XXI. Le Monde /
- Anne
- il y a 4 jours
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Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Étymologie :
MONDE1, subst. masc.
Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1135 monde « ensemble des choses et êtres créés » (Couronnement Louis, 1927 ds T.-L.) ; 1549 depuis que le monde est monde (Est.) ; 1640 ainsi va le monde (Oudin) ; 2. 1651 « ensemble complexe et important » (Saint-Amant, Œuvres, éd. C. Livet, I, 143 : Paris... ce petit monde) ; 3. 1657-62 « ensemble de choses, notions formant un domaine particulier » ce monde visible (Pascal, Pensées, éd. J. Chevalier, ch. 1, p.1105) ; 4. 1672 « planète, corps céleste considéré comme un ensemble » (Molière, Femmes savantes, IV, 3). B. 1. 1135 « le globe terrestre » (Wace, Vie Ste Marguerite, éd. E. A. Francis, 413 : les homes de cest mont) ; 1672 c'est le bout du monde « délai extrême qu'on ne peut dépasser » (Mme de Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, t. 3, p. 140) ; 1690 courir le monde, (loger) au bout du monde (Fur.) ; 2. 1516 le nouveau monde « l'Amérique » (M. Du Redouer, Le nouveau monde et Navigacions faictes par E. de Vespuce...) ; 1580 « une partie du globe terrestre » (Montaigne, Essais, éd. P. Villey, I, 31) ; 1690 l'Ancien Monde (Fur.) ; 3. 1283 « la terre considérée comme lieu de la vie humaine » (Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A. M. Salmon, § 21, p. 26) ; 1560 venir au monde (Bible Rebul, chap.1, v. 9, p. 33) ; 1585 l'autre monde « séjour après la mort » (N. Du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, II, 41) ; 1671 mettre au monde (un enfant) (Pomey) ; 1677 n'être plus au monde « être mort » (Mme de Sévigné, op. cit., t. 5, p. 343). C. 1. Ca 1145 « la société, la communauté humaine vivant sur terre » (Wace, Conception N. D., 379 ds T.-L.) ; 2. 1589 « certaine catégorie d'êtres humains, groupement social » (Plais. devis des supposts du S. de la Coquille ds Gdf. Compl.) ; 1651 monde des fidèles (Pascal, Lettre à Mr et Mme Perier à l'occasion de la mort de M. Pascal, le père... ds Œuvres, éd. J. Chevalier, p. 494) ; 1690 c'est le monde renversé (Fur.) ; 3. ca 1584 « la société sous son aspect de luxe et de divertissement » (Brantôme, Dames galantes, éd. L. Lalanne, t. 9, p. 183) ; 1612 savoir son monde « savoir se conduire dans la bonne société » (M. Regnier, Satyre XIII ds Œuvres, éd. G. Raibaud, p. 176) ; 1640 le grand monde (Oudin) ; 1644 hommes du monde « personnes de la haute société » (C. Sorel, Les loix de la Galanterie, IV ds Nouv. rec. des pièces les plus agréables de ce temps ds Livet Molière) ; 4. a) 1530 du monde (Palsgr., p. 207) ; 1532 « quelqu'un, des gens » (Rabelais, Pantagruel, éd. V. L. Saulnier, ch. IV, 30, p. 24) ; 1688 se moquer du monde (Bossuet, Hist. des var. des Églises protestantes, éd. F. Lachat, vol. 14, p. 525) ; 1689 avoir du monde « avoir des invités » (Mme de Sévigné, op. cit., t.. 9, p. 324) ; 1849 le petit monde « les enfants » (Sand, Pte Fad., p. 28) ; b) 1608 avec un adj. poss. « les personnes que l'on a à son service, les domestiques » (M. Regnier, Satyre VI ds Œuvres, éd. G. Raibaud, p. 71) ; 1645 « ses amis, sa famille » (J.-L. Guez de Balzac, Lettres, éd. P. Tamizey de Larroque, 78 ds Mél. hist. t. 1, p. 626) ; c) ca 1135 toz li monz « chacun » (Couronnement de Louis, éd. Y. G. Lepage, 2227) ; 1585 tout le monde « n'importe qui, le premier venu » (N. Du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, II, p. 272) ; 1881 Mr Tout le Monde (Sachs-Villatte). D. 2e moitié xiiies. relig. « les activités profanes opposées à la vie spirituelle » (Rutebeuf, Ave Maria Rustebuef ds Œuvres, éd. E. Faral et J. Bastin, t. 2, p. 240). La forme monde est empr. au lat. mundus « l'univers », « le globe terrestre », « les hommes » et au sens de « le siècle » en lat. eccl. ; elle s'est substituée à l'a. fr. mont (xes., Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 4) encore très usitée au xiie et xiiies., cf. supra et v. T.-L.
Lire également la définition du nom monde afin d'amorcer la réflexion symbolique.
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Symbolisme :
Voici la présentation du Tarot du Sepher de Moïse qui met en avant les lames du Livre de Thot :
Lame du nombre 21 - lettre hébraïque Shin - le Monde
Le Nombre Vingt-et-Un, le Monde dans le Livre de Thoth est celui de l’accession à sa propre divinité. La maîtrise des cinq sens physiques, des cinq sens spirituels donne accès aux cinq sens divins de la supraconscience et qui donnent pouvoir sur les cinq éléments. La troisième position de ce Nombre dans le septième ternaire (19-20-21) en fait un Nombre sous influence du Destin, ce que confirme sa réduction théosophique (2+1 = 3). L’addition théosophique des 21 premiers Nombres nous donne 231 (les Nombre du Ternaire Divin), ce qui nous ramène en réduction théosophique à : (2+3+1 = 6), un autre Nombre du Destin. Il est intéressant de comparer ce Nombre 231 à celui qu’indique le Sépher Yetsirah dans lequel, parlant des lettres hébraïques, il est dit :
Elles se renouvellent dans un cycle et existent dans 231 portes. Tout ce qui est formé et tout ce qui est parlé émane du Nom Unique.
Comment comprendre que ce Nombre Vingt-et-Un puisse être en même temps la supraconscience divinisée et sous influence du Destin... La réponse est dans la combinaison des Nombres Puissances qui le composent. Le Nombre Deux la Conscience différenciée de l’universel (le Nombre Six l’ombre-notre de l’Adam du sixième jour), qui s’unit à la Providence, le Nombre Un pour agir par ses pouvoirs, et en harmonie avec les Lois de la Providence, sur les éléments du Destin. Si notre Ternaire Divin est constitué 63 par les Nombres Un, Deux, Trois, celui de la supraconscience différenciée de l’universel est constitué par les Nombres Deux, Un, Trois, ou pour l’addition théosophique des Vint-et-Un premiers Nombres, par la suite Deux, Trois, Un. Dans tous les cas ce Nombre Vint-et-Un est une déclinaison directe du Ternaire Divin Un, Deux, Trois, son ombre-notre.
Nous avons vu que l’individu dans sa partie organique est composé de cinq sens physique, et dans sa partie non physique (métaphysique), de cinq sens spirituels qui sont : la clairvoyance, la clairaudience, l’intuition, la mémoire et l’imagination. Pour les cinq sens de la supraconscience nous aurons: le fameux Discernement :

Et vous serez tels que Lui-les-Dieux, connaissant-le-Bien-et-le-Mal.
La Volonté (la faculté volitive d’Adam son libre arbitre et l’expression de sa divinité :
Je-suis-celui-qui-se-crée-lui-même ; l’Omniscience, ce lien direct avec les ressources de l’Akasha, l’Ubiquité, que nous avons inconsciemment exprimé par la multiplication d’une cellule source pour constituer notre enveloppe organique, et enfin l’Éternité celle qui nous fait prendre conscience que nous ne sommes ni le passé ni le futur, mais l’Éternel Moment Présent, le centre du cercle des manifestations instrumentalisées par notre libre arbitre. Cette sortie de l’inconscient collectif pour accéder à la supraconscience procure aussi, par la maîtrise de ses cinq sens, la faculté de divination. Sur ce sujet je crois utile de reprendre ce qu’en disait Eliphas Levi dans Dogme et rituel de la haute magie :
L’un des privilèges de l’initié au grand Arcane, et celui qui résume tous les autres, c’est la Divination.
Suivant le sens vulgaire du mot, deviner signifie conjecturer ce qu’on ignore mais le vrai sens du mot est ineffable à force d’être sublime. Deviner (divinari), c’est exercer la divinité. Le mot divinus, en latin signifie plus et autre chose que le mot divus, dont le sens est l’équivalent de l’homme-dieu. Devin, en français, contient les quatre lettres du mot Dieu, plus la lettre N, qui correspond, par sa forme, à l’aleph hébreu, et qui exprime cabalistiquement et hiéroglyphiquement le grand Arcane, dont le symbole, dans le Tarot, est la figure du Bateleur.
