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  • Anne

La Cigogne



Étymologie :

  • CIGOGNE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. Av. 1105 judéo-fr. cigogne « tuyau de cuir en forme de levier servant à tirer l'eau du puits » (Gloses de Raschi ds Lévy Trésor, p. 54) ; 2. 1113 zool. cigogne (FEW t. 2, p. 665a, sans réf.) ; 1121 ciguigne (Ph. Thaon, Best., 2632 ds T.-L.). 1 et 2 prob. empr. à l'a. prov. cegonha « id. » (Pt Lévy) avec infl. du lat. ciconia zool. (Pline ds TLL s.v., 1051, 17) et terme techn. p. anal. de forme « appareil à puiser l'eau [fait d'une longue perche montée sur pivot] » (Isidore, ibid., 1051, 69).

Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.


Croyances populaires :

Selon Grażyna Mosio et Beata Skoczeń-Marchewka, auteurs de l'article "La symbolique des animaux dans la culture populaire polonaise, De l’étable à la forêt" (17 Mars 2009) :


"Une position non questionnée d’oiseaux extraordinaires, “divins”, était occupée par les cigognes. On croyait qu’elles possédaient de nombreux attributs humains, et on tirait quelquefois leur provenance de l’homme, tels que l’organisation de la famille des cigognes, ou leur comportement social (Kolberg 1962b : 138). On leur attribuait le pouvoir de distinguer le bien du mal : “si quelqu’un dans le cadre de ce siège où les cigognes ont leur nid commet un acte infâme, on infère qu’elles l’apprendront et n’y viendront plus jamais habiter” (Kolberg 1962b : 137). Les paysans se comportaient avec une grande bienveillance à leur égard, en faisant leur possible pour les inciter à tresser leur nid sur leurs maisons. Dans certaines régions on cuisait même pour leur arrivée des pains spéciaux, appelés dans le nord-est de la Pologne “cigognes” ou busłowe łapy - pattes de cigognes (Zadrożyńska 1985 : 27-28). Ce fut certainement autrefois un genre d’offrande, destinée à gagner la bienveillance de ces oiseaux. Leur présence devait attirer sur les habitants de la ferme la bénédiction, l’abondance et la protection contre le mal. Tuer ou faire du mal à une cigogne était considéré être un délit grave: “...qui tuerait une cigogne ou abîmerait son nid et l’arbre, attirerait sur lui les nuages et les coups de foudre” – prévenait-on dans la région de Cracovie (Kolberg 1962a : 111). On disait que la cigogne arrivant au début du printemps apportait les clés “ouvrant” la terre et “libérant” les plantes (Kowalski 1998 : 32). C’est pourquoi l’une des figures qui apparaît parmi les personnages déguisés faisant le tour des maisons pendant les fêtes de Noël ou le carnaval est souvent la cigogne. Le rôle de ce masque est de stimuler les forces vitales de la nature encore en sommeil et d’assurer de bonnes récoltes. L’importance de ces oiseaux en tant que symbole de la fécondité se manifeste également dans les présages matrimoniaux: voir une cigogne apparaissant au printemps augure le mariage aux jeunes filles. Actuellement on dit que l’arrivée des cigognes peut signaler la grossesse, et on raconte encore aux petits enfants qu’ils ont été apportés par une cigogne. Cet oiseau tenant un bébé dans son bec est une image populaire figurant par exemple sur les cartes de vœux envoyés à l’occasion de la naissance d’un enfant. En tant qu’êtres médiateurs, elles étaient des augures précieux. D’après le moment et les circonstances de leur arrivée, ainsi que du comportement des oiseaux dans leurs nids on prévoyait le temps, l’abondance, la santé. “Qui a vu au printemps en premier une cigogne en vol, c’est un bon signe – qui a vu une cigogne assise, aura une mauvaise année” (Kolberg 1962b : 137). Le fait de jeter un œuf du nid par la famille de cigognes annonçait une bonne récolte, jeter un poussin – la famine et de mauvaises récoltes (Kolberg 1962a : 111). On leur imputait aussi des facultés thérapeutiques, puisqu’elles séjournaient dans l’au-delà, libre de toute maladie et non éphémère. Grâce à leurs longues pattes rouges, elles étaient très efficaces dans les maladies des jambes: “si tu vois la première cigogne en position debout, c’est mal, parce que tu vas avoir mal au pieds (...). Mais si tu la vois en vol, c’est un bon signe, tout aussi bien pour ta santé que pour tes pieds” (Kolberg 1964a : 177) – croyait-on dans la région de Chełm.

