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Les Médiomatrices

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 23 févr.
  • 23 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours




Sources antiques :


Clément Féliu, auteur d'une thèse de doctorat intitulée Leuques et Médiomatriques à La Tène moyenne et finale. (Université de Strasbourg, 2008) montre le peu d'intérêt de César pour ces deux peuples :


"Du blé et 5000 hommes à combattre. C’est uniquement pour ce qu’ils lui fournissent que César mentionne les Leuques et les Médiomatriques dans La guerre des Gaules. Cette discrétion, qui se retrouve dans la plupart des sources antiques, ne semble pourtant pas refléter la place qu’occupaient ces deux cités dans la Gaule de la fin de l’âge du Fer.

[...]

Les deux cités gauloises des Leuques et des Médiomatriques sont très discrètes dans la littérature antique . Pour la période de la fin de l’Indépendance, seuls deux auteurs en font mention : César et Strabon. Les occurrences sont rares et n’apportent qu’un éclairage réduit aux questions historiques qui se posent sur ces deux peuples.

Deux passages, l’un chez César, l’autre chez Strabon, certainement inspirés de la même source, offrent un panorama géographique du cours supérieur et moyen du Rhin qui sera à l’origine de nombreux questionnements sur l’évolution du peuplement de la plaine du Rhin et l’installation des Triboques, dont il sera fait état plus bas :


« [Le Rhin] prend sa source chez les Lépontes, habitants des Alpes, parcourt d’une allure rapide un long espace à travers le pays des Nantuates, des Hélvètes, des Séquanes, des Médiomatrices, des Triboques, des Trévires » (César, de Bello Gallico, IV, 10, 3).


« Aux Hélvètes succèdent sur les bords du Rhin les Séquanes et les Médiomatrices, au milieu desquels s’est fixé un peuple germanique venu de l’autre rive du fleuve où était son berceau : les Triboques. Après les Hélvètes et les Séquanes viennent à l’ouest les Éduens et les Lingons, après les Médiomatrices, les Leuques et un canton des Lingons […]. Aux Médiomatrices et aux Triboques succèdent sur la rive du Rhin les Trévires » (Strabon, Géographie, IV, 3, 4).

[...]

La seule mention des Médiomatriques dans le texte de César, en dehors des considérations sur le cours du Rhin, est relative au contingent qu’ils envoient participer à l’armée de secours lors du siège d’Alésia :


« On demande aux Éduens […] trente-cinq mille hommes ; un chiffre égal aux Arvernes […] ; aux Séquanes, aux Sénons, aux Bituriges, aux Santons, aux Rutènes, aux Carnutes, douze mille hommes par cité ; aux Bellovaques dix mille ; huit mille aux Pictons, aux Turons, aux Parisii, aux Hélvètes ; aux Ambiens, aux Médiomatrices, aux Petrocorii, aux Nerviens, aux Morins, aux Nitiobroges, cinq mille ; autant aux Aulerques Cénomans […] » (César, BG, VII, 75, 2-3).


Ces rares passages n’apportent aucune précision sur le fonctionnement, l’étendue ou les frontières des cités étudiées. Ils imposent toutefois de s’arrêter un instant sur le problème de l’installation des Triboques sur la rive gauche du Rhin et de leur relation avec les Médiomatriques qui occupaient ce territoire auparavant.

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Étymologie :


Camille Jullian dans "Limites (jusqu'au Rhin) du peuple gaulois des Médiomatriques." (In : Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 58ᵉ année, N. 2, 1914. pp. 195-196) évoque rapidement une piste étymologique :


"Et dans le nom même des Médiomatriques, dans le radical matra, on reconnaît le nom de la principale rivière de la basse Alsace, la Moder. Tenons-nous en à l'opinion courante, et laissons les Médiomatriques, qui étaient Gaulois, venir jusqu'au Rhin."

Dans Nos racines celtiques - Du gaulois au français (Éditions Désiris, 2013) Pierre Gastal confirme la remarque précédente :


"Matir : mère (plutôt que *matra (Dottin), cette forme est attestée au nominatif singulier, par deux mentions sur le plomb du Larzac). [...]

Mediomatrici, peuple du nord-est de la Gaule dont le nom semble signifier « Ceux qui sont au milieu des (rivières) mères », sans doute la Meuse et la Moselle divinisées.

[...]

Medio- : milieu

Mediomatrici, peuple de la Gaule Belgique. Mediolanum : Milan/Italie, Saintes/ Charentes-Maritimes et nombre de villes en France et ailleurs [exemples personnels : Meylan, Miolans, Montmélian, Myans...]

