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Le Gardénia





Étymologie :

Étymol. et Hist. 1777 bot. (Encyclop. Suppl. t. 3). Mot du lat. sc. mod. tiré du nom du botaniste Alex. Garden (✝ 1791) ; cf. l'angl. gardenia, 1760 (Phil. Trans. LI, 934 ds NED : The professor has agreed to adopt this new genus by the name of Gardenia).


Lire également la définition du nom gardénia afin d'amorcer la réflexion symbolique.

Selon Silvia Pitiriciu, auteure d'un article intitulé : "Des noms communs aux noms propres dans le lexique botanique" :


Gardenia (Gardenia jasminoides) est le nom d’une plante tropicale de la famille de rubiacées, à fleurs blanches, à parfum agréable, cultivées dans un but ornemental (cf. DEXI : 785). En roumain, le terme est emprunté du fr. gardénia, cf. it., esp., angl. gardenia, germ. Gardenie. Le nom est donné par le botaniste Suédois Linné en l’honneur d’Alexander Garden, médecin et botaniste américain.

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Botanique :


Symbolisme :


Paul Pétard, pharmacien colonial comme il se définit lui-même, propose une "Description et usages de quelques plantes indigènes de Tahiti. La végétation madréporique du district de Teavaro (îles Mooréa)" parue In : Journal de la Société des océanistes, tome 4, 1948, pp. 115-131. Nous retenons ici celle du tiaré :


Gardenia tahitensis. Nom indigène : Tiaré Le Tiaré, cher aux Tahitiens, pousse en abondance sur la plage de Teavaro, et y atteint des dimensions inaccoutumées, alors qu'en terrain volcanique sa taille reste celle d'un chétif arbuste. Le Tiaré est non seulement la plus suave des fleurs de Tahiti, la parure des Vahinés, et la base de tous les cosmétiques ou Monoïs ; c'est également un médicament d'usage courant parmi les indigènes. Tantôt on demande à ses fleurs contuses et additionnées d'eau fraîche la guérison de certaines migraines ; tantôt les boutons floraux, écrasés avec quelques gouttes de Monoi, servent à calmer les maux d'oreille, ou bien le suc qu'on en extrait, mélangé à un peu de latex d'arbre à pain, est appliqué sur les plaies, qui se trouvent recouvertes d'un enduit imperméable et isolant, par suite de la coagulation du latex.

Ce sont encore les boutons floraux, associés aux feuilles de Badamier (Terminalia glabra), que l'on emploie dans le traitement de l'érésypèle. Leur infusion est utilisée pour soigner les orgelets. On peut être sceptique quant à l'efficacité de tous ces traitements : leur variété montre la faveur dont jouit le Tiaré chez les Polynésiens. Le Monoï Tiaré est le plus recherché de tous les cosmétiques. Il s'obtient par macération des fleurs dans l'huile de coco purifiée. D'autres fois les Vahinés se contentent de tremper la fleur dans l'huile de Coco ; cette pratique a pour but de protéger l'éclatante blancheur du Tiaré, qui, soustrait ainsi à l'action directe de l'air, conserve plus longtemps sa fraîcheur, et peut être employé à la confection des couronnes plusieurs jours après sa cueillette.

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Michel Panoff dans un article intitulé "Recettes de la Pharmacopée tahitienne traditionnelle", paru In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 13, n°12, décembre 1966, pp. 619-640 explique ce qu'est une maladie surnaturelle pour les Tahitiens, par oppostion àdeux autres types de maladies :


3. — le traitement des maladies surnaturelles, dont l'objet ne risque aucunement d'être confondu avec celui des deux catégories précedentes [ à savoir, 1. la médecine européenne, dont le domaine embrasse tout ce qui touche à la chirurgie, à la dentisterie et à certaines maladies comme la tuberculose pulmonaire (tuto'o) et 2. — la médecine polynésienne traditionnelle, qui est employée à chaque fois que l'on a affaire à des affections ou lésions familières.]

