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La Baguette magique

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 23 mars 2025
  • 23 min de lecture

Dernière mise à jour : 3 janv.




Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des Symboles, Mythes, Rêves, Coutumes, Gestes, Formes, Figures, Couleurs, Nombres (Éditions Seghers, 1969) Jean Chevalier et Alain Gheerbrant proposent la notice suivante :


BAGUETTE : 1. Comme le bâton, la baguette est symbole de puissance et de clairvoyance, soit d'une puissance et d'une clairvoyance venues de Dieu, soit d'une puissance et d'une clairvoyance magiques, dérobées aux forces célestes ou reçues du démon : la baguette du magicien, de la sorcière, de la fée. Sans une baguette mantique, le devin ne peut tracer le cercle, sur terre, où il s'enferme pour évoquer les esprits ; ou, au ciel, le carré dans lequel il encadre les oiseaux, dont il interprétera le vol. La baguette, surtout celle de coudrier, servait à découvrir, autrefois, non seulement les sources, mais aussi les gisements de minerais ou des dépôts de certaines matières. Une baguette magique est l'attribut d'Asclépios, le dieu guérisseur, fils d'Apollon ; le nom même du dieu signifierait, d'après A, Carnoy, celui qui prend en main la baguette magique.

Le caducée, symbole de la médecine, n'est autre qu'une baguette magique, composée d'une verge autour de laquelle s'enroulent deux serpents ; ce qui évoque des cultes très anciens, dans le bassin égéen, de l'arbre et de la terre, nourricière des serpents. C'est encore une baguette magique qu'Apollon promit en cadeau à Hermès, en échange de la lyre que le jeune dieu venait d'inventer et de confectionner avec une carapace de tortue, une peau et des nerfs de bœuf, une baguette merveilleuse d'opulence et de richesse, en or et à triple feuille : elle, te protégera, dit Apollon à Hermès, contre tout danger en faisant s'accomplir les décrets favorables, paroles et actes que je déclare connaître de la bouche de Zeus. (Hymne homérique à Hermès, 5, 529-532,). Cette baguette merveilleuse possède, entre autres privilèges, celui d'endormir et de réveiller les hommes. Cette baguette est tellement liée au dieu que, sous la forme du Kerykeion, elle sera l'insigne des héros et des messagers, qui se réclament de son patronage, c'est-à-dire du patronage d'Hermès (Mercure).


2. La baguette est aussi, chez les Celtes, l'instrument de magie par excellence. La baguette est le symbole du pouvoir magique du druide sur les éléments. Il suffit au druide d'Ulster Sencha d'agiter sa baguette pour obtenir le plus complet silence de tous ceux qui l'entourent. Mais plus souvent un druide ou un file touche un être humain de sa baguette pour le transformer en un animal quelconque, généralement oiseau (cygne) ou porc (sanglier). Dans la hiérarchie à sept degrés des filid irlandais, le docteur ou ollamh avait droit à la baguette d'or, le file de deuxième rang ou anruth à la baguette d'argent, les cinq autres degrés à la baguette de bronze. Il existe aussi des baguettes de coudrier servant en magie. Chez les Francs et les premiers Capétiens, les hérauts d'armes portaient une baguette sacrée, qui était la marque de leur dignité, mais qui, surtout, représentait le pouvoir de leur souverain.


3. La palomancie est l'art de prédire l'avenir en utilisant de petits bâtons ou des baguettes. Elle était pratiquée dans tout l'Orient ancien, chez les Chinois, mais aussi chez les Germains. Habituellement, on écorce une baguette et on en conserve une dont on garde l'écorce, puis on s'en sert comme à pile ou face ; ou bien une baguette choisie à l'avance a un sens favorable, une autre un sens défavorable : si, en tombant, l'une se place sur l'autre, la signification de la première l'emporte.

Palomancie, rabdomancie, radiesthésie relèvent sans doute de la même origine lointaine : baguettes et bâtons venant de l'arbre, leur utilisation n'est-elle pas, sur le plan humain, celle du doigt de Dieu ? Il suffit à Dieu de toucher quelque chose pour lui donner forme ou le créer. De même la baguette magique transforme ce qui existe : les hôtes de Circé devenaient des pourceaux au contact de sa baguette, la citrouille du jardin de Cendrillon un somptueux carrosse, etc. La baguette magique est l'insigne du pouvoir des hommes sur les choses, quand ils détiennent ce pouvoir d'une origine surhumaine.


