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  • Anne

La Primevère





Étymologie :

  • PRIMEVÈRE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. xiie s. bot. primevoire (Gloss. de Tours, 331 ds T.-L. : primivera [...] primevoire) ; 2. 1573 primevere (J.-A. de Baïf, Passetems, 1. IV, fo 100 vods Gdf. Compl.). Prob. issu p. méton. du lat. primum ver (primo vere « au début du printemps », César ds Gaff. ; primo vere « au printemps », Mulomedicina Chironis ; devenu en b. lat. primum ver, prima ver, CGL t. 4, p. 295, 42, prima vera « printemps », CIL t. 3, 7783 d'apr. Cor.-Pasc., s.v. verano) parce que cette plante fleurit au printemps. Une ell. de (fleur de) primevoire « printemps » (Bl.-W.1-5 ; FEW t. 14, p. 271b et 272b) est moins vraisemblable parce que primevoire « printemps » semble plus tardif et plus rare en fr. : aucune attest. sûre av. 1442-45 ds le Roman de Troyle (ms. B.N. fr. 25527, I, 56 ; trad. du Filostrato de Boccace par L. de Beauvau, v. H. Hauvette ds B. Ital. t. 7, pp. 298-304) où primevaire est prob. une simple adaptation de l'ital. primavera « printemps », att. dep. Boccace, cf. Tomm.-Bell., notamment dans le passage trad. ; la forme primevoile (Marco Polo ds Gdf.) est douteuse (v. éd. L. F. Benedetto, p. 89, 75-76, note). La forme 2 est prob. due à l'infl. de primevere « printemps », att. de 1534 (Rabelais, Gargantua, éd. R. Calder, M. A. Screech, V.-L. Saulnier, chap. 4, p. 37) à 1700 (Pomey d'apr. FEW, loc. cit., p. 271b) qui est empr. à l'ital. primavera, alors que l'attest. isolée prime vere « jeune âge? », 2e moitié xiiie s. (De l'Oue au chapelain ds Montaiglon et Raynaud, Rec. de fabl., t. 6, p. 46 ; cf. T.-L., s.v. primevoire) représente un empr. au lat.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Botanique :


Lire la fiche Tela Botanica.







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Symbolisme :


Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000)


"Mot-clef : La Candeur ; L 'Espérance.


Savez-vous ? : Les premières graines de ces fleurs ont été envoyées en Europe vers les années 1810, en provenance des sous-bois du Yunnan en Chine. Les primevères en sont jamais plantées dans les fermes poitevines car elles pourraient gâter les œufs des poules et des oies. Sous l'Ancien Régime [comment est-ce possible si elle n'est pas connue avant 1810 ?], ces fleurs étaient un symbole de libertinage. La primevère porte d'autres noms : l'herbe de la paralysie, la fleur de saint Pierre ou encore la clé de saint Pierre.


Légende : Une légende germanique racontait que saint Pierre perdit les clés de la porte du paradis. Elles furent transformées en massifs de primevères pour que les âmes condamnées à l'errance ne puissent pas s'en servir.


Message : Je vous désire."

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"Manifestation de l'éternel renouvellement de la nature, la primevère apporte avec elle tous les espoirs. parce qu'elle sonne le réveil du printemps, elle fête la première jeunesse, jeunesse d'esprit autant que jeunesse tout court, et avec elle le premier amour. Tout naturellement, elle assure : "je n'ai jamais aimé que vous". Elle glisse : "pourquoi vous défendre de moi ?". Mais elle veut tout puisqu'elle désire aussi "la candeur, l'insouciance et la gaieté".

Avec son parfum léger comme une brise et sa belle palette de couleurs pastel, la primevère de jardin (l'autre, sauvage et uniquement jaune, se nomme coucou) fit parler d'elle à la cour britannique au XIXe siècle. La Reine Victoria en offrit un gros bouquet à son ministre Disraeli pour ses bons et loyaux services.

