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  • Anne

L'Aigrette



Étymologie :

  • AIGRETTE, subst. fém.

Étymol. ET HIST. − 1. 1354-76 égreste « héron blanc qui porte sur la tête un faisceau de plumes droites et effilées » (Modus et Racio, ms. fo123, Vcds La Curne : Plusieurs faucons... se paissent de gros oiseaux, comme de héron, de butoirs, de égrestes, d'oiseaux marins semblables à hérons) ; 2. p. ext. a) 1532 aigrette « faisceau de plumes destiné à orner » (Mém. Soc. Antiq. France, t. 30, p. 23 : Plus une aigrette de cent cinquante plumes de testes de héron dans un petit pied d'or) ; b) 1611 id. « bouquet de plumes qui orne la tête de certains oiseaux » (Cotgr. :Aigrettes d'Heron. Heron-tops) [FEW t. 16, s.v. *haigro indique que ce sens apparaît en 1553 dans Belon mais nos recherches ds P. Belon, Les Observations de plusieurs singularitez et choses mémorables trouvées en Grèce, Asie... et autres pays estranges, éd. 1553 et éd. 1555, ainsi que ds P. Belon, L'Hist. de la nature des Oyseaux, 1555, sont restées vaines] ; c) 1694 bot. id. « bouquet de fils déliés qui couronnent certaines parties de la plante » (Pitton de Tournefort, Élém. de bot., pp. 383-384 : Lorsque la fleur est passée, chaque embrion devient une semence IK, garnie d'une aigrette LM...) ; 1701 id. « id. » (Fur. : Aigrette, Se dit encore d'une espece de brosse ou pinceau de poil delié, qui se trouve au haut des graines des chardons, de la dent de Lyon etc. Ces sortes de semences ressemblent à des volans. Le vent les emporte facilement, et la graine, qui est plus solide et plus pesante, se presente toujours la premiere à terre : ce qui fait que ces graines se sement d'elles-mêmes) ; d) 1746 phys. id. « faisceau lumineux qu'on aperçoit aux extrémités des corps électrisés » (Abbé J.-A. Nollet, Essai sur l'électricité des corps, p. 90 : Seconde Partie, XIIe question. Première Expérience... Electrisez fortement une barre de fer, de façon qu'il paroisse au bout une ou plusieurs aigrettes lumineuses). Emprunté à l'a. prov. *aigreta (cf. prov. mod. eigreto, langued. agreto « aigrette » ds Mistral t. 1 1879), dér. du rad. de l'a. prov. aigron « héron » (xiie s. ds Rayn., s.v. aigros) ; aigron « héron » est encore fort répandu dans les dial. du sud de l'aire ling. fr., de Lyon jusqu'à l'Océan, de même que dans l'ouest de la France jusqu'en Bretagne (cf. FEW t. 16, s.v. *haigro) p. ex. Jaub. t. 1 1855, s.v. aigueron, aigron et Lalanne, Gloss. du pat. Poitevin, p. 15. Il existe aussi un fr. aigron, hapax du xiiie s. (Gloss. lat.-fr. du XIIIe s., B.N. 1. 8426, fo116 rods Gdf. Compl., s.v. héron : Ardea, aigron), héron*.


Lire également la définition du nom pour découvrir la symbolique de cet oiseau.




Symbolisme :


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Mythologie :


Un poème attribué à Virgile et traduit par Maurice Rat en 1935 raconte comment Scylla fut métamorphosée en aigrette :


Oui, quoique l'amour de la gloire m'ait ballotté en tous sens et que l'expérience m'ait appris la vanité des prix que décerne une foule trompeuse ; quoique le jardinet de Cécrops qui exhale de suaves haleines, m'enlace du vert ombrage de la Philosophie en fleurs ; quoique mon esprit, préparé à des passions tout autres et à d'autres travaux, aspire à un chant digne de lui, s'élève et se suspende aux constellations du vaste monde et se soit enhardi à gravir une colline qui a plu à bien peu je ne renoncerai pourtant point à achever la tâche commencée : pour que je tienne cet engagement, veuillent les dieux permettre à mes Muses de se reposer et d'abandonner doucement leurs tendres goûts.

[...]

Mais puisque nous ne faisons que naître pour de si hautes sciences, puisque nous ne faisons que fortifier nos muscles encore tendres, accepte, en attendant mieux, ce que nous pouvons t'offrir, cette première ébauche où nous avons consumé nos jeunes années, ce travail de mes veilles laborieuses, que je m'étais depuis longtemps promis et qu'enfin maintenant j'ai mis en vers. Tu vas voir comment l'impie Scylla épouvanta jadis le monde par d'amples prodiges, prit son essor dans l'air et se mêla à des troupes d'oiseaux inconnus ; puis, escaladant les astres d'un léger coup d'aile, survola son toit natal de ses ailes azurées, - châtiment qu'elle subit, fille criminelle, pour le cheveu de pourpre et pour la destruction complète de la ville de son père !