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Localisation :


Stephan Fischtl, auteur de Les Peuples gaulois - IIIe - Ier s. av. J.-C. (Éditions Errance, 2004) étudie le rôle des cours d'eau dans les civitas :


"Les fleuves et les rivières : Regardons de plus près le problème des cours d'eau. César à plusieurs reprises mentionne une limite matérialisée par des fleuves ou des rivières, comme le Rhin, le Rhône, la Loire, la Garonne ou l'Aisne. En lisant les premières lignes de la Guerre des Gaules, en effet, on a l'impression que les fleuves forment des limites naturelles entre les grandes régions de la Gaule :


« Les Gaulois sont séparés des Aquirains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les plus braves de ces trois peuples sont les Belges, . . . ils sont les plus voisins des Germains, qui habitent sur l'autre rive du Rhin . . . » (César, BG I, 1, 2-3)


« Quand ceux-ci eurent atteint la Loire, qui sépare les Bituriges des Héduens, ils s'arrêtèrent, et, au bout de peu de jours, ils s'en retournent sans avoir osé franchir le fleuve ; . . . » (César, BG VII, 5, 4)


Mais, même si ces deux passages semblent accréditer l'idée de fleuve frontière, la question est plus complexe. César, à plusieurs reprises, contredit cette idée du fleuve frontière. Si G. Barruol voit dans le Rhône et dans certains fleuves méditerranéens, comme le Var, une frontière naturelle (Barruol 1975, p. 113-1 14), dans bien des cas au contraire, les cours d'eau forment une sorte de colonne vertébrale de la civitas. C. Jullian l'avait déjà mis en évidence lorsqu'il décrivait le territoire d'une civitas comme étant « consolidée presque tout le long d'une rivière » (Jullian livre II, V, 221).

[...]

Médiomatriques et Rauraques sur le Rhin : Plus à l'est, le territoire des Médiomatriques s'étend à cheval sur plusieurs grands axes fluviaux, la Meuse, la Moselle et sans doute le Rhin dont la cité, mal gré le texte de César qui ne cherche pas la précision à ce sujet, contrôle sans doute les deux rives (Fichtl 2002, 315). La question du Rhin est symptomatique du problème (Fichtl 2002) : plusieurs passages de César tendent à accréditer l'idée que ce fleuve est une frontière naturelle entre la Gaule et la Germanie. Cependant, si l'on regarde la vallée rhénane plus en détail, on rencontre le problème des Rauraques, peuple gaulois, sur le territoire duquel s'installera la colonie d'Augusta Raurica (Augst). En fait, à l'époque de l'indépendance, ce peuple, dont le statut est sans doute celui d'un pagus séquane, avant d'acquérir son autonomie après la Conquête, est installé dans le coude du Rhin entre les Vosges, le Jura et la Forêt Noire. Les arguments ne manquent pas pour constater qu'il occupe l'ensemble de la vallée, c'est-à-dire les deux rives du Rhin. J'ai déjà montré qu'un raisonne ment similaire peut être appliqué aux Médiomatriques dont le territoire s'articule sur les trois futurs évêchés de Verdun, Metz et Strasbourg, ce dernier regroupant là aussi les deux rives du fleuve.

De manière générale, on a, à travers l'exemple du Rhin, tout comme celui de la Seine, l'idée d'une simplification des limites de la Gaule. Il était plus aisé d'expliquer au Sénat que ce pays s'arrête sur une frontière naturelle, aussi marquante que le Rhin, que d'entrer dans les détails, totalement secondaires pour Rome, de la complexité des frontières."

Clément Féliu, auteur d'une thèse de doctorat intitulée Leuques et Médiomatriques à La Tène moyenne et finale. (Université de Strasbourg, 2008) propose une carte qui pose les limites du territoire des Médiomatriques :


[...]

"En tout état de cause, on peut retenir que le territoire de la cité des Médiomatriques connaît son développement maximal à la charnière entre le IIe et le Ier siècle avant J.‑C., période à laquelle il englobait la plaine rhénane dans toute sa largeur10 ; celle-ci lui sera soustraite par la suite.

Dans sa partie lorraine, la cité des Médiomatriques ne semble pas avoir connu de bouleversement aussi marquant à l’époque gauloise, les textes antiques n’en faisant pas état. On peut toutefois ajouter, cela aura son importance par la suite, que la partie occidentale de la cité, le Verdunois, sera détachée du territoire médiomatrique au IVe siècle, à une date inconnue, située avant la rédaction de la Noticia Dignitatum qui mentionne une Civitas Verodunensium centrée sur Verdun.

[...]

Les limites des cités : L’ensemble des éléments exposés plus haut permet de proposer un tracé relativement assuré pour les frontières des cités des Leuques et des Médiomatriques. Il est établi essentiellement sur les limites diocésaines d’Ancien Régime, dont la concordance générale avec les limites antiques est fréquemment vérifiée. Toutefois un certain nombre de corrections a été apporté, essentiellement à partir d’arguments épigraphiques et archéologiques.

Seule la frontière orientale de la cité des Médiomatriques pose encore problème. En effet, sur la rive droite du Rhin, on a vu que la limite du diocèse moderne de Strasbourg ne pouvait en aucun cas être héritée de l’époque gauloise, ou même romaine, en raison des très nombreux bouleversements historiques qui ont ébranlé la région. Quelques indices ont tout de même été glanés : la Murg, dont le nom dérive du gaulois murga “limite” pourrait avoir servi de frontière au nord ; l’étude de la céramique gauloise de la plaine du Rhin a, quant à elle, permis de mettre en évidence deux groupes culturels dont la limite commune peut être considérée comme la frontière au sud.

