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Le Cheval (suite)


Suite de l'article publié le 22 juin 2016 que vous pouvez lire ici.




Symbolisme celte :


Dans L'Oracle des Druides, Comment utiliser les animaux sacrés de la tradition druidique (édition originale, 1994 ; tradition française Guy Trédaniel 2006) de Philip et Stephanie Carr-Gomm, on apprend que le cheval est associé à trois mots-clefs :

La Déesse ; La Terre ; Le Voyage.

La carte représente une jument grise devant la silhouette du Cheval Blanc, sculptée à même le calcaire de la colline d'Uffington, dans l'Oxfordshire. Au premier plan pousse la pesse d'eau, la prêle des marais, et l'hyppocrépide. Une clé symbolique et un guerrier à cheval sont sculptés sur le rocher. Le soleil brille de tout son éclat.

L'esprit du cheval vous invite au voyage : vous ressentez peut-être l'envie de voyager, dans le monde physique ou dans les domaines intérieurs. Le cheval vous apporte l'énergie et la vitesse et vous relie à la puissance de la terre et du soleil. La déesse-cheval règne sur le cycle complet de l'existence : la naissance, la mort, la vie dans l'au-delà et la renaissance. En nous rapprochant de l'esprit du cheval, nous nous familiarisons avec les différentes aspects du cycle de la vie, sachant que la déesse nous protège et nous guide d'étape en étape.


Renversée, la carte nous demande d'analyser les origines de notre agitation. Si nous avons du mal à nous fixer, à rester dans un endroit ou mener ne tâche à son terme, c'est peut-être que nous n'avons pas encore accepté le flot de la vie et notre place dans le cycle de l'existence. L'esprit du cheval peut nous aider à trouver le sentiment d’appartenance qui nous manque et nous relier à l'esprit de la terre et du ciel.


Le Cheval dans la Tradition


L'un des chevaux était agile, fougueux, bien cambré et puissant,

un beau corps sur de longues pattes et des sabots magnifiques.

L'autre avait la crinière longue et brillante,

un corps nerveux et des pattes merveilleusement fines


Extrait de Le Vol des vaches de Cooley.


Ces deux chevaux tiraient le char de Cu-Chulainn, le héros de l'Ulster. Ils s'appelaient Mer Grise et Mouette Noire. Mer Grise était clairvoyante ; elle pleura des larmes de sang quand la mort de son maître lui fut annoncée. Cu-Chulainn se battait sur un char de bois et d'osier, comme beaucoup de guerriers irlandais et britanniques continuaient à le faire après l'abandon des batailles de chars dans le reste de l'Europe. Les combattants celtiques avaient l'habitude d'attacher au cou de leur cheval les têtes des ennemis qu'ils avaient tués, terrifiant certainement ainsi leurs adversaires.

Avant l'arrivée des Romains en Gaule et en Grande-Bretagne, les chevaux employés étaient de petite taille, comme des poneys. Ils servaient au transport et à la chasse autant qu'à la guerre. En Gaule, ils étaient aussi source de nourriture. Ils représentaient la richesse, comme les moutons et le bétail, et leur importance dans la vie celtique est marquée par le nombre de chevaux enterrés avec les chars ou dans les tombes rituelles. Des chevaux et des chiens étaient parfois enterrés ensemble, laissant penser aux rites d'un culte de la chasse. Parfois, on n'a retrouvé enterrés en guise d'offrande que des objets de sellerie ou une partie du corps du cheval, ses dents par exemple.. On a mis au jour des ossements de chevaux sous les fondations de maisons, certainement enterrés pour porter chance à leurs habitants. Le fer à cheval porte-bonheur reste encore le signe de cette association entre le cheval et la chance.