Beaucoup de grands poètes, Messalla (car il faut dire la vérité ; Polymnie aime la vérité), prétendent qu'elle a subi une tout autre métamorphose : c'est, disent les uns, ce monstre changé en rocher que l'on nomme le rocher de Scylla, cette Scylla que nous voyons souvent dans les traverses d'Ulysse, ses hanches blanches ceintes de monstres aboyants, harceler les vaisseaux de Dulichium, saisir les matelots au fond du gouffre et les déchirer avec ses gueules marines. Mais les récits méoniens ne permettent pas de croire ces inventions et c'est en vain qu'ils invoquent à l'appui de leurs fables suspectes un assez bon auteur. D'autres ont imaginé cent jeunes filles diverses, qui toutes sont, ils l'assurent, la Scylla d'Homère de Colophon. Celui-ci lui attribue pour mère Cratéis ; mais il est possible que ce soit Cratéis, ou Echidné qui l'ait eu du monstre biforme, il est possible aussi que ce ne soit ni l'une ni l'autre des deux, et qu'il n'y ait dans tout ce récit qu'une description de hanches dépravées et d'une libidineuse Vénus. Selon d'autres encore, c'est, défigurée par un jet vénéneux, une vierge infortunée. (Quelle faute en effet avait-elle commise ? C'est le Père lui-même qui, l'ayant étreinte toute tremblante sur une plage farouche, avait violé la foi conjugale promise à sa chère Amphitrite ; et pourtant ce fut elle qui longtemps après subit son châtiment, un jour qu'objet des feux de son époux, Amphitrite que portait la mer mêla à Pontus farouche un sang abondant). Ailleurs encore on rapporte que, belle entre toutes, et ruinant çà et là ses amants trop épris, elle fut assaillie soudain par des poissons et des chiens méchants et se vit enveloppée de leurs formes horribles. Hélas ! que de fois elle pâlit, étonnée à la vue de ces monstres étranges ! Que de fois, hélas ! elle frissonna au bruit de ses propres aboiements ! C'est que, femme, elle avait osé frustrer la puissance des dieux et s'approprier le prix des voeux dû à Vénus ! Entourée d'une nombreuse escorte de jeunes hommes, elle allait déblatérant, courtisane insolente, mais l'infamie de sa métamorphose éclata par de justes rumeurs, comme l'atteste la docte voix des papyrus de Paléphate. Quoi qu'il en soit de Scylla, et quoi qu'ait dit chacun d'un tel avatar, admettons tout : mais qu'il me soit permis d'accréditer sa métamorphose en aigrette et de la distinguer de la foule des jeunes filles.

[...]

Il y a des villes voisines de la demeure de Pandion entre les collines d'Acté, et les blancs rivages de Thésée qui rient au loin de leurs coquillages pourpres, et parmi elles, et digne de ne le céder en renommée à aucune, se dresse Mégare, jadis construite par les soins d'Alcathoüs Actéen, à qui Phébus prêta sa divine assistance. Aussi la pierre, imitant les sons aigus de la cithare, y vibre-t-elle souvent, si on la frappe, comme le chef-d’œuvre cyllénien, attestant par sa sonorité l'antique honneur qu'elle tient de Phébus.

Cette ville, le plus puissant des rois qui florissaient alors par les armes, le dévastateur Minos, l'avait assiégée de ses rames : Polyide, fuyant la mer Carpathienne et les flots du Cérate, s'était abrité sous l'antique toit hospitalier de Nisus ; le héros de Gortyne, le réclamant les armes à la main, couvrait de ses flèches crétoises les campagnes de l'Attique. Mais ni les citoyens de Mégare ni le roi lui-même ne craignent de porter vers les remparts, en ordre de bataille, leurs escadrons volants, ni de rabattre son orgueil par leur indomptable valeur; c'est assez qu'ils se souviennent de la réponse des dieux. Au sommet de la tête du roi, ô merveille ! brillait sa blanche chevelure (le laurier florissait ses tempes) et à mi-tête resplendissait un cheveu rose ; tant que ce cheveu subsisterait, la patrie et le trône de Nisus seraient indemnes : tel était l'oracle que les Parques unanimes avaient confirmé par leur volonté immuable. Dès lors tous les soins se concentraient sur ce cheveu chéri, que, selon un rite solennel, une agrafe d'or formée de cigales entrelacées retenait tout luisant sous sa dent arrondie.

