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  • Anne

Le Cyprès





Étymologie :

  • CYPRÈS, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1170 ciprès (M. de France, Lais, éd. J. Rychner, Guiguemar, 174) ; 2. fin xvie s. fig. symbole de deuil (Malherbe, Pour Monsieur de Montpensier, A Madame devant son mariage, 2 ds Œuvres, éd. Lalanne, t. 1, p. 20). Empr. au lat. class. cupressus, cypressus (< gr. κ υ π α ́ ρ ι σ σ ο ς attesté en lat. sous la forme cyparissus, Virgile ds TLL s.v., 1438, 33) ; v. aussi André Bot.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :


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Histoires d'arbre :


Découvrir les deux épisodes de la série d'Arte qui nous rend familier en les individualisant des arbres merveilleux : le cyprès du monastère de Villa Verruchio en Italie, planté par Saint-François d'Assise et le cyprès de Tule, au Mexique, auquel une fête annuelle est consacrée.

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Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, le cyprès est un


"Arbre sacré chez de nombreux peuples ; grâce à sa longévité et à sa verdure persistante, il est nommé l'arbre de vie (cyprès-thuya).

Chez les Grecs et les Romains, il est en rapport avec les divinités de l'enfer ; il est l'arbre des régions souterraines ; il est lié au culte de Pluton, dieu des enfers ; aussi orne-t-il les cimetières. Arbre funéraire sur le pourtour méditerranéen, il doit sans doute ce fait au symbolisme général des conifères qui, par leur résine incorruptible et leur feuillage persistant, évoquent l'immortalité et la résurrection. Les frimas de l'hiver, dit Tchouang-tseu (ch. 28), ne font ressortir qu'avec plus d’éclat la force de résistance du cyprès, qu'ils n'arrivent pas à dépouiller de ses feuilles. Dans la Chine ancienne, consommer des graines du cyprès procurait la longévité, car elles étaient riches de substances yang. La résine du cyprès permettait, si l'on s'en frottait les talons, de marcher sur les eaux. Elle rendait donc le corps léger. La flamme obtenue par la combustion des graines permettait la détection du jade et de l'or, également substances yang et symboles d'immortalité.

Origène fait du cyprès un symbole des vertus spirituelles, car le cyprès est d'une très bonne odeur, celle de la sainteté. Au Japon, l'un des bois les plus usités dans les rites du Shintô est une variété de cyprès, le hinoki : outre son usage dans la fabrication de divers instruments, comme le shaku (sceptre) des prêtres, on notera surtout que le feu rituel est allumé par frottement de deux morceaux de hinoki. Ce bois est également celui qui sert à la construction des temples, dont celui d'Isé. On retrouve manifestement ici les notions d'incorruptibilité et de pureté.


Symbole d'immortalité encore, le cyprès (associé au pin) est figuré dans les loges des sociétés secrètes chinoises, à l'entrée de la Cité des Saules ou du Cercle du Ciel et de la terre. Les Yin, dit Confucius, le plantaient auprès des autels de la Terre."

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Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) nous propose la notice suivante :


"Cet arbre aux vertus étranges, pourvu de pouvoirs magiques, de forces vives, était surnommé l'arbre de vie. Ainsi, d'après certains, il suffisait de se frotter les talons avec de la résine de cyprès pour pouvoir marcher sur les eaux. Selon d'autres, en observant les flammes d'un feu de bois de cyprès, on pouvait consulter les oracles et trouver de l'or ou un bien plus précieux encore.

Il est vrai que s'il pouvait parler, il en aurait des choses, des conte,s des légendes, des récits aussi fantastiques qu'historiques à nous raconter, cet arbre qui fut l'un des premiers à apparaître sur la Terre, il y a des centaines de millions d'années, bien avant les arbres feuillus. Celui que l'on surnomme "l'arbre de résurrection" fut aussi un arbre funéraire, voué à Hadès, le dieu grec des enfers, sans doute à cause de son aspect immuable toute l'année, quelle que soit la saison. Dès lors, on comprend pourquoi, souvent, les cyprès se dressent près des cimetières. "Cyprès au cimetière éloigne de l'enfer", dit en effet un proverbe. Mais selon Ovide (Les Métamorphoses), le cyprès n'est autre que Cyparissos, un jeune garçon qui vivait avec un grand et beau cerf consacré aux nymphes, et qu'il tua s'un coup de javelot par mégarde. De chagrin, et par repentir, il se changea lui-même en cyprès, et devint le symbole du chagrin éternel."

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi le cyprès (Cupressus sempervirens) : " Ce conifère de la Méditerranée est surnommé l'"arbre de la mort". Son bois est imputrescible.


Propriétés médicinales : Aucune propriété reconnue.