Le cheval devait être protégé du mauvais œil par des ornements de bronze. Les druides, plus plus tard les paysans, bénissaient l'animal en le faisant tourner trois fois dans le sens des aiguilles d'une montre autour d'un cairn connu sous le nom de Cairn Nan Each... Pour empêcher les sorcières de voler les chevaux, les charretiers attachaient autour du cou des animaux des "pierres à sorcières", silex formant naturellement des anneaux. Mais les sorcières pouvaient jeter une bride magique autour du cou des hommes endormis pour les changer en cheval pour la nuit.

La Déesse-Cheval

Epona, la déesse-cheval dont dérive le mot "poney", était vénérée à l'origine en Gaule, mais était si populaire que son culte se répandit de la Grande-Bretagne à la Bulgarie. C'est la seule divinité celtique qui ait eu un culte à Rome où on la fêtait le 18 décembre. Elle était représentée dans le pays de Galles par Rhiannon et en Irlande par Macha et Etain.

Elle symbolisait indubitablement la protection chez les cavaliers, mais pour les civils, elle équivalait à la déesse-mère et présidait le cycle de la vie. On la représentait sur certaines images comme une mère fertile et généreuse, nourrissant deux poulains avec les grains de maïs posés sur ses genoux. Ailleurs, elle tenait une clé ouvrant les portes du Monde des Profondeurs et de l'Autre Monde. La déesse transformée en cheval avait un rôle psychopompe ; elle transportait les âmes des morts vers l'Autre Monde, ou vers Hy Breasil (le Paradis de la mythologie irlandaise qui a peut-être donné son nom au Brésil). Cheval des morts, elle est parfois décrite sous les traits d'une créature fantomatique et l'on dit qu'elle donne des cauchemars. Kelpie ou Each Uisge, elle hante les lacs écossais sous la forme d'un poney luisant, offrant son dos aux voyageurs qui veulent traverser le lac. Mais une fois qu'ils sont montés, elle se transforme en une terrifiante créature aux dents longues et aux longs poils sauvages, qui plonge droit dans le lac, emportant ses cavaliers dans le Monde des Profondeurs. A Skye, on raconte qu'une licorne vit dans certains lacs et qu'une cheval-anguille à douze pattes nage encore dans le Loch Awe.


Seuils de la Vie et de la Mort

Dans la tradition druidique, Beltane, en mai, représente le temps des amours et le seuil de la nouvelle vie où l'âme s'engage. Samhuinn, en novembre, symbolise la mort et la porte par où l'âme quitte ce monde. Ces deux seuils sont les deux axes du cycle de l'existence : à Beltane, la déesse-cheval envoie sur les hommes un grand flot d'énergie bouillonnante, les rendant aussi forts que des étalons ; à Samhuinn, elle porte leur âme vers l'Autre Monde pour l'y renouveler.

Confirmant cette association de la déesse au cycle de l'existence, les chevaux Hobby sont montés rituellement à Samhuinn et Beltane ; la race des Padstows et Moineheads apportent le mois de mai et celle des Hoddens (Kent), des Chevaux Sauvages (Cheshire et Shropshire) et des Mair Lwyd (Pays de Galles) accompagnent l'hiver.

Associé également à la sexualité, le cheval représente à la fois la fécondité humaine et la puissance et la fertilité de la terre. Certains rois irlandais se marièrent symboliquement à une jument blanche pour associer leur propre souveraineté à la puissance de leurs terres. Pour renforcer cette association, de grands chevaux ont été sculptés sur certaines collines de Grande-Bretagne, à même le calcaire du sol.

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Selon Thierry Jolif, auteur de B. A.-BA Mythologie celtique (Éditions Pardès, 2000),


"Un rituel d'intronisation qui comprend le sacrifice d'un cheval blanc est attesté en Ulster au XIIe siècle par le moine gallois Giraud de Cambrie. Le cheval fait partie des symboles royaux et guerriers. Il existe en Gaule des représentations d'une déesse chevauchant, qui est nommé Epona ; son nom est apparenté à celui du cheval. Il est possible qu'elle soit un aspect de la déesse de la guerre."