Les troubles dont il s'agit ici, sont provoqués à distance par des actes de sorcellerie et sont censés entraîner la mort au bout de trois jours s'ils ne sont pas neutralisés par la thérapeutique adéquate. Les observations qu'il nous a été donné de faire sur des victimes de ces pratiques magiques, comme les renseignements fournis par de multiples informateurs, permettent de présenter un diagnostic extrêmement net : sensation de froid intense dans tous les membres, durcissement de l'abdomen et apparition, un peu plus tard, de piqûres (puta) en nombre variable, de 3 à 8, sur la peau du dos; un ou deux jours après, le délire survient, sans qu'il y ait eu la moindre poussée de fièvre. Devant de tels symptômes, le médecin occidental admettra difficilement que le mal n'est pas purement imaginaire. Aussi bien les Polynésiens reconnaissent-ils volontiers que le scepticisme des Blancs est tout à fait légitime : non seulement ces troubles échappent à la compréhension et à la thérapeutique européennes, mais ils ne peuvent frapper que des gens du pays. C'est d'ailleurs ce que proclame clairement le nom le plus usité de la maladie en question : « maladie propre à la race tahitienne » (ma'i ta'ata ma'ohi). Les autres appellations employées en la circonstance en disent presque aussi long : « maladie provoquée par les fantômes » (ma'i tupapa'u.) ou « maladie suprêmement mauvaise » (ma'i i'ino).

Quant au traitement requis en pareil cas, il semble invariable. Pour que les soins donnés au malade ne restent pas inopérants, l'intervention préalable d'un bon sorcier est nécessaire : il faut en effet identifier l'auteur du maléfice (pifao), déceler le grief qui a pu motiver le recours à cette agression surnaturelle et arrêter l'invasion des esprits qui se sont répandus dans le corps de la victime. Dans un premier temps, il s'agit d'extraire le sang vicié qui véhicule les mauvais esprits : à l'aide d'un léger marteau, formé d'un manche en bois et d'un éclat de verre ou d'une dent de requin, on frappe à petits coups sur les pustules caractéristiques. La saignée est jugée suffisante quand on a recueilli le contenu d'un à deux bols de sang. On enduit alors les blessures de mono'i (huile parfumée aux fleurs de Gardenia tahitensis) et les mauvais esprits qui n'auraient pu être encore extirpés, sont contraints de fuir car ils ne se plaisent que dans la puanteur.

[…]

Dans certains cas, les matières végétales employées doivent présenter une valence sexuelle déterminée, faute de quoi, pense- t-on, le médicament ne saurait procurer l'effet attendu. Le caractère sexuel qui est retenu par les guérisseurs n'a rien à voir avec les critères auxquels se réfèrent les botanistes : il n'est pas tiré de l'observation des organes de reproduction, dont les Polynésiens n'ignorent pourtant pas la fonction, mais de ressemblances purement formelles. Sa nature est symbolique et relève de la métaphore. [...] C'est le nombre de pétales qui décide du sexe de la fleur de tiaré : elle est femelle si elle possède 6 pétales, et mâle quand elle en a 7.  

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D'après A.-M. Vergiat, auteur de l'article intitulé "Plantes magiques et médicinales des féticheurs de l'Oubangui (fin)." paru In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 17, n°7-9, Juillet-août-septembre 1970. pp. 295-339, le gardénia a des vertus protectrices :


Gardenia Jovis-tonantis (Welw.) Hiern.

Kili (G), Biberi (M), Adjera (B).

Petit arbre de savane, commun, bois très dur, à rameaux diva- riqués. L'écorce des rameaux, subéreuse, est blanchâtre.

Floraison : fleurs blanches ou jaunâtres.

Fructification : fruits duveteux à l'extrémité côtelée, de teinte chamois clair lorsqu'il est en formation, à chair fibreuse.

En pays de savane le fruit, en formation, est parfois consommé. Les raclures de l'écorce de la racine, malaxées dans de l'eau froide, produisent une eau mousseuse, qui est employée contre l'asthme et l'emphysème pulmonaire, maladies attribuées au lézard kada (B). L'absorption de cette eau provoque des expectorations et des vomissements. Dans le cas d'insomnie, le suc exprimé et réchauffé de l'écorce de la racine est introduit dans les narines, il cause un abondant écoulement nasal. Ce suc est employé, contre le coryza. Les deux premiers jours de la naissance d'un enfant, et pour lui éviter la maladie, sa mère pressure sur son sein, quand son enfant tête, des raclures de la racine. Le nouveau-né absorbe ainsi quelques gouttes de ce suc contre les vomissements. Pour qu'un jeune enfant devienne fort, on pratique sur sa nuque, sa poitrine et ses poignets, des incisions qu'on frotte avec la cendre des rameaux de cet arbuste et celle des poils prélevés sur le front d'un cabri, l'enfant acquerra la résistance des branches de la plante et la force de la tête de l'animal.