Celui qui comprendra parfaitement la valeur numérale absolue de l’aleph multiplié par N, avec la force grammaticale de l’N final dans les mots qui expriment science et art ou puissance, puis qui additionnera les cinq lettres du mot Devin, de manière à faire rentrer cinq dans quatre, quatre dans trois, trois en deux et deux en un, celui-là , en traduisant le nombre qu’il trouvera en lettres hébraïques primitives, écrira le nom occulte du grand Arcane, et possédera un mot dont le saint tétragramme lui-même n’est que l’équivalent et comme l’image.
Etre devin, suivant la force du mot, c’est donc être divin, et quelque chose de plus mystérieux encore.
Les deux signes de la divinité humaine, ou de l’humanité divine, sont les prophéties et les miracles. Etre prophète, c’est voir d’avance les effets qui existent dans les causes, c’est lire la lumière astrale ; faire des miracles, c’est agir sur l’agent universel et le soumettre à notre volonté.
Dans cet admirable extrait, Eliphas Levi nous livre une des clés du grand Arcane celui du Nombre Vingt-et-Un, qui je le rappelle contient en lui les vingt autres Nombres Puissances plus le Zéro, et qui est l’un des sens divin de la supraconscience l’Omniscience, ou la divination comme il nomme cette faculté. Cette divination n’est rien d’autre que la sublimation de notre sens spirituel l’Intuition qui a permis de recevoir les lumières de la Providence au fur et à mesure de l’évolution. Lorsque cette Intuition, par son haut niveau vibratoire, est en harmonie complète avec le niveau vibratoire des Lois de la Providence, alors elle devient par amplification de sa résonance, divination par la lecture directe du sens cachant du langage analogique des archives Akashiques, comme était capable de le faire Adam dans sa forme glorieuse, lisant directement dans Lui-les-Dieux. Ce Nombre Vingt-et-Un, qui avec le Zéro fait Vingt-deux Nombres Puissances, est l’Arche d’alliance tel qu’il est conseillé à Nôah de la construire tout au long de ces VINGT-DEUX versets de ce chapitre VI de La Véritable Histoire d’Adam et Ève enfin dévoilée, la numérologie des Tables de la Loi devient ici éblouissante de cohérence et d’harmonie avec Tarot du Sépher de moïse.
Pour mémoire je rappelle que l’Arche d’alliance avait quatre chérubins dont les ailes se touchaient. À l’intérieur de l’Arche se trouvait le Bâton fleuri d’Aaron, la Coupe ou Gomorh contenant le Mana, les deux Tables de la Loi, et le Mana dans le Gomorh ; le Nombre Quatre y figurait en tant que résultat de l’addition théosophique du nombre Vingt-Deux (2+2), mais aussi comme sainte Tétracktys, notre Ennéade primordiale.
La lame du livre de Thoth nous représente le Nombre Vingt-et-Un sous la forme d’une figure hiéroglyphique comprenant une femme nue au centre d’une couronne formant un cercle (le Zéro ou le O de l’Oméga) ; le langage analogique nous en indique clairement le sens à savoir : la faculté volitive (la Conscience) qui est devenue, par la reconquête de ses pouvoirs, le centre de l’Éternel Moment Présent, qui lui-même est le germe duquel sortiront les arborescences qui feront croître la sphère des manifestations autant-que-possible, et dans laquelle on retrouvera les fils et filles de cette Vierge. Cette femme nue, c’est aussi l’aspect symbolique de la Vérité sans voile, de la nature humide et fécondante, qui devient le magnétisme attracteur des forces de la Création qui se retrouvent aux Quatre angles de la lame sous l’aspect du Lion symbolisant le Feu, du Bœuf symbolisant la Terre (voir signe du Taureau) de l’Aigle symbolisant l’élément Air, et de l’Ange l’éther des puissances spirituelles et Akashiques. Ce magnétisme attracteur est celui qui permet à la supraconscience d’agir sur l’agent universel et de le soumettre à sa volonté. Les cinq éléments que contient cette lame, sont comparables à la quintessence de la lame du Nombre Cinq, Seth/Vierge à laquelle je renvoie, pour une pleine compréhension de ce langage analogique sublime, et les dialectiques qu’entretiennent ces Nombres de pouvoirs indissociables les uns des autres et qui se parlent et se répondent sans cesse, soit par leur numérologie, leur addition ou réduction théosophique, leur position au sein du Ternaire Divin ou sur le plan planétaire ou zodiacal, ou encore par une appartenance à un élémental. La Quintessence du Nombre Vint-et-Un est une déclinaison de celle de Seth/Vierge, qui, par son retour à l’homogène, en devient le centre du cercle de ses propres manifestations, car ne l’oublions pas, chaque Nombre Puissance n’est jamais séparé des autres, et celui qui domine dans une manifestation, le fait en utilisant le subtil et savant dosage des autres Puissances qui lui confèrent le pouvoir de l’ipséité de sa supraconscience.
La sentence Vingt-deux du Tao-Tô-King me paraît illustrer merveilleusement ces Vingt-deux premiers Nombres: Ce qui est incomplet s’accomplira. Ce qui est courbé deviendra droit. Ce qui est vide sera rempli. Ce qui est usé deviendra neuf. N’avoir rien et se sentir comblé. Etre riche, et garder sa simplicité. Ainsi est le sage. Il embrasse l’Unité. Il vit caché et pourtant tous le voient. Il ne s’affirme pas et pourtant il s’impose. Il ne se vante pas, et son mérite éclate. Absent à lui-même, sa présence s’accroît. Etant sans ambition, il ne heurte personne. Il ne lutte point. Ainsi nul ne peut l’égaler. Ce qui est incomplet sera achevé. Cette sentence ancienne est pleine de vérité car seul celui qui plie reste intègre. Reste humble et garde l’esprit ouvert : tu recevras le monde.
Le Nombre Vingt-et-Un a pour lettre hébraïque Shin, nom divin Schadaï (tout puissant).
Vocabulaire radical de La langue hébraïque restituée :
Ce caractère appartient, en qualité de consonne, à la touche chuintante ; et peint d’une manière onomatopée les mouvements légers, les sons durables et doux. Comme image symbolique, il représente la partie de l’arc d’où la flèche s’élance en sifflant. C’est, en hébreu, le signe de la durée relative et du mouvement qui s’y attache Il dérive du son vocal Yod, passé à l’état de consonne, et prononcé JE ; en joignant à son expression les significations respectives des consonnes Zaïn et Samech. Employé comme relation prépositive, il constitue une sorte d’article pronominal, et se place à la tête des noms et des verbes, pour leur communiquer la double puissance qu’il possède du mouvement et de la conjonction. Son nombre arithmétique est 300.
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Marie-Claire a la gentillesse de partager avec nous son travail de condensation par extraits choisis des Méditations sur les 22 Arcanes Majeures du Tarot d'un auteur qui a préféré garder l'anonymat (Éditions Aubier, 1980, 1984) :
Arcane XXI : Le Monde
«Lorsqu’il traça un cercle à la surface de l’abîme... J’étais à l’œuvre auprès de Lui. Et je faisais tous les jours ses délices, jouant sans cesse en sa présence, jouant sur le globe de la terre, et trouvant mon bonheur parmi les fils de l’homme.» (Proverbes, VIII, 27-31). L’Arcane représente une femme nue dansant à l’intérieur d’une guirlande, tenant une baguette dans la main gauche et un philtre dans la main droite. Dans les quatre angles de l’Arcane, on voit : l’Ange et l’Aigle, le Taureau et le Lion. Les quatre animaux sacrés encadrent ainsi la guirlande dans laquelle danse la danseuse nue à l’écharpe flottante jetée sur son épaule. « On ne vit véritablement que lorsqu’on danse » (Isadora Duncan).
Les premières idées qui nous viennent à l’esprit, en regardant la Lame, sont celles de la danse, de la floraison et des quatre éléments, ce qui amène à considérer des problèmes tels que l’essence du mouvement, de la croissance et de la sagesse spontanée. La première impression est que le dernier Arcane Majeur suggère la conception du monde comme mouvement rythmique ou danse de la psyché féminine, soutenue par l’accompagnement de l’orchestre des quatre instincts primordiaux, ce qui fait apparaître l’arc-en-ciel des formes et des couleurs c'est-à -dire l’idée que le monde est une œuvre de l’art divin ; œuvre chorégraphique, musicale, poétique, dramatique, de peinture, de sculpture et d’architecture tout à la fois.