Selon Sabine Heinz, auteure de Les Symboles des Celtes, (édition originale 1997, traduction française Guy Trédaniel Éditeur, 1998),


"Au VIIIe siècle avant notre ère, les chevaux sont introduits en Europe centrale ; ce sont des animaux de charge et de selle qui deviennent vite l'emblème de l'aristocratie cavalière celtique. A l'époque, les luttes guerrières font partie de la vie des Celtes en quête de nouveaux territoires ; cavaliers et conducteurs de chars bénéficient donc d'un rang social élevé. L'une des premières représentations de cheval, gravée dans la pierre, date du VIe siècle avant notre ère ; on l'a trouvée à Roquepertuse, en Provence.

Le cheval apparaît dans les motifs les plus divers, comme sculpture et surtout au dos de la plupart des pièces de monnaie que nous connaissons jusqu'à présent. Les significations religieuses du cheval sont multiples, pas seulement chez les Celtes. Il est le compagnon des dieux et l'emblème de différentes divinités ; on le consacrait à des dieux comme Rudiobus, Belenus et Macha. Le cheval est souvent un symbole réduit du chevalier ou du cheval et du char. Il représente le soleil, également lié au culte de l'eau, qui réunit la vie et la mort (évolution / guérison / rajeunissement). Selon le cavalier ou la personne qui l'accompagne (homme, femme, serpent, chien, verrat, aigle, corbeau, etc.), d'autres relations sont établies. Le cavalier est l'être suprême ; il tient les rênes qui lui permettent de conduire et de diriger. Le cheval tire le char du soleil, le char de l'officier et les barques.

[...]

D'autres représentations montre le cheval avec une tête humaine. Lorsqu'il a des ailes, il conduit les hommes vaillants dans des contrées d'une beauté éternelle. On voit rarement des hippocampes, qui pourraient avoir la même mission.

Les autres propriétés attribuées au cheval sont la beauté, la vitesse, la vivacité sexuelle et par suite la fécondité. Il est le symbole de la vie en mouvement. Avec le verrat / Le porc, il est l'animal votif et sacrificiel le plus fréquent.

Il est donc logique qu'on ne puisse pas s'imaginer la littérature celtique sans cheval. On évoque non nom en entier, mais parfois seulement une partie de son nom. Un cycle de triades galloises, Trioedd Ynios Prydein, est exclusivement consacré aux chevaux de souverains britanniques et reflète en même temps la symbolique celtique des couleurs.

L'une des histoires les plus belles et les plus symboliques, qui met en lumière le cheval et sa sagesse, vient de Bretagne :


Un éleveur de chevaux avait douze juments, qui lui donnèrent onze pouliches rousses comme un renard et un affreux poulain bleu. Entendant les soupirs de l'éleveur, l'étalon se mit soudain à parler et lui conseilla de tuer les pouliches et de lui laisser tout le lait des juments. Le paysan suivit ses conseils et au bout de six mois, le poulain était devenu un animal géant ayant la force de douze chevaux. Pour que l'étalon perde sa robe bleue, l'éleveur dut vendre une partie de son bien, car l'étalon lui dit qu'il aurait besoin d'une étrille en argent. Après avoir trouvé l'outil requis , il étrilla la robe de l'animal jusqu'à ce qu'elles oit d'un blanc éclatant. Le cheval demanda alors à l'éleveur de l'accompagner à Nantes où les neuf plus nobles étalons du roi étaient tombés malades. Sur le conseil du puissant animal, on donna à chaque cheval trois boisseaux d'avoine qu'il engloutit cependant lui-même. Les autres furent fouettés jusqu'à ce que la sueur leur coule sur les flancs. L'éleveur en frotta son cheval qui en devint encore plus fort. Les étalons du roi guérirent. Alors, le roi arma l’éleveur chevalier, mais exigea immédiatement que ce dernier lui procurât le cheval du monde.