Le néophyte sémali Ngakola qui, par erreur, aurait commis le sacrilège de consommer la chair de nandolo, espèce de varan, animal sacré du génie, doit absorber la décoction de la racine, que lui donne à boire l'initiateur, pour qu'il rende son manger. Une branche de cet arbuste est plantée, près du caillou sacré, dans le bada des sémalis Ngakola. C'est aussi une plante fétiche du génie de la chasse Kinpenli (G), il se repose toujours à son ombre. Une de ses branches est parfois plantée près des cases, on y suspend, en offrande, le crâne des animaux tués à la chasse. On attache un morceau de rameau de cette plante à la porte des cases pour protéger les habitants de l'envoûtement par l'aiguille. A la vue de ce bois, l'aiguille n'accomplit pas son geste meurtrier et fait demi-tour. Des branches, placées sur le toit ou à la porte des cases, protègent des fauves.

Celui qui porte sur lui un morceau du gui de cette plante en acquerra la résistance, il ne connaîtra pas la maladie et ne se laissera pas abattre par l'adversité.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Le gardénia, qui possède "un haut potentiel de vibrations spirituelles" et attire les influences bénéfiques, peut être utilisé dans les vœux d'amour et dans les cérémonies rituelles. Mettre des boutons frais de gardénia dans la chambre d'un malade favorise la guérison. Sachez encore que "pour obtenir des vibrations apaisantes, on disposera, autour de la chambre, du gardénia séché, ou on l"ajoutera aux parfums à brûler consacrés à la lune".

Selon Bah, S., Dabo, A., Diallo, D., Diarra, S., Maiga, S., Sacko, M., & Sanogo, R. auteurs d'un article intitulé "Utilisation des plantes médicinales dans le traitement des morsures de serpent dans le cercle de Kolokani au Mali" et paru dans Mali Santé Publique tome 1, n°002, pp. 114-1147,  en 2011 :

[…]

Plantes utilisées contre les morsures de serpent :

Plus de la moitié [des tradipraticiens interrogés] avaient déclaré posséder des remèdes contre les morsures de serpent 80,95% (17/21). Les remèdes utilisés par les tradipraticiens sont indiqués dans le tableau I. Les tradipraticiens de santé ont cité 16 plantes appartenant à 11 familles botaniques qu’ils utilisent contre les morsures de serpent. Ces plantes sont soit utilisées seules soit en combinaison avec d’autres plantes ou animaux (Tableau N°I). Les plantes ainsi que les parties et les modes de préparation sont mentionnés dans le Tableau N°I. Securidaca longipedunculata (Diro en Bambanankan local) a été la plante la plus citée soit 53% (9/17). La deuxième plante la plus utilisée a été Gardenia ternifolia (Bouretié en Bambanankan) 17,65% (3/17) et la troisième plante était Tamarindus indica (Tomi en Bamabankan) 11,76% (2/17). Il faut noter que le Tomi était toujours utilisé avec d’autres plantes. Les feuilles, les racines et les écorces étaient les parties des plantes les plus utilisées. Les modes de préparation les plus utilisés étaient la décoction et la poudre pour application locale. Nous avons enregistré trois plantes qui n’ont pas pu être identifiées par leurs noms botaniques.


Extrait tableau n°1 :

Famille : Rubiaceae

Nom scientifique : Gardenia ternifolia Schumach. & Thonn.

Nom Bamanan : Bourétiè

Partie utilisée, mode de préparation et d'utilisation : Poudre de racines et des rameaux sèches à appliquer sur le membre mordu avec le beurre de karité. *

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Dans un article intitulé "Groupes ethniques et espèces végétales à hautes valeurs socio-culturelles au Burkina Faso" et paru dans International Journal of Tropical Ecology and Geography, 2018, vol. 42, n°1, p. 207-226., les auteurs : Salfo Savadogo, Lassina Traore & Adjima Thiombiano apportent des précisions sur l'usage traditionnel du gardénia dans ce pays africain : [...]