L’idée du monde comme œuvre d’art est implicite dans toutes les cosmogonies qui expliquent l’origine du monde par l’acte créateur comme c’est le cas dans la Genèse de Moïse. La création - y compris la transformation du chaos primordial en cosmos - n’est intelligible que par analogie avec l’art magique ou la magie de l’art. « Au commencement, Dieu créa (acte magique) les cieux et la terre (œuvres d’art)...». Peut-on y percevoir une autre idée que celle de l’acte transformant l’idéal en réel, l’intelligence en sensible ? La magie et l’art divins, implicites dans le récit de la Création du monde, sont-ils une seule et même chose ?

Il faut admettre que l’acte créateur où l’idée se transforme en réalité objective de l’art et de la magie, est analogue à ce qui se passe dans le monde en formation et en transformation. Sur le rapport entre l’art et la magie, Joséphin Péladan, artiste et magiste lui-même, écrit : « Quant aux génies, ce sont des intuitifs qui expriment les lois surnaturelles avec des images ; ils attirent l’influx de l’au-delà et ils sont en rapport direct avec l’occulte. Ni Dante, ni Shakespeare, ni Goethe ne faisaient d’évocations et tous trois savaient l’occulte ; ils se sont sagement contentés de créer des images éternelles ; et en cela ils furent des mages incomparables. Créer dans l’abstrait, créer dans l’âme des hommes des reflets vivifiants du mystère, voilà le grand-œuvre. » (Introduction aux sciences occultes - E. Sansot- Paris 1911)
La création artistique diffère de l’opération magique en ce qu’elle est plus intérieure. Quant à la magie sacrée, le rapport entre l’art sacré et la magie sacrée revient au rapport entre le Beau et le Bien c'est-à -dire au rapport entre les couleurs et la chaleur de la même lumière. Le Beau, c’est le Bien qui se fait aimer ; le Bien, c’est le Beau qui guérit et vivifie. Mais le bien dont la beauté est perdue de vue, se raidit en principes et en lois, il devient pur devoir ; le beau qui s’est détaché du bien et l’a perdu de vue se dissout en pure jouissance et en pur plaisir dépourvus d’obligation et de responsabilité. Ces états d’être résultent de la séparation du Beau et du Bien, soit en morale, soit en religion, soit en art. Telle est l’origine de la morale légaliste et de l’esthétique pure.
Le vingt-deuxième Arcane « le Monde », qui suggère l’idée que le monde doit être appréhendé artistiquement plutôt qu’intellectuellement, puisqu’il est mouvement et rythme, n’a-t-il d’autre but que de communiquer cet enseignement sur la beauté profonde du monde ou donne-t-il un avertissement sur le danger de la beauté du monde ? Car si l’Arcane dont la Lame représente un fou itinérant nous a conduit jusqu’à son nom le plus profond « l’Amour », n’est-il pas possible que l’Arcane dont la Lame représente une danseuse nue dans une guirlande nous conduise jusqu’à son nom caché « la Folle » ? Baudelaire, artiste de génie, ne nous a-t-il pas légué l’enivrement comme la clef, la seule et indispensable clef, de la création et de la créativité artistique ?
De même qu’il y a Art et art, de même il y a l’Art cosmique divin et l’art cosmique des mirages ; de même qu’il y a des extases et des illuminations de l’Esprit-Saint, de même il y a des ivresses de l’esprit de mirage « le faux Esprit-Saint ». Si vous cherchez la joie de la création artistique, de l’illumination spirituelle et des expériences mystiques, vous vous approchez inévitablement de la sphère de l’esprit de mirage auquel vous devenez de plus en plus accessible ; si vous cherchez la vérité par la création artistique, par l’illumination spirituelle et par les expériences mystiques, vous vous approchez de la sphère de l’Esprit-Saint et vous vous ouvrez de plus en plus à lui.
La joie qui résulte de la vérité et la croyance qui résulte de la joie, voilà la clef de compréhension de l’Arcane du monde comme œuvre d’art. C’est elle qui nous révélera le monde comme œuvre de l’art divin créateur et c’est elle qui nous révélera le monde comme œuvre de l’art du mirage trompeur ; le monde de la Sagesse « qui était à l’œuvre auprès de Lui... jouant sans cesse en sa présence » (Proverbes VIII, 27-31) et le monde Maya de la grande illusion ou, en d’autres termes, le monde qui révèle Dieu en le manifestant et le monde qui le cache en le couvrant. A la lumière de l’Arcane « le Monde » - l’Arcane du mouvement rythmique ou danse - la joie est l’accord des rythmes tandis que la souffrance en est le désaccord. La joie est l’état de l’harmonie du rythme intérieur avec le rythme extérieur, du rythme d’en-bas avec celui d’en-haut, en d’autres termes, du rythme de la créature avec le rythme divin.
Même l’ascétisme le plus austère témoigne en faveur de la joie de vivre, car il veut épurer la souffrance d’après la chute : il aspire à la joie d’être, primordiale et véritable. Même dans le monde déchu, dans le monde qui ne garde que des reflets de son état primordial, celui de la joie sans mélange «l’état du jardin planté par Dieu», même dans notre monde déchu dont Schopenhauer dit que la somme totale de souffrance excède de beaucoup celle de la joie, même dans ce monde, c’est la joie de vivre qui le meut. « La joie est plus profonde que la souffrance... toute joie veut l’éternité, veut la profonde, profonde éternité. » (Zarathoustra - Nietzsche). Les sources de la joie dérivent du fleuve qui sortait de l’Eden «pour arroser le jardin». Le Paradis existait avant le monde de la lutte pour l’existence et la survivance. De même que la vie précède la mort, la joie précède la souffrance.

« Sagesse joyeuse qui était là avant qu’il ait fait la terre et le premier atome de la poussière du monde... qui faisait tous les jours ses délices, jouant sans cesse en sa présence, jouant sur le globe de sa terre, et trouvant son bonheur parmi les fils de l’homme. » (Proverbes, VIII - Salomon). Ce texte met en relief l’esprit artistique qui dominait l’aube du monde, la joie de la création, mais encore qu’il y avait joie divine c'est-à -dire accord entre les rythmes du Créateur et de la Sagesse et que les hommes dont le rythme s’accorde avec celui de la Sagesse «font ses délices», de même qu’elle faisait les délices du Créateur en œuvrant en accord avec Lui. Notons que le jeu de la Sagesse « jouant sans cesse en sa présence, jouant sur le globe de sa terre... » est celui qui est représenté dans l’Arcane « le Monde » d’un Tarot imprimé à Paris en 1500 (Le Tarot des imagiers du Moyen-Age - Oswald Wirth).
« La folie est une femme bruyante... Et il ne sait pas que c’est par elle que des géants périssent, et que ses invités sont dans les vallées du séjour des morts. » (Proverbes IX, 13-18). Il y a donc la joie de la Sagesse et la joie de l’ivresse, appelée « eau étrangère » dans les Septantes : « Mais hâte-toi de partir de là , ne t’arrête pas là et ne la regarde pas fixement, parce qu’autrement tu auras à traverser une eau étrangère...». La première découle de la Sagesse tandis que la dernière produit une fausse sagesse car il existe dans le monde invisible une sphère de mirages qui constitue le piège principal pour les ésotéristes, les gnostiques, les mystiques et tous ceux qui cherchent l’expérience spirituelle authentique. Afin de s’élever à la sphère des Saints et des hiérarchies célestes, il faut traverser la sphère du faux Esprit-Saint cà d refuser de réagir à son attraction. Les mirages se dissipent mais à quel prix...
Des occultistes, des magistes, des gnostiques et des mystiques en sont les victimes aussi souvent que les peuples et les dirigeants des mouvements sociaux et politiques. A vrai dire, si l’occultisme est occulte, si l’ésotérisme est ésotérique c'est-à -dire s’ils exigent la protection du secret, c’est surtout afin de protéger les esprits libres contre les dangers de l’asservissement par la sphère du mirage. Le chemin de l’expérience spirituelle personnelle et authentique de l’ésotérisme comporte nécessairement l’affrontement à la réalité de la sphère de mirage ou « du faux Esprit-Saint ». Les mystiques de l’orient chrétien sont tellement impressionnés par la réalité et le danger de la sphère du mirage qu’ils préfèrent renoncer à toute expérience spirituelle de nature visionnaire ou intellectuelle au danger d’affronter la réalité de cette sphère.