Au bout de trois heures de lutte et avec l'aide de 99 peaux de bœuf qui le protégèrent, l'étalon réussit à vaincre et à ramener le cheval du monde. A peine étaient-ils rentrés à la cour que le roi leur demanda de lui amener la princesse aux cheveux d'or. Ils repartirent donc et, alors que leurs provisions éteint presque entièrement épuisées, finirent par rencontre un groupe d'oies sauvages affamées, avec lesquelles ils partagèrent leur dernier morceau de pain. Pour les remercier, les oiseaux allèrent chercher une barque, les invitèrent à monter et leur firent traverser le lac inhospitalier au bord duquel ils avaient campé ; ils parvinrent sur l'île de la princesse qu'ils conquirent. Ils revinrent à la cour du roi accompagnés de la princesse.

La jeune femme plut beaucoup au roi qui voulut l'épouser. La princesse posa une condition : elle souhaitait qu'on lui apportât les vêtements qui étaient sur l'île, dans une armoire dont elle avait jeté les clés dans le lac pendant la traversée. De nouveau, cheval et chevalier se mirent en route. Au bord du lac, ils réussirent à sauver un poisson qui leur rendit la pareille en allant chercher la clé au fond du lac. Ils débarquèrent sur l'île, allèrent chercher les vêtements et les amenèrent à la princesse.

Mais la princesse exigea alors un époux plus jeune. Le chevalier et son cheval durent donc repartir chercher l'eau de la vie et celle de la mort. Arrivé dan un champ, l'étalon ordonna au chevalier de le tuer. Les yeux remplis de larmes, le chevalier s'exécuta, puisque l'étalon avait jusqu'alors toujours eu raison. Après la mort de l'étalon, deux corbeaux vinrent se poser sur le cadavre. Le chevalier attrapa l'un d'eux et promit de lui rendre sa liberté s'il lui apportait l'eau de la vie et celle de la mort. Le corbeau donna sa parole sa liberté s'il lui apportait l'eau de la vie et celle de la mort. Le corbeau donna sa parole et la tint. Le chevalier aspergea alors de quelques gouttes d'eau de vie le cadavre du cheval qui reprit vie immédiatement sous forme d'un merveilleux prince. C'était le frère de la princesse.

Ils revinrent à la cour où la princesse versa des larmes de joie en revoyant son frère. Le roi voulut une preuve de l'efficacité des deux eaux et aspergea son vieux chien de trois gouttes d'eau de mort. Il mourut ; après l'avoir aspergé de trois gouttes d'eau de vie, il revint à la vie, rajeuni. Le roi osa alors essayer, car il espérait rajeunir lui aussi. Mais la princesse ne lui donna que des gouttes d'eau de mort, car elle avait découvert son amour pour le chevalier qui lui avait rendu son frère et elle fit de lui le nouveau roi.


Le rapport avec le matriarcat, la fécondité et la force guerrière est particulièrement net dan l'une des trois Macha décrites dans des légendes irlandaises :


Un jour, une superbe femme nommée Macha arriva dans la maison isolée de Crunnchu, gardien de l'auberge royale et veuf pour la deuxième fois ; sans mot dire, elle s'occupa immédiatement de tenir son ménage. Elle resta dans la maison de Crunnchu et y multiplia les richesses et la joie. Elle fut bientôt enceinte. Crunnchu décida d'aller à la fête du camp militaire. Bien que sa femme l'ait exhorté de ne pas le faire, Crunnchu se vanta devant la foule qui acclamait les chevaux que sa femme était capable de courir plus vite qu'eux. Le roi Conchobar entendit ses paroles et, furieux, ordonna qu'on allât chercher Macha. Malgré les premières douleurs de l'enfantement, il la força à faire une course avec les chevaux sous la menace de tuer son mari. Elle gagna, mais la course lui coûta la vie. Elle mourut en donnant naissance à deux jumeaux. Son dernier cri fit frissonner la foule et lui enleva toute force. Pendant neuf générations, sa malédiction paralysa les Ulates ; chaque fois que la misère se faisait sentir et qu'ils avaient le plus besoin de leurs forces, ils n'avaient, le temps que durent les couches - c'est-à-dire cinq jours et quatre nuits ou bien le contraire - que la force d'une accouchée.