4. La baguette servît à une sorte d'apparente palomancie dans un récit des Nombres. Lors de la traversée du désert, le peuple hébreu murmurait contre Moïse et indirectement contre Yahvé, en raison des privations et des souffrances que la longue marche lui imposait. Sur l'ordre de Yahvé, chaque famille patriarcale remit un rameau à Moïse ; celui-ci inscrivit le nom du chef de famille sur le rameau et il suivit les instructions de Yahvé : Tu les déposeras ensuite dans la Tente de Réunion, devant le Témoignage où je me rencontre avec toi. L'homme dont le rameau bourgeonnera sera celui que je choisis ; ainsi je ne laisserai pas monter jusqu'à moi les murmures que les enfants d'Israël profèrent contre vous. Moïse parla aux enfants d'Israël, et tous leurs princes lui remirent chacun un rameau, douze rameaux pour l'ensemble de leurs familles patriarcales ; parmi eux était le rameau d'Aaron. Moïse les déposa devant Yahvé dans la Tente du Témoignage. Le lendemain, quand Moïse vint à la Tente du Témoignage, le rameau d'Aaron, pour la maison de Lévi, avait bourgeonné : des bourgeons avaient éclos, des fleurs s'étaient épanouies et des amandes avaient mûri. Moïse reprit tous les rameaux de devant Yahvé et les apporta à tous les enfants d'Israël ; ils constatèrent et chacun reprit son rameau. Yahvé dit alors à Moïse : Remets le rameau d'Aaron devant le Témoignage où ii aura sa place rituelle, comme un signe pour ces rebelles. Il dissipera leurs murmures qui ne monteront plus jusqu'à moi, et ils ne mourront pas. Moïse fit comme Yahvé le lui avait commandé. Il fit ainsi (Nombres ; 17, 19-26).

Le rameau symbolise ici un groupe et une personne, à qui il s'identifie ; si le rameau bourgeonne, c'est la famille qui est censée fleurir. D'autre part, une fois marqué par son bourgeon, il symbolise le choix de Dieu et l'autorité dont ce choix investit la famille élue. Cette autorité fait de l'élu le médiateur entre Yahvé et le peuple : les murmures ne monteront plus jusqu'à Dieu et en conséquence Dieu ne châtiera pas les récalcitrants. Le rameau, ou la baguette, symbolise cette médiation de celui qu'il a désigné et qui désormais l'a repris et le porte à la main.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend :


Baguette magique : Comme le bâton, la baguette magique est le signe du pouvoir de son possesseur mais il peut s'agir « soit d'une puissance et d'une clairvoyance venues de Dieu, soit d'une puissance et d'une clairvoyance magiques, dérobées aux forces célestes ou reçues du démon : la baguette du magicien, de la sorcière, de la fée. »

Les Chaldéens utilisaient une baguette magique qui était « aimantée intérieurement ». Asclépios, dieu grec de la Médecine, avait pour attribut une baguette magique ; Apollon promit à Hermès une baguette qui devait le protéger de tout danger, et qui permettait d'endormir et de réveiller les hommes. Chez les Celtes également, la baguette, qui était « l'instrument magique par excellence », symbolisait le pouvoir du druide sur les éléments.

La baguette magique a le pouvoir de transformer ce qu'elle touche : avec sa baguette, Circée transforme ses hôtes en pourceaux ; la citrouille de Cendrillon se transforme d'un coup de baguette magique en carrosse.

Devins et magiciens utilisent une baguette pour tracer le cercle magique dans lequel ils s'enferment pour évoquer les esprits. La baguette sert également à écarter esprits et démons. Utilisée par des sorciers, son pouvoir est redoutable : Françoise Sécrétain (condamnée au bûcher en 1598) provoquait la mort des animaux en les touchant de sa baguette. Avec la sienne, une autre sorcière provoqua la mort d'un enfant en le frappant doucement sur le dos.

Comme la baguette divinatoire, la baguette magique doit être en bois de noisetier. Voici, selon le Grand grimoire (Nîmes, 1823), le secret de la fabrication de la verge foudroyante, ou baguette magique grâce à laquelle les sorciers peuvent opérer des prodiges : La veille de la grande entreprise, vous irez chercher une baguette ou verge de noisetier sauvage, qui n'ait jamais porté, et qu'elle soit précisément semblable à celle que vous voyez ci-contre ; ladite baguette devant faire fourche en haut, c'est-à-dire du côté des deux bouts : sa longueur doit être de dix-neuf pouces et demi ; après que vous aurez trouvé une baguette de même forme, vous ne la toucherez que des yeux, attendant jusqu'au lendemain, jour de l'action, que vous irez la couper positivement au lever du soleil ; et alors vous la dépouillerez de ses feuilles et petites branches, si elle en a, avec la même lame d'acier qui a servi à égorger la victime, qui sera encore teinte de son sang, attendu que vous devez faire attention de ne point essuyer ladite lame, en commençant à la couper quand le soleil commencera à paraître sur cet hémisphère, en prononçant les paroles suivantes :

