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  • Anne

Le Cyprès



Étymologie :

  • CYPRÈS, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1170 ciprès (M. de France, Lais, éd. J. Rychner, Guiguemar, 174) ; 2. fin xvie s. fig. symbole de deuil (Malherbe, Pour Monsieur de Montpensier, A Madame devant son mariage, 2 ds Œuvres, éd. Lalanne, t. 1, p. 20). Empr. au lat. class. cupressus, cypressus (< gr. κ υ π α ́ ρ ι σ σ ο ς attesté en lat. sous la forme cyparissus, Virgile ds TLL s.v., 1438, 33) ; v. aussi André Bot.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Cupressus sempervirens ; Acipré ; Archiprié ; Cépressié ; Ciprié ;




Botanique :


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Histoires d'arbre :


Découvrir les deux épisodes de la série d'Arte qui nous rend familier en les individualisant des arbres merveilleux : le cyprès du monastère de Villa Verruchio en Italie, planté par Saint-François d'Assise et le cyprès de Tule, au Mexique, auquel une fête annuelle est consacrée.

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Symbolisme :


Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


CYPRÈS - DEUIL - REGRETS ÉTERNELS - TRISTESSE.

Arbre toujours vert, de la famille des conifères (dont le fruit est en cône). Chez les anciens le cyprès était l'emblème du deuil. On plantait des cyprès autour d'un tombeau.

D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, le cyprès est un :


"Arbre sacré chez de nombreux peuples ; grâce à sa longévité et à sa verdure persistante, il est nommé l'arbre de vie (cyprès-thuya).

Chez les Grecs et les Romains, il est en rapport avec les divinités de l'enfer ; il est l'arbre des régions souterraines ; il est lié au culte de Pluton, dieu des enfers ; aussi orne-t-il les cimetières. Arbre funéraire sur le pourtour méditerranéen, il doit sans doute ce fait au symbolisme général des conifères qui, par leur résine incorruptible et leur feuillage persistant, évoquent l'immortalité et la résurrection. Les frimas de l'hiver, dit Tchouang-tseu (ch. 28), ne font ressortir qu'avec plus d’éclat la force de résistance du cyprès, qu'ils n'arrivent pas à dépouiller de ses feuilles. Dans la Chine ancienne, consommer des graines du cyprès procurait la longévité, car elles étaient riches de substances yang. La résine du cyprès permettait, si l'on s'en frottait les talons, de marcher sur les eaux. Elle rendait donc le corps léger. La flamme obtenue par la combustion des graines permettait la détection du jade et de l'or, également substances yang et symboles d'immortalité.

Origène fait du cyprès un symbole des vertus spirituelles, car le cyprès est d'une très bonne odeur, celle de la sainteté. Au Japon, l'un des bois les plus usités dans les rites du Shintô est une variété de cyprès, le hinoki : outre son usage dans la fabrication de divers instruments, comme le shaku (sceptre) des prêtres, on notera surtout que le feu rituel est allumé par frottement de deux morceaux de hinoki. Ce bois est également celui qui sert à la construction des temples, dont celui d'Isé. On retrouve manifestement ici les notions d'incorruptibilité et de pureté.

Symbole d'immortalité encore, le cyprès (associé au pin) est figuré dans les loges des sociétés secrètes chinoises, à l'entrée de la Cité des Saules ou du Cercle du Ciel et de la terre. Les Yin, dit Confucius, le plantaient auprès des autels de la Terre."

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Cyprès (Cupressus sempervirens) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Saturne

Élément : Terre

Divinité : Pluton ; Cora-Perséphone ; les Érinyes ; la triple Hécate ; Mithra ; Astarté


Utilisation rituelle : Le Cyprès fait partie de ces arbres phalliques (fécondation abondante, forme élancée et conique) qui au fil des millénaires se firent symboles érotiques pour finalement devenir des arbres funéraires. Les temples grecs étaient généralement élevés sur un rocher dominant une plaine, ou au bord de la mer sur une falaise. On les entourait d'un bois sacré, généralement planté de Cyprès. Toute violation des bois sanctifiés était sacrilège. Erésichton, un jeune prince thessalien, qui avait osé abattre des Cyprès consacrés à Déméter pour se faire bâtir une salle de festins, fut condamné à une faim dévorante et inextinguible.