Au total, la littérature irlandaise donne trois interprétations de la divinité irlandaise Macha : prophétique, guerrière et matriarcale. Le rapport avec le matriarcat se reflète dans la Rhiannon galloise et dans le conte de Baranor. Medb, une véritable figure de matriarcat, est représentée elle aussi sous forme de cheval.

Il est possible que les Celtes insulaires se soient représenté le pays lui-même comme un cheval - peut-être même sous la forme de femmes comme Medb dont le premier mari Eochaid Dala fut probablement un cheval (son nom la laisse néanmoins supposer). Cela expliquerait mieux les rites d'intronisation auxquels Giraldus Cambrensis prétend devoir s'être soumis en 1185/86 en Ulster, sous l'influence de la société irlandaise qui y vivait encore partiellement dans des conditions préféodales : le prétendant au trône royal devait consommer le Saint Mariage avec une jument blanche, c'est-à-dire s'unir à elle, puis se baigner dans un bouillon préparé avec la viande de l'animal, bouillon que devaient ensuite boire ses fidèles. on croyait qu'ainsi la force de l'animal lui serait transmise et profiterait par son entremise à tout son royaume.

Le fait que les hommes obtiennent des terres et deviennent rois grâce aux femmes n'apparaît pas seulement dans les légendes irlandaises, mais aussi dans les Mabinogi, les légendes d'Arthur et des contes comme celui que nous venons de rapporter.

De nombreux personnages irlandais ont effectivement des noms qui font penser au cheval : Mongàn (petite crinière), Eochaid (cheval), Eochaid Ollathir (Grand Père Cheval), Mongfhionn (blanc comme la crinière). C'est pourquoi on suppose également que Macha est peut-être la déesse tribale à la puissance trois.

Les Celtes, comme les Aedui et les Lingons, étaient jadis célèbres, et le sont encore aujourd'hui (par exemple dans le Llangeitho, au Pays de Galles), pour les succès obtenus avec l'élevage des chevaux."

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Selon Divi Kervella, dans Emblèmes et symboles des Bretons et des Celtes (2001) :


"Le cheval occupait une place très importante dans la civilisation celtique ancienne, - on retrouve cet animal - parfois à tête humaine - sur une majorité des monnaies de l'Antiquité celtique. La symbolique se rapportant au cheval est très vaste et nous ne ferons qu'effleurer ici un domaine plus que riche.

Il existe un très fort lien symbolique entre le cheval et la mer. le terme poétique ancien pour désigner la Grande Bleue est kezeg Ler (Les chevaux de Ler - Ler étant le dieu celte de la mer), et, de nos jours en Bretagne, ar gazeg c'hlas (la jument bleue) est le surnom de l'Océan. Le lecteur trouvera dans l'article Licorne d'autres éléments sur des chevaux marins cornus qui hantent les côtes de la Celtie.

Les deux Cornouailles semblent vouées au cheval : toutes deux avaient comme souverain le roi Marc'h ("cheval"), l'oncle de Tristan dont l'amour qui l'unit à Iseult, la promise du roi, est connu de tous.

[Je réalise aujourd'hui que mon fils Tristan, né le 3 mai est aussi lié au cheval par l'intermédiaire du saint patron de son anniversaire puisqu'il s'agit de Philippe, d'ailleurs prénom de mon oncle maternel !].