Entre ces deux lignes, aucun élément ne permet de situer la limite de cité. Deux hypothèses peuvent être proposées, fondées sur des arguments topographiques. Une première proposition suit la ligne de crête de cette partie de la Forêt-Noire, en laissant la Murg à l’est. Ce tracé coupe le cours de la Kinzig — dont la vallée offre un axe de pénétration important dans le massif — et n’englobe que la partie inférieure de celui-ci. Il adopte un tracé relativement proche de celui que suivra la limite diocésaine.

La seconde proposition suit la ligne de partage des eaux entre le bassin du Neckar et celui du Rhin, et place la totalité de la vallée de la Kinzig dans la cité des Médiomatriques, qui en aurait alors eu le contrôle complet, comme elle contrôlait, en symétrique, l’ensemble de la vallée de la Bruche dans les Vosges. Cette seconde hypothèse, qui a le défaut de proposer un tracé très tourmenté pour la frontière, est relativement satisfaisante pour la cohérence des axes de circulation. Il faut toutefois noter que les régions concernées n’ont livré que de rares indices d’occupation ; la vérification et la validation du tracé proposé restent problématiques.

[...] La frontière entre les Leuques et les Médiomatriques se confond avec le tracé qui sera celui des limites diocésaines ; elle passe par Dieulouard-Scarponne et à proximité de Moncel-sur-Seille.

La cité des Médiomatriques est bornée à l’ouest par la Biesme, puis sa frontière oblique au nord-est et se confond avec le tracé futur des limites des diocèses de Verdun et Metz. Elle franchit la Meuse un peu en amont de Dun, puis passe à Marville et Arancy-sur-Crusne. Au passage de la vallée de la Moselle, elle s’écarte sur une courte distance de ce qui deviendra la limite diocésaine au niveau de Roussy-le-Village. Elle passe ensuite la Nied, avant de tourner vers le nord et d’intégrer à la cité le cours de la Blies dans sa plus grande partie. Elle se dirige ensuite vers les sources de la Lauter, puis suit le Seltzbach. Elle franchit le Rhin et remonte le long de la vallée encaissée de la Murg. La frontière contourne ensuite le bassin de la Kintzig et rejoint, à travers la plaine du Rhin, la crête des Vosges qu’elle atteint au sud du col de Saales."

[...]

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Histoire :


Ségolène Demougin, dans "À propos des Médiomatriques. (In : Cahiers du Centre Gustave Glotz, 6, 1995. pp. 183-194) retrace à grands traits l'histoire du peuple médiomatrique :


"Au Haut-Empire, l'histoire de la cité des Médiomatriques, contrairement à celle d'autres cités des Gaules reste relativement succincte et centrée autour de son chef-lieu, l'actuelle ville de Metz. L'intérêt qu'elle présente, comparativement à d'autres, ne résulte pas des éléments connus par quelques allusions littéraires. Les Médiomatriques, dont le territoire s'étendait jusqu'au Rhin se déclarèrent en 52 av. J.-C. contre César et participèrent à l'épopée de Vercingétorix. Ils réapparurent sur le théâtre de l'histoire tourmentée du Haut-Empire en 69-70 : Diuodorum fut pillée en 69 par les troupes de Vitellius descendant vers l'Italie et quatre mille de ses habitants massacrés. En 704, uolens nolens, la cité fut impliquée dans la révolte de Civilis et de Classicus : la première et la seizième légion, passées respectivement de Bonn et de Novaesium à Trêves, se retrouvèrent chez les Médiomatriques où leurs deux légats furent tués.

La ville elle-même ne joua pas de rôle important ou dominant sur le plan de la politique ou de l'administration provinciale ; la capitale de la Gaule Belgique était fixée à Reims, résidence du légat de Belgique. Quant à l'administration financière, confiée au procurateur de Belgique, devenu par la suite procurateur de Belgique et des Germanies, elle était installée à Trêves, où ne la rejoignirent pas les bureaux du gouverneur."




Croyances spirituelles :


André Pelletier propose un dictionnaire intitulé La Civilisation gallo-romaine de A à Z. (Les Presses Universitaires de Lyon, 1993. p. 87. (Galliæ Civitates) :


"Donon : Le plus important sanctuaire de hauteur de la Gaule de l’Est (Vosges) s’élevait à la limite des territoires de trois peuples, les Triboques, les Médiomatriques et les Leuques. Il était principalement consacré à Mercure, mais d’autres divinités y étaient honorées, en particulier Vosegus (d’où vient le nom Vosges), Hécate, Teutatès*, Esus*, Smertulus* et Jupiter. On y a retrouvé autrefois les vestiges mal conservés de plusieurs constructions et surtout, au XXe siècle, deux inscriptions et dix-sept bas-reliefs et statues représentant en particulier Mercure, tantôt romain, tantôt associé à Teutatès (la plupart de ces objets sont entreposés au musée archéologique de Strasbourg) Trois colonnes du dieu cavalier à l’anguipède* s’élevaient en outre sur ce sanctuaire dont l’activité s’étendit sur les trois premiers siècles de notre ère.


