Le Vanneau

Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Étymologie :
VANNEAU, subst. masc.
Étymol. et Hist. 1229 vaniel (Gerbert de Montreuil, Violette, éd. D. Labaree Buffum, 4151) ; 1294 vaniaus (Arch. Nord, B 13588 ds IGLF Moy. Âge) ; ca 1300 vannel (Traité de fauconnerie de l'emp. Frédéric II ds Z. rom. Philol. t. 46, p. 288) ; 1530 venneau (Acquit, A. Laon ds Gdf. Compl.). Dér. de van1*, parce que ses ailes font en volant le bruit d'un van qu'on agite ; suff. -eau*.
Lire également la définition du nom vanneau afin d'amorcer la réflexion symbolique.
Zoologie :
Selon H. de Variny auteur d'un article intitulé "Chronique psychologique." (L'Année psychologique, 1903, vol. 10, n°1, p. 370-395) :
"Les plus petits volatiles ne craignent pas, lorsqu'ils sont en nombre, de s'attaquer aux plus gros, aux plus dangereux. Le prince Kropotkine, dans son livre si intéressant et si suggestif sur le « Secours mutuel », cite le cas d'un épervier. Cela se passait en Nouvelle-Zélande. Un grand tapage se fit entendre dans les buissons : c'était comme si tous les petits oiseaux s'étaient réunis des quatre coins du pays pour fonder l'unité d'un parti. Les petits oiseaux étaient de simples moineaux, et ce n'est point de politique qu'il s'agissait. Ils étaient assemblés autour d'un épervier, sur lequel ils se lançaient par douzaine à la fois, de tous les points du compas. Le malheureux, ahuri, impuissant, finit par se jeter dans un buisson épais, tandis que tous ses agresseurs menaient autour de celui-ci un tapage éperdu. Les vanneaux font de même. Ces oiseaux, qui nous sont bien connus, — il s'agit ici du vanneau huppé, — savent parfaitement s'unir pour harceler l'oiseau de proie. Isolés, ils seraient perdus ; mais réunis ils en imposent, et leur hardiesse croît avec leur nombre. Les choses vont plus loin : un rapace s'attaque-t-il à d'autres oiseaux, d'espèce différente, ils accourent et les protègent. Ils ne veulent pas laisser prendre de mauvaises habitudes."
Selon Bénédicte Durand, autrice de " Le Henson, un cheval agent de développement local ?." (Hommes et terres du Nord, 2004, vol. 2, n°1, pp. 57-68) :
"L'alliance objective entre le patrimoine ornithologique de la région et le cheval élevé en liberté est donc évidente. Plus qu'esthétique, elle constitue un lien écosystémique fort. Le vanneau huppé, espèce menacée, semble particulièrement profiter de la présence d'équidés sur son territoire."
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Symbolisme :
Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :
"Le vanneau, considéré comme sale aux temps bibliques (peut-être à cause de sa huppe noire), est un oiseau maudit car, lors de la crucifixion, il cria « tourmente-le ! ». Depuis, il est condamné à ne jamais rester en repos, à voler en décrivant des cercles autour de son nid et à avoir un cri plaintif. Une légende musulmane explique tout différemment pourquoi le vanneau décrit des courbes et porte une huppe noire : « Le vanneau huppé était jadis une princesse qui, apprenant le retour d'un frère chéri qui avait été longtemps absent, dans son empressement d'aller lui porter quelques nourritures, prit sur le feu un pot de lait bouillant et courut à la rencontre de son frère sans faire attention à la brûlure causée par le vase. Vainement elle chercha son frère pendant des années criant : "Frère, ô mon frère !" Allah ému de sa compassion, lui donna des ailes et la changea en vanneau pour qu'elle eût plus de facilité pour le chercher. C'est depuis ce temps qu'on voit cet oiseau décrire si souvent de longs circuits, comme s'il était à la recherche de quelqu'un, en articulant un cri qui ressemble à "Frère, ô mon frère !" Les femmes mahométanes l'appellent la soeur du frère et lorsqu'elles entendent son cri le soir, elles sortent de leurs maisons et jettent de l'eau en l'air pour que l'oiseau puisse s'en servir pour calmer la cuisson de la brûlure de sa tête, encore marquée par quelques plumes noires ».
En Grande-Bretagne, le vanneau qui crie : « bewitched ! bewitched ! » (ensorcelé) est de très mauvais augure et passe pour être l'âme d'un damné.