La version bretonne de l'histoire spécifie même que ce roi avait des oreilles de cheval, lui conférant ainsi les attributs du roi Midas de la mythologie grecque. Ces deux contrées possèdent également en commun des légendes de villes englouties par la mer (Iz en Bretagne, Lethowstow outre-Manche) dont les souverains n'eurent la vie sauve que grâce à la course éperdue de leurs destriers blancs luttant de vitesse avec la montée des flots ravageurs.

Le symbolisme du cheval est ancré dans la toponymie de la côte de la Cornouaille bretonne : la ville de Penmarc'h dont le nom signifie "tête de cheval" occupe l'extrême pointe sud-ouest, et le pays alentour qu'on appelle de nos jours communément le pays Bigouden conserve encore son nom ancien d'origine latine Cap Caval qui n'en est que la traduction (cap = penn ; caval = marc'h). Le corps de la formidable bête se prolonge jusqu'à la pointe e Lostmarc'h ("queue de cheval") à l'extrémité de la presqu'île de Crozon, après être passé par Quimerc'h (altération de kein marc'h "dos de cheval"). La jument longe également la côte occidentale bretonne : elle va des environs de Douarnenez à l’île d'Ouessant. quant au roi Marc'h lui-même il a son tombeau sur un des versants du Menez-C'homm, la montagne sacrée de Cornouaille.

En Grande-Bretagne, c'est directement dans la craie de collines qu'on traçait d'immenses chevaux blancs : le cheval blanc de Westbury et surtout celui d'Uffington sont très connus.

Le paysage breton est également parsemé d'étranges grandes pierres appelés kazeg-vaen, "jument de pierre", elles ont le pouvoir de rendre fertiles les femmes stériles. Celle de Locronan est la plus connue, elle est sur le bord du circuit de la Troménie, cette fameuse procession qui suit un calendrier pré-chrétien. La famille ducale vouait un culte particulier au patron du lieu, Ronan, garant de la fécondité de la dynastie et Anne de Bretagne fit d'ailleurs un pèlerinage à cette pierre.

Les premiers illustrateurs bretons des textes sacrés firent jouer l'amalgame entre le nom Marc'h et saint Marc, et les enluminures faites à l'abbaye de Landévennec montrent l'évangéliste avec une tête de cheval !

Le cheval possède également une forte symbolique guerrière, les chevaliers formant une aristocratie guerrière très puissante. C'est grâce à leur cavalerie et à l'invention du char que les Celtes purent rapidement étendre leur civilisation sur une bonne partie de l'Europe occidentale et centrale, et les cavaliers bretons étaient fort réputés au Moyen Âge jusqu'à faire le tiers des forces de Guillaume le Conquérant lors de la bataille d'Hastings.

C'est pourquoi l'on retrouve le nom de Marc'h (lénifié en composition sous la forme -varc'h) dans nombre de noms propres bretons d'origine guerrière devenus patronymes. Citons par exemple Gwivarc'h dont le nom signifie "(guerrier) digne d'avoir un cheval, ou encore mieux Gwionvarc'h "digne d'avoir un bon cheval", sans oublier les Glevarc'heg "chevalier brillant", etc.

Le plus grand roi de la Bretagne continentale, Salomon (857-874), a été canonisé par la ferveur populaire. Il est devenu le protecteur des chevaux et des cavaliers, et son pardon à la chapelle de Plouyé (Cornouaille) où se trouve son sarcophage était jadis couru. Cela est sûrement dû au fait qu'il était le chef de la puissante cavalerie bretonne.

Conducteur des âmes dans l'autre monde, le cheval blanc accompagne les défunts dans leur voyage vers une nouvelle vie. Il peut également avertir les mortels de leur fin prochaine. L'Ankoù breton, personnage masculin qui vient chercher les personnes dont la dernière heure est arrivée, se déplace sur une charrette tirée par deux chevaux blancs, à la longue crinière, attelés en flèche. Celui de devant est maigre, efflanqué et tient à peine sur ses pattes, l'autre en revanche, est gras et franc du collier.

