Le Fer à cheval
- Anne

- 8 janv. 2022
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Autres noms : Hippocrepis comosa - Hippocrépide à toupet - Hippocrépide chevelue - Hippocrépide en toupets - Hippocrépis à toupet - Hippocrépis chevelu - Hippocrépis en ombelle -
Botanique :
Cette plante est la seule nourriture de la chenille du papillon Argus bleu-nacré.
Daniel Jeanmonod, auteur d'un article intitulé "Une toute nouvelle édition de Flora Corsica" (In : Saussurea n°43, 2013, pp. 127-132) raconte la méprise qui a eu lieu en Corse au sujet de l'Hippocrepis comosa :
"Mais la découverte la plus étonnante est celle d'une nouvelle espèce pour la science : Hippocrepis conradiae Gamisans & Hugot. L'histoire de cette plante rarissime et extrêmement difficile à voir mérite d'être contée. En 1975 des entomologistes trouvent dans le massif du Cinto un papillon nommé Argus bleu-nacré (Polyommatus coridon Poda) dont les chenilles parasitent en général Hippocrepis comosa L., une plante jamais observée dans l'île ! Ce papillon diffère quelque peu de ceux rencontrés sur le continent et une sous-espèce endémique à la Corse est décrite : subsp. nufrellensis Schurian. En 1980, Mme Conrad, émérite botaniste corse, signale Hippocrepis comosa dans la vallée de la Spasimata (vallée du massif du Cinto) comme nouvelle espèce pour la Corse. Mais ni cette espèce ni le papillon ne sont ensuite retrouvés durant de nombreuses années malgré d'intenses recherches sur la base de ces indications. Toutefois en 2001 un entomologiste capture une femelle papillon de cette espèce et un autre entomologiste l'observe en 2005, toujours dans ce même massif, ce qui semble confirmer la présence de l'Hippocrepis comosa qui n'est, cependant, toujours pas retrouvé. Ce n'est qu'en juillet 2009 qu'une expédition de quatre personnes trouve, après plusieurs heures de marche dans un vallon difficile d'accès et dans des pierriers entre 1250 et 1300 m d'altitude, une population d'une dizaine de pieds. Ils y retournent ensuite à plusieurs reprises pour constater que la plante pousse en fait dans des falaises abruptes et qu'il ne s'agit pas, à proprement parler, de l'Hippocrepis comosa que nous connaissons puisque la plante corse en diffère tant par l'écologie que par la morphologie. Ils la décrivent donc sous le nom de Hippocrepis conradiae Gamisans & Hugot, une nouvelle espèce pour la science, endémique de Corse, comme l'est d'ailleurs le papillon qui s'en nourrit !"
V. Noble, M. Pires, A. Durand, J. Ugo & H. Michaud, auteurs de "Amélioration des connaissances sur les espèces « données déficientes (DD) » de la liste rouge Flore PACA" (Rapport d’étude. Conservatoire botanique national méditerranéen de Porquerolles. 26 p., 2019) nous invite à distinguer deux espèces d'Hippocrepis :
"Le genre Hippocrepis, de la famille des Fabaceae, est représenté en région PACA par cinq espèces (2 annuelles, 1 sous-arbuste et 2 espèces herbacées vivaces). Ces deux dernières (Hippocrepis comosa et Hippocrepis scorpioides) sont particulièrement proches morphologiquement et potentiellement confondues dans les départements méditerranéens. De nombreuses mentions bibliographiques rapportent la présence d’H. scorpioides dans des secteurs où les inventaires récents n’ont jusqu’à présent pas révéler sa présence avec certitude malgré quelques mentions répétitives. H. comosa est très commun dans la région, en particulier dans tout l’arrière pays (cotation UICN PACA : LC). Les incertitudes autour de la répartition d’H. scorpioides et sa potentielle rareté voire absence de la région ont conduit à une position prudente (cotation UICN PACA : DD). Potentiellement rare et donc menacé, Hippocrepis scorpioides a été identifié comme une espèce prioritaire dans la stratégie d’amélioration des connaissances sur les espèces méconnues de la région PACA (Noble & Van Es, 2017). La confirmation de la présence et, si oui, l’évaluation de la fréquence d’Hippocrepis scorpioides sont des objectifs préliminaires à une nouvelle évaluation.
[...]