« Je te recommande, ô grand Adonay, Eloim, Ariel et Jehovam ! de m'être favorable, et de donner à cette baguette que je coupe la force et la vertu de celle de Jacob, de celle de Moïse et de celle du grand Josué ; je te recommande aussi, ô grand Adonay, Eloim, Ariel et Jehovam ! de renfermer dans cette baguette toute la force de Samson, la juste colère d'Emmanuel et les foudres du grand Zariatnatmik, qui vengera les injures des hommes au grand jour du jugement. Amen. »

Après avoir prononcé ces grandes et terribles paroles, et ayant toujours la vue du côté du soleil levant, vous achèverez de couper votre baguette, et l'emporterez dans votre chambre ; ensuite vous chercherez un morceau de bois, que vous rendrez de même grosseur que les deux bouts de la véritable, que vous porterez chez un serrurier pour faire ferrer les deux petites branches fourchues avec la lame d'acirr qui a servi à égorger la victime, faisant attention que ls deux bouts soient un peu aigus lorsqu'ils seront posés sur le morceau de bois. Le tout étant ainsi exécuté, vous retournerez à la maison, et mettre laite ferrure vous-même à la véritable baguette, en prononçant les paroles suivantes :

« Par la puissance du grand Adonay, Eloim, Ariel et Jehovam, je te commande d'unir et d'attirer toutes les matières que je voudrai ; par la puissance du grand Adonay, Eloim, Ariel et Jehovam, je te commande, par l'incompatibilité du feu et de l'eau, de séparer toutes matières, comme elles furent séparées le jour de la création du monde. Amen. »

Ensuite vous vous réjouirez en l'honneur et gloire du grand Adonay, étant sûr que vous possédez le plus grand trésor de lumière : le soir ensuite, vous prendrez votre baguette, votre peau de chevreau, votre pierre ématille et deux couronnes de verveine, de même que deux chandelier, et deux cierges de cire vierge, bénits et faits par une fille vierge. Vous prendrez aussi un battefeu neuf, deux pierres neuves avec de l'amadou pour allumer votre feu, de même qu'une demi-bouteille de brandevin, et une portion d'encens bénit, avec du camphre, aussi bien que quatre clous qui aient servi à la bière d'un enfant mort et ensuite vous vous transporterez à l'endroit où doit se faire le grand œuvre, et ferez exactement ce qui suit, en imitant, de point en point, le grand cercle cabalistique [...].

Pour d'autres, « la baguette magique est un bâton d'une longueur de 0.40 m environ, recouverte de soie ou de moire, ornée en son milieu de deux bagues, l'une de métal blanc, l'autre de métal jaune, argent ou or, zinc ou cuivre, et portant, à chacune des ses extrémités, une boule aimantée, l'une positivement et l'autre négativement. La baguette sert à rassembler les coagulats électriques et les agglomérats de force astrale : c'est un instrument de polarisation fluidique » (René Schawabké, Problème du mal).

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Omraam Mikhaël Aïvanhov, auteur du Livre de la magie divine (Collection Izvor N°226, Éditions Prosveta S.A., 1996) consacre un chapitre entier à cet objet :


La Baguette magique : Qu'est-ce qu'une baguette magique ? Un simple bâton, mais ce bâton a une fonction bien spéciale : celle de lier les deux mondes, le monde d'en haut et le monde d'en bas.

Une baguette magique est en général faite avec une branche d'amandier ou de noisetier de l'épaisseur d'un doigt et longue d'une coudée (du coude à l'extrémité des doigts). Après s'être préparé, le mage la coupe le matin avant le lever du soleil en prononçant certaines formules, il enlève l'écorce, il ajuste aux deux extrémités deux petits capuchons, l'un en or, l'autre en argent, sur lesquels sont gravés certains mots ou certains symboles, et enfin il la consacre au Ciel. Après quoi, il peut se servir de cette baguette pour réaliser de très bonnes choses.

Mais il ne suffit pas, comme s'imaginent certains, de tenir une baguette à la main pour être un mage et commander aux esprits. On ne commande pas si facilement aux esprits. Certains ont entendu parler des soixante-douze Génies planétaires, et voilà, armés d'une baguette magique, ils vont leur donner des ordres ! Mon Dieu, qu'ils sont ignorants ! Et que leur demandent-ils ? De les aider à faire du bien à toute l'humanité, à travailler pour la paix et la lumière ? ... Malheureusement, non. Ils veulent commander aux soixante-douze Génies pour qu'ils leur procurent l'argent, l'amour, la réussite, sans faire le moindre effort pour développer des facultés, des vertus. Eh bien, il faut qu'ils sachent qu'ils entrent ainsi dans la Loge noire, car c'est la Loge noire qui leur inspire le désir de commander aux esprits avant d'en être dignes, avant d'être de véritables fils de Dieu.