  • Bibliographie : E. Linckenheld, Le sanctuaire du Donon, son importance pour l’étude des cultes et des rites celtiques, dans Cahiers d’archéologie et d’histoire d’Alsace, 38, 1947, p. 67-110 ; F. Mantz et J. -J. Hatt, La montagne sacrée du Donon, Strasbourg, 1988."

Jean Jacques Hatt, auteur de Mythes et dieux de la Gaule, tome II (Édition posthume, ouvrage inachevé, mis à disposition par la famille après 1997) s'intéresse aux différents cultes rendus en Gaule :


"La Fortune était une déesse tutélaire romaine, qui est restée romaine dans le milieu militaire de Germanie Inférieure, alors que chez les Leuques et dans la zone du Limes et des Champs Descumates, la Fortune a fait l'objet de syncrétismes gréco-romains et celtiques, dans le cadre des cultes apolliniens. Elle y figure une déesse des sources et des eaux courantes, ainsi également qu'en pays médiomatrique.

[...]

Le culte d'Hercule à Metz et en général chez les Médiomatriques a certainement subi l'influence du milieu traditionaliste des sommets vosgiens, ce qui peut expliquer, sur certains monuments, les allusions précises au mythe de Smertulus, allié des déesses dans leurs avatars.

[...]

Ces divinités [féminines multiples] peuvent être divisées en deux catégories principales. Fondamentalement, les Mères sont attachées, ainsi que les Nymphes, aux sources et aux eaux sacrées et adorées avant tout en tant que telles. Toutefois, elles étendent sur les mortels leur protection et disposent pour eux des faveurs de la Fortune. Les Proxumes, les Parques, Fata, Fortunae sont attachées aux familles et aux individus, les protégeant dans la vie comme dans la mort.


Les Suleviae : Sulevia était à l’origine un adjectif, se rapportant aux eaux vives. Il dérivait d’un nom : Sul, signifiant en celtique source. La déesse Sul est connue à Lorentzen, chez les Médiomatriques, Esp. VII 5692=CIL XIII 4531. A Lorentzen, elle figure assise, tenant une pomme et un miroir.

[...]

Un espace compris entre la Haute-Marne et le Rhin, encadré au Nord par les Trévires, au Sud par les Leuques, était occupé avant les Romains par les Médiomatriques. Cet espace fut partagé après la conquête en trois parties : à l’Ouest des Vosges, les Médiomatriques, à l’Est et au Nord, les Triboques, au Sud les Rauraques. Deux agglomérations importantes ont fourni monuments figurés et inscriptions : Argentorate-Strasbourg chez les Triboques, DivodurumMetz chez les Médiomatriques.


Les Maiiae : Esp. 429.1 = CIL XIII 4303 : sur une stèle de Metz, trois déesses figurent debout, toutes trois voilées. Celle de gauche et celle du milieu portaient une pomme. La dédicace est adressée aux Maiiabus, au nom du vicus de la Paix. C'est le seul exemple connu du pluriel de Maia, nom habituel de la compagne de Mercure dans le Midi et en Alsace.


Les déesses-mères des Senons : CIL 4304 Metz : Dis M. Senonum et domino Mercurio ex jussu Mercuri. Aux déesses-mères des Senons et au seigneur Mercure sur ordre de Mercure. L’inscription était gravée sur le socle d’une statue de Mercure, dont il existe des restes, ainsi que des vestiges de son bouc. L’alliance des Mères à Mercure est conforme à la mythologie celtique.


Trois Mères et Tricéphale : Esp. IX 7234 Metz : un dessin maladroit, mais apparemment fidèle, conservait le souvenir d’un groupe hiérarchisé des trois Mères dominant la tête d’un tricéphale. La déesse du milieu pose les pieds sur cette tête. Elle porte une couronne trifide et tient de la main gauche un attribut assez informe, dont on ne peut deviner s’il correspond à une torche ou à une corne d’abondance, et de la main droite une patère. De ses deux compagnes, coiffées de simples diadèmes, celle de droite tient un vase cylindrique muni d’une anse qui ressemble à un bock de bière, et celle de gauche lève, de la main gauche, une quenouille et tient de la main droite un fuseau. Cette représentation est doublement syncrétique : interprétation du trio des Mères pour figurer un épisode de la légende d’Esus, assimilation de l’une des déesses à une Parae.


Le groupe des deux déesses-mères de Metz : Esp. 4358 : le groupe des deux déesses de Metz représente, comme nous l’avons vu, un jalon sur la voie de l’expansion vers le Sud-Ouest du groupe binaire des Mères, originaire de la région trévire. Il a été trouvé à l’emplacement du cimetière romain de la Horgne au Sablon. Il appartenait vraisemblablement au décor d’un enclos funéraire et peut être daté de la période claudienne. Chacune des déesses tient une pomme et porte des pommes sur ses genoux. Il semble que la pomme était un talisman pour la sécurité du passage des Morts vers l’au-delà. Il y a une nette différence hiérarchique entre les deux déesses : celle de gauche se trouve légèrement en arrière, sa tête est dirigée vers sa patronne, dont elle touche l’épaule avec la main gauche.