Les palais des monarques iraniens, comme ceux des rois d 'Assyrie et de Babylone, étaient entourés de jardins arrosés artificiellement, auxquels on donnait le nom de paradis (paradâeçô), séjour de délices, en souvenir du paradis planté par Ahouramazda sur la montagne sacrée de Harâ Berezaiti (l'Elbourz). Au milieu de ces parcs se trouvait toujours un Cyprès, la forme pyramidale de cet arbre rappelant la flamme apportée aux hommes par le dieu Mithra. Aussi le Cyprès pyramidal était-il l'objet d'une dévotion spéciale dans toute la Perse. Zoroastre, le fondateur de la religion mazdéenne, en fit planter autour des temples consacrés à Mithra et au feu. L'un d'eux, celui de Kischmer, dont il est question dans le Schahnameh de Findousi, était vénéré dans tout le Khorassan ; on lui attribuait 1450 ans d'existence lorsqu'il fut coupé et transporté à Bagdad par ordre de Motawakkel, dixième calife abbasside, en dépit de la désolation et de l'indignation de tous les habitants du Khorassan. Son tronc dépassait 33 coudées de circonférence et les seules branches de cet arbre gigantesque constituèrent le chargement de dix mille chameaux.


Utilisation magique : C'est dans les moments de crise et de deuil que le bois de Cyprès est le plus agissant ; les Egyptiens des dynasties persanes l'utilisaient déjà pour fabriquer des cercueils. Vers la même époque, les Hébreux en portaient un morceau sur eux aux funérailles d'un parent ou d'un ami ; les effluves dégagées par ses essences avaient la réputation d'apaiser l'esprit, de soulager le chagrin.

Pendant longtemps, lorsque le cercueil était descendu dans la fosse, le plus proche parent du défunt jetait un rameau de Cyprès avant qu'on ne la rebouche : viatique et gage d'amour pour accompagner et réconforter le « voyageur » en partance...

En Iran, on se servait autrefois d'un maillet en bois de Cyprès pour découvrir les voleurs ; nous n'avons malheureusement pas pu trouver de détails sur ce curieux rituel.

Un fort bâton, taillé dans la troisième branche en partant du bas, est connu sous le nom de canne de guérison. Seul un guérisseur agréé par les autorités a le droit de s'en servir. Il pratique des passes sur la personne malade, touche les parties concernées du bout de son bâton qu'il plonge aussitôt dans un feu de sarments de vigne. Seul « le mal » est dévoré par les flammes, la canne elle-même étant parfaitement ignifugée.

Toujours dans les rituels de guérison, on brûle sur des réchauds des rameaux chargés de cônes et de feuilles écailleuses, très différentes des aiguilles de pin.

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Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) nous propose la notice suivante :


"Cet arbre aux vertus étranges, pourvu de pouvoirs magiques, de forces vives, était surnommé l'arbre de vie. Ainsi, d'après certains, il suffisait de se frotter les talons avec de la résine de cyprès pour pouvoir marcher sur les eaux. Selon d'autres, en observant les flammes d'un feu de bois de cyprès, on pouvait consulter les oracles et trouver de l'or ou un bien plus précieux encore.

Il est vrai que s'il pouvait parler, il en aurait des choses, des contes, des légendes, des récits aussi fantastiques qu'historiques à nous raconter, cet arbre qui fut l'un des premiers à apparaître sur la Terre, il y a des centaines de millions d'années, bien avant les arbres feuillus. Celui que l'on surnomme "l'arbre de résurrection" fut aussi un arbre funéraire, voué à Hadès, le dieu grec des enfers, sans doute à cause de son aspect immuable toute l'année, quelle que soit la saison. Dès lors, on comprend pourquoi, souvent, les cyprès se dressent près des cimetières. "Cyprès au cimetière éloigne de l'enfer", dit en effet un proverbe. Mais selon Ovide (Les Métamorphoses), le cyprès n'est autre que Cyparissos, un jeune garçon qui vivait avec un grand et beau cerf consacré aux nymphes, et qu'il tua d'un coup de javelot par mégarde. De chagrin, et par repentir, il se changea lui-même en cyprès, et devint le symbole du chagrin éternel."