Il est sacrilège de vouloir mettre les esprits lumineux au service des convoitises humaines. Et puis, il faut savoir que ce ne sont pas des êtres qui obéissent comme ça au premier venu. Vous devez tout d'abord atteindre une certaine stature dans le monde spirituel, sinon les esprits verront tout de suite à qui ils ont affaire et ils vous laisseront patauger tout seul. Les soixante-douze Génies ne sont pas obligés de venir satisfai1re vos caprices. Pour leur donner des ordres, vous devez avoir développé une grande pureté, une grande volonté, une grande maîtrise ; il ne suffit pas de connaître leurs noms et de les prononcer pour obtenir des résultats.

Il faut donc comprendre que la véritable baguette magique n'est pas seulement un bâton, mais un lien intérieur vivant que l'homme a d'abord su créer entre le monde d'en haut et le monde d'en bas. C'est en lui-même que le véritable mage doit posséder cette petite tige qui fait le lien entre la Terre et le Ciel.

Le rôle de la baguette magique est de permettre un branchement pour que les énergies circulent entre les deux mondes. Il y a quelque part en haut une centrale électrique qui donne du courant, mais pour que la lampe s'allume en bas, il faut la brancher, introduire la prise. Et la baguette magique, justement, c'est la prise. Donc, quand le mage possède cette prise dans sa tête, dans son cœur, dans son âme, dans son esprit, et que de plus il tient à la main la baguette magique qui représente cette prise dans le plan physique, il peut faire passer les forces du monde divin au monde physique. Voilà le symbole de la baguette magique.

Et quand Jésus p1riait en disant : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », il créait ce lien entre le haut et le bas, ce lien qui est symbolisé par la baguette magique. Il voulait dire que tous les êtres humains ont, eux aussi, un rôle magique à jouer : attirer d'en haut la pureté, la lumière, l'harmonie afin que la terre devienne un reflet du Ciel, un tabernacle pour la Divinité. Le seul moyen de réaliser cet idéal est de se lier au Ciel, de maintenir sans arrêt, de tout son être, le contact avec le Ciel, afin de faire circuler le courant. La centrale électrique se trouve en haut dans les régions sublimes, et pour faire circuler le courant, allumer les lampes et tous les appareils qui sont en nous, il faut brancher la prise.

La baguette magique est donc comme une prise qu'on branche en premier lieu avec le Ciel. Mais il faut savoir que nous avons en nous plusieurs baguettes, oui, une dans chaque plan : dans le plan atmique pour lier notre esprit à !'Esprit de Dieu ; dans le plan bouddhique pour lier notre âme à l' Ame universelle ; dans le plan mental pour lier notre intellect à l'Intelligence cosmique ; dans le plan astral pour lier notre cœur à l'Amour désintéressé ; et enfin, dans le plan physique, il y a ce petit bâton appelé baguette magique. Mais il y a aussi notre main. Oui, la main est une baguette magique, et on peut dire que la baguette est le prolongement de la main. Si vous n'avez pas de baguette, vous pouvez lever le bras - voilà votre baguette - et prononcer quelques paroles. A ce moment-là, si vous êtes pur, lumineux, en harmonie avec le Ciel, les forces de la nature vous comprennent, vous obéissent, vous écoutent, vous exaucent. Sinon, vous pouvez tendre le bras pendant des années, vous n'obtiendrez rien ... ou peut-être vous attirerez-vous seulement quelques gifles de la part des entités célestes qui vous diront : « Pourquoi t'amuses-tu comme ça ? Tu nous déranges ! » Eh oui, on ne doit pas jouer avec le monde invisible.

En réalité, on peut dire que la véritable baguette magique, c'est l'être humain qui est lui-même comme un intermédiaire entre la terre et le Ciel. C'est pourquoi il doit toujours se mettre en contact avec le Ciel pour agir bénéfiquement sur la terre. Les véritables Initiés ne se servent pas de baguette magique, ils sont eux-mêmes des baguettes magiques.

[...]

Il existe deux catégories de mages : ceux qui pratiquent la magie à l'aide d'un instrument, le plus souvent une baguette, et ceux qui la pratiquent par la seule puissance du Verbe. Ces derniers sont plus évolués parce que leur instrument magique est leur bouche : il n'est pas séparé d'eux, il ne les quitte pas, tandis que les autres sont obligés d'avoir une baguette à la main, et la baguette reste toujours extérieure à eux. Le caducée est l'attribut de Mercure, dieu de la magie, et Mercure régit à la fois la bouche, la parole et les mains.