L’esprit chaste est sobre, il ne se laissera pas entraîner par « ...les eaux dérobées qui sont plus douces... » c'est-à -dire par l’ivresse des flots d’illumination contre laquelle nous met en garde Salomon dans le Livre des Proverbes. L’esprit pauvre se refusera à boire des eaux dérobées puisqu’il ne cherche que ce qui est essentiel à la vie du corps, de l’âme et de l’esprit. Il n’acceptera pas l’orgie d’illuminations spirituelles que lui offre la sphère des mirages. L’esprit obéissant a le sens de l’obéissance véritable qui n’est point l’asservissement de la volonté à une autre volonté mais la clarté morale, la faculté de connaître et reconnaître la voix de la vérité. Saint-Antoine dit radicalement «sans tentation, pas de salut», on peut ajouter sans les trois vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, aucune tentation vaincue.
Malheureusement, les ésotéristes semblent avoir adopté une attitude scientifique selon laquelle on ne mise que sur la seule intelligence. Il en résulte très souvent un feu d’artifice intellectuel qui, à la différence de la lumière du soleil, n’éclaire pas, ne chauffe pas, ne vivifie pas. Mais le danger principal réside surtout dans la réalité de la sphère des mirages qui est toujours prête à fournir, non seulement des visions, mais aussi des illuminations et des mirages intellectuels. C’est pourquoi la règle de tout ésotériste devrait être de taire toute illumination ou inspiration nouvelle, afin de lui donner le temps nécessaire pour mûrir ; se taire jusqu’à ce qu’il ait acquis la certitude qui résulte de l’accord de la conscience morale, la logique morale, l’expérience spirituelle et ordinaire personnelle avec celle des compagnons et guides spirituels du présent et du passé ainsi qu’avec la Révélation divine.

Les artistes, tout comme les ésotéristes, sont obligés de faire passer leurs œuvres par l’épreuve du temps afin que les mauvaises herbes de la sphère de mirage en soient arrachées. Il y a donc un art sacré qui se distingue d’un art profane, tout comme la magie sacrée se distingue du magisme profane et de la sorcellerie. « Tout art sacré se fonde sur une science des formes ou, autrement dit, sur le symbolisme inhérent aux formes... le véritable art est beau parce qu’il est vrai. ». (Principe et méthode de l’art sacré - Titus Burckharlt). L’art sacré se fonde donc sur une science des formes et non pas sur l’élan subjectif du créateur artistique ni sur le sujet comme tel. L’art sacré exige que l’âme de l’artiste soit pauvre afin d’être à même de recevoir la richesse de l’Esprit divin, soit chaste afin de ne pas troubler les eaux limpides coulant de la source divine, soit obéissante afin de pouvoir imiter l’Esprit divin qui opère cà d afin de pouvoir opérer de concert avec lui.
Or la Lame « le Monde » représente une danseuse tenant une baguette magique et un philtre. La baguette qu’elle tient verticalement symbolise le pouvoir créateur de la réalisation en bas de ce qui est en haut. C’est le geste de l’art sacré cà d le geste imitant la manière dont l’Esprit divin créateur opère. Quant au philtre « ... Le philtre est à l’opposé de la baguette, dans ce sens que l’illusion créée par l’homme peut lui donner une royauté éphémère... ». (Paul Marteau). L’Arcane enseigne que la joie c'est-à -dire l’accord des rythmes est au fond de la création et avertit, en même temps, du danger de chercher la joie créatrice au lieu de la vérité créatrice car celui qui cherche d’abord la joie créatrice puisera au philtre la potion enivrante d’illusion tandis que celui qui cherche d’abord la vérité créatrice participera activement à l’accord des rythmes cà d à la joie créatrice. Il apprendra à manier la baguette c'est-à -dire à se mettre verticalement en contact avec la sphère de l’Esprit-Saint, la sphère des Saints et des hiérarchies célestes, en traversant imperturbablement « la sphère de mirage ».
Heureux celui qui cherche d’abord la sagesse car il la trouvera joyeuse ! Malheur à celui qui cherche d’abord la joie de la sagesse joyeuse car il sera la proie des illusions ! De cet enseignement découle une règle importante d’hygiène spirituelle : que celui qui aspire aux expériences spirituelles authentiques ne confonde jamais l’intensité de l’expérience vécue avec la vérité qui se révèle - ou ne se révèle pas - à lui. Une illusion de la sphère de mirage peut vous bouleverser tandis qu’une révélation véritable d’en haut peut avoir lieu sous la forme d’un chuchotement intérieur à peine perceptible. Loin de s’imposer par force, l’expérience authentique spirituelle exige parfois une attention très éveillée et concentrée pour ne pas passer inaperçue. S’il n’en était pas ainsi, à qui serviraient les exercices de concentration et de méditation profonde ?
Le monde spirituel ne ressemble point à la houle de la mer qui renverse les barrages pour inonder le pays. Ce que le monde spirituel préfère à tout, c’est l’inspiration raisonnable cà d le doux écoulement de l’inspiration qui s’intensifie au fur et à mesure que les forces intellectuelles et morales du bénéficiaire croissent et mûrissent. Les éléments d’une grande vérité se révèlent peu à peu jusqu’au jour où l’entière vérité resplendit dans la conscience humaine ainsi préparée. Alors, il y aura joie mais pas cette perturbation d’équilibre qu’est l’ivresse. Voilà la loi de la baguette que le personnage central de l’Arcane tient dans sa main mais c’est bien le contraire qui s’applique au philtre qu’il tient dans l’autre main. Il s’agit là en premier lieu de la joie et de l’ivresse qui donnent naissance à des révélations « mirages ». La manière d’opérer de la sphère du faux Esprit-Saint est de convaincre de la vérité du mirage intellectuel ou visionnaire par l’intensité de l’impression produite.
L’Arcane « le Monde » est l’Arcane du mouvement c'est-à -dire comment est mû ce qui est mû par ce qui meut. Le mouvement émanant de la sphère de l’Esprit-Saint et celui émanant de la sphère de mirage - les deux mouvements provenant de la baguette et du philtre - ont ceci en commun qu’ils meuvent, quasi d’en dehors ou d’en haut, l’âme humaine et le monde des actions. La guirlande représente le mouvement immanent de la croissance et les quatre figures symbolisent le mouvement immanent de l’instinct primordial ou ce que les anciens appelaient les quatre éléments. La terre, l’eau, le feu et l’air constituent les quatre instincts primordiaux immanents au monde en mouvement ; c’est pourquoi ils sont figurés dans la tradition iconographique religieuse ainsi que dans la Lame «le Monde» comme le quaternaire cosmogonique du Taureau, de l’Aigle, du Lion et de l’Ange.

Nous ne saurions apercevoir aucun ordre dans le mouvement universel que nous appelons « le Monde » si nous n’y appliquions pas le principe de causalité cà d si nous ne distinguions pas ce qui meut de ce qui est mû, ce qui forme de ce qui est formé, la source du but, le commencement de la fin. Or ce qui se manifeste dans la structure de notre intelligence sous la forme de la causalité, c’est ce qui se manifeste encore sous la forme du quaternaire des instincts cosmiques à savoir ceux de la motricité spontanée, de la réactivité, de la transformabilité et de l’enroulement. L’impulsion, le mouvement, la formation et la forme sont à l’œuvre partout aussi bien dans l’activité intellectuelle que psychique et biologique, aussi bien dans la matière dite inorganique que dans la matière organique, aussi bien dans le macrocosme que dans le microcosme.
La guirlande tricolore est le champ de la manifestation des quatre éléments agissant à l’intérieur des phénomènes de la vie sous la forme de l’élan vital. C’est «le fleuve qui sort d’Eden pour arroser le jardin et qui se divise en quatre bras». (Genèse II, 10). Les anciens grecs appelaient le fleuve qui se divise en quatre bras «l’Ether» lequel se divise en quatre éléments ; Feu, Air, Eau et Terre. « Divise ta pierre en quatre éléments... et réunis-les en unité et tu auras le magistère en entier cà d le magistère ou le savoir-faire de l’œuvre, c’est la séparation des quatre éléments de la « prima meteria » et puis la réalisation de leur unité dans la « quinta essentia » ou l’éther des anciens.». (Aristote - De Coelo, I, 3). La guirlande représente le stade intermédiaire de l’analyse ou de la synthèse c'est-à -dire le progrès des quatre éléments aux trois qualités et des trois qualités à l’unité de la quintessence.
L’Arcane « le Monde » est donc celui de l’analyse et de la synthèse. Il enseigne l’art de distinguer, dans l’expérience du mouvement, l’illusoire du réel, les trois colorations ou les trois modes essentiels de l’énergie - passivité et latence, activité et déploiement, neutralité et harmonie d’équilibre -, enfin les quatre éléments ou impulsions inhérents à tout ce qui se meut. Il enseigne encore l’art de percevoir l’unité radicale des quatre éléments, des trois couleurs et des deux effets c'est-à -dire la quintessence. En langage kabbalistique, l’Arcane est celui de déploiement du nom sacré de Dieu et de son repliement ultérieur, les deux opérations étant analogues à l’œuvre de la création et à celle du salut.
