eut peur, et au lieu de la frapper de son épée, il en donna un coup sur le flanc de la montagne, et s’ouvrit une brèche, derrière laquelle il se blottit. C’est elle que l’on voit non loin de Sassenage et qui s’appelle le Saut-du-Loup. » (Arnault, 1899.)


Les géants et les pierres : Les géants bâtissent des dolmens dont ils font leur demeure ou leur tombe ; d’autres mégalithes sont les palets qu’ils ont lancés par jeu. A Loqueffret (Finistère), un dolmen se nommait Bez-Guevrel (tombeau de Guevrel) dans les premières décennies du XIXe siècle. On disait que ce géant était si grand qu’on avait dû le plier en neuf pour le faire entrer dans sa tombe et, selon l’abbé Abgrall, le nom français est Tombe de Gargantua (1890). On devrait aussi aux géants la construction de tumulus et, l’érection de menhirs, dont certains resteront marqués de l’empreinte de leurs mains ou de leur dos.

A Beaufort-en-Vallée (Maine-et-Loire), la Grosse-Pierre, nom du lieu-dit où elle se trouve, « aurait été lancée par la fronde d’un géant du tertre voisin de Montrond vers la vallée de la Loire ; mais le geste ayant été mal calculé, l’énorme projectile serait tombé en cours de trajet à son emplacement actuel » (C. Nourry, 1931). Vers Ayze (Haute-Savoie), « la pierre à Morand est un débris calcaire que le géant Morand avait porté sur ses épaules ; il le jeta, puis donna un coup de poing dans ce rocher, à l’endroit où l’on voit une cavité » (L. Revon, 1878). Dans les Côtes-d’Armor, des rochers sont associés aux géants qui les ont utilisés. A Plédran, devant la Grotte-aux-Fées, une grosse pierre plate passe pour la chaise de Michel Morin, « homme extraordinaire » dont le dos fermait l’ouverture de la grotte lorsqu’il s’asseyait sur son siège (Habasque, 1834). A Plumaugat, un rocher est creusé de onze bassins : « Le plus grand, c’est la soupière, autour de laquelle il y a cinq assiettes et cinq “bolées” ou tasses. C’est la table où cinq géants viennent prendre leurs repas, la nuit. Malheur aux indiscrets qui osent venir les déranger, ils sont infailliblement tués. » (G. Guénin, 1936.)

Dans le Jura, la « Pierre qui vire » de Poligny serait un géant pétrifié, par châtiment divin, au moment où il allait s’emparer de la jolie bergère qu’il poursuivait. Il ne peut se mouvoir qu’une fois tous les cent ans, le jour anniversaire de sa pétrification : « Une dame des environs de Poligny nous assurait dernièrement qu’au jour de la fête de ce saint local [saint Savin], il se faisait autrefois une procession générale où figuraient les corporations religieuses : cette procession se terminait à la Pierre qui vire de la côte Saint-Savin, qui en était le but ; et alors chacun, sans exception, venait à son tour donner l’accolade au rocher, en le touchant de ses deux joues. On s’en retournait ensuite, dans le même ordre, à l’église paroissiale d’où l’on était parti. Certainement cet acte de vénération n’eut pas dans l’origine saint-Savin pour objet. » (D. Monnier, 1854.) Le même auteur rapporte qu’à Santenay (Côte-d’Or), deux rochers en forme d’aiguille, une « espèce d’obélisques naturels, qui figurent comme de véritables menhirs », passent pour des géants pétrifiés par une fée qui les frappa de sa baguette.

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Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Les géants appartiennent surtout à la mythologie grecque - la race des Géants était les fils de la Terre (Gaïa) qui « voulaient venger les Titans enfermés par Zeus dans le Tartare » -, et on en trouve des traces dans les croyances germano-scandinaves, pour lesquelles « la mer est le sang du géant Ymer, les montagnes ses os, le ciel sa calotte crânienne ». Mais ils sont aussi évoqués dans la Genèse (VI, 4) : « Les géants vivaient sur la terre, et en ce temps-là, et aussi dans la suite, après que les fils de Dieu s'étaient unis au filles des hommes et qu'elles leur avaient donné des enfants : ce sont là les héros qui, dès les temps anciens, eurent tant de renom. » Selon un commentaire canonique, il est possible « que ces femmes furent séduites non par des hommes mais par des Esprits voire des démons, desquels elles engendrèrent des hommes de cette sorte, car d'après le Déluge, la stature des hommes et des femmes était d'une grandeur étonnante ». Après quoi les géants furent frappés de dégénérescence et disparurent. Paracelse -1493-1541) n'en prétendait pas moins que les géants, qui étaient privés d'âmes, « cherch[ai]ent, tout comme les nymphes à mettre au monde des enfants qui en dev[enai]ent pourvus après les rapports sexuels de leurs parents avec les humains ».

