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  • Anne

La Soldanelle




Étymologie :

  • SOLDANELLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. xve s. (Grant herbier en fr., éd. G. Camus, n°449 : De soldanelle. Soldanea, c'est une herbe chaude et seche qui croist en lieux sablonneux, et souvent croist en la rive de la mer, et a petites feules rondes et petite racine blanche longue) ; 1776 désigne une plante des Alpes (Valm. t. 8). Prob. dér., à l'aide du suff. -(an)elle*, de l'a. et m. fr. souz, soult « sorte de saumure » (d'abord fin xie s., judéo-fr. solz « confiture de végétaux », Raschi, Gl., éd. A. Darmesteter et D. S. Blondheim, t. 1, 961 ; puis soust, 1269-78, Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 21526 ; v. aussi T.-L. et F. Lecoy ds Mél. Cl. Brunel, t. 2, p. 121, note 2), de l'a. b. frq. *sultja « saumure » (a. h. all. sulza). V. FEW t. 17, pp. 269b-270a.


Lire également la définition du nom soldanelle afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Soldanella ;

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Croyances populaires :


Selon Françoise Nicollier et Grégoire Nicollier, auteurs de « Les plantes dans la vie quotidienne à Bagnes : noms patois et utilisations domestiques », (Bulletin de la Murithienne, n°102,‎ 1984, p. 150) :


tindrïna, f. = petite soldanelle = Soldanella pusilla : appréciée par le bétail, nourrissante; si les vaches en mangent trop, elles peuvent devenir nymphomanes (le bétail consomme surtout les feuilles).

 




Symbolisme :


Emma Faucon, autrice d'un ouvrage intitulé Le langage des fleurs. (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) rapporte une équivalence du Calendrier de Flore :


Mars - Soldanelle des Alpes

Minerve, déesse du travail et de l'industrie, était chez les Romains la protectrice du mois de mars, car c'est à cette époque que commençaient les travaux interrompus par l'hiver. On l'avait aussi dédié au dieu dont il porte le nom, parce que c'était dans ce mois que les armées romaines partaient pour leurs expéditions militaires .


Tout germe devant lui, tout se ment, tout s'avive,

L'onde étincelle et fuit d'une course plus vive ;

La pelouse déjà rit au pied des coteaux :

Partout un suc laiteux gonfle les végétaux.

Ce fluide invisible errant de veine en veine,

Sur les prés rajeunis fait monter la verveine,

Qui demandait la paix au nom des rois vaincus ;

Il bleuit l'hépatique, il dore le crocus,

Et du plus doux parfum nourrit la violette,

Humble fleur, qui déjà pare l'humble Colette.

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Contes et légendes :


Elena Balzamo, Reinhard Kaiser et al., auteurs de de l'ouvrage intitulé Contes et légendes d'Allemagne, de Suisse et d'Autriche. (Éditions, Primento, 2015) recense deux contes liés à la soldanelle :


La clochette du diable

Un jour, le diable se dit qu'il n'avait rien de mieux à faire que de fabriquer une fleur. Il pensa que le plus simple serait d'imiter la campanule, et, sans tarder il se mit à la besogne. Il réussit, effectivement, à faire quelque chose qui y ressemble ; mais on vit aussitôt qu'il s'agissait d'une œuvre du Malin. La forme n'est pas celle de la campanule, belle et audacieuse ; sa jolie couleur bleue est elle aussi altérée. Les pétales du calice ont des bords inégaux et crénelés ; la couleur, entre le gris et le bleu, est trop sombre. La tige ne possède presque pas de feuilles, quelques petites excroissances près de la racine indiquent où elles auraient dû se trouver. La soldanelle ne pousse, d'ailleurs, que sur des hauteurs inaccessibles, n'osant pas se joindre à la joyeuse compagnie de ses sœurs dans les vallées.


La Fée Mélusine, quand elle dut quitter les siens [à la suite de la trahison de son époux], remit ses pouvoirs à l'une de ses filles, Soldanelle, qui alla vivre dans les grandes alpes. Mille petits nains montagnards, folatons et lutins, la servaient en prévenant ses moindre désirs. Pour elle, ils n'hésitèrent pas à s'attaquer aux loups féroces qui rôdaient dans chacune des vallées. Hélas !... Ils furent victime de leur dévouement et périrent à la tâche. Alors, la fée décida qu'en leur mémoire mille petites clochettes mauves porteraient leur deuil à chaque printemps, aux dernières neiges, et seraient appelées de son nom. Ainsi naquirent les soldanelles, à la robe lilas si fragile, à la grâce triste, dans le renouveau printanier.

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Littérature :


Dans les Œuvres (Georges Bridel Éditeur, 1856) d'Adolphe Lèbre, on peut lire une personnification de la soldanelle qui en fait un symbole d'humilité :


Je voulais visiter dans la matinée le glacier voisin , et je devais me hâter. Près de ses moraines, les gazons deviennent plus éclatants et plus enchantés, et mille fleurs charmantes diaprent leur émeraude. [...] à l'écart, au bord des neiges, la frêle soldanelle, que je préfère à toutes : elle s'exile auprès des frimas, loin de ses sœurs, pour apporter à la terre le premier message du printemps ; sa joie est de lui donner le premier sourire et la première consolation ; elle est modeste et douce, et tendrement inclinée comme la pitié.

 

Le Braconnier (extrait)


On monte vers les soldanelles

avec du ciel à ses semelles

tant on est alerte et gaillard,

il semble ô grand vent des arêtes

qu'on va pouvoir toucher l'azur

si frais si près là sur nos têtes

et qu'on plonge entier au ciel pur.


Jean Graven et Maurice Zermatten, "Le Braconnier" in La symphonie valaisanne. (Ed. La Matze, G. Gessler, 1977).

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Beaux-Arts :



Emile Gallé, La Soldanelle des Alpes, en 1892, vase : cristal à deux couches soufflé et modelé à chaud, inclusions de parcelles métalliques (argent et platine), bullages, décor gravé à la roue, H. 11,2 ; DM. 7,9 cm., © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Jean Schormans
Emile Gallé, La Soldanelle des Alpes, en 1892, vase : cristal à deux couches soufflé et modelé à chaud, inclusions de parcelles métalliques (argent et platine), bullages, décor gravé à la roue, H. 11,2 ; DM. 7,9 cm., © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Jean Schormans.

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Dans la revue Treize étoiles, Reflets du Valais (n°11, 5e année, novembre 1955), on découvre un article intitulé "un graveur anniviard, André pont, guide" signé de P. Micholal qui vante le talent de ce graveur valaisans :


La gravure, par contre, qu’il pratique depuis deux ans seulement, permet déjà d’espérer beaucoup. On le sent ici plus maître de lui, plus personnel. Je pense à ce hibou dont la simplicité des traits crée un rythme palpitant de vie. Regardez ses yeux... des asters de haute montagne. Cette combinaison, sans doute involontaire, témoigne d’une mystique innée qui pourrait conduire l’artiste très loin s’il continuait de se laisser guider par elle. Et que dire de ces soldanelles échevelées, petits lutins du vent qui, libérés de la neige, dansent le printemps en se moquant de lui ? Car elles se moquent de tout le monde, les soldanelles, elles se croient reines de l’univers. Leur psychologie est exprimée avec un humour et une grâce tels qu’on a soudain l’impression de les entendre nous parler.

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