Au début du XXe siècle l'écrivaine Katherine Mansfield note dans son journal : "Une jeune fille est passée sous ma fenêtre, elle vendait des primevères. J'en ai acheté de grosses bottes, je les ai délivrées de leurs liens si serrés, je les ai laissées s'étirer, se détendre, les pauvres petites, dans une coupe bleu ciel où l'on met des primevères chaque année. En me penchant sur elles, j'ai vu leurs visages pâles et las me regarder de cet air perplexe et inquiet qu'ont parfois les très petits enfants. On eut dit que le printemps était entré dans ma chambre, chantant très bas, tout bas"


Mot-clef : "Éternelle jeunesse"

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Symbolisme celte :


Selon Philip et Stephanie Carr-Gomm dans L'Oracle druidique des plantes, Travailler avec la flore magique de la tradition druidique, les mots clefs associés à cette plante sont :


en "position droite : Amour -Créativité - Renaissance

en position inversée : Illusion romantique - Quête d'intégrité.


La primevère est une petite plante pérenne, originaire de l'Europe occidentale et méridionale. C'est l'une des premières fleurs du printemps, car elle fleurit en avril. Aime l'humidité et pousse dans les terrains boisés, les haies et es pâturages. Un plant peut vivre jusqu'à 25 ans et il est interdit actuellement de ramasser les fleurs sauvages.


La carte montre des primevères en fleur à l'époque de Beltaine, dans la région du mont Snowdon. Près du lac Bala est posé un chaudron dans lequel Ceridwen a jeté les herbes qui, bouillies pendant une année et un jour, donneront les trois gouttes d'awen. Derrière les primevères on voit une de leurs parentes, le coucou, qui a nombre d'usages médicinaux.


Sens en position droite. Petites et belles, parmi les premières à apparaître après l'hiver, les premières ont toujours été associées à l'amour romantique et aux nouveaux commencements. Tirer cette carte signale qu'un nouvel amour entre dans votre vie ou qu'une nouvelle vague de tendresse baignera le partenariat existant. Nos relations, comme nos rêves, ont des saisons. Si long que le partenariat ait été, un nouveau cycle peut encore débuter. La carte peut indiquer par ailleurs la montée de la créativité en vous. La primevère est la fleur du barde - tout un chacun abrite en lui un barde désireux d'entonner le chant de son âme et raconter l'histoire de son cœur. Trois gouttes sont sorties du chaudron de Ceridwen, et les changements suscités en Gwion Bach ont été profonds et multiples. En troisième lieu, cette carte peut signaler la naissance de la sagesse, plutôt que de l'amour ou de la créativité.


Sens en position inversée. La quête d'amour se transforme facilement en piège qui bloque dans un monde d'illusions. Hollywood essaie de s'assurer que tout un chacun éprouve un sentiment de satisfaction uniquement en étant passionnément amoureux. Pourtant, l'expérience et les études de la chimie cérébrale nous disent que les étapes initiales de l'amour cèdent la place à la désillusion et à la séparation, ou à une forme d'affection, d'intérêt de compagnonnage moins intense, susceptibles d’aboutir à une relation épanouie et durable. Si vous avez tiré cette carte, vous devez évaluer avec objectivité si vous êtes pris dans l'aspect illusoire de l'amour. A quel point votre quête vise-t-elle à trouver la complétude dans la vie grâce à un autre être humain ou à vous-même ?

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La fleur d'un barde nouveau


Le nom "primevère" vient du latin prima rosa, la première fleur.

Cette plante était utilisée par les herboristes anciens. Selon Pline, elle soignait le rhumatisme, la paralysie et la goutte. La primevère a des propriétés sédatives - il y a bien des siècles, la tisane de fleurs de primevère était prise au mois de mai pour "guérir la frénésie", la détresse nerveuse. Les fleurs peuvent aussi être mangées - elles formaient le principal ingrédient d'un potage de primevères jadis populaire.

En Irlande, les primevères, "fleurs des fées", étaient utilisées par la magie populaire pour attirer l'amour.

Le poème du VIème siècle, "Cad Goddeu", le Combat des Arbres, mentionne les primevères comme ingrédients ayant servi à la naissance de la femme-fleur Blodeuwedd ou de Taliesin, le barde archétypal. Un autre poème ancien, La Chair de Taliesin, liste les primevères parmi les ingrédients du chaudron initiatique du barde.