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Éditions Québec-Livres, 2013), présente ainsi le cyprès (Cupressus sempervirens) :


" Ce conifère de la Méditerranée est surnommé l'"arbre de la mort". Son bois est imputrescible.


Propriétés médicinales : Aucune propriété reconnue.


Genre : Féminin.


Déités : Mithra - Pluton - Ashtoreth - Artémis - Hécate - Zoroastre.


Propriétés magiques : Longévité - Guérison - Protection - Réconfort.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • Les habitants de l'île de Minos considéraient le cyprès comme un symbole divin et répandirent ce culte en Crète et en Égypte.

  • C'est ce bois qui servait à fabriquer les cercueils des pharaons et autres dignitaires de l'ancienne Égypte.

  • L'huile essentielle de cyprès devrait être utilisée au cours de crises, spécialement les deuils, car ses vapeurs réconfortent l'esprit et soulagent le chagrin.

  • En Grèce, il existe une coutume qui consiste à lancer un petit morceau de cyprès dans la fosse d'une personne morte récemment afin de lui porter chance dans l'au-delà.

Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle mauve ;

  • de l'encens de lotus ;

  • deux pincées d'écorce d'orange séchée ;

  • deux pincées de damiana ;

  • une pincée de menthe.

Rituel : Allumez la chandelle mauve, faite brûler l'encens de lotus, puis ébouillantez les herbes en laissant infuser pendant 5 minutes. Buvez lentement et détendez-vous en disant :


Je détends mon esprit afin de voir plus loin

J'étire ma conscience afin de percer

Le voile du futur qui est devant mes yeux.

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


CYPRES. — Comme tous les arbres phalliques, le cyprès est, tout à la fois, un symbole de la génération, de la mort et de l’âme immortelle. Dans les contes orientaux, le cyprès représente souvent le jeune amoureux, et la rose la bien-aimée. Le cyprès est, parfois, remplacé par le rossignol126. Dans un chant de noces de l’île de Crète, on compare le fiancé au cyprès, et la fiancée au narcisse parfumé.

Dans la Chrestomathie d’Oreste Miller, on lit un chant populaire russe du gouvernement de Perm, où la jeune fille dit à son maître qu’elle a rêvé d’un cyprès, et d’un arbre à sucre. Le maître lui explique que le cyprès c’est lui, que l’arbre à sucre c’est elle, que les branches seront les enfants qu’ils auront ensemble ; ce chant me semble d’origine hellénique. A Rome, d’après Pline, on plantait des cyprès pour la naissance d’une fille, et on appelait l’arbre la dot de la fille. Cet usage avait peut-être une intention phallique ; planter un cyprès pour la naissance d’une fille, c’était vraisemblablement lui souhaiter un mari. La flèche de l’arc d’Éros, dieu de l’amour, et le sceptre de Jupiter, deux symboles phalliques, étaient, disait-on, façonnés avec le bois du cyprès. Chez Martial127, le Priape de Hilarus, en bois de cyprès, s’exprime ainsi :


Adspice quam certo videar non ligneus ore,

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Sed mihi perpetua nunquam moritura cupresso

Phidiaca rigeat mentula digna manu.


Dans l’épigramme 49 du même livre de Martial, Priape menace ainsi les voleurs :


Non sum de frigili dolatus ulmo,

Nec quae stat rigida supina vena

De ligno mihi quolibet columna est,

Sed viva generata de cupresso ;

Quæ nec saccula centies peracta,

Nec longae cariem timet senectae.