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Symbolisme :

Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont : 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheebrant, on peut lire que :


"Bien que le Lévitique (11, 18-19) la qualifie d'immonde, la cigogne est très généralement un oiseau de bon augure. Elle est un symbole de piété filiale, car on prétend qu'elle nourrit son père vieillissant. On assure, en certaines régions, qu'elle apporte les enfants ; ce qui pourrait n'être pas sans rapport avec ses mœurs d'oiseau migrateur, son retour correspondant au réveil de la nature. Mais, dans la même perspective et pour la même raison, on lui prête le pouvoir, par son seul regard, d'être cause de la conception. On le dit semblablement, en Chine, du héron.

Le héron blanc est l'hiéroglyphe toltèque d'Atzlan, l'Atlantide, l'île primordiale. Le héron, la cigogne, l'ibis sont des oiseaux destructeurs de serpents. Ils sont donc les adversaires du mal, des animaux anti-sataniques, et en conséquence des symboles du Christ. Dans l’Égypte ancienne, l'ibis était un aspect de Thoth, personnification de la Sagesse, et le phénix, symbole du cycle solaire et de la résurrection, pourrait bien avoir été le héron pourpré. L'attitude de ces oiseaux, dressés immobiles et solitaires sur un seul pied, évoque naturellement la contemplation.

En Extrême-Orient, et notamment au Japon, la cigogne se confond aisément avec la grue, et apparaît comme un symbole d'immortalité.

Elle est tout au moins le symbole le plus courant de la longévité. On lui prête le pouvoir d'atteindre un âge fabuleux. Mais alors qu'elle arrive à six cents ans, elle ne mange plus, se contentant pour vivre de boire ; après deux mille ans, elle devient toute noire. Elle est, avec le lièvre et le corbeau, un animal cher aux alchimiste taoïstes.

L'opposition du héron au serpent comme du feu à l'eau se retrouve dans les croyances populaires du Cambodge : le héron amène la sécheresse ; perché sur la maison, il en présage l'incendie."

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Marianne Mesnil dans son article d'introduction intitulé “PRESENTATION : Mais d’où Viennent Donc Les Enfants ?” (Civilisations, vol. 37, no. 2, Institut de Sociologie de l’Université de Bruxelles, 1987, pp. 13–33, http://www.jstor.org/stable/41229337) parle des cigognes comme de psychopompes à rebours :


[...] Nos traditions populaires nous ont familiarisés avec ces figures bienveillantes, fées ou animaux-guides qui aident le héros à rejoindre les espaces de l'ailleurs. Et la littérature antique n'est pas avare en Pégaze et autres psychopompes chargés de mener les âmes défuntes vers leurs nouvelles demeures. De la même manière on peut parler de véritables psychopompes de la vie : dans les traditions d'Europe, le plus familier d'entre eux n'est autre que la cigogne !


L'oiseau du bout du monde... Oiseau migrateur et familier de nombreuses régions d'Europe, la cigogne vient toujours d'ailleurs pour s'établir à proximité des hommes (sur les cheminées précisément, ces voies de pénétration de l'Autre Monde, comme en témoignent de nombreux contes populaires). Dans les Balkans, l'on pense que jadis (ou ailleurs) la cigogne était (est) un être humain qui s'est métamorphosé en oiseau. En Bulgarie, elle habite l'espace mythique bout du monde (kraj-svet), là où la terre et le ciel se rejoignent. (Gueorguieva).

Nous étonnerons-nous dès lors que dans ces régions du Sud-est européen, une même date du calendrier populaire fête à la fois le retour des cigognes et les nouveaux-nés ? (Popova). La Saint-Quarante, fête des Quarante Martyrs, célébrée le 9 mars, est l'occasion d'offrir des petits pains dont le nom comme celui de la fête, signifie tantôt jeunes enfants (Bulgarie), tantôt jeunes mariés (Serbie), et qui, en Roumanie, sont offerts... pour l'âme des morts.