Primrose Hill est l'un des plus notables sites sacrés de Londres, offrant une vue dégagée sur toute la région environnante? A l'origine, son nom était Barrow Hilln d'après le tumulus situé sur son côté ouest, et il était recouvert de primevères au printemps. Site de la cérémonie marquant la proclamation publique de la renaissance druidique lors du solstice d'été de 1792 - Iolo Morgnanwg y pratique son rite adopté plus tard par le Welsh National Eisteddfod. Une fois de plus, la primevère avait joué un rôle symbolique important dans l'histoire suivie du druidisme.

Les druides modernes se servent des primevères pour la décoration ou comme cadeau d'initiation d'un barde. Ils préparent aussi une tisane de fleurs de primevère et de feuilles de verveine, ou procèdent à l'onction d'un nouveau barde avec une huile où ont macéré des fleurs de primevère et de verveine.


Gwydion, avec la grande magie de sa baguette enchantée,

lança le feu parmi les neuf formes des éléments,

si bien qu'ils se combinèrent en une croissance merveilleuse :

essence de sols riches, d'eau de la neuvième vague,

de primevères du flanc de la colline, de floraisons des bois et d'arbres.

L'Arrivée du Roi, Nicolas Tolstoï."

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Dans les Leçons d'elficologie, Géographie, Histoire, Leçons de choses (2006) de Pierre Dubois, Claudine et Roland Sabatier, on peut lire les notices suivantes :


"La primevère (Primula vulgaris) : c'est la fleur de la clef, elle ouvre la porte du printemps : il y a bien longtemps Flore l'a laissée tomber de son trousseau tandis qu'elle encourageaient les Elfes de lumière à vaincre les Alfs noirs de l'hiver. En entrant dans le sol, la clef a pris racine et, depuis, son éclat, victorieux ramène les beaux jours.

La primevère (Primula veris) : c'est la fleur du coucou, elle fait chanter l'oiseau d'avril qui, de ses deux notes perlées, réenchante les bois endormis et conduit sur les chemins de Féerie."

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; la Primevère raconte la sienne dans un conte venu de Scandinavie et intitulé tout naturellement "Le conte de la Primevère" :


" Je m'appelle Primevère, dit en s'inclinant une princesse vêtue d'une robe jaune. On raconte que jadis, saint Pierre perdit les clefs de la porte du paradis. Elles traversèrent le ciel en passant d'étoile en étoile jusqu'à ce qu'elles tombassent sur la terre. Les anges les retrouvèrent et les ramassèrent, mais les empreintes que les clefs laissèrent dans la terre donnèrent naissance à de belles fleurs jaunes. Ces fleurs ne savent pas ouvrir la porte du paradis, en revanche, elles ouvrent chaque année la porte à la belle déesse Printemps. Elles ont également le pouvoir de montrer le chemin qui mène aux trésors cachés. Mais écoutez plutôt :


Il était une fois trois frères. Très pauvres, ils vivaient dans une maison en ruines et partageaient leur table avec la Misère. Cette existence n'avait cependant pas endurci le cœur du cadet des trois frères qui s'appelait Georges. Il était si bon qu'il aurait même distribué aux plus malheureux que lui ce qu'il ne possédait pas. Ses frères aînés, en revanche, auraient marché à genoux pour un sou, étouffant de méchanceté et de convoitise.

Un jour d'automne, le frère aîné fit sortir la chèvre pour lui faire profiter du dernier gazon. Il faisait froid comme en plein mois de janvier. Le malheureux se recroquevilla à côté du feu et en voulut au monde entier. Soudain, ses yeux se posèrent sur une fleur éclatante.

" Tiens donc, une primevère ! s'étonna-t-il. Comment se fait-il qu'elle fleurisse en automne ? " Sans chercher à résoudre cette énigme, il cueillit la primevère pour en orner son chapeau. Lorsque sa chevrette eut fini de se remplir le ventre, il la bouscula pour rentrer. En chemin, son chapeau devint de plus en plus lourd, comme s'il était de plomb. Ennuyé, le bonhomme l'ôta et n'en crut pas ses yeux, trouvant à la place de la primevère une grande clef toute en or ! La chevrette se transforma en une vierge blanche qui avait conservé deux petites cornes dan ses cheveux. Elle sourit de façon étrange au frère aîné et l'invita d'un signe de doigt à la suivre. L'homme s'exécuta comme s'il était envoûté. La jeune fille le conduisit vers une colline merveilleuse, toute en or pur, percée à sa base d'un trou de serrure noir.