Il va sans dire que l’on pourrait pousser plus loin, très loin, l’analyse puis la synthèse de l’Arcane. On pourrait, par exemple, établir le rôle des quatre éléments dans les quatre plans ou mondes - à savoir l’Emanation, la Création, la Formation et l’Action selon l’Arbre Séphirotique - en prenant la décade séphirotique pour chaque plan et en résumant pour chacun de ces plans, au moyen de la synthèse, le résultat obtenu. Nous obtiendrions les quarante lames numériques et les seize figures de Deniers, d’Epées, de Coupes et de Bâtons du système des Arcanes mineurs. Les cinquante-six Arcanes mineurs ne sont donc que le développement du dernier Arcane «le Monde».
Les Arcanes Majeurs ne sont pas, dans leur ensemble, un programme d’enseignement des sciences occultes mais bien une école de méditation visant à éveiller la conscience pour les lois et les forces qui sont à l’œuvre sous la surface intellectuelle, morale et phénoménale cà d pour les Arcanes. Les Arcanes mineurs constituent un résumé des expériences obtenues pendant la méditation sur les Arcanes Majeurs sous la forme de l’amplification - analyse et synthèse poussés à l’extrême - de l’Arcane Majeur « le Monde ». Les mondes ou sphères des Deniers, des Epées, des Coupes et des Bâtons correspondent au degré du chemin traditionnel de préparation, de purification, d’illumination et de perfection.
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Alexandro Jodorowsky et Marianne Costa, dans La Voie du Tarot (Éditions Albin Michel, 2004) nous proposent leur interprétation personnelle de la Justice :
XXI. Le Monde

           Sur le site de Philippe Camoin, on peut trouver un petit fascicule intitulé Le Tarot de Marseille restauré ou "L'Art du Tarot" par Alexandro Jodorowsky qui propose une liste de mots clefs impressionnante, glanés selon les œuvres de différents auteurs :
XX LE JUGEMENT
L’homme régénéré régénérant la création - Fin et perfection de toutes choses - Âme universelle - Perfection - Harmonie finale - Illumination psychique et spirituelle - Vie éternelle - Se sauver de la mort - Union finale - Conscience cosmique - Intégrer en une seule ligne d’action l’intellect et l’intuition, les instincts et l’activité physique - Opposition - Réclusion - Inertie - Succès - Peur de voyager - Récompense - Âme extatique - Bénédiction - Unité des forces positives et négatives - Quatre directions de l’espace, des quatre éléments - feu, air eau, terre - et de l’éther au centre comme cinquième - L’absolu qui contient Dieu, l’homme, l’univers - Conditions cosmiques que nous subissons - Sexe de la femme - Résultat final de tous les efforts - Admiration pour les autres - Imperfection - Incapacité de terminer la tache commencée - Tout en tout - Mage parvenu à la connaissance suprême - Dieu en son œuvre - Échec définitif - Sainteté - Échafaud - Anéantissement dans le vide - Élévation - Orgasme et grâce - Réalisation des contraires dans l’unité - Secret que nous cachons au fond de nous - Dieu hermaphrodite - Union du sexuel et du cérébral, passant par le cœur - Le passé dans sa totalité - Haine de la femme - Refus de sa propre féminité - Longs voyages - Affaires internationales - Solitude - Non-communication - Perte de ses facultés sensorielles, surdité, cécité, mutisme - Intervention décisive - Intégrité absolue - Extase - Obstacle énorme - Ambiance hostile - Mondanité - Manque de concentration - Malchance soudaine - État d’un mage lorsqu’il est à son plus haut niveau d’Initiation - Triomphe d’une culture - Pays assailli par un ennemi - Grand faim - Peste - Choses magnifiques - Femme idéale - Nymphomanie - Femme pouvant avoir plusieurs amants en même temps - Élu se détachant de la matière - Conjonction des sexes - Mort maquillée en vie - Perte de la volonté - Énergie contenue - Immense égoïsme - Peur de la pénétration - Explorateurs et cosmonautes - Publicistes - Être animé par le désir de s’évader - Le monde ouvre ses portes - Perdre quelque chose par orgueil - Temple idéal achevé - Science intégrale - Puissance spirituelle - Bénéfice tiré de la collectivité - Homme d’état - Haut fonctionnaire hostile - Refus d’être mère - Obstacle extérieur insurmontable - Projection - Le métal choisi est transformé en or très pur - Mariage heureux - Peur du changement - Attachement excessif à un lieu de résidence - Mauvaise vue - Inspiration artistique - Bonne santé - Négation d’un triomphe - Sacrifice de l’amour - Homme devenant passif - Purification de l’ego - Maladies de cœur - Centre de gravité - Espace - L’instable peut être créateur - Temps - Marchant se dispersant en une multitude d’activités - Quelqu’un capable de mener plusieurs affaires en même temps - Changement de résidence - Trop de dévotion envers ce que l’on connaît déjà - Bagne - Ne pas vouloir abandonner une situation dangereuse - Ventre d’une femme enceinte - Monde parfait.
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Dans Le Tarot : mode d'emploi (Éditions TrajectoirE, 2009) Alain Bocher propose également son interprétation de l'Arcane du Monde :
XXI — LE MONDE
Dernier arcane majeur, ou premier d’un nouveau monde ? C’est ce que nous allons essayer de comprendre. Quel est donc le message de cette lame ?
La porte ! Fermez la porte et éteignez la lumière en sortant! C’est ce qu’on serait tenté de dire mais, en réalité, nous ne sortons aucunement. Nous entrons dans un monde nouveau, un monde gardé par quatre personnages qui pourraient bien paraître bizarres. Pensez donc : un semblant de Licorne ou un cheval plutôt gras, un lion à l’air paisible, un aigle qui se prend pour un paon et un « peut-être » ange. Il y a de quoi s’étonner.
D’autant plus qu’au beau milieu de tout cela, on peut voir une jeune fille quasiment nue (est-ce bien une jeune fille ? On ne voit pas son sexe, ne serait-ce pas plutôt un androgyne ?) Elle danse, un instrument dans la main gauche. Est-ce une flûte, une corne de licorne, un calame ou une baguette de sourcier ?
La gigue : Il est à noter que, à l’instar du PENDU, quoiqu'à l’inverse, telle un reflet, la fille du monde danse le même pas que celui qui est dansé dans la lame XII. Or, il est curieux de remarquer que cette lame (12) a le nombre inverse du Monde (21).
Ils sont par conséquent face à face et dansent en miroir, ce qui est parfaitement logique dans la gigue dite écossaise mais qui, à l’origine, est totalement celtique. Une trace supplémentaire du celtisme dans ce Tarot que l’on dit de Marseille ! Cela fait beaucoup, ne trouvez-vous pas ? Mais ce qu’il faut se demander, c’est: pourquoi danse-t-elle ? Et pourquoi la gigue ?
Pourquoi danse-t-elle ? Tout simplement parce qu’elle est contente d’être arrivée au bout de son cheminement! Elle est arrivée en face d’elle-même. Car pourquoi tout ce chemin, sinon pour aller au fond de soi-même ? Le Tarot est un chemin initiatique où l’on part, comme toujours sur ce genre de chemin, à la recherche de soi. Et où l’on arrive en face d’un miroir, une psyché, (d’ailleurs ce nom de psyché n’est pas sans nous rappeler les profondeurs de notre âme !) et l’on se regarde enfin tel que l’on est et non point tel que l’on croit être.
Pourquoi la gigue ? Parce que l’on a grandi ! Parce que nous sommes devenus des géants (du grec : giga = grand). Et comme nous avons grandi, nous pouvons passer de l’autre côté du miroir pour continuer, mais dans une autre dimension, notre quête initiatique ! (Rappelons-nous Alice au pays des merveilles : elle ne cesse de grandir et de rapetisser jusqu’au moment où elle atteint une taille suffisante pour passer dans l’autre monde, de l’autre côté du miroir). Nous faisons de même jusqu’au bout du Tarot.
Nous aurons atteint alors les Honneurs qui, nous l’avons vu, sont tous des géants. Ils sont tous de l’autre côté du miroir. Et nous connaissons à présent la porte que nous franchirons pour les rejoindre pour continuer notre route. Route qui passera par la découverte de la Coupe, de la Lance, de l’Épée et du Bouclier.