Cette surveillance n'eût point été vaine, et elle ne l'avait pas été, si tout à coup, prise d'une fureur inconnue, Scylla creusant la tombe de son malheureux père et celle de sa patrie, n'eût dévoré Minos de ses beaux yeux, hélas ! trop avides. Mais le méchant enfant dont les inflexibles colères résistent à sa mère comme elles résistent à son père et à son aïeul Jupiter, qui dompte jusqu'aux lions puniques, qui apprend aux tigres robustes à adoucir leur violence, qui l'apprend aussi aux dieux et aux hommes, ce même enfant (mais il faut du courage pour le dire), ce tout petit garçon enfonçait alors de sombres ressentiments au coeur de la grande Junon, de la déesse envers qui l'impiété par toi commise, ô impie jeune fille, aurait bien dû rester longtemps dans ta mémoire ! Elle avait sans le savoir violé son sanctuaire, à tous interdit, un jour où vaquant aux cérémonies du culte de la déesse, elle devança de loin en folâtrant la file des matrones et de leurs suivantes, se plaisant à voir jouer sur son corps sa robe flottante et à en abandonner les plis gonflés au souffle de l'Aquilon. Le feu n'avait pas encore entamé les chastes offrandes, la prêtresse n'avait pas encore répandu l'onde solennelle ni adorné sa tête du feuillage de l'olivier pâle, quand soudain une balle lui glissa des mains et tomba, et quand la vierge s'élança vers la balle qui rebondit encore. Ah ! plût au ciel que, trahie par le jeu de la brise, tu n'eusses pas laissé tomber de tes épaules ta palla si légère ! Et que tous ces plis qui peuvent arrêter la marche ou retarder la course, oh ! comme je voudrais que tu les eusses toujours gardés collés à ton corps ! Ta main n'eût jamais violé le sanctuaire de la déesse, et tu n'eusses point, infortunée, expié ton sacrilège.

Qu'on n'aille pas croire cependant que ce sacrilège ait causé tes malheurs, non, la cause en fut équitable : Junon a craint de te laisser voir à son frère. Mais le dieu léger qui cherche toujours pour se venger une offense dans d'innocents propos, tirant des flèches d'or de son carquois brillant (hélas ! il a trop peur, il a trop peur du regard de la Tirynthienne les avait toutes plongées dans le tendre coeur de la vierge.

Dès que ses veines altérées en eurent bu la flamme, et que ses os eurent été pénétrés jusqu'au fond de leurs moelles par leur puissante fureur, semblable à une cruelle Bistonienne sur le rivage glacé des Edons ou à une prêtresse de Cybèle frappée par les sons du buis barbare, la vierge infortunée bondit comme une bacchante à travers toute la ville. Le storax de l'Ida ne colore plus sa chevelure enflammée ; la rouge chaussure sicyonienne n'enveloppe plus ses pieds délicats ; un collier de perles n'entoure plus son cou de neige ; ses pas vacillent beaucoup dans leur  course incertaine.

Cent fois, désespérée, elle monte et elle remonte sur les murs de sa ville natale, et se forge un prétexte pour aller voir ces tours qui se perdent dans les airs. Cent fois aussi, déroulant dans la nuit des plaintes douloureuses, elle épie de la haute terrasse du palais, l'objet de ses amours et regarde devant elle ce camp que mille flammes illuminent. Elle ne connaît plus sa quenouille, ne regarde plus l'or qui lui était si cher ; le psaltérion sonore ne fait plus sonner sous ses doigts sa corde légère; les fils souples ne sont plus frappés par la navette libyenne. Plus de rougeur sur son front : la rougeur, en effet, fait obstacle à l'amour. Et lorsqu'elle sent qu'il n'est plus de remède à de si grands maux, lorsqu'elle voit qu'une langueur mortelle se glisse dans ses entrailles, elle s'élance là où la douleur l'invite à aller, là où les destins la contraignent à venir, elle y est poussée, précipitée par un horrible aiguillon ; elle va, ah ! l'insensée, enlever furtivement le cheveu de la tête de son père et envoyer cette dépouille à l'astucieux ennemi. Car c'est le seul parti qui s'offre à la malheureuse ! Ou peut-être ne sait-elle ce qu'elle fait. (Quel homme de bien ne croirait pas tout d'une jeune fille, plutôt que de la condamner pour un si grand crime ?) Mais qu'importe cette ignorance ?  Hélas ! que tu es malheureux, ô Nisus, toi son père, toi qui vas voir ta ville cruellement saccagée, et à qui il restera à peine au haut d'une de tes tours une pierre où, fatigué, tu puisses construire ton nid pour y trouver le repos ! Toi aussi tu mourras oiseau, et le père châtiera sa fille ! Réjouissez-vous, rapides oiseaux appuyés sur les nues élevées, vous qui peuplez la mer, les vertes forêts et les bois sonores ; réjouissez-vous, oiseaux errants et caressants ; et vous surtout, ô vous qui fûtes dépouillées de vos formes humaines par la loi cruelle des destins, filles de la Daulide, réjouissez-vous : voici que vient vers vous qui la chérissez tant, augmentant le nombre de vos parents royaux et des siens, Ciris, ainsi que son père lui-même; ô vous, autrefois si belles sous la forme humaine