Genre : Féminin.


Déités : Mithra - Pluton - Ashtoreth - Artémis - Hécate - Zoroastre.


Propriétés magiques : Longévité - Guérison - Protection - Réconfort.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • Les habitants de l'île de Minos considéraient le cyprès comme un symbole divin et répandirent ce culte en Crète et en Égypte.

  • C'est ce bois qui servait à fabriquer les cercueils des pharaons et autres dignitaires de l'ancienne Égypte.

  • L'huile essentielle de cyprès devrait être utilisée au cours de crises, spécialement les deuils, car ses vapeurs réconfortent l'esprit et soulagent le chagrin.

  • En Grèce, il existe une coutume qui consiste à lancer un petit morceau de cyprès dans la fosse d'une personne morte récemment afin de lui porter chance dans l'au-delà.

Ce dont vous avez besoin :

- une chandelle mauve

- de l'encens de lotus

- deux pincées d'écorce d'orange séchée

- deux pincées de damiana

- une pincée de menthe


Rituel :

Allumez la chandelle mauve, faite brûler l'encens de lotus, puis ébouillantez les herbes en laissant infuser pendant 5 minutes. Buvez lentement et détendez-vous en disant :


Je détends mon esprit afin de voir plus loin

J'étire ma conscience afin de percer

Le voile du futur qui est devant mes yeux.

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Mythes et légendes :


Selon Françoise Frontisi-Ducroux, auteure de Arbres filles et garçons fleurs, Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs (Éditions du Seuil, février 2017),


"Il n'est pas de loi sans exception. Surtout lorsqu'il s'agit de celles qui régissent les mythes, dont la fonction est d'explorer un certain nombre de possibles. La répartition entre les arbres et les fleurs, pour les filles et les garçons qui subissent une métamorphose végétale, est contrariée, ou corrigée par quelques cas inverses ou ambigus.

Du côté des garçons, Cyparissos, autre amour d'Apollon, finit transformé en cyprès. C'est une faveur que les dieux lui accordent, à sa demande. Cyparissos en effet chérissait particulièrement un grand cerf apprivoisé que les habitants de l'île de Cos choyaient depuis sa naissance. Il lui caressait le col et parait ses ramures de colliers et de bijoux. il jouait avec lui, tressait pour lui des couronnes et le menait en promenade, assis sur son dos. Un jour que l'animal, fatigué, s'était allongé dans l'herbe, Cyparissos, par mégarde, lui donna un coup de javelot et l'animal mourut de sa blessure. Accident de chasse paradoxal, puisque la victime est ici la proie ordinaire du chasseur. Le cas d'Actéon, chasseur transformé en cerf et dévoré par ses chiens, montre, s'il en est besoin, que le cerf se prête à ces renversements dramatiques.

Désespéré de sa faute, et inconsolable de la mort de l'animal, Cyparissos, insensible aux exhortations d'Apollon, demande à pouvoir mener un deuil éternel. Sa prière est exaucée : "Ses membres commencent à prendre une couleur verte, ses cheveux se hérissent, droits et raides avec une pointe tendue vers le ciel étoilé et Apollon dit : "Nous pleurerons sur toi, et tu pleureras sur les autres, accompagnant ceux qui souffrent. " (Ovide, Métamorphoses, X, 109 s.). Le cas de Cyparissos ajoute un troisième terme au couple de '"amant et du bien-aimé. Il transforme le duo amoureux en trio, intégrant un partenaire animal dans la relation affective qui unit le divin à l'humain. Il n'est pas exceptionnel que les hommes entretiennent des rapports étroits de compagnonnage avec leurs bêtes domestiques, le cheval, le chien de chasse et même le bœuf laboureur. (Note : On se souvient de l'émouvant Argos, le chien d'Ulysse qui meurt en revoyant son maître après vingt ans d'absence (Odyssée, XVII, 290s) ; et aussi de Bucéphale, le cheval d'Alexandre. pour le bœuf et les problèmes que pose le sacrifice de cet animal domestique, cf Jean-louis Durand, Sacrifice et labour en Grèce ancienne, 1986). Quant aux animaux apprivoisés, ils peuvent faire partie des dons amoureux, rappelant symboliquement la chasse, qui est l'un des cadres de l'apprentissage juvénile masculin, et plus encore la conquête amoureuse, pensée comme une poursuite en vue de la capture et d'une éventuelle domestication ; cela, que la proie érotique soit mâle ou femelle. Les vases peints montrent tantôt des garçons se laissant séduire par l'offre d'un lièvre ou d'un jeune cervidé, tantôt des femmes en leur intérieur, entourées de volatiles divers. Cependant le chagrin causé par le perte d'un animal familier est plutôt attribué aux femmes. LA poésie latine chante, non sans équivoque, les filles qui pleurent la mort de leur oiseau familier. C'est un topos. Le comportement de Cyparissos, ses habitudes, ses goûts accentuent l'ambiguïté latente de la position de l'éromène dans la relation homoérotique, en l'efféminant davantage. Il ne s'exerce pas comme le font Haycinthe et Crocos, au lancer du disque. Du moins Ovide ne le précise pas. Il ne dit pas non plus qu'il va à la chasse, comme Narcisse et Adonis, malgré le javelot qu'il porte. Il promène le cerf, joue avec lui, cueille des fleurs et lui tresse des couronnes. Scène gracieuse qui évoque la jeune Europe apprivoisant sur la plage le taureau blanc qui va l'emporter, dès qu'elle sera assise sur son dos.