" Mêêê ! Mêêê ! dit la fille-chèvre. Tu m'as donné à manger. Pour te récompenser, tu peux ouvrir avec cette clef d'or la colline aux trésors. Mais prends garde ! N'oublie pas d'emporter ce qu'elle abrite de plus précieux. " Après avoir fini sa phrase, la jeune fille disparut. Sans hésiter une seconde, le pauvre homme introduisit sa clef d'or dans la serrure. La colline s'ouvrit devant lui, l'inondant d'une lumière aveuglante. Sans même savoir comment, le frère aîné se retrouva au centre d'une grande caverne qui regorgeait de pièces d'or, de coupes d'argent, de perles et de pierres précieuses. Quelle splendeur ! L'homme cupide ne sut vers quoi se tourner en premier. Quand il n'y eut plus de place dans ses poches ni dans sa chemise, il décida de partir avec ses richesses.

" De toute façon, je reviendrai ", se promit-il, mais il se trompait. Dès qu'il sortit de la caverne, la colline s referma derrière lui avec fracas. En même temps, le frère aîné se rappela qu'il avait oublié à l'intérieur l'essentiel, la clef d'or.

" Tant pis, je ne connaîtrai plus la misère jusqu'à ma mort et, si j'en ai envie, je pourrai toujours creuser un passage dans la galerie d'or ", se consola-t-il en se dirigeant vers le village. Toutefois, il ne retourna plus auprès de ses deux frères, car il ne voulait pas partager avec eux ses trésors. Il s'acheta une belle maison et mena grand train. Notre homme ne faisait plus, désormais, que paresser et festoyer, s'habillant comme un duc et donnant des bals somptueux comme au palais du roi. En peu de temps, la dernière pièce d'or roula de sa poche. Acculé, l'homme voulut retourner à l'emplacement de la colline d'or, mais celle-ci avait disparu, comme si la terre l'avait engloutie. A la fin, le malheureux dut vendre sa maison et, n'étant pas très courageux, il mangea rapidement son dernier sou. Honteux, il dut revenir vivre avec ses frères.

Le temps passa. un jour d'automne,le frère puîné sortit sa brebis pour lui faire profiter de la dernière herbe. L'hiver était imminent, mais la brebis n'en trouva pas moins à son goût l'herbe jaunie et fanée. Pendant ce temps, le berger morose se recroquevilla au coin du feu, mécontent de son sort. tout d'un coup, une fleur brilla devant lui.

"Tiens donc, une primevère ! Que fait-elle là, presque au début de l'hiver ?" s'étonna le pauvre homme. Tout content, il en orna son chapeau. Sur le chemin du retour, la fleur se transforma en une clef d'argent. Pendant que le berger la détaillait, incrédule, une jeune fille blanche surgit devant lui, à la place de sa brebis. On en voyait encore la queue qui dépassait de son jupon. Elle lui fit un signe du doigt pour l'inviter à la suivre, et le conduisit au pied d'une colline d'argent. Sans hésiter une seconde, il se hâta de l'ouvrir avec sa clef.

"Bêêê ! Bêêê ! fit la jeune fille derrière son dos. Comme tu m'as donné à manger, je vais te donner un conseil. Emporte tout l'or et toutes les pierres précieuses que tu veux, mais n'oublie pas l'essentiel à l'intérieur." Après cette recommandation, elle disparut.

Le frère puîné n'eut cure de ses conseils. Il emporta ce qu'il put. Dans sa hâte il oublia en partant la clef d'argent dans la caverne. Il ne sut pas jouir lui non plus, avec sagesse, de ses biens qu'il dilapida bientôt, retombant dans le besoin et dans la misère.

Les trois frères vivaient de plus en plus mal. Une autre année s'écoula et un hiver très rigoureux suivit. Un jour, le cadet des frères, Georges, alla se promener dans la forêt, sa colombe blanche perchée sur son épaule.