Du point de vue des croyances populaires, on a attribué au géants, la formation de montagnes, de rivières, de lacs, d'îles, de dolmens ou de menhirs, ainsi que toutes les constructions gigantesques : en Flandre, rapporte la Revue des traditions populaires de 1911, « il y a peu de villages qui n'aient gardé le souvenir du séjour des géants et presque pas de fêtes ou de réjouissances où nous ne voyons pas leur emblème. Demandez à n'importe quel campagnard quel est l'auteur de quelque construction gigantesque qu'il a vue à la ville, et soixante-neuf fois sur cent, il vous répondra : c'est fait par les géants ».

Le brouillard a également été associé aux géants : à Arcueil (Val-de-Marne), dit la légende, un géant « sortait le soir. Il prenait alors des poses étranges, se livrait aux contorsions les plus incommodes pour le corps humain, d'où le nom qu'il portait : on l'appelait "le sire de Malasis". Il s'agissait en réalité du brouillard qui s'élève chaque jour de la Bièvre ».

Gargantua, le géant le plus célèbre, grâce notamment à Rabelais, serait pour certains « l'Hercule gaulois défiguré par la tradition ». Ce n'était pas une créature méchante, mais il poursuit parfois des rugissements « tels que les habitants s'enfuirent avec terreur, ce qui aurait entraîné la stérilité des landes entre Rennes et Nantes où on rencontre peu d'habitants. »

Ce héros populaire a laissé de nombreuses traces en France (selon des légendes antérieures à l'œuvre rabelaisienne, 1534). On montrait au siècle dernier aux environs d'Aigues-Mortes, la vieille « tour Gargantua » qui s'en approchait la nuit pouvait être happé par un b ras de vingt mètres. Dans le Doubs (aux environs de Baume-les-Dames), dans la vallée où coule la Drouvenne), un rocher s'appelle le « fauteuil de Gargantua » : selon la légende, Gargantua, assoiffé, avala tout le contenu de la rivière et se reposa sur le rocher qui porte aujourd'hui son nom : « les habitants de la contrée ajoutent que le géant, n'ayant pu, dans le premier moment, approcher ses lèvres du courant, parce que celui-ci se trouvait trop resserré entre ses bords, il se fraya passage en écartant le rocher de sa main, et que l'empreinte des cinq doigts est toujours visible sur la pierre ». Sur la route de Carrouges à Sées (Orne), dans le bois de Montgommery, près de la commune de La Lande-de-Goult, se trouve une roche de grès à fleur de terre, portant une rainure longue de deux à trois mètres et larde de cinquante à soixante centimètres, la légende veut que ce soit la trace des roues du chariot de Gargantua. On dit d'ailleurs que « l'Église s'est offusquée de la faveur dont jouissait Gargantua dans les récits populaires, et a tenté de lui substituer saint Christophe sans grand succès ».

Un autre géant, appelé Crussolio, passe pour avoir fondé le château de Crussol, en Provence, situé sur une roche élevée Selon une rumeur encore signalée au siècle dernier, le géant n'avait jamais cessé d'habiter ce château, et « il lui arriv[ait] quelquefois d'avoir la fantaisie de visiter Valence en Dauphiné et alors il franchi[ssait d'une seule enjambée la plaine du Rhône ». Un autre géant, appelé Buard, qui a également habité le château de Crussol, avait construit, dit-on, Valence, et fit « l'Hercule avec toutes les filles du pays, et peupla de sa progéniture la ville ».

Le géant de Dessoubre habitait la vallée du mêe nom dans le Doubs. Il était enfermé dans une caverne, depuis qu'un prêtre exorciste boucha l'antre d'un rocher d'un tel poids qu'il résista à Dessoubre. Ce dernier continuait de lutter et sa sueur était si abondante qu'elle formait un des affluents de la rivière qui coule dans la vallée.