L'excès de sa douleur le rapproche encore davantage des femmes. Cyparissos se trouve dans une situation analogue à celle des Héliades, qui pleurent sans fin la mort de leur frère Phaéton, comportement excessif en l'occurrence, mais qui correspond à une fonction religieuse que la société réserve en premier aux femmes. Ce sont les femmes qui donnent le signal des plaintes et des larmes. Ce sont elles qui lacèrent leur poitrine, déchirent leurs vêtements et se couvrent de cendres pour accompagner le défunt. Ces manifestations rituelles doivent n'avoir qu'un temps et ne sont pas le fait des hommes.

Dans l'Énéide, Virgile attribue un chagrin semblable à la jeune Sylvia, fille du gardien des troupeaux royaux de Turnus, particulièrement attachée au cerf apprivoisé que le jeune Ascagne tue par ignorance. Ce qui déclenche une émeute paysanne et vient renforcer la guerre que mène Turnus contre Énée. Tout le monde aimait ce cerf, recueilli tout petit, mais c'est la jeune fille qui en prenait soin et c'est son désespoir qui amplifie l'indignation collective (Note : Virgile, Énéide, VII, 483 s. Pour une réaction contemporaine analogue, cf Nice Matin du 6 août 2011, à propos du lâche assassinat de Grégoire, le cerf mascotte de Gréolières-les-Neiges). Il ne s'agit pas d'expliquer pourquoi Cyparissos ne devient pas une fleur comme les autres garçons, ni pourquoi ce n'est pas une fille qui donne naissance au cyprès, mais d'explorer le contexte imaginaire et mental dans lequel cette inversion se produit.

Il existe une autre version de l'apparition de l'arbre funéraire. Elle est racontée par Servius, le commentateur de Virgile. Cyparissos est un adolescent très beau et très chaste. Si chaste qu'en fuyant les avances amoureuses d'Apollon, ou de Zéphyr, il se réfugie en Syrie, où il est métamorphosé en cyprès. Ce doublet de Daphné est de toute évidence un garçon-fille. La réserve sied au garçon courtisé, ne serait-ce que pour augmenter le prix de sa conquête. Mais il doit au bout du copte céder, en tout bien tout honneur, à son soupirant et répondre à Éros. Cyparissos ne connaît pas le sort de Narcisse. Sa métamorphose en arbre répond à son tempérament féminin. Il subit le même sort que les filles réfractaires à l'amour."

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Littérature :


Dans un recueil intitulé Heures fatales (Édition originale 1990 ; traduction française éditions Denoël, 1992) Ruth Rendell propose une nouvelle où les vacances d'été d'une jeune fille anglaise vire au cauchemar :


Il l'enlaça, posa sa bouche sur la sienne et, l'espace d'un instant, avant qu'ils ne reculent dans les profondeurs de l'ombre, j'eus l'impression, tant ils étaient près l'un de l'autre, qu'ils ne formaient qu'un seul être ; ils étaient semblables à deux cyprès entrelacés, issus d'un même tronc. Et sur les pierres blanchies par la lune, leur ombre avait la forme allongée et pointue d'un arbre unique.

[...] Non, en réalité, la dernière image qui se présenta à mon esprit, avant de m'endormir, fut elle du cyprès au tronc jumeau, avec ses branches entrelacées et son ombre fondue dans une hampe unique.

Pierre Magnan, auteur du roman policier Le Parme convient à Laviolette (Éditions Denoël, 2000), évoque rapidement les cyprès, en tant qu'hôtes privilégiés des cimetières :


"Chacun courbait l'échine pour son compte, chacun ayant un couteau ou un louis dans sa main qu'il lui serait bien difficile de lâcher au seuil de l'éternité. Les cyprès soulignaient en un murmure les affres de ce rassemblement d'âmes consternées par la peur, et ceux qui étaient assez près des troncs pouvaient les entendre craquer doucement."

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