Conclusion : Dans cette ancienne cité celtique des Médiomatriques, les représentations des Mères multiples sont rares. Chaque fois qu’elles apparaissent, il semble qu'elles aient été interprétées dans le sens des conceptions religieuses des Celtes, alors qu’elles appartenaient à des ensembles religieux plus anciens.

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Comparée à ses deux voisines, les cités des Leuques et des Trévires, la cité des Médiomatriques est relativement pauvre en manifestations du culte de la Terre Mère et de ses dérivés. Elle est en majeure partie dominée par le culte de Mercure-Teutatès. Les survivances celtiques y sont particulièrement nombreuses et remarquables.


Les déesses-mères isolées : Les images de ces divinités doivent être partagées en deux séries : celles dont l'attitude et les attributs sont conformes aux normes gallo-romaines habituelles : divinité féminine assise ou debout tenant une corne d'abondance et une patère, éventuellement debout à côté d'un autel ; celles qui sont pourvues d'attributs indigènes : bourse, pomme, panier de fruits.

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Parèdre de Mars indigène : La divinité féminine habillée d'Oberbetschorf, trouvée non loin d'une source, Esp 5567, accompagne un Mars indigène. Elle tient de la main droite un miroir et de la gauche un coffret. Ce n'est plus une divinité hybride procédant de l'Abondance et de Vénus, mais de Junon et de Vénus. Elle a été d'autre part associée à Mars indigène, fait exceptionnel chez les Médiomatriques. Il s'agit donc là d'un cas apparemment unique. Le cognomen du dédicant, Facundanus, paraît étranger à la région.

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Sur une stèle funéraire de la Horgne au Sablon, Metz, Esp. V 4361 (CIL XIII 4443), un jeune garçon tient une pomme de la main droite, et de la main gauche caresse un chien qui se dresse vers lui. Sur une autre stèle, Esp. V 4360, provenant également de la Horgne, une déesse-mère tient sur ses genoux cinq pommes. Sur une autre stèle, Esp. 4358, également du même site, deux déesses-mères assises tiennent de la main droite chacune une pomme, des pommes étant également posées sur leurs genoux. D'autre part, une stèle du même lieu, Esp. V 4357, porte une ornementation bizarre, comportant les symboles suivants : servant de cadre, une draperie stylisée, en forme de bouclier d'amazone sur lequel est gravé un ornement en forme de cœur. Dans les espaces laissés libres en haut de la pelta, apparaissent deux pommes

Si l'on se réfère au système codé des signes religieux celtiques, dont nous avons déjà constaté la survivance dans certains milieux indigènes particularistes, les symboles associés de la pelta et du cœur invoquent la protection de Rigani, ici sur le défunt. D'autre part, le motif de la draperie, qui existe sur une stèle d'Arlon, Esp. V 4098, et que l'on retrouve sur l'aedicula de Mayence, Esp. VII 5779, symbolise la séparation entre le monde des vivants et le monde des morts. C'est également la signification des draperies de certains autels de la déesse Nehalennia.

Il est donc évident, d'après le décor symbolique de la stèle Esp. V 4357, que les pommes étaient considérées comme présentant une valeur de protection pour les défunts lors de leur passage vers l'au-delà, et comme une sorte de sauf-conduit vers le Paradis. Nous avons que les pommes des Hespérides données à Hercule par les nymphes, étaient considérées par les Gaulois, dans la logique de leur mythe interprétant celui des Grecs, comme un talisman favorisant les échanges entre le monde supérieur et le monde inférieur. Les pommes des Hespérides, que les nymphes offrent à Hercule après avoir endormi le serpent Ladon, garantissaient les pouvoirs du demi-dieu dans sa méditation entre le monde supérieur et le monde inférieur (voir plus haut, ch. II p. 68). Le génie ailé du sommeil prophétique, qui figure sur la stèle de Saint-Landry à Paris, Esp. IV 3143, tient de la main droite une pomme. En médecine populaire, la pomme avant de se coucher favorise le sommeil.

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C'est certainement chez les Médiomatriques, au sens large, Triboques compris, que la Diane gallo-romaine, accompagnée de Vosegus-Silvain, caractérisée par certains détails (sa main magique démesurément agrandie, la pierrure de cerf perforée servant d'accessoire vestimentaire), a gardé sa personnalité indigène. Elle prolonge une divinité très ancienne, antérieure aux Celtes, présidant aux montagnes, aux eaux vives, aux forêts, aux bêtes sauvages, probablement apparue dans la région bien avant la pénétration des Celtes, au moment où les chasseurs et les bûcherons de l'Age du Bronze ont commencé à exploiter les ressources de la montagne et de la forêt.

Ses pouvoirs étendus la font ressembler à la Potnia Thèrôn des Grecs. Comme elle, elle est largement polyvalente, tendant à prendre la place, sous la forme de la triple Hécate, au centre de son domaine, au Donon, de la déesse souveraine des Celtes, en compagnie de Mercure-Teutatès et de Vosegus-Silvanus.