Hippocrepis scorpioides est une espèce méditerranéenne occidentale présente en France et en Espagne orientale répartie depuis la province de Valencia jusqu’à la vallée du Rhône. Peu fréquente en Espagne, elle est plutôt commune sur l’ensemble de son aire française où elle semble se cantonner aux basses altitude et privilégier les secteurs de plaine. Elle est en effet rapidement relayée par H. comosa dès les plus petits reliefs périphériques.
H. comosa et H. scorpioides sont deux espèces légèrement ligneuses à la base, possédant des feuilles à 3 à 7 paires de folioles, portant une couronne de 5 à 9 fleurs jaunes de 6 à 12 mm. Les fruits, très caractéristiques, sont des gousses plus ou moins contournées et échancrées en forme de fer-à-cheval, renfermant des graines plus ou moins arquées. Un travail préalable dans les flores récentes a permis de lister les critères permettant de différencier ces deux espèces (tableau 1).
Hippocrepis comosa | Hippocrepis scorpioides |
Plante pouvant atteindre 40 cm de haut | Plante plus rase et rampante |
Folioles oblongues | Folioles nettement plus fines |
Gousses fortement recourbées en forme de fer-à-cheval, à échancrures assez profondes | Gousses plus fines et plus allongées, très peu recourbées, à échancrures peu profondes |
Papilles > 1 mm, rougeâtres | Papilles < 0, 1 mm, blanchâtres |
Pédicelle et calice glabres | Pédicelle et calice très pubescents |
Graines arquées | Graines très peu arquées, presque allongées |
Tableau 1 : critères morphologiques de différenciation des deux espèces H. comosa et H. scorpioides.
Certains de ces critères, confrontés aux données de bibliographie et aux observations de terrain, semblent soumis à une forte variabilité et ne sont pas constants : ainsi, le critère de pilosité du pédicelle et du calice, de même que le critère de taille et de couleur des papilles, ne semblent pas permettre de différencier avec certitude les deux espèces. Cette variabilité a pu conduire par le passé à des erreurs d'identification. L’étude actuelle s'est donc concentrée principalement sur les critères de la forme des folioles et de la forme des gousses et des fruits."
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Croyances populaires :
Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :
"L'hippocrepis comosa a, dit-on en Savoie, le privilège de déferrer les mulets, parce que sa gousse est contournée en forme de fer à cheval, et que la plante croît dans des endroits pierreux et accidentés. Autrefois dans les environs de Genève, les anciens de village parlaient encore de l'herbe qui arrache tes fers aux chevaux, à laquelle faisait allusion un poète du XVIe siècle :
Si le printemps qui, prodigue, desserre
Tous les trésors de ses gaies douceurs ;
Au cerf blessé donne remedes seurs
Et au cheval l'herbe qui le deferre !
On disait aussi aux environs de Genève que l'hippocrepis faisait sauter les serrures."
Alfred Chabert dans De l'emploi populaire des plantes sauvages en Savoie (in Bulletin de l'Herbier Boissier, Vol. III, nʻ5-6-7, sous la direction de Eugène Autran, Genève, 1895) évoque le Fer à cheval :
"La plante la plus curieuse de la flore de Savoie, fort répandue sur nos côteaux et nos montagnes, est sans contredit celle qui a la propriété de déferrer les mulets ! Elle ne s'attaque qu'à eux, mais pas aux chevaux ni aux ânes. C'est l'Hippocrepis comosa. M. Perrier de La Bâthie, qui m'a fait connaître cette croyance populaire, l'explique parce que la plante croît dans les lieux pierreux et accidentés. Les gens du peuple ont vu une cause dans ce qui n'est qu'une coïncidence."
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Symbolisme :
Tony Goupil, dans un article intitulé "La Lune et ses relations avec les premiers botanistes" (LEJEUNIA, Revue de Botanique, Nouvelle série N° 191, Avril 2014) nous révèle les liens qui unissent l'hippocrépide à la lune :
"Parmi ces plantes ayant une « secrète amitié » avec la lune, il y a l'hippocrépide (Hippocrepis comosa), aussi appelée « Fer à cheval » (Ferrum equinum) car ses gousses échancrées ressemblent aux fers des chevaux. C'est une plante lunaire par excellence puisque cette légumineuse présente des articles semi-lunaires."

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