En Provence, le Galagu (littéralement goulu, goinfre) est « une sorte de Gargantua qui enjambait le Rhône et y buvait avec la main ».

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Didier Kahn, dans un article intitulé "La question des êtres élémentaires chez Paracelse." (In : Roberto Poma ; Maria Sorokina ; Nicolas Weill-Parot. Les Confins incertains de la nature, Vrin, pp. 213-237, 2021) évoque aussi les Géants :


À ces quatre sortes d’êtres [les élémentaux], Paracelse en ajoute deux autres : les géants et les « petits nains » (Zwerglen) qui, eux non plus, ne sont pas nés d’Adam. Ce sont des monstres, qui s’engendrent des sylphes (pour les géants) ou des gnomes (pour les nains) à la faveur d’une conjonction comme celles qui président à la naissance d’une comète ou d’un tremblement de terre (phénomènes qui sont comme des monstres dans le domaine météorologique).





Symbolisme celte :


Dans ses Légendes rustiques (Éditions A. Morel, 1858), George Sand collecte des légendes de son pays natal, le Berry, que l'on rattache encore aux traditions des Gaulois :


Légende des Trois hommes de pierre =>



Paul Sébillot, auteur du Folklore de France, Vol. 1. Le ciel et la terre (1904-1906) mentionne des Géants liés aux montagnes :


Le peuple ne cherche guère à expliquer par des légendes la formation des grands massifs, et ils lui semblent remonter aux temps lointains de la création générale. Cependant on raconte dans le Luxembourg belge que des géants, qui autrefois habitaient les entrailles du globe, se battirent un jour avec tant de fureur que, sous leurs efforts répétés, la croûte terrestre se souleva en certains endroits : les montagnes sont le résultat de ces boursouflures. Des traditions plus répandues attribuent l'origine de certains sommets remarquables à d'autres géants qui vécurent à ciel ouvert : lorsque Gargantua creusait le lac de Genève, il avait soin d'entasser les mottes et les rochers sur un point spécial de la rive gauche. Ceux qui voyaient l'amas augmenter à vue d'œil, criaient de temps à autre : « Eh ! ça lève ! » et c'est cette exclamation qui aurait fait donner le nom de Saléve à cette belle montagne constituée par les débris accumulés par le géant. Cette étymologie est sans doute purement fantaisiste ; mais on trouve en Beaujolais le parallèle de la légende : les pierres que Gargantua tira du lit de la Saône lorsqu'il l'approfondissait, formèrent, en s'amoncelant, le mont Brouilly. En Bretagne, le géant Hok-Braz construisit en s'amusant la chaîne d'Arhez, depuis Saint-Cadou jusqu'à Fierrien, et il y planta même le Mont Saint-Michel de Braspartz.

Suivant plusieurs récits, des collines, et même des montagnes ne sont autre chose que le contenu de la hotte de Gargantua. Le géant ayant eu le projet d'élever le Colombier de Gex à la hauteur du Mont-Blanc, allait chercher dans les Alpes des matériaux qu'il rapportait dans une hotte dont les dimensions étaient en rapport avec sa taille. Un jour une de ses bretelles se cassa, et sa charge, en se répandant sur le sol, forma la colline de Mussy. Lorsqu'il creusait le val d'Illiez, il se servait du même procédé pour transporter la terre ; mais en voulant se désaltérer dans le Rhône, il heurta du pied les roches de Saint-Triphon ; il alla s'étendre tout de son long dans la vallée au cri de : « Eh ! monteh ! » Sa hotte, en se renversant, laissa échapper assez de terre pour former la colline de Monlet, qui, suivant les Genevois amateurs d'étymologies calembouresques, doit son nom à l'exclamation du géant. Quand il se releva, humilié et furieux, il allongea à la hotte un si formidable coup de pied, que ce qui y restait alla former plus loin un autre monticule. La même mésaventure lui arriva une autre fois qu'il avait voulu boire dans la Sarine, et le contenu de sa hotte donna naissance à une petite montagne sur laquelle on a bâti le temple du château d'Œx. La Dent de Jamant, le mont de Roimont (543 mètres) en Beaujolais sont dus à des circonstances analogues, que l'on rencontre aussi dans le nord de la France : Un jour qu'il transportait de la terre dans une hotte à travers les campagnes du Laonnais, il se trouva trop chargé, et jeta dans la plaine une partie de son fardeau : c'est la montagne sur laquelle est assise la ville de Laon.