Les plantes à usage magico-religieux :

Ce sont des plantes dont les vertus médicinales sont associées à des phénomènes magiques et religieux. Quinze espèces magico-religieuses ont été répertoriées. Les espèces les plus utilisées par les populations à cette fin sont Diospyros mespiliformis (97,5%), Gardenia ternifolia (89,8%), Gardenia erubescens (85,4%) et Ozoroa insignis (82,7%).

[…]

En cas de litige dans l’appropriation d’une portion de terre, d’un champ ou d’un bien quelconque, les Djan estiment que pour identifier l’imposteur, il faut fixer dans le champ ou la portion de terre litigieuse, un bois de D. mespiliformis. En effet, ce simulacre obligerait l’imposteur à déguerpir des lieux sinon il mourra à brève échéance, de l’ordre de quelques jours. Il en est de même pour Gardenia erubescens. Chez les Dagara, G. erubescens et G. ternifolia jouent également le même rôle.

[…]

Les espèces culturelles :

Les Lobi [...] utilisent le bois de Gardenia erubescens pour la confection des masques en bois et des divinités.

[…]

Les espèces préservatrices ou espèces pièges :

En société Mossi, les organes d’un certain nombre d’espèces sont utilisés sur les essences fruitières aux fins de les préserver de toute forme de prédation humaine. Il s’agit notamment de Gardenia ternifolia (branche ou rameau feuillé), Combretum micranthum (tas de brindilles), Combretum glutinosum (branche ou rameau feuillés), Eragrostis tremula (tiges feuillées), Khaya senegalensis (écorce), Guiera senegalensis (rameau feuillé), Sporobolus pyramidalis (tiges feuillées) et Cymbopogon schoenanthus (tiges feuillées). Des incantations sont formulées avant de placer l’organe végétal. Une violation de ces pièges entraîne des maladies incurables, des drames et peut même dans certains cas avoir des répercussions sur la progéniture de celui qui énonce des dénégations. Cependant, ces pièges ne sont pas d’une garantie inébranlable, car certains contrevenants ne vont pas manquer de stratégies pour les saboter. En effet, de la potasse, de l’urine ou le simple fait de dire « piège quitte, l’homme à la peau blanche arrive » suffit pour annuler les incantations et permet de s’accaparer des ressources de l’arbre. Leur usage se fait fréquemment en réponse aux abus de certaines personnes qui se donnent le droit de piéger des arbres qui ne sont pas leur propriété, c'est-à-dire des espèces situées en pleine forêt. De nombreux autres objets sont utilisés en dehors des plantes. Ce sont : le « wake », les roches (granites ou latérite), les fragments d’outils en terre cuite (canari, jarre, marmite), les os, les fragments de calebasse colorés de charbon, etc.

Chez les Lobi, les rameaux de Gardenia erubescens et d’Annona senegalensis, les feuilles de Parkia biglobosa ou de Vitellaria paradoxa, les tiges d’Eragrostis tremula, d’Andropogon gayanus et d’Andropogon ascinodis placées sur un arbre fruitier ou dans un champ sont générateurs de maladies incurables sur les contrevenants à ces pièges.[...]

[…]

Les organes des espèces comme Cymbopogon schoenanthus, Eragrostis tremula, Gardenia ternifolia, Gardenia erubescens, Sporobolus pyramidalis, Gardenia sokotensis et Combretum glutinosum sont les plus couramment utilisés comme piège sur les arbres fruitiers. Aux dires des paysans, ces espèces font plus peur aux éventuels « prédateurs » des arbres fruitiers. En effet, certaines d’entre elles seraient en mesure, en cas de profanation de ces pièges, d’infliger à l’égard des contrevenants, des sanctions très sévères allant des maladies mystiques incurables à la mortalité infantile. C’est dans ce sens que l’un des paysans estime que les populations ne prennent jamais le risque de prélever les fruits d’un arbre qui porte un rameau de Gardenia ternifolia ou des tiges d’Eragrostis tremula, de Cymbopogon schoenanthus et de Sporobolus pyramidalis. Certains pièges par contre n’effrayent pas les populations. Cela profite aux profanes.

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Littérature :


Le Gardénia


Dans un jardin en Angleterre

Il était un gardénia.

Pour en fleurir sa boutonnière,

Un vieux lord se l'appropria.

Depuis, au jardin, il n'y a,

N'y a plus de gardénia.


Robert Desnos, "Le Gardénia" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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