[...]

 Dans les cités des Leuques et des Médiomatriques, les stèles d'Epona la présentent comme protectrice des morts dans leur voyage vers l'au-delà, où bien comme président à l'élevage des chevaux. [...]

Les manifestations du culte d'Epona chez les Médiomatriques à l'Ouest des Vosges sont beaucoup plus nombreuses et variées qu'à l'Est de ces dernières, chez les Triboques au nord et les Rauraques au Sud. Elles sont réparties le long des grandes voies : vers le nord, Trèves et Coblence, vers le Nord-Est, Mayence. La forte concentration des monuments dans la ville de Metz-Divodurum est tout à fait remarquable. [...]

Ces sept stèles sont manifestement des stèles funéraires. L'emplacement des trouvailles, les dimensions et la structure même des monuments destinés à être enterrés pour marquer l'emplacement de la tombe, le prouvent. Certaines d'entre elles, notamment celles qui montrent Epona sur une jument cabrée ou au galop, celles où la déesse est suivie d'un personnage masculin, font allusion à des mythes funéraires : la déesse partant au galop pour chercher le défunt qu'elle va conduire dans l'Empyrée (on pense à la chevauchée des Walkyries), le défunt l'accompagnant. L'une de ces Epona est vêtue d'un manteau que le vent transforme en auréole à gauche de sa tête et de son bras. Il s'agit encore là de cette "draperie céleste", caractéristique d'une divinité sidérale.

Ces stèles prennent leur place, majoritaire, dans la série des stèles sculptées et décorées du cimetière de la Horgne au Sablon de Metz. Parmi ces dernières, certaines font nettement allusion à des croyances funéraires : la stèle Esp. 4357 est décorée d'une draperie symbolisant la porte vers l'autre monde. Cette draperie prend elle-même la forme du bouclier d'amazone, symbole de Rigani, et est par-dessus le marché, décoré d'un cœur, symboles apotropaïques appelant la protection de la déesse souveraine. Une autre stèle, Esp. 4358, groupe de deux déesses mères assises, également tutélaires de la tombe et du défunt. Une troisième, en forme de stèle maison, partiellement détruite, présente encore, sur sa façade, une Minerve dominant le couple des Dioscures : allusion au pouvoir de ces trois divinités sur les Enfers et sur le passage vers l'au-delà.

Les stèles décorées de la figure d'Epona, s'intégrant donc dans une importante série de monuments funéraires, attestent clairement les croyances gallo-romaines aux dieux protecteurs des morts dans leur voyage vers l'au-delà. Il faut observer que, contrairement à l'habitude, la plupart de ces stèles, présentent la déesse à califourchon. Il s'agit là, nettement, d'une habitude locale qui tranche certainement de façon intentionnelle sur les traditions de l'iconographie. Sans doute cette façon de monter permet-elle à la déesse de mieux affirmer, et avec plus de liberté, son aptitude aux grandes courses dans les espaces sidéraux.

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Conclusion : Chez les Médiomatriques, à l'Ouest des Vosges, Epona apparaît donc comme une divinité très populaire, à fonctions multiples, proche des fidèles et intégrée dans la vie pratique. Sur le bas-relief de Metz, rue des Clercs, de Fontoy, elle fait figure d'initiatrice du dressage et de protectrice des haras. Sur les stèles de Hagondange, du Hiéraple, elle s'identifie avec une déesse-mère ou lui est associée. Dans le cimetière de Metz, la Horgne au Sablon, elle figure sur les stèles funéraires comme protectrice et conductrice des morts. L 'accent est mis sur certains aspects de son mythe, sur son compagnon, sur ses galopades, ses haltes, ces mouvements divers étant en rapports avec ses fonctions de conductrice des âmes. Dans les sanctuaires du Hiéraple, d'Hagondange, de Sainte-Fontaine, elle est la protectrice des voyageurs et des pèlerins.

Observons qu'avec une particulière fréquence elle est représentée montant à califourchon, ce qui lui enlève de sa dignité hiératique, mais lui donne une plus grande liberté de mouvement (Esp. 4350, 4351, 4352, 4356, Gallia, 1964, p. 361, Esp. 4435, 4444). Il semble que les sculpteurs régionaux aient volontairement rompu avec l'hiératisme traditionnel de son attitude, pour la rendre plus proche des fidèles et plus prompte à les servir. Dans l'ensemble donc, Epona paraît être à l'Ouest des Vosges une déesse populaire, active et vivante, intimement liée à la population dans la vie comme dans la mort.

[...]

Le caractère municipal, commun à toute l'agglomération et à ses faubourgs, de ce culte d'Epona associée à Mercure est confirmé par la découverte à Koenigshoffen d'un autel portant une dédicace à Epona, et sur les faces latérales, les représentations d'un bouc et d'un sanglier. Le bouc est le symbole du Mercure gallo-romain, le sanglier, celui du Teutatès celtique. La présence simultanée de ces deux symboles sur le même monument signifie qu'en Mercure, certains reconnaissaient le dieu du commerce latin, les autres le successeur du Teutatès-Lug de la période indépendante. Il était donc à la fois pour les uns le dieu moderne, dynamique, dans le vent qui présidait au développement économique de la cité et à la prospérité de sa population et pour les autres, l'héritier d'une tradition celtique ancienne, avec ses mythes, ses rites, ses cérémonies annuelles.