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La boue qui tomba des chaussures de Gargantua, celle qu'il détacha, en les nettoyant, de ses souliers ou de ses sabots, a produit la colline de Pinsonneau, qui domine la vallée de Larrey (Charente Inférieure), un gros mamelon sur le territoire de Grignon, deux collines à Précy-sur-Thil (Côte-d'Or), deux buttes en Poitou, trois monticules isolés à Heuilley-Coton (Haute-Marne). En « fyantant et en compissant» il forma le pic pyramidal d'Âiguilhe, dans le Forez, le mont Gargan près de Nantes, celui du même nom aux environs de Rouen, lou Pech d'Embrieu, non loin de Saint-Céré, et l'aiguille de Quaix, qui se nomme Ëlron de Gargantua ; une colline près de Carpentras s'appelle l'Estron de Dzupiter ce qui suppose une origine analogue.

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En Savoie, un passage prés des Grands Plans a été fait par Gargantua qui enleva à cet endroit un énorme rocher que l'on voit sur une montagne voisine ''. Un géant entreprit autrefois de délivrer le Dauphiné d'un loup terrible ; mais lorsqu'il le vit s'avancer vers lui, la gueule sanglante et montrant ses crocs, il eut peur ; au lieu de le frapper de son épée_, il en donna un coup sur le flanc de la montagne, et s'ouvrit une brèche derrière laquelle il se blottit. On la voit, non loin de Sassenage, et elle s'appelle le Saut du Loup.

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Certains aspects de montagnes oii les jeux de l'ombre et de la lumière dessinent des espèces de ligures, que l'imagination complète aisément, ont éveillé un peu partout l'idée de représentation de personnages gigantesques et de héros très connus. En Dauphiné, des profils de montagnes paraissent de loin ressembler à un géant étendu et dormant : pour les paysans, c'est Gargantua qui se repose après avoir mangé des animaux entiers. [...]

Un rocher dans la chaîne des monts de Sassenage, dont le sommet est composé de trois éminences en forme de dents canines, est connu sous le nom de Dent de Gargantua; on appelle aussi Dent de Gargantua le pic de Chamechauve, dans le massif de la Chartreuse, qui, vu d'un certain côté, paraît être une gigantesque molaire, et l'on raconte que c'est une grosse dent, qui faisait souffrir le géant et qu'il extirpa lui-même.

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Les géants, que la légende représente comme ayant contribué à la formation de montagnes secondaires, se plaisaient autrefois à s'y promener. Pendant l'âge d'or des Alpes, Gargantua passait par enjambées énormes au-dessus des champs et des bois ; quand il s'asseyait sur une chaîne de montagnes ou de collines séparant deux vallées, on voyait une de ses jambes pendre d'un côté et l'autre descendre sur la pente opposée. En Savoie, il se reposait sur la cime des monts comme sur un escabeau fait à sa taille ; il jouait avec des sapins comme avec des pailles légères, et il baignait ses pieds dans la profondeur des lacs. Les enfants de la vallée se représentent le géant du ballon de Servance assis devant la haute montagne du Them comme devant une table servie.

Un géant qui mangeait les hommes habitait jadis les montagnes du Doubs : un jour qu'il dormait dans sa caverne, un prêtre exorciste fit tomber devant sa porte un rocher si pesant et si bien joint qu'il y restera enfermé éternellement. Un énorme géant, appelé dans le pays Rœge, demeurait sur la colline de Nollen en Alsace.

Le dernier géant que connaisse la tradition vaudoise semble s'être montré, mais assez rarement, aux environs des chalets, peut-être jusqu'à la fin du XVIIIe siècle ; il s'appelait Pàtho, et résidait dans une caverne, dont il ne sortait que pendant la nuit ou les jours de brouillard. Il poussait des youlées perçantes qui faisaient frissonner les montagnards. Des pâtres qui l'avaient rencontré vantaient la force de sa voix et l'énormité de sa taille ; la nuit on le voyait souvent porter une lanterne.

Quelques montagnes ont servi de sépulture à des géants : en Alsace, celui qui a formé la vallée de Munster est enseveli sous la cime majestueuse de Hohenack, appelée par les montagnards le tombeau du géant ; et ils disent que parfois, dans le silence des nuits, il se réveille, et, se retournant dans son cercueil, fait entendre d'affreux gémissements.