[...]

Celui qui sait dire les mots qui inspirent, qui vivifient, possède une baguette magique dans sa bouche. Et il ne prononce jamais ces mots en vain, parce qu'il y a toujours dans la nature un des quatre éléments, la terre, l'eau, l'air ou le feu qui est là, attentif, attendant le moment de participer à la réalisation de tout ce que vous exprimez. Il arrive aussi que la réalisation se produise très loin de celui qui en a donné les germes et on ne peut donc pas la voir. Mais sachez qu'elle se produit. Comme le vent emporte les graines et les sème au loin, de même vos bonnes paroles s'envolent et vont produire loin de vos yeux des résultats magnifiques.

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Dans le Petit lexique du fantastique (Éditions Syros Jeunesse, 2000) Marie-Charlotte Delmas écrit l'article suivant :


Baguette magique : Il y a plusieurs variétés de bâtons magiques. Certains, souvent en forme de fourche, permettent de découvrir des sources ou des trésors ; d’autres protègent les voyageurs des dangers qui les guettent ou encore servent a confectionner la fameuse baguette des magiciens.

Avant de se lancer dans la fabrication d’une baguette magique, il est utile de savoir certaines petites choses. Tout d’abord, il ne faut pas choisir n’importe quel bois, mais une branche de sureau ou de noisetier qu’il faut couper au lever du soleil avec un couteau.

Si l’on en croit certains grimoires, une bonne baguette de magicien doit mesurer quarante centimètres et être recouverte de soie. On doit ensuite glisser deux bagues autour du bâton et les placer en son milieu. L’une sera en métal blanc, en argent par exemple, |’autre en métal jaune, en or ou en cuivre. Pour terminer, il ne reste plus qu’a ajouter a chaque extrémité de la baguette une boule aimantée.

Et le tour est joué !

Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Croyances populaires, superstitions, sorcellerie, rites magiques (Editions Omnibus, 2016) Marie-Charlotte Delmas consacre un article à la baguette magique :


Baguette magique : La baguette divinatoire permet de trouver les sources, les filons métalliques, les trésors cachés, les objets perdus, et même de démasquer les voleurs. Cet outil divinatoire est évoqué par plusieurs auteurs des XVIe et XVIIe siècles, dont le célèbre médecin alchimiste Paracelse, ou sous la signature de Basile Valentin (Le Dernier Testament), prétendu moine alchimiste du XVe siècle. En 1563, Jean Wier explique que les magiciens cherchent un trésor en conjurant une verge de coudrier [noisetier] marquée de trois croix. Ils y gravent aussi des caractères et des noms barbares et disent un psaume en fouillant la terre. Toutefois, ajoute l’auteur, si l’on ne respecte pas le temps imparti pour cette opération, le diable emporte le trésor.

C’est à la fin du XVIIe siècle que cette technique, baptisée « rhabdomancie », sera popularisée par un paysan de Saint-Véran nommé Jacques Aymar. Un livre signé Pierre Garnier, médecin de Montpellier, lui est consacré en 1693 où sont racontées toutes ses expériences devant témoins. Par exemple, en septembre 1692, il retrouve plusieurs pièces d’argent cachées sous des chapeaux dans la bibliothèque du lieutenant général de la sénéchaussée de Lyon ; il y parvient lorsqu’on lui met trois écus sous le pied droit (Histoire de la baguette de Jacques Aymar, pour faire toutes sortes de découvertes). Au XVIIIe siècle, la réputation de cet homme est telle que tous les auteurs de livres sur la magie lui consacrent un chapitre.

La baguette divinatoire est généralement en bois de noisetier, parfois de figuier ou de néflier. Elle peut se présenter comme une simple verge ou se terminer par deux petits rameaux en forme de v. On s’en sert en tenant, dans le premier cas, chaque extrémité du bâton ; dans le second, par les deux bouts de la partie fourchue, le nœud dirigé vers le bas. On la promène ainsi, en l’air, puis la tige est attirée vers le point où se trouve ce que l’on cherche et se soulève.