Miroir, suis-je le plus beau ? Non, vous ne serez pas le plus beau, mais vous serez plus beaux que vous ne l’avez jamais été. Vous serez grandis par le passage de toutes les épreuves présentées par les lames, certaines vous appelant à la réflexion, voire à l’introspection, d’autres vous laissant dans l’attente, y compris l’attente de vous-même, d’autres encore vous obligeant à déménager de vos certitudes et de votre petit confort ou à comprendre ce que signifie le temps.
Si vous vous êtes véritablement penchés sur les significations multiples de ces lames, vous ne serez plus jamais les mêmes. La fonction première du Tarot, qu’il soit de Marseille ou de Tombouctou, est de permettre une connaissance de soi par tous les domaines de découverte. Ce n’est pas au premier abord pour faire de la divination. La véritable divination est en réalité l’extrapolation du présent, c’est-à -dire la corrélation entre ce qui est dans le temps présent et ce qui se passe dans l’esprit à ce moment précis. Ce n’est pas une soi-disant vision du futur. Il ne faut pas se leurrer. Il ne faut pas leurrer ceux qui viennent nous consulter. Il est certain que nous avons un rôle de conseiller, mais il est important que nous ne prenions pas pour des voyants !
Les voyants, cela existe, c’est évident, mais nous-mêmes, nous nous devons de rester humbles et de prendre notre rôle très au sérieux. Celui d’aider nos semblables à rentrer au fond de leur âme et les aider à comprendre là où ils en sont. De même pour nous. Le Tarot nous sert à comprendre ce que nous sommes et où nous allons. C’est le vrai miroir de l’âme. Ce n’est certainement pas par hasard qu’on l’appelle une psyché. Je pense que c’est ainsi que l’on doit le regarder, c’est certainement la meilleure façon de s’en servir et c’est normal qu’en 12 au moment où nous avons la tête au plus bas, plongée dans notre terre intérieure, on nous annonce que nous allons rayonner à l’identique, mais enfin debout et sur la matière, en 21. Dans certaines confréries initiatiques, le passage devant le miroir est un moment crucial qui échappe trop souvent aux futurs initiés (et à tant d’autres hélas), mais sur lequel il faut longuement réfléchir (normal pour un miroir !) et surtout, approfondir ce qu’on vient de vivre.
La fumée : Que de fumée autour de nous ! On n’y voit goutte ! Qui n’a pas fait l’expérience de passer d’une zone lumineuse dans une zone de brume, aveugle soudain, puis tout aussi soudainement d’entrer dans une zone de vrai beau temps ? C’est surtout valable en mer où l’on est complètement perdu pendant un long, trop long moment. Dans notre lame XXI, il se passe exactement la même chose. La mandorle qui entoure notre image est un véritable vortex. Il me semble que c’est comme cela que nous devons le prendre. Nous pouvons retrouver ces nimbes dans nombre de tableaux d’inspiration sacrée où nous voyons Dieu, un ange, ou encore un génie oriental apparaître ainsi aux hommes soit effrayés, soit en extase adorative. C’est toujours une figuration d’un passage entre deux mondes, passage entre deux états, bornes sur le Chemin (en latin : via = vie et via signifie voie). C’est précisément le symbolisme de cette lame XXI.
L’or y est ! En réalité, ce n’est pas à proprement parler de la fumée, même si la couleur en est semblable, du moins chez Nicolas Conver. Nous sommes en présence d’une couronne de Laurier. Mais ce n’est pas n’importe quelle couronne et ce ne sont pas n’importe quelles feuilles de n’importe quel laurier.
Pas n’importe quelle couronne, car c’est une couronne qui possède un nœud à chaque extrémité de l’ovale. C’est très certainement une aura, enveloppe de tout corps, à laquelle nous sommes reliés par deux nœuds. Le premier à 21 cm (une palme) au-dessus du point du crâne et le second à la même distance de la plante des pieds, donc en terre, ce qui est très flagrant sur le dessin de cette lame. Nous correspondons exactement au schéma de l’œuf où le jaune (le noyau) est relié à la membrane qui entoure le blanc par deux torsades, les glaires.
Et ces nœuds sont présentés comme deux croix de Saint-André, ce qui nous fait comprendre que ce sont bien deux des clés de l’homme.
Pas n’importe quelles feuilles car elles renferment un signe capital. Elles ont un secret bien gardé : à droite de cette lame, tout à côté de la main gauche est un petit dessin bien caché dans les feuilles de laurier. C’est à coup sûr un chameau. On ne peut pas se tromper. Or, le chameau (ghimel en hébreu) est l’animal symbolisant la Connaissance. C’est en effet la Lettre G, symbole de tous les compagnons quels qu’ils soient. Dans l’alphabet hébraïque, elle se trouve être à la troisième place et le trois est le nombre de l’activité et, par extension, de la procréation. Ce n’est pas un hasard si on rencontre cet animal ici!
Pas n’importe quel laurier, car, comme il est dit plus haut, ce sont des feuilles de laurier, celles qui couronneront notre labeur. En cette lame, on nous signifie que notre Œuvre est enfin accompli : Laurier = l’Or y est. Nous sommes à une des extrémités du Tarot et à l’ultime opération de l’Œuvre Alchimique. C’est encore une nouvelle preuve que le Tarot est bien le véhicule du langage alchimique. Et je pense que c’est avant toutes choses le Livre de la Vie sous toutes ses formes.
Trois piliers… Je vous rappelle ici ce leitmotiv qui nous poursuivra très longtemps : trois piliers soutiennent le monde ; le quatrième est invisible. Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas, bien au contraire, mais on ne peut n’en voir que trois à la fois. Cet adage est valable, quel que soit notre regard. On le retrouve dans la civilisation égyptienne, dans la civilisation celte, chrétienne également, de même chez les Aztèques ou encore dans la philosophie zen, etc.
Il en est de même dans ce Tarot et les chrétiens s’y sont d’ailleurs fourvoyés allègrement! Ils ont vu, dans les trois animaux et l’ange, les quatre évangélistes traditionnels ! Mais ils ignoraient que, bien avant eux, d’autres religions les avaient faites leurs. Par exemple la civilisation celte (encore elle !).
Or, nous pouvons voir ici un lion, un cheval ou une licorne sans corne (elle se trouve dans la main gauche de la danseuse), une aigle, (rappelons-nous que l’aigle symbolique est du genre féminin), et enfin, un ange (qui n’est en aucun cas l’apanage du christianisme). Ce sont peut-être les piliers sacrés du monde celte. En effet, le cheval (en breton marc’h) est un des animaux sacrés, ce qui amènera la confusion avec le Marc des chrétiens. L’ange est un être ailé, chez les Celtes, les elfes sont également des êtres ailés et ils sont tout autant invisibles. Suivant le plan où l’on est, suivant le grade que l’on a, les piliers visibles ne sont pas les mêmes et si, au début, ce sont les animaux qui se voient et l’être ailé que l’on ne voit pas, lorsque l’on monte les degrés de l’initiation, trois des êtres prennent de la couleur, à savoir : l’être ailé, l’aigle et le lion. Le cheval devient invisible, car il devient licorne et appartient à l’autre monde.
Cette écharpe à ton cou : Une écharpe flotte au cou de la danseuse. Elle aussi, a à dire, la partie haute est noire et le reste est rouge, signifiant par là que la matière n’est pas indépendante de l’action. En alchimie, on sait que l’action provient de la matière et que la matière vient de l’action. D’ailleurs, la jeune fille danse sur la matière : elle la domine, mais ne pourrait danser, donc agir, sans elle.
Les boules : Nous arrivons à une des grandes énigmes du Tarot de Marseille. Qui ne connaît pas l’expression moderne et quelque peu triviale voire vulgaire : « J’ai les boules… » ? Elle prend ici toute son importance et je m’interroge depuis bientôt quarante ans sur celles-ci, car il y en a plusieurs !

La première nous est apparue sur la table du BATELEUR. Elle passait alors pour un simple caillou, ou encore une étoile de la constellation du chariot, était-ce un signe ? Nous sommes en lame I.
Nous en découvrons une seconde précisément dans le sceptre (conjonction planétaire) de cette lame du chariot. Hasard ? Peut-être pas. Nous sommes en lame VII. La figure est inversée.
Nous retrouvons ce même dessin pour la troisième fois en lame XIIII, deux fois plus loin et, enfin, trois fois plus loin : en lame XXI ! Et la figure est rétablie, mais inversée symétriquement. Si deux fois peuvent être le résultat d’un hasard, trois ne peuvent jamais l’être et a fortiori quatre ! La présence de ce signe doit obligatoirement être décodée. Ce n’est certainement pas une boule banale, car dans les trois cas elle est double.