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Ann Ross nous propose Les plus belles légendes des Celtes (© 1986 Eurobook Ltd. ; Fernand Nathan éditeur, Paris, 1987, pour l'édition française) parmi lesquelles figure :


<= Les Géants de Morvah




Pierre Dubois et René Hausman, auteurs de L'Elféméride - Le grand légendaire des saisons - Automne-Hiver (Éditions Hoëbeke, 2013) évoquent différents géants dans leur "Petit légendaire d'octobre" :


Le géant de brume

Bonhomme d'ombres jaunâtres et d'amas noueux de brouillasses. Haut de cent toises, avec un œil de diamant planté dans le grossier semblant d'un visage, il parcourt les campagnes de l'aurore au couchant. Partout où il passe, la végétation sèche et se recroqueville pour ne plus reverdir.

Dans les hautes vallées du Béarn, il prend l'apparence d'un loup et avale les enfants. A Paris, sous le nom de saint Gris, enveloppé d'une mante à capuche, il rôde le long de la Seine et aboie comme un chien perdu.

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Contes et légendes :


Lutz Röhrich et Jean Courtois, auteurs d'un article intitulé "Le monde surnaturel dans les légendes alpines." (In : Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, n°1-4/1982. Croyances, récits & pratiques de tradition. Mélanges d'ethnologie, d'Histoire et de Linguistique en hommage à Charles Joisten (1936-1981) pp. 25-41) présentent quelques légendes relatives aux géants :


Les paysages gigantesques ont toujours été associés à des géants et à leurs exploits. Ce qui est gigantesque a nécessairement son origine dans le monde des géants. Ainsi certains rochers sont, selon la légende, des géants pétrifiés. Il faut nommer ici aussi bien Dame Hitt, la reine des géants, près d'Innsbruck, que le roi Watzmann, près de Berchtesgaden, qui est un roi de géants transformé, ainsi que sa femme et ses enfants, en un massif hérissé de pics, en raison de ses méfaits sanglants ; ou encore le géant Serles, qui en raison de sa colère a été transformé avec sa femme en un pic rocheux qui domine la route du Brenner.

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Dame Hitt : En des temps très anciens vivait une puissante reine de géants, nommée Dame Hitt, qui habitait sur les montagnes au-dessus d'Innsbruck. Ces montagnes, qui sont aujourd'hui grises et dépouillées, étaient à l'époque couvertes de forêts, de champs fertiles et de vertes prairies. Un jour, son tout jeune fils rentra à la maison, pleurant et geignant, car son visage et ses mains étaient recouverts de boue et ses vêtements étaient noirs comme la blouse d'un charbonnier. Il avait voulu cueillir un sapin pour l'enfourcher, mais comme cet arbre se trouvait au bord d'une tourbière, la terre s'était effondrée sous lui et il s'était enfoncé dans la tourbe jusqu'à la tête ; par chance, il avait pu se tirer d'affaire. Dame Hitt le consola, lui promit de lui donner un bel habit neuf et, appelant un de ses serviteurs, elle lui demanda de prendre de la mie bien tendre pour le nettoyer. Mais à peine celui-ci avait-il commencé à utiliser ainsi d'une manière impie ces dons sacrés de Dieu, qu'un orage sombre et terrible éclata, recouvrant entièrement tout le ciel et qu'un tonnerre épouvantable retentit tandis que la foudre s'abattait. Quand le ciel se fut à nouveau éclairci, les champs de blé fertiles, les vertes prairies et les forêts, ainsi que l'habitation de Dame Hitt, avaient disparu et partout ne s'étendait plus qu'un désert parsemé de pierres, où aucune herbe ne pouvait plus pousser. Mais au milieu se dressait Dame Hitt, la reine des géants, pétrifiée : et elle restera ainsi jusqu'au Jugement Dernier.


Dans de nombreuses régions du Tyrol, spécialement dans les environs d'Innsbruck, on raconte aux enfants méchants et désobéissants cette légende pour les mettre en garde lorsqu'ils se jettent du pain ou l'utilisent de manière impie. « Economisez les miettes de pain pour les pauvres, leur dit-on, afin que vous ne subissiez pas le sort de Dame Hitt. »

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