Naître dans les choux... A côté de ce médiateur ouranien que constitue la cigogne, les traditions d'Europe connaissent encore une autre figure qui ménage une voie de passage entre deux mondes : elle est cette fois de type chtonien, c'est le chou.


Un temps pour naître... Entre les mouvements migratoires de la cigogne et le cycle de végétation du chou, l'Europe déroule la série de ses métaphores sur la naissance.

Mais derrière ces images, se laisse deviner un calendrier des naissances idéales, un modèle préférentiel qui indique qu'il existe un temps pour naître. En effet, si comme on l'a vu, les passages entre deux mondes ne peuvent pas avoir lieu n'importe comment, une attention particulière portée aux cycles saisonniers nous indique que de tels passages ne peuvent pas non plus s'effectuer n'importe quand. [...]

La Saint-Quarante, à la fois fête des serpentaux et des nourrissons, tous deux qualifiés de suceurs, pourrait vient signifier la date idéale d'arrivée des nouveaux-nés conçus neuf mois plus tôt, c'est-à-dire aux fêtes du solstice d'été...

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Selon Ted Andrews, auteur de Le Langage secret des animaux, Pouvoirs magiques et spirituels des créatures des plus petites aux plus grandes (Édition originale, 1993 ; traduction française, Éditions Dervy, 2017), la chouette effraie répond aux caractéristiques suivantes :


Points clés : Naissance et communication non verbale.

Cycle de puissance : toute l'année.


la cigogne est un des symboles les plus anciens et les plus puissants d'une nouvelle naissance. En Chine, il avait une signification similaire à celle de la grue. On pensait aussi jadis que cet oiseau était consacré à la déesse romaine Junon - la déesse du foyer, des enfants et de la fidélité familiale. La cigogne a également été associée aux traditions les plus anciennes autour du christianisme. Une des premières histoires de ce type que j'ai pu entendre dans mon enfance, racontait qu'une cigogne avait volé en cercle autour de la croix pour dispenser sympathie et force à Jésus.

La cigogne a même été considérée comme un parent proche de l'humanité. Dans certains contes de fées et légendes, elle est capable de prendre de temps en temps une forme humaine. Il a été dit que lorsqu'elle était blessée, elle versait des larmes humaines.

La cigogne était un échassier. Elle a de longues pattes qui lui permettent de progresser dans les eaux basses des rivages. De tels secteurs étaient souvent considérés comme des entrées vers le royaume des fées. Cela reflète aussi une connexion avec les émotions de la symbologie de l'eau créatrice. Les cigognes peuvent nous aider à comprendre nos émotions et à apprécier dans sa plénitude le processus de la naissance.

La cigogne est connue pour son dévouement à l'endroit de ses petits. Elle est un parent très attentionné et protecteur. Cette caractéristique permet d'autant mieux de comprendre le lien entre la cigogne et la déesse romaine Junon. Normalement, les cigognes retournent chaque année dans le même nid et élèvent donc toujours leurs petits dans le même « foyer ».

En soi cela fournit des éléments essentiels sur le rôle de la cigogne dans votre vie. Avez-vous besoin de retourner chez vous ? De retourner à vos bases, à vos fondamentaux ? Accordez-vous assez d'attention et/ou de soin à l'enfant qui est en vous ? Avez-vous coupé tout lien avec vos racines familiales ? Prenez-vous le temps de nourrir et d'entretenir les projets et activités auxquels vous avez donné naissance dans votre vie ?

On a toujours considéré comme un signe auspicieux la vue d'une cigogne ou de l'avoir pour totem. Elle est un symbole de nouvelle naissance dans votre existence. Elle indique qu'à un certain niveau, votre vie se régénère, et que vous allez avoir des opportunités d'éveiller un nouveau sens de la joie et de l'espérance. Dans le folklore traditionnel, une cigogne volant au-dessus d'une maison signalait qu'une naissance était en route.

La cigogne n'a pas vraiment de voix pour communiquer. Elle exécute des postures, des mouvements et des danses complexes à des fins particulières. Elle fait aussi claquer son bec, se pavane et bat des ailes - toute posture ayant une signification. Ces dispositions relient la cigogne au anciens mystères de danses sacrées.