L'association de Mercure-Teutatès à Epona signifie également que ce culte était un des liens religieux qui unissait encore les Médiomatriques de l'Est à ceux de l'Ouest des Vosges, car après tout Mercure comme Epona étaient les divinités les mieux représentées à l'Ouest des Vosges. Toutefois, dans l'ensemble, les Epona d'Alsace semblent bien limitées aux fonctions de divinités protectrices des voyageurs à cheval et des transports routiers. L'ambiance militaire a probablement été la cause de cet étroit utilitarisme, jointe peut-être au caractère cosmopolite de la population strasbourgeoise.

[...]

Il existe, dans l'ensemble du territoire des Gaules et de la Germanie apparemment deux séries distinctes de divinités féminines accompagnant le dieu au maillet. Ce dernier est appelé lui-même tantôt Silvain en Narbonnaise, Sucellus en Gaule celtique, chez les Médiomatriques, Dispater, en Germanie Supérieure. Sucellus-Silvain a pour parèdre une déesse appelée une fois Nantosvelta, chez les Médiomatriques, la plupart du temps empruntant les traits d'une Abondance-déesse mère. [...]

Chez les Médiomatriques, à l'Ouest des Vosges (stèles de Sarrebourg), elle apparaît dans l'intégralité de sa personnalité et de ses fonctions. Elle préside aux oratoires des déesses, elle protège les stèles-maisons, elle est souveraine des morts et de l'outre-tombe, et distributrice de la boisson d'immortalité.

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Dans l'ensemble, donc, Junon semble bien représenter, chez les Médiomatriques, la grande déesse gauloise Rigani, dans sa double nature sidérale et chtonienne, avec une nette prédominance de la première fonction, attestée d'ailleurs par son titre de Regina, et son épithète à Ingwiller, de Candida. Junon est encore représentée à Kalhouse, en Lorraine, par une inscription : Ann. Lorr. 1914, p. 161 : In honorem domus divinae Iunoni coloni Aperienses ex iussu. Il ne s'agit pas là d'un culte populaire indigène, mais d'un culte introduit par des colons étrangers à la région, peut-être originaires du Midi de la Gaule ou d'Italie du Nord.

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 En Lorraine, dans le territoire médiomatrique d'époque romaine, Minerve est, principalement, protectrice des morts et associée aux Dioscures. La stèle de Pisdorf est chargée de rappeler sa légende. Sur la stèle de Betting (Esp. 4439) est représentée une déesse debout, drapée, diadêmée, tenant de la main droite une patère et de la main gauche une longue hampe, surmontée d'un sanglier-enseigne. Je pense qu'il s'agit là d'une divinité indigène de caractère guerrier, apparentée à Minerve, mais figurée là sous l'aspect de Junon. Déesse céleste et déesse de la guerre sans doute. Malheureusement cette représentation est, à ce jour, isolée. Il est toutefois possible de la rapprocher de la statuette de Diane chevauchant un sanglier, découverte dans les Ardennes (S. Reinach, Bronzes figurés, 29, p. 50).

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La parèdre de Mercure est connue, chez les Médiomatriques en deçà des Vosges, sous le nom de Rosmerta. CIL XIII 4311, Metz Deo Narcurio et Rosmerta Musicus Lilluti fil et su ex voto. L'inscription est gravée sur le socle d'un groupe en relief, dont seuls les pieds des deux divinités, ainsi que les pattes du bouc et la tortue, sont conservés. [...]

Nous avons vu qu'à l'Est comme à l'Ouest, à Metz, comme à Hultehouse (Esp. 4228, Gallia, 1964, II, p. 354) comme à Langensoultzbach (Esp. VII 5580, Esp. VI 5), c'était Rosmerta qui passait ostensiblement la base à Mercure. Comment ne pas reconnaître là un souvenir de la concession celtique antérieure à la conquête. En effet, Mercure est le successeur direct de Teutatès. Or, Teutatès était dieu de la guerre, non divinité de la terre et de la richesse. Il devait donc s'adresser à Rigani-Rosmerta, qui n'était pas son épouse, mais sa parèdre et son associée dans le mythe, pour distribuer la richesse.

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Selon Maxime Joseph, auteur de "Apollon, Mercure et Minerve dans les Gaules et les Germanies." (In : Revue Belge de Philologie et d'Histoire, 2019, vol. 97) :


"D’autres supports associent également Mercure et Apollon. Dans la civitas des Médiomatriques, un autel dédié à Apollon porte, sur une face latérale, une représentation de Mercure (Metz), tandis que sur deux côtés opposés de la base d’un cadran solaire sont figurés ces deux dieux (Bettwiller). Cette seconde attestation, qui mérite un traitement différent des pierres à quatre dieux, bien que n’impliquant aucun rapport cultuel entre les fils de Latone et Maïa, n’en témoigne pas moins d’un lien unissant ces dieux.