Hanc tu, quisquis es, o malus, timeto ;

Nam si vel minimos manu rapaci

Hoc de palmite laeseris racemos,

Nascetur, licet hoc velis negare,

Inserta tibi ficus a cupresso.


On sait que les romains plaçaient des Priapes en bois de cyprès avec des phallus énormes, à la garde de leurs champs, de leurs jardins et de leurs vignes : le sceptre foudroyant de Zeus, façonné en bois de cyprès ; la massue d’Hercule, qui retrouve les vaches volées par le brigand Cacus ; la foudre d’Indra, combattant contre les voleurs de femmes et de vaches représentées parfois en forme de phallus, qui pénètre les endroits secrets, avaient la même propriété de découvrir et de châtier les voleurs, attribuée à Priape. On sait que, dans la mythologie du nord, la foudre d’Indra, la massue d’Hercule, a été remplacée par le marteau de Thor ; il me semble facile de reconnaître ce même marteau mythique dans le marteau de cyprès par lequel autrefois on croyait, en Allemagne, pouvoir découvrir les voleurs. Voici, en effet, ce que je lis dans un livre assez rare et curieux, imprimé à Bâle en 1583 : « Ex oculo excusso sic fur cognoscetur. Primum leguntur septem Psalmi cum Letania ; deinde formidabilis subsequitur oratio ad Deum Patrem et Christum, item exorcismus in furem ; hinc in medio ad oculi similitudinem vestigio figurae circularis nominibus barbaris notatae, figitur clavis aeneus triangularis, conditionibus certis consecratus, incutiturque malleo cypressino et dicitur : Justus es, Domine, et justa judicia tua. Tum fur ex clamore prodetur. » Les anciens peuples iraniens voyaient, dans la forme du cyprès, dont la pointe aiguë se dresse vers le ciel, le représentant végétal du feu générateur ; d’après le Livre des Rois, le cyprès était le premier arbre du paradis iranien. Zarathustra, qui le planta sur la terre, voyait dans le cyprès l’image d’Ahuramazda lui-même ; c’est pourquoi on le trouvait devant tous les temples consacrés au feu, dans la cour du palais royal et au centre même des jardins de plaisance qui étaient censés reproduire, quoique faiblement, le souvenir du paradis perdu. De l’Asie, le cyprès passa à l’île de Chypre, qui tirait, dit-on, son nom des cyprès. A Chypre, on adorait, sous le-nom phoenicien de beroth, qui signifie cyprès, une déesse chthonienne. Cette croyance à une déesse personnifiée par un cyprès, était, paraît-il, assez répandue en Orient, depuis les temps les plus reculés jusqu’à Goethe, qui fait mention du cyprès dans son Divan :


Verzeihe, Moister, wie Du weisst

Dass ich mich oft vergesse,

Wenn sie das Auge nach sich reisst,

Die wandelnde Cypresse.

An der Cypresse reinsten, jungen Streben,

Allschöngewachsne, gleich erkenn’ ich Dich.


Les Grecs connaissaient plusieurs légendes où une origine anthropogonique était attribuée au cyprès, ainsi qu’à un grand nombre d’autres plantes. Dans un de ces mythes, les cyprès, avant de devenir des arbres, auraient été les filles d’Étéocle. Emportées par les déesses dans une ronde sans fin, elles avaient été, de tourbillon en tourbillon, tomber dans un étang ; Gaea eut pitié des jeunes filles, et les changea en cyprès. Une autre fable rapporte que Cyparissus soignait un cerf apprivoisé ; un jour, par méprise, il le tua ; il en conçut une douleur si grande, qu’il songea à s’ôter la vie ; Apollon le transforma, à l’instant même, en cyprès. Une troisième légende suppose que ce Sylvanus, dieu de la végétation, que l’on voit souvent, dans les anciennes représentations, tenant à la main une branche de cyprès, — à quoi fait aussi allusion un vers de Virgile :


Et teneram ab radice ferens, Sylvane, cupressum, —