La charrette irlandaise de la mort (coiste bodhar, "charrette sourde") en diffère peu, sauf qu'elle est tirée par quatre chevaux sans tête. Celle de Cornouailles insulaire est également attelée à des chevaux sans tête.

Toutes ces symboliques peuvent parfaitement se mélanger : les deux chevaux du héros guerrier CùChulainn ont une intelligence humaine et viennent de l'Autre Monde."

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Dans Animaux totems celtes, Un voyage chamanique à la rencontre de votre animal allié (2002, traduction française : Éditions Vega, 2015), John Matthews nous propose la fiche suivante :


"Cheval = irlandais : capall, each ; gallois : ceffyl, march ; gaélique : each, mare-schlugach ; langue de Cornouailles : margh ; breton : -.


Le cheval a toujours été sacré pour les Celtes et représente de bien des manières l'animal totem fétiche de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. Ainsi, deux des plus grands tabous étaient de mutiler volontairement les chevaux ou de manger leur chair. Dans le Mabinogion, lorsque l'Infernal Efnissien coupe les cils, les lèvres et la queue du cheval du roi d'Irlande en visite, il déclenche une guerre.

On trouve dans toute la Grande-Bretagne des preuves de l'existence d'un culte du cheval très répandu, ce qui peut être relié à l'adoration de la déesse cheval Epona. Le cheval blanc d'Uffington, taillé dans la craie des collines de Berkshire, en Grande-Bretagne, est un centre de rituels depuis plus longtemps que l'on puisse s'en souvenir. Les recherches archéologiques le date de l'âge de fer, voire avant. Il demeure un flambeau pour tous ceux qui aiment la tradition ancestrale de cette région.

Les destriers magiques abondent dans la tradition celte, depuis depuis les chevaux de Mannannan mac Lir, qui peuvent transporter les gens par delà la cime des vagues vers l'Autre-Monde du royaume de la mer, jusqu'aux montures favorites de héros tels qu'Arthur, dont la célèbre jument grise, Llamrai, est répertoriée dans les Triades.

Le héros irlandais Cuchulainn possédait deux chevaux célèbres : Dubh-sron-gheal et Dubh-srannal, "Museau Noir-Blanc" et "Ébrouement Noir". Les destriers de Fionn étaient Dubh-saoileann, "yeux Noirs" et Liath macha, "Brume Grise".

Le cheval idéal est décrit ainsi par les anciennes lois de Brehon :


Un grand cheval, robuste, jeune, noble, à la tête haute, porteur de charges, au cœur plein d'entrain, à la poitrine large, altier, à l'allure tranquille, au poil lisse et brillant, aux pattes élancées, de bonne lignée, sans marque de lance, sans coupure d'épée, suivant la main, sans bosse sur le dos, au dos entier, au pas fluide, ni trop haut, ni trop bas, sans timidité, sans rébellion, sans faux pas, sans paresse, sans boitement, ne ruant pas, n'ayant pas le crin poussiéreux, ne s'essoufflant pas, aux oreilles droites, ne tremblant pas... En parfaite santé, docile, obéissant. A défaut de cela, il sera rejeté.


Plus récemment, la tradition évoque le "Kelpie", ou cheval aquatique, visible au bord d'un lac, apparemment doux et docile, mais qui aussitôt monté, part dans un galop interminable jusque dans les profondeurs de l'eau, noyant son cavalier.

Outre sa rapidité et son endurance évidentes, le cheval se révèle être un totem loyal, capable de nous monter le chemin jusqu'à l'Autre -Monde, et de nous guider au sein de celui-ci.


Préceptes du totem :

Éclaireur : Ensemble, nous pouvons gagner la course.

Protecteur : Ouvre bien les yeux avant de sauter.

Challenger : Quel est ton objectif véritable ?

Aide : Je peux te mener n'importe où."

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