"Je trouverai peut-être quelque chose de bon à manger pour toi", dit-il à sa colombe.

Arrivé dans une pinède, il décortiqua les pommes de pin pour récupérer les graines et cueillit sur les noisetiers des noisettes oubliées pour en nourrir son cher oiseau. Soudain, quelque chose de jaune brilla dans la neige.

"Ciel ! Une primevère ! s'étonna Georges. Le printemps est pourtant encore loin."

Sans hésiter, il cueillit la fleur et la mit à son chapeau avec coquetterie. Mais son chapeau devenait de plus en plus lourd, car la fleur s'était transformée en une clef de cristal, à la grande surprise du jeune homme. La petite colombe blanche s'envola de son épaule et se posa à ses pieds puer se transformer en une jeune fille toute blanche et belle qui avait, à la place de ses cheveux, un plumage étincelant. Elle fit signe à Georges qui la suivit comme dans un rêve. En peu de temps, ils arrivèrent au pied d'une montagne de verre. La jeune fille invita le frère cadet à l'ouvrir avec sa clef.

"Tu as bien pris soin de moi, Georges, dit-elle. Aussi, je te récompenserai. A l'intérieur, tu trouveras des trésors, mais si tu veux vivre heureux, ne prends que ce qui te paraîtra le plus précieux."

A peine eut-elle fini sa phrase qu'elle disparut. Georges s'engagea dans une galerie de verre qui le conduisit dans une caverne pleine de vases de cristal, et regorgeant d'or et de pierres précieuses. Chaque vase contenait des bouquets de primevère en or et en argent. Dans un coin de la caverne, il découvrit une poupée de cristal posée sur un guéridon de verre. Elle était si belle que Georges en eut le souffle coupé, tout le reste n'ayant plus d'attrait à ses yeux. Il prit le guéridon, la poupée et s'apprêta à rentrer chez lui en chantant gaiement. Il ne songea pas un instant à la clef de cristal.

"Tu as fait un bon choix, Georges, dit la poupée en se transformant en une belle jeune fille. Si tu avais également emporté la clef de cristal, je t'aurais abandonné pour retourner dans la montagne, et ut n'aurais jamais pu me retrouver. Si, en revanche, tu étais reparti avec toute une brassée de richesses, tu n'aurais pas trouvé le bonheur. Je te remercie de m'avoir délivrée du sortilège qui pesait sur moi. Si tu le souhaites, je deviendra ta femme." Vous pensez bien que Georges y consentit ! Depuis que le monde est monde, on n'avait jamais vu une jeune fille aussi belle. il prit sa fiancée par la taille; chargea le guéridon de verre sur son épaule et rentra dans sa maison natale. Surpris de le voir revenir avec une jolie jeune fille, ses frères aînés s'étonnèrent encore plus lorsqu'il déposa le guéridon au milieu de la pièce. Celui-ci se ouvrit aussitôt de mets raffinés comme pour un festin de roi, et des ducats en faisaient le tour. Georges partagea tout équitablement avec ses frères, et sa jeune femme tint la maison pour eux trois. Le guéridon de verre regorgeait de friandises, offrant une pièce d'or à chaque convive, après le repas. La misère avait quitté la maison des trois frères, et s'exila loin, au-delà des forêts noires.

Hélas ! la convoitise empêchait les deux frères aînés de dormir. Un jour, ils décidèrent ensemble de voler la petite table magique. Lorsque Georges et sa femme s'endormirent le soir, les deux individus s'ne emparèrent, sortirent à pas de loup de la maison, et s'enfuirent à toutes jambes. Mais ils n'allèrent pas loin : ils se mirent à se disputer le guéridon. Ils tirèrent chacun de leur côté, se bousculèrent et se poussèrent jusqu'à ce que la petite table de verre se brisât en mille morceaux. Les deux frères, brouillés, se séparèrent pour partir dans deux directions opposées à la recherche de la clef enchantée, la primevère. Croyez-vous qu'ils la trouvèrent ? Certainement pas, car ils continuent aujourd'hui encore à errer de par le monde.