C’est peut-être en réalité un objet creux, une petite sphère dont la calotte aurait été ôtée. Mais soyons pragmatiques et regardons ces boules pour ce qu’elles paraissent: un cercle et un parallèle tout simplement. Je n’ai trouvé qu’un seul équivalent : le Sel alchimique selon Georges Nataf dans son encyclopédie. Ce qui pourrait être vraisemblable, vu la place en I, en VII, en XIIII et en XXI de ce signe, mais cela ne me semble pas suffisant. Peut-être est-ce du sel de l’esprit qu’il parle? Pourquoi pas? C’est également plausible. Mais peut-être que l’un d’entre vous aura une autre idée, elle sera la bienvenue car elle sera certainement meilleure !
Il y a une autre boule dans cette lame, celle de la main droite. Celle-ci a une explication certaine: cette boule prend naissance sur la main droite lorsqu’il y a des problèmes d’yeux. Il suffit alors de la masser longuement pour récupérer plusieurs degrés de vue. C’est un point d’acupressure dont il faut toujours se souvenir.
Le dessin des seins : Ce ne sont plus des boules, mais deux cercles que nous connaissons parfaitement. Ils auraient pu être dessinés comme ceux du TOULE, non ! Ils sont faits de deux cercles parfaits entourant deux points placés exactement au centre. C’est de l’or! c’est évident, nous le savons depuis le début: « l’or y est » !
Et pour que nous en ayons l’absolue certitude, c’est indiqué deux fois. L’or plus pur que l’or. Cet or vaut deux fois plus que l’or naturel. Cet or, c’est comme deux soleils ! comme deux soleils vers lesquels nous allons, de l’autre côté du miroir, le pays où il fait toujours beau, puisque nous avons non seulement notre Soleil, mais son reflet dans ce miroir ! C’est pour cette raison que cette lame exprime toujours le bonheur.
Mais attention, elle pourra quelquefois exprimer le décès, le grand passage vers l’au-delà où, tous, nous serons heureux. C’est l’arrêt des souffrances, nous quitterons cette vallée de larmes, disent les textes catholiques. C’est là où il faudra être très subtil dans l’interprétation.
Il faut aussi dire que LE MONDE annonce une future naissance. Mais pour naître, ne faut-il pas mourir tout d’abord? Quitter un soleil pour renaître sous un autre ? On ne tète pas les deux seins à la fois ! C’est également une raison de faire très attention dans notre interprétation de cette lame. Prenons garde aux pièges qu’elle nous tend.
Ne soyons pas comme Jean Marais / Orphée qui se heurte contre le miroir sans s’apercevoir qu’il y a autre chose de l’autre côté. Un autre monde inaccessible, du moins le croit-il. Sachons enfiler les gants que l’on nous offre pour traverser enfin ce miroir et passer de l’autre côté où nous attendent probablement nos guides pour que nous puissions continuer sereinement notre chemin.
Le miroir : Le Tarot de Marseille, et particulièrement celui de Nicolas Conver, vous l’avez certainement remarqué, (que ne l’ai-je répété !) est un outil initiatique. Un outil de connaissance de soi. Et le meilleur outil de connaissance de soi est probablement le miroir. Un ordre initiatique, au moment du passage au deuxième degré, demande à l’impétrant de soulever le voile et lui dit alors : « Regardez-vous tel que vous êtes ! ». On ne peut être plus explicite. On peut alors en conclure que le Tarot n’est autre chose qu’un authentique miroir. Et pourtant on ne le remarque pas a priori.

Tout d’abord regardons LE BATELEUR. Lorsque l’on s’y mire attentivement, on s’aperçoit que nous avons une forte composante féminine (si c’est un homme qui le regarde, mais l’inverse est valable pour une femme). En effet, nous pouvons voir un bassin féminin entre ses jambes, et il est bien évident qu’il ne peut être que celui d’une femme, vu ses hanches pleines et son sexe offert. Nous pourrions dire que ce miroir est freudien. Dans tous les cas nous avons affaire à notre premier miroir, et c’est cela qui est important !
Le second miroir ne sera découvert que par l’initié. C’est celui que protège LA PAPESSE. Celui-ci est voilé et LA PAPESSE nous invite à le dévoiler, afin que nous puissions nous voir tel que nous sommes. Il est placé entre les deux colonnes. C’est véritablement un passage, une porte que nous sommes invités à franchir. Nous voici devant le premier vortex de notre chemin. C’est probablement un vortex important, car il nous invite à pénétrer dans notre double personnalité. Comprendre notre féminité. Je parlerai surtout des hommes, car il est de tradition qu’une femme est initiée «de naissance », tandis qu’un homme doit passer par toutes les épreuves initiatiques. Épreuves dictées… par les femmes ! (Il suffit de se souvenir que l’Initiation a pour origine Isis.)
Il semble que le miroir suivant se retrouve dans la lame VII, LE CHARIOT. Il ressemble à ces meubles anciens qui servaient en même temps de porte-parapluies et de patère pour les vêtements. Le voile est enfin levé et nous dévoile largement entre les deux montants. On peut voir ici que nos deux composantes sont bien présentes sous la forme d’une Lune et d’un Soleil qui sont placés sur ses épaules. Et c’est avec une grande certitude que nous savons que c’est un miroir, car nous y voyons le roi apparaître tenant son sceptre, comme de normal, dans sa main gauche (en reflet).
Le miroir suivant c’est chez LE PENDU que nous allons le rencontrer. C’est un miroir convexe à coup sûr, puisqu’il nous donne une image inversée de nous-mêmes. En réalité, nous sommes retenus au sol par un pied pour nous éviter de nous envoler. L’Initiation ne doit en aucun cas nous faire nous envoler, même si elle nous donne des ailes ! Ce miroir nous oblige à garder la tête au ras des pâquerettes.
C’est un passage obligé. Leçon numéro trois : ne pas prendre la grosse tête !
Il est bien possible que l’on soit mis à l’épreuve durant une année entière. C’est assez vraisemblable que l’on doive y rester tout ce temps, temps de silence et d’introspection. Et il est évident que l’on doive travailler à notre formation de midi plein à minuit plein, c’est-à -dire de 12 heures du jour à 12 heures de la nuit. Tout est donc cohérent.
Le cinquième miroir n’en est pas un à proprement parler, puisqu’il s’agit de se mirer dans l’eau de la claire fontaine en s’en allant promener, autrement dit: LE TOULE. C’est un moment délicieux où nous pouvons nous regarder dans l’eau courante d’un ruisseau et regarder notre corps beau comme nous le dit l’oiseau haut perché. Sur la plus haute branche, un rossignol chantait…
Vous connaissez la chanson depuis votre tendre enfance. Que la chanson soit anonyme ou que la chanson soit signée par Georges Brassens, on se voit là aussi tel que l’on est dans notre naïve nudité, et le corbeau (ou l’oiseau bleu, ou le rossignol) chante toujours sur la plus haute branche et se sèche toujours au moyen d’une feuille. À nous de comprendre son mystérieux langage. Si nous le comprenons, nous aurons compris et nous irons dans la lame suivante, rompant avec les enjambées de cinq en cinq du début de notre pérégrination. Nous nous arrêterons à la lame XVIII où nous nous replongerons dans l’eau, dans un miroir.
Car le miroir suivant est le bassin de LA LUNE. Il ne reflétera pas notre aspect ! Il ne reflète rien d’ailleurs.
Les deux chiens qui se trouvent auprès de lui ne se reflètent en aucune manière dans l’eau de se bassin. Ces eaux, stagnantes, ne nous montrent qu’un animal dans le fond. Nous ne voyons là que notre âme et elle seule. Le Miroir ne laisse apparaître que notre psyché. C’est la lame de l’introspection de nos profondeurs, il ne faut pas en avoir peur et nous devons nous connaître nous-mêmes, non seulement de l’extérieur, mais aussi, nous mettre sens dessus dessous, mais de plus, nous regarder de l’intérieur.

Quelle aventure ! Et tout cela pour en arriver à traverser ce miroir! Pour se voir en pieds dans cette psyché et passer de l’autre côté du miroir, comme le propose Lewis Carroll, laissant à la porte nos chimères et nos frayeurs pour nous vivre dans notre continuité. Il s’agit de renaître à soi-même pour une autre vie plus consciente et plus efficace, bien entendu. Passer de l’autre côté du miroir, soit! Mais pour aller où ? Et pourquoi faire ? Et avec qui ? Pour ce qui est de cette dernière interrogation, c’est peut-être assez facile d’y répondre.
Peut-on supposer que nous serons aidés par ces animaux que l’on peut croire sacrés ? C’est assez vraisemblable. Les animaux sont des représentations de nous-mêmes. Y compris le chameau que l’on aperçoit dans la mandorle du monde.