Cet ancêtre du pendule fait l’objet de nombreux témoignages au XIXe siècle. Il se dit que certaines personnes sont plus aptes que les autres à l’utiliser. C’est le cas de l’enfant qui ne connaît pas ses parents (Landes) ou de celui qui naît lorsque les noisetiers sont en fleur, ou encore au-dessus d’une source (Deux-Sèvres). Les informateurs donnent parfois des détails sur la façon de la fabriquer. Selon une vieille femme de Basse-Bretagne : « On cherche au lever du soleil une tige fourchue de noisetier sauvage […]. Il faut que cette tige n’ait jamais porté de fruits ; on la saisit de la main gauche et on la coupe en trois avec un couteau neuf et en prononçant en même temps certaines paroles magiques. » (J. Calloc’h, 1908.) Dans les Vosges : « Cherchez un coudrier de deux ans, et détachez-en une baguette fourchue dont les deux branches sont de l’an nées. L’opération doit se faire ainsi : pendant que vous tiendrez de la main droite la baguette que vous aurez choisie, vous la couperez de la main gauche, à l’aide d’une serpette, en trois coups donnés de haut en bas, avant le lever du soleil. » Quand elle cède, il faut prononcer une formule magique en latin (L. F. Sauvé, 1889).

En dehors de son rôle divinatoire, la baguette est rarement magique. Cependant, à Penguily (Côtes-d’Armor), les baguettes de coudrier coupées pendant les douze coups de minuit dans la nuit du Samedi saint au dimanche de Pâques répondent à tous les souhaits de richesse si l’on prend soin d’accompagner sa demande en disant : « Par la vertu de ma baguette, que j’aie [telle ou telle chose]. » (P. Sébillot, 1886.)

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Karin Ueltschi-Courchinoux. autrice de "Bâtons, balais, baguettes : transformations et (en)jeux métonymiques." (In : Karin Ueltschi ; Amandine Haller. Grandes et petites mythologies. III, les noms et les choses, 3, Éditions et presses universitaires de Reims, pp. 245-263, 2024) explique la filiation du bâton à la baguette :


Du bâton à la baguette magique : Un imaginaire original se précise ; il met la baguette au cœur de ses trames, si bien qu’elle finit par devenir vecteur de la force magique indépendamment de celui qui la manie. Le mécanisme métonymique s’inverse : c’est la baguette qui fait le mage, c’est elle qui communique son pouvoir à son propriétaire. Ainsi, si vous trouvez une baguette magique, vous devenez aussitôt magicien !


Bâtons sacrés : Dès les origines, certains bâtons sont sacrés car investis d’une force divine dont ils sont les conducteurs. Ainsi les bâtons des patriarches :


Aaron jeta son bâton devant le Pharaon et devant ses serviteurs, et le bâton se transforma en dragon. Mais de son côté, le Pharaon appela les sages et les enchanteurs ; et ces magiciens d’Égypte firent la même chose avec leurs sortilèges ; chacun jeta son bâton, qui devint dragon. Mais le bâton d’Aaron engloutit leurs bâtons (Exode, 7, 8-12).


C’est par le bâton d’Aaron – doigt de Dieu – que la plaie des grenouilles puis des sauterelles s’est répandue à travers l’Égypte, de même que la grêle et la foudre ; c’est un bâton qui a fendu la mer Rouge pour faire passer le peuple d’Israël, qui l’a refermée sur l’armée du Pharaon, et c’est un bâton qui a fait jaillir l’eau d’un rocher en plein désert.

Cette houlette du berger deviendra l’attribut des évêques tout comme le lituus était le bâton augural des prêtres romains, manière de fusion donc entre pouvoir temporel et sacré. L’hagiographie attribue à beaucoup de thaumaturges et de saints des bâtons merveilleux. Celui de saint Gilles (Egidius) arrête les flux de lave mortels coulant de l’Etna qui menacent les habitants de Catane. Saint Antoine orne le sien d’une clochette qui dit sa nature faée. Celui du passeur saint Christophe – qui l’aide à traverser les flots sinon à les « ouvrir » –, une fois planté en terre, porte des feuilles et des dattes, celui de saint Bernard exorcise les possédés, enfin ceux de saint Pierre, saint Materne ou saint Patrick sont capables de ressusciter les morts ! Les traditions montpelliéraines autour du bâton de saint Roch sont particulièrement savoureuses ; une Vie du XVIe siècle raconte comment une veuve, issue de la famille du saint, se présenta au lieutenant général de la maréchaussée de Montpellier avec une requête, nous conservons l’orthographe originelle :


Au pouvoir de ses ancestres et d’elle a été et est aujourd’hui le baston dont Saint Roch se soulageait allant par les chemins, baston honorablement tenu dans un estui et à se expressaman employé et fermé à clef. La dite dame ajoutait : que pour qu’a l’avenir la mémoire d’icelluy en vray en puisse être conservée, elle priait le magistrat d’ordonner qu’en sa présence le dit baston fut exhibé et vériffié par experts à ce entendus, lesquels auraient à rapporter combien le dit baston a de longueur et de grosseur, qu’est ce qu’il paize, quelle est sa naturelle constitution, et de quelle nature de bois il est, et autres circonstances en icelluy remarquables.