Lorsque, le matin, Georges vit ce qui s'était passé, il devint triste, mais sa chère femme le consola : "Ne te tourmente pas, Georges ! En travaillant avec ardeur, nous arriverons bien à gagner notre vie.

- Tu as raison, ma petite femme", répondit Georges. Et il vécut heureux avec sa femme. Aujourd'hui encore, ils vivent dans leur petite maison."

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014), la primevère est "une fleur en guise de clef".


Origine céleste : Ne croyez pas la légende selon laquelle les fleurs de primevère ne seraient autres que les clés du paradis négligemment tombées à terre par saint Pierre. Au pays de féerie, on raconte en effet une tout autre histoire. Autrefois, un violent combat éclata dans le ciel entre les giboulées et les êtres de lumière voulant protéger la végétation poussant en contrebas sur la Terre. Le bien l'emporta et un magnifique arc-en-ciel apparut pour célébrer cette victoire. la déesse Flore qui assistait au spectacle fut si admirative qu'elle se pencha pour mieux admirer le phénomène. Mais en effectuant ce geste, elle fit tomber la clé du jardin de féerie dont elle avait la garde. Quand cet objet magique toucha notre sol, il prit racine et donna naissance à la primevère, première fleur du printemps.


Au pays des fées : La consommation de primevères permettrait à tout un chacun de voir les fées habituellement invisibles à nos yeux. Comme en témoigne l'expérience d'une jeune Anglaise du Somerset, le fait de cueillir ces fleurs par nombre de treize provoque l'apparition des bonnes dames. Fort charmantes, elles la comblèrent de cadeaux et la guidèrent pour retrouver son chemin. Apprenant la chose, un vieil arriviste voulut tenter sa chance et s'en alla ramasser lui aussi ces mêmes inflorescences. Las, le compte n'y était pas et plus jamais on ne le revit...

Il faut croire que le chiffre 13 est indiciblement lié à cette plante car une superstition affirme que si l'on frappe un rocher enchanté avec un bouquet composé de tant de fleurs, les portes du royaume de féerie s'ouvriront pour révéler ses fabuleux trésors. en Allemagne, elle guide ainsi chacun jusqu'à des domaines enchantés où de l'or et des pierres précieuses sont enfermés dans des pots recouverts de primevères. Une fois le trésor prélevé, il faut toujours reposer soigneusement les fleurs à leur place initiale sans quoi un chien noir suivra pas à pas, et jusqu'à son trépas, le voleur indélicat.

La primevère est attachée à l'Angleterre. Un des noms anglais de la primevère signifie "tasse de fée". Dans le Somerset, treize primevères accrochées au-dessus d'un berceau empêchent les fées d'enlever le nourrisson.


Esprit amoureux : Il était une fois un jeune homme qui coupait chaque jour de l'herbe dans la montagne pour son cheval. Heureux d'être au cœur de la nature, il entonnait toujours de sa belle voix des chants divers et variés.

Un soir, une superbe femme tapa à sa porte pour lui demander de l'héberger pour la nuit. L'homme refusa d'abord en argumentant qu'il ne pourrait l'accueillir dignement car il ne savait guère cuisiner. Ce à quoi elle répondit qu'elle s'en chargerait bien volontiers. Ainsi fut fait et après quelques jours passés ensemble, ils se marièrent pour leur plus grand bonheur.

Or, un jour, le jeune mari rentrant de la montagne montra à son épouse la primevère qu'il avait coupée avec l'herbe. Avisant la fleur, la pauvre femme s'effondra en expliquant qu'elle était en réalité l'esprit de cette plante. elle était tombée amoureuse de lui après l'avoir entendu chanter et s'était métamorphosée en humaine pour pouvoir l'épouser. Hélas, à peine finit-elle sa phrase qu'elle émit son dernier souffle pour se flétrir comme une fleur...


Balles éphémères : Les enfants d'antan savaient réaliser des boules avec les fleurs de primevère. Ces balles de coucou, comme on les appelait en France n'étaient qu'un charmant passe-temps mais en Angleterre, ces créations avaient une tout autre fonction : protéger des fées. Voilà pourquoi on les fixait chaque année sur les portes des maisons comme des étables."

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