Selon une croyance écossaise, le vanneau a été particulièrement maléfique sous le règne de Charles II (1660-1685) : par leurs cris, ces oiseaux n'ont cessé d'attirer l'attention des ennemis de la couronne et ainsi, dit-on, les persécutions des alliés furent plus fréquentes."
Nathalie Beaux, dans "Le fruit et l’oiseau-Écriture de bn dans les Textes de Pyramides." (In : Études et Travaux, 2013, vol. 26, no 1, pp. 102-119) étudie le symbolisme de l'oiseau Bn :
"Le vanneau éperonné, Hoplopterus spinosus, qui est résident de la vallée du Nil, fréquente les paysages ouverts, dénudés, près de l’eau où il est facilement observable. Il chasse à vue en marchant. Ayant repéré une proie, il se fige, l’observe et s’en saisit prestement. Lorsqu’il est agressé ou se sent menacé, il court sur une petite distance, s’arrête, observe et s’agite de haut en bas par saccades. Si le danger persiste ou devient plus pressant, il s’envole, tournoyant au-dessus de l’intrus en criant fort, ce qui ne manque pas d’alerter le voisinage. Lorsque leurs petits sont nés, les parents sont très belliqueux si un prédateur se manifeste, fonçant et piquant sur lui en vol à intervalle régulier, sans cesser de le houspiller. Au sol, ils feignent d’être blessés, attirant son attention, simulant la posture de l’oiseau sur son nid, avant de se dérober à bonne distance, lorsqu’ils estiment les poussins hors de danger. L’oiseau est donc remarquable par son comportement agressif sans demi-mesure et par son hyper-activité.
[...]
Bn dénote donc une surabondance qui se répand, ce qui convient bien à la diffusion croissante en intensité et en quantité de la lumière au lever du soleil, surabondance dont un oiseau bn comme le vanneau éperonné semble être le signe, par son hyper-activité diurne et son comportement agressif (témoins d’une vitalité et d’une énergie infinie).
[...]
Le flot de lumière déversé par le soleil est symbolisé, coulé dans la pierre dressée (bnbn), mot doublant intensivement la même racine. Le soleil levant, Atum-Kheper, est évoqué à travers la métaphore de l’oiseau qui se juche sur un perchoir (autre sens de [...], « hauteur »). Aussi l’image du soleil qui s’élève jusqu’à son zénith se juxtapose-t-elle à celle de l’envol de l’oiseau pour atteindre un point élevé sur lequel se poser, évocation du rayonnement solaire au matin de la création lorsque sur les eaux surgit une première hauteur de terre. Le Domaine de l’oiseau Bn apparaît dès lors concrètement comme une aire fertile de terre et d’eau sur laquelle se répandent à foison les rayons du premier soleil, architecturalement transcrit en une cour solaire dans le temple d’Héliopolis, cour dans laquelle se dressait un obélisque, l’oiseau bn étant une métaphore pour le soleil resplendissant, déversant ses rayons sur la création, en une surabondance inépuisable.
Ici les vanneaux éperonnés, les huîtriers pie, les courvites isabelle et les glaréoles à collier, par leur dynamisme et leur débordement d’activité, illustrent bien la puissance du fl ot lumineux qui se déverse au matin."
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Contes et légendes :
Dans "Les chamanistes du Bouddha vivant." (In : Études mongoles et sibériennes, cahier 17, 1986. Les chamanistes du Bouddha vivant. pp. 3-207), Sandagsürengijn Badamxatan et Marie-Dominique Even rapportent le conte suivant, appartenant à la culture orale darxad :
"La bécassine et le vanneau.
La bécassine avait pondu sept œufs, tous des femelles, alors que le vanneau avait pondu un seul œuf, mâle. Envieux du vanneau, la bécassine se dit : « Le seul œuf qu'a pondu cet oiseau-là est mâle, et moi, parmi mes sept œufs, il n'y en a même pas un ! Mieux vaut me fracasser le crâne ! » et s'étant élevée très haut dans les airs, elle plongea vers le sol. Sur le point de s'écraser à terre, le courage lui manqua et elle ouvrit ses ailes avant de se poser. Depuis lors, pendant la journée elle reste le bec dans l'eau, de peur qu'il ne s'assèche ; la nuit, la pensée de ses sept œufs femelles lui donne envie de mourir et elle s'envole très haut pour plonger, mais à la fin, le courage lui manque toujours."
Littérature :
Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque cet oiseau :
"19 décembre
(Le Tremblay)
Une gerbe d'étincelles crépite sur le chaume, puis se résout en fumée légère qui ondule au vent de la plaine : ce sont des vanneaux huppés Leurs ventres sont des points de lumière. [...]"
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