La danse est un moyen de réveiller les fores et énergies primordiales C'est encore un moyen de relier d'autres dimensions au physique. La cigogne détient l'ancienne connaissance de la danse sacrée,, et particulièrement celle des danses de fertilité. En tant que totem, elle peut vous apprendre à éveiller votre propre fécondité dans tous les secteurs de votre vie par le mouvement et l'activité - plutôt que par les mots. Elle vous expliquera comment utiliser les hochets et les tambours pour activer et aider le réveil de votre fertilité et de votre créativité.

La cigogne peut vous indiquer où vous avez besoin de concentrer vos mouvements pour obtenir la plus grande réussite et où vos rythmes sont à l'arrêt et/ou entravent votre développement. Cet oiseau totem pourra vous montre comment invoquer la plus grande énergie par l'exécution d'une danse correcte. La cigogne vous apprend que les énergies ne sont pas tant créées par la danse qu'invoquées et stimulées à travers elle. Enfin, elle vous enseignera comment transcender les conditions présentes par la danse sacrée, et créer l'opportunité d'une nouvelle naissance.

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Elle vole haut, très haut même, la cigogne. Ainsi, l'espèce qui vient de Sibérie et se dirige vers l'Inde survole les plus hauts sommets de l'Himalaya à plus de 6 000 mètres d'altitude ! Cet oiseau est ce que l'on appelle un échassier, c'est-à-dire qu'il est pourvu de longues pattes, d'un long cou et, souvent, d'un long bec aussi. C'est donc un superbe oiseau migrateur, au plumage blanc et noir, avec en effet un long bec rouge, qui vit l'hiver en Afrique centrale et australe et vient l'été soir en Inde, comme nous l'avons déjà dit, soit en Europe, soit dans les pays du Moyen-Orient, selon les espèces.

Les cigognes n'hésitent pas à venir nidifier dans les villages, sur les toits des maisons et, parfois même, au sommet des cheminées. Du moins c'est ce qu'elles faisaient par le passé. Car, signe des temps modernes et comme de nombreux autres oiseaux migrateurs, elles ont de plus en plus tendance à déserter les villages d'Europe où elles étaient pourtant familières.

Que ce soit en Europe ou en Asie, la cigogne fut toujours considérée comme un oiseau de bon augure, symbole de fécondité, de bonheur filial, de richesses et, bien sûr, de conception. En effet, de par le monde, de nombreux contes et légendes en font la bonne messagère qui annonce une naissance, quand elle n'est pas tout simplement celle qui apporte un enfant qui vient de naître, dans un linge qu'elle tient au bout de son long bec. Pour les Romains, elle était une représentation de Junon, l'épouse de Jupiter, c'est-à-dire ce qu'était Héra pour Zeus dans la mythologie grecque. Elle était ainsi une personnification du grand principe féminin."

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D'après Madonna Gauding, auteure de Animaux de pouvoir, Guides, protecteurs et guérisseurs (Octopus Publishing Group 2006 ; traduction française : Éditions Véga, 2006) :


"Guide d'interprétation

En tant que symbole onirique

Naissance ; Enfants ; Fidélité ; Maison ; Chance ; Danse ; Parentage.


En tant que gardien ou protecteur

Protège les nouveau-nés ; Préserve des fausses couches.


En tant que guérisseur

Favorise une grossesse saine ; Seconde la thérapie par la danse.


En tant qu'oracle ou augure

Entretenez vos projets créatifs ; Explorez la danse.


Mythes et contes

La cigogne st sacrée pour la déesse romaine Junon, protectrice de la maison, des enfants et de la famille.


Si la cigogne est votre animal de pouvoir

Vous vous intéressez au bien-être des enfants. Non seulement vous avez des enfants, mais votre travail vous en rapproche - enseignant, assistant social, pédiatre. Vous connaissez l'importance du don de la vie, que ce soit un enfant, une idée ou un effort créatif. Votre autre grand intérêt est la danse, activité sacrée en ce qui vous concerne. En dansant, outre vous amuser, vous accédez au pouvoir de vos émotions les plus profondes. Troublé, vous préférez trouver la réponse à vos problèmes à travers le mouvement et la sagesse du corps. Celui-ci, ainsi que vos émotions, en informent votre mental. La danse vous permet aussi de communier avec le Divin.