Pour ma part, j’opterais pour leur représentation totémique, à l’instar des Amérindiens ou des Mongols. En effet, nous avons tous un totem animal enfoui au plus profond de nous-mêmes. Parfois, il ressurgit sous une forme ironique, voire caricaturale, et trop souvent, nous le rejetons, le prenant de façon vexatoire. Et pourtant, nous reconnaissons au fond de nous le caractère véridique de cette image !
Nous serons accompagnés par la REYNE DE DENIERS qui sera ou qui représentera notre guide regardant vers nos arrières, afin que nous ne soyons pas attaqués dans le dos.
Pour aller où ? Cette réponse est également assez aisée : pour aller jusqu’au bout de nous-mêmes et ce, pour accomplir ce pour quoi nous avions décidé de renaître. Car c’est nous, et nous seuls, qui l’avons décidé. Pour quoi faire ? Parce que nous nous sommes donné une mission, il faut donc nous y conformer, et l’accomplir jusqu’au bout. Nous serons alors ce chevalier qui, à l’instar du CAVALIER DE DENIERS, ira vers son miroir final pour un dernier passage. Et pourrons-nous l’atteindre un jour ? Là est toute la question ! Et serons-nous suffisamment armés ? Bien entendu ! Car nous ne projetons que ce que l’on peut et pourra assumer. C’est une loi incontournable de la vie.
Le Tarot de Marseille est bien un outil initiatique ! On ne peut pas en douter.
Neuf ! Neuf miroirs pour rencontrer un regard neuf. Neuf miroirs pour renaître totalement neuf! En réalité, nous avons cheminé de miroirs en miroirs comme dans une œuvre de Jean Cocteau. Les miroirs, pour lui, sont les portes obligées pour passer d’un monde à un autre.
Les miroirs sont les portes à travers lesquelles la Mort va et vient. Du reste, regardez-vous toute votre vie dans un miroir et vous verrez la Mort y travailler comme des abeilles dans une ruche de verre.
Jean Cocteau, Orphée
Dans quelques rites hautement initiatiques, le miroir dévoilé renvoie à l’image de l’étoile. « L’Inaccessible Étoile » chère à Jacques Brel et son mémorable Don Quichotte de la Manche. Nous ne nous voyons peu ou prou dans ce miroir, mais nous voyons notre but suprême. En réalité, cela revient strictement au même. Dans certains de ces rites, il est inscrit en latin: « il rend à chacun son dû. » Et c’est bien notre dû que nous allons chercher de vie en vie. Notre dû et notre devoir.
Nous avons donc neuf portes/miroirs à franchir. Neuf passages difficiles dont les obstacles à surmonter, bien que moraux, n’en sont pas moins dangereux. Nous avons neuf miroirs pour se regarder vieillir, mais aussi grandir et également pour voir notre avenir. Et notre avenir est bien notre présent prolongé ! C’est en cela que le Tarot est toujours vérité, il n’est pas fait pour prédire un avenir plus ou moins hypothétique, mais bien pour nous faire comprendre notre présent et voir comment il va évoluer.
Le miroir est toujours associé à la mort. Réelle, physique ou virtuelle, initiatique. J’en veux pour preuve le rite du miroir que le médecin passe sur la bouche du mort pour s’assurer qu’il a cessé de respirer et qu’aucune buée ne se déposera sur cette surface réfléchissante. J’en veux pour autre preuve ces Mélusine que l’on rencontre très souvent en Finistère à proximité, voire sur les ossuaires bretons que l’on nomme « la Maison des Morts » ou « la Lanterne des Morts ». Celle-ci arbore un miroir dans lequel elle semble se mirer parfois ou encore nous le tendre afin que l’on s’y mire. Ainsi, à Sizun au cœur des Monts d’Arrée. On les retrouve également en pays poitevin et en Bourgogne. Ces trois régions sont les principales, mais il y a d’autres coins de France qui montrent d’autres Mélusine.
Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est le rapport de ce personnage et de son attribut, avec la mort, (par sa promiscuité avec la maison des morts), pour nous faire comprendre que la mort n’est pas une fin — auquel cas point ne serait besoin d’un miroir —, mais bien une autre vie ! Et le miroir devient ipso facto le témoin de cette vie. C’est également ce que veut nous faire comprendre LE MONDE. Le personnage que nous voyons dans la mandorle nous montre un être sans sexe avoué, car c’est notre âme qui y est reflétée, en cette période où nous ne savons pas encore quel sera notre prochain sexe. Ce sera à nous de choisir, et à nous seuls et nous reviendrons sur Terre avec une nouvelle enveloppe charnelle adaptée à notre nécessité future de l’accomplissement de notre mission. C’est là le message le plus important de cette lame.
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Symbolisme celte :
Laura Tuan, autrice d'un livret d'accompagnement intitulé Les Tarots celtiques (Éditions De Vecchi S.A., 1998) assimile l'Arcane XXI à la déesse Artio.
           Dans le livret accompagnant le jeu de cartes du Tarot des Druides de Philip et Stephanie Carr-Gomm (Édition originale 2004 ; traduction française : Édition Véga, 2014), on trouve le petit texte explicatif suivant :
XXI. LE MONDE

         Le Message : Dansant, je suis Vie
Totalité, je suis Un.
         Mots-clefs : Achèvement - Plénitude - Réussite - Réalisation - Extase - Union de la vie intérieure et de la vie extérieure.
          Signification : La danseuse sait qu'elle est complète - Grande réussite - Un sentiment de plénitude profonde et satisfaisante. Un sentiment agréable de réalisation associé à la joie de se sentir « au sommet du monde » - L'achèvement d'une longue phase de travail - C'est le moment de célébrer ! - Une phase de développement spirituel et personnel s'achève - Vous pouvez arrêter vos efforts et vous ouvrir aux bénédictions de la vie qui vous entoure.
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Mots-clefs : Stase - Retard - Restriction.
Sens inversé : Le Monde inversé est le Pendu - L'achèvement de votre travail est retardé ou vous devez revoir certaines de ses parties. Vous vous sentez bloqué et incapable d'avancer - Inévitablement, le mouvement et l'achèvement suivront la restriction et la stase.
Kristoffer Hugues, dans Les secrets du tarot celtique (Llewellyn Publications, 2017 ; Éditions De Vinci, 2021) présente ainsi l'Arcane XXI :
XXI. Le Monde
Le Fou est revenu à la case départ
Après un long voyage riche d'enseignements.

Affirmation : Toute bonne chose a une fin.
Mots-clés : Aboutissement - Conclusion - Accomplissement.
Je suis le Fou, et ceci était et est mon voyage perpétuel. J'ai connu une multitude de formes avant d'atteindre celle-ci, qui sera toutefois aussi brève que les précédents. J'ai été une épée façonnée à la main, j'ai été une goutte d'eau dans l'air, et j'ai été l'éclat scintillant des étoiles. Non seulement j'ai existé en tant que mot écrit, mais j'ai aussi été un livre. Je suis la lumière de la lanterne du Merlin ; j'ai été un aigle et un panier d'osier sur les mers. Je ne suis issu ni d'un père, ni d'une mère. C'est le savoir des sages qui m'a façonné avant que ce monde n'existe. Je suis le maître du bâton du Magicien, et voyez également les piliers de la Grande Prêtresse entre lesquels je vole. Je sais tout ce qui peut être su, et ai vu tout ce qui n'avait pas été vu. Je suis le Fou. Considérez moi comme l'innocent imprégné de la sagesse des âges.
Interprétation : Votre tâche est achevée ; vous ne pouvez rien faire de plus. Parfois, malgré notre besoin désespéré de conclusion, quand celle-ci survient, elle peut nous laisser dans un étrange état de perplexité. Lorsque le travail est fait, que cette tâche a atteint sa conclusion - désirée ou inévitable -, il n'y a rien d'autre à faire que de l'accepter, de l'intégrer et de passer à autre chose. Pour que toute chose ait un sens, une quelconque valeur, elle doit connaître un terme. L'éternité est un temps terriblement long. Notre expérience humaine nous permet de connaître la nature de la finitude. Acceptez ce qu'il s'est passé, estimez-le, et poursuivez votre route. La fin est naturellement suivie d'un nouveau départ. Idéalement, dans un tirage, le Monde apparaîtra dans une position concluante ; ses autres places avantageuses sont au tout début, ou pile au centre.
Si la lame du Monde sort inversée, quelque chose stagne depuis trop longtemps et nécessite une conclusion. Réexaminez la situation afin de découvrir ce qui cause cette stagnation nocive et empêche toute avancée vers l'aboutissement.
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