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Le nord-est de la Gaule et la Germanie supérieure – encore – nous ont également livré quelques témoignages d’un autre groupement divin non classique, associant Apollon, Mercure et Minerve. [...]

Chez les Médiomatriques, une plaquette d’argent du IIe siècle pcn et une stèle fragmentaire présentent Minerve flanquée d’Apollon et de Mercure, – tous identifiés par leurs attributs classiques. [...]  Il est certain que l’association de ces trois divinités repose sur une interpretatio locale de celles-ci, mais l’absence de documents plus explicites, ainsi que les limites du corpus, compromettent une analyse plus poussée.

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Ce dossier des associations d’Apollon, Minerve et Mercure dans les Gaules et les Germanies est donc un témoignage éclairant de la diversité locale ou régionale des interpretationes, la cohérence des espaces concernés par ces configurations divines ne pouvant être totalement fortuite. Apollon et Mercure, deux divinités très populaires en Gaule – cette affirmation pourrait elle-même être critiquée à l’échelon local, certaines civitates honorant bien davantage d’autres divinités, notamment Mars –, n’interagissent de la sorte que dans cette région, signe que la recherche de religions celtiques ou gallo-romaines unifiées, telle qu’elle est encore parfois envisagée de nos jours, doit définitivement être abandonnée. Pour reprendre les termes de W. Van Andringa, « de telles combinaisons étaient en définitive propres à la religion de chaque cité, activées au cas par cas par la mythologie du lieu »."

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Dans son Cycle et Métamorphoses du dieu cerf (Toulouse, Lucterios, 2014, pages 198-204) Gérard Poitrenaud, évoque le culte de Sucellos en pays médiomatrique :


"Lambrechts pense que le dieu [Sucellos] a son origine dans la région du Rhône et de la Saône. Son nom est surtout attesté dans une région qui s’étend de la haute Loire au Rhin, chez les Éduens, les Lingons, les Leuques et les Médiomatriques. Des inscriptions en Narbonnaise, en Germanie Supérieure et même en Angleterre, indiquent cependant une notoriété qui dépasse les limites de la nation gauloise. Inconnu dans la Gaule de l’Ouest, qui se distingue à bien d’autres égards, il est souvent remplacé aux abords de la méditerranée par Silvain, dont le nom est, quant à lui, connu dans toute la Gaule.

La répartition de son iconographie est assez étrange, puisque le groupe Sucellos et de sa parèdre ne se rencontre que dans le nord‐est de la Gaule, que ses attributs isolés sont figurés seulement dans la vallée du bas Rhône, et que le dieu est assimilé à Silvain dans le  midi.  En outre, ses représentations sont exclusives de  celles du cavalier au géant anguipède, du tricéphale, du dieu assis en tailleur et du dieu à la ramure de cerf, ainsi que d’autres motifs comme le taureau à trois cornes et le serpent à tête de bélier. On peut donc soupçonner que  toutes ses  figures sont les avatars d’une même entité divine. On peut, avec Lambrechts, le classer comme un  intermédiaire entre Silvain, imprégné de l’imagerie classique, et Cernunnos plus ancré dans les traditions  laténiennes. Lambrechts remarque également que « le dieu suprême des Gaulois » — selon lui — est  rapproché de Jupiter dans l’aire de pénétration de Sucellos et de Silvain, mais de Mercure dans le reste de la Gaule ; ce qui bien évidemment étaye l’hypothèse d’un dieu unique actualisé çà et là suivant différentes perspectives, et qui malgré la diffraction polythéiste laisse entrevoir dans ses rôles sa propre personnalité."

Jean-Paul Petit, auteur de "Le « Pompöser Bronn » ou source Saint-Hubert à Lemberg (Moselle, Pays de Bitche). (In : Chancels, 2025) évoque la divinisation de la forêt vosgienne :


"Dans l’Antiquité, le Pays de Bitche, espace rural frontalier situé au nord-est du département de la Moselle, appartient à la cité des Médiomatriques. Il est constitué à l’ouest, à l’extrémité du Plateau lorrain, d’une partie « ouverte », et à l’est d’une partie « couverte », sous couvert forestier, faisant partie du massif des Vosges du Nord, qui se prolonge dans le Bas-Rhin et le Palatinat allemand. Le massif est traversé par la limite des provinces de Gaule Belgique et de Germanie Supérieure. Le massif vosgien est identifié dans l’Antiquité sous le nom de Silva Vosagus, comme on peut le constater sur la Table de Peutinger, une copie médiévale d’un document routier destiné au service de la poste impériale, daté du début du iiie  siècle apr. J.-C.

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François Pétry propose d’identifier cette divinité avec Vosegus, le dieu topique de la Silva Vosegia dont le culte est attesté (par des inscriptions) dans les Vosges du Nord et dans la forêt du Palatinat. Ce dieu forestier peut avoir, selon ce chercheur, les attributs de Mars ou de Silvain Sucellus et est associé à Mercure au grand sanctuaire du sommet du Donon, ce qui témoigne de son importance."

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