Demandez à la cigogne de vous aider

  • à rentrer pour guérir de vieilles blessures

  • à être une meilleure figure parentale.

Accéder au pouvoir de la cigogne en

  • réorganisant votre "nid" afin de le rendre plus confortable pour votre famille

  • apprenant la danse.

La légende selon laquelle les bébés sont apportés par la cigogne a pour source le soin dont cet oiseau entoure ses petites. S'il y a des enfants dans votre entourage, soyez à l'écoute de leurs besoins et intérêts et exaucez-les.

Élément : Air."

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Selon Anton Serdeczny, auteur d'un article intitulé "« Le bec de la cigogne » Déchiffrement de l'héritage d'un mythe", (paru dans la revue Etudes rurales, 2011/2 n°188, p. 205-221) :


[...] Dans les ouvrages qui traitent des représentations alsaciennes de la cigogne, deux thèmes (a et b) et une interprétation (c) reviennent régulièrement. Une très ancienne représentation lie les enfants à naître à l’eau souterraine : des points d’eau, plus spécifiquement des puits ou des fontaines – les Kinderbrunnen (littéralement « puits à enfants ») –, contiennent les âmes des futurs nourrissons (a). Second thème : celui du nourrisson apporté par une cigogne qui le tient dans son bec, et qui quelquefois le glisse dans la cheminée (b), thème que l’Alsace partage avec d’autres contrées. Lorsqu’ils datent l’apparition de ce thème dans cette région, la plupart des auteurs la font remonter au rattachement de l’Alsace Lorraine à l’Allemagne (1870-1871). Les deux thèmes (a et b) se rejoignent dans celui de la cigogne qui va pêcher les âmes à naître au fond des puits pour les porter aux hommes, motif que l’on attribue à la rencontre, en 1870, de la vieille tradition germanique (la cigogne psychopompe) avec la tradition proprement alsacienne (les puits à enfants). De façon unanime on a vu dans le bec rouge de la cigogne un symbole phallique, auquel correspond naturellement la métaphore de la matrice à travers la cheminée et le puits (c).

Une rencontre inattendue avec un récit ornithologique merveilleux, que nous livre avec beaucoup de sérieux un ouvrage médical du XVIII e siècle, m’a conduit à remettre en cause le rapprochement phallus-matrice (c) et à me demander si les deux motifs « germano-alsaciens » (a et b) ne participaient pas d’un ensemble plus vaste, vraisemblablement très érodé et dont l’interprétation n’est pas aisée. En exposant ici cette hypothèse, j’entends seulement proposer une autre approche du bec de la cigogne, en tant que sémiophore, c’est-à-dire porteur de sens. Mais, pour ce faire, il me faut déconstruire le cadre dans lequel cet objet nous est donné, en particulier la position que l’élite savante adopte vis-à-vis de la catégorie « populaire ».


Le bec des cigognes sens dessus dessous : Le récit ornitho-mythologique en question date du siècle des Lumières et figure dans un recueil médical portant sur la mort apparente et destiné à mettre en garde contre l’inhumation prématurée. Foisonnant d’histoires atroces d’enterrés vivants, cette « Dissertation sur l’incertitude des signes de la mort » (1742) connut un franc succès [Milanesi 1991]. Dans une édition augmentée, Jean-Jacques Bruhier, co-auteur de ce texte, approfondit la question de la réanimation, qui connut des développements sans précédent dans les deux derniers tiers du XVIII e siècle. Dans un chapitre consacré au sauvetage des noyés, il recueille dans l’histoire naturelle plusieurs récits qui évoquent la possibilité de revenir de la mort, en s’appuyant notamment sur des cas d’hibernation. Voici un de ces récits :

  • Jean-Baptiste Fulgose [...] atteste que Gervais Tibellerius [...] écrivit à Othon IV, qu’aiant jetté le filet pendant l’hiver dans un lac de ce pays, on avoit amené sur le rivage une grande quantité de cicognes comme mortes, qui avoient le bec fich