Il s’agit donc d’identifier le vrai bâton de saint Roch, un grand nombre de « faux » étant en circulation ! C’est qu’on invoquait saint Roch contre les épidémies et autres contagions, et notamment la peste. De même, les bâtons qu’on utilisait pour écarter les chiens étaient appelés « bâtons de saint Roch » : on comprend que cette polyvalence en a fait une manière de panacée et a favorisé sa prolifération !


Hocus bocus : Tous ces héritages aboutissent à cette manière de synthèse fabuleuse qui fait de la baguette le vecteur même de toute magie.


Cueillez, le lendemain de la Toussaint, une forte branche de sureau, que vous aurez soin de ferrer par le bas ; ôtez-en la moelle, mettez à la place les yeux d’un jeune loup, la langue et le cœur d’un chien, trois lézards verts et trois cœurs d’hirondelles, le tout réduit en poudre par la chaleur du soleil, entre deux papiers saupoudrés de salpêtre. Placez, par-dessus, dans le creux du bâton, sept feuilles de verveine cueillies la veille de la saint Jean Baptiste, avec une pierre de diverses couleurs qui se trouve dans le nid de la huppe ; bouchez ensuite le bout du bâton avec une paume à votre fantaisie, et soyez assuré que ce bâton vous garantira : des brigands, des chiens enragés, des bêtes féroces, des animaux venimeux, des périls de toute espèce ; qu’il devinera les sentiers périlleux et vous les fera éviter, et qu’il vous procurera la bienveillance de tous ceux chez qui vous logerez.


Ces croyances se transforment peu à peu en littérature. Si les fées du Moyen Âge sont rarement pourvues de baguettes, cela va changer, si bien que Littré en fera même l’attribut par excellence de ces « êtres fantastiques » !

Mais c’est le conte de fée qui donne toute son ampleur à notre humble objet. Ainsi, dans la version de Peau d’Âne de Basile, l’héroïne se transforme en ourse grâce à un petit bâtonnet qu’elle met dans la bouche ; il suffit de le retirer pour redevenir jeune fille. C’est une baguette de noisetier qui, dans Cendrillon des frères Grimm produit le bel arbre miraculeux sur lequel vient se poser l’oiseau merveilleux qui tient le rôle de la marraine de la version de Perrault, lequel donne à la sienne une baguette pour opérer ses sortilèges : elle tape la citrouille qui devient carrosse, elle touche la jeune fille qui se retrouve aussitôt parée de vêtements d’or68. Dans certains contes comme Jorinde et Joringel, une fleur, variante végétale de la baguette, joue le même rôle : il suffit d’en toucher l’objet à transformer.

Enfin, la baguette est d’autant plus efficace que le geste du magicien est accompagné, du moins dans les pays de tradition germanique, de la formule Hocus locus, altération de hoc est corpus meum. Oui, peut-on désormais imaginer le magicien sans sa baguette ? Et comme souvent, contes et traditions « populaires » inspirent aussi les savants, le médecin Gérard Encausse, dit Papus (1865-1916), consacre quelques lignes de son volumineux Traité élémentaire de magie pratique à la baguette magique, et voilà comment la boucle se boucle !


Conclusion : La sorcière de Michelet est une femme savante (une sage femme) à la manière de Morgane qui se tient aux portes extrêmes de la vie et de la mort, addition de toutes les magiciennes de la mémoire humaine. Elle est désormais munie d’une baguette, fût-elle métaphorique :


La Sibylle prédisait le sort. Et la Sorcière le fait. C’est la grande, la vraie différence. Elle évoque, elle conjure, opère la destinée. […] Plus que Circé, plus que Médée, elle a en main la baguette du miracle naturel, et pour aide et sœur la Nature.


Dans Harry Potter, l’équipement du futur sorcier comprend deux incontournables : la baguette magique et le balai. De fait, ces deux objets sont largement redondants, on a essayé de le montrer. Dans nos campagnes, certaine baguette à fourche possède une vertu particulièrement précieuse : celle du sourcier. Baguette « divinatoire » spécialisée dans un domaine précis, elle est volontiers en coudrier ; dans le Lot, à l’occasion d’une sécheresse sévère, l’abbé Paramelle muni de sa baguette procéda en 1843 à trois cent huit « fouilles » dont seules trois restèrent infructueuses ! Cette méthode pour trouver de l’eau serait un héritage des alchimistes du XVIIe siècle qui l’utilisaient également pour découvrir des métaux enfouis. Aujourd’hui encore on fait appel à ces « sourciers-sorciers » qui « ont le don de l’eau », lequel ne s’explique pas, aussi peu d’ailleurs que sa « magie » : « si quelqu’un comprend comment ça marche, c’est qu’il n’a rien compris », explique un sourcier contemporain qui travaille toujours avec la baguette de son père. On n’est pas loin des temps où des « hommes à la baguette » parvenaient à démasquer des coupables de crimes, mais aussi à retrouver d’anciennes bornes enfouies sous terre.

Enfin, il y a peut-être des Rémois qui savent encore que la source de la Livre, du côté d’Avenay, avait été découverte grâce à une ultime transformation de la baguette, à savoir la quenouille de sainte Berthe, laquelle n’est jamais qu’une variante, dans notre fabuleux univers, de la reine Berthe, celle qui filait, et qui racontait les histoires de baguettes magiques.

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Symbolisme celte :


Robert-Jacques Thibaud, auteur d'un Dictionnaire de Mythologie et Symbolique celte (Éditions Dervy, 1995) propose une notice à l'entrée qui nous occupe :


Baguette : instrument très répandu dans les mythes et légendes celtes où elle est utilisée par les fées et les druides, la baguette est à la fois instrument rituel, support divinatoire (ogams et Runes) et ustensile pratique, permettant aussi bien de déchiffrer les événements que d'utiliser les énergies naturelles. Ce que les Romains nommaient accomplir des prodiges. C'est ainsi que grâce à sa baguette magique, Sencha, druide de Conchobar, parvint à tempérer l'agressivité du peuple des Ulates. C'étaient principalement les druides, les bardes et les filid (poètes sacrés) qui utilisaient les baguettes, bien que les fées et quelques sorcières s'en soient servi occasionnellement. le bois dont était faite la baguette déterminant le rang spirituel (et social) d'un officiant, de sorte qu'en or la baguette montrait un ollamh, en argent un arruth, tandis qu'en bronze elle n'avait qu'une signification commune, sans spécificité. Lorsqu'elle était en noisetier, la baguette montrait un maître accompli car cet arbre sacré et magique était celui de la Connaissance.

Dans le cycle de Llaw Llew Gyffes, c'est en subissant l'épreuve de la virginité avant son mariage avec Math, qu'Arianrod, fille de Don (grande Déesse), en passant au dessus de la baguette magique, mit au monde un petit garçon blond, que l'on appela né de la vague, Dylan, et un second que le magicien Gwydion (ou Gwyddyon) éduqua, le héros Llew Llaw Gyffes. De même, c'est avec la baguette de Curoi Mac Daeré, le dieu de la mort des Tuatha De Danann qu'Art put réaliser son périple vers l'Île Merveilleuse.

Michèle Bortoluzzi, autrice de Perrault sur les traces de Ma Mère l'Oye (Bibliothèque Municipale de Rouen -1997) évoque la baguette magique des fées des contes :


  Et dans ce même conte [Peau d'âne], c'est sous terre que la marraine-fée fait voyager la cassette contenant les trois robes, couleur de Temps, de Soleil et de Lune, grâce à la baguette qu'elle confie à sa filleule. Car il n'y a pas de fée sans baguette magique, souvenir de celle qu'utilisaient les prêtresses gauloises, jadis détentrices de secrets thérapeutiques. C'est avec elle que la septième fée touche les habitants du château, pour qu'ils rejoignent la Belle dans son sommeil de cent ans (5). C'est grâce à elle que la fée-marraine de Cendrillon transforme la citrouille en « beau carrosse tout doré », les souris en chevaux, le rat en cocher, les lézards en laquais, et les haillons de Cendrillon « en des habits de drap d'or et d'argent tout chamarrés de pierreries ». La baguette de la fée est l'instrument magique par excellence, qui a prise sur l'essence de la matière, et permet la métamorphose. Elle permet aussi à la fée de prodiguer ses dons. Dans les contes, si les fées sont aussi les animatrices de la nature, elles sont avant tout dispensatrices de dons et de bienfaits.

Elles ont gardé les prérogatives divines qu'elles avaient comme déesses des destinées humaines. En cela, elles sont bien la survivance des trois Parques romaines, transposition latine des Moires grecques qui présidaient à la destinée des hommes : Clotho, du fuseau de laquelle naît le fil de la vie, Lachésis qui, à l'aide de sa baguette le mesure, et Atropos « celle à qui l'on ne peut échapper », qui le coupe avec ses ciseaux.

Si l'on retrouve chez les fées le fuseau et la baguette, on ne les voit, par contre, jamais en possession des ciseaux, car les fées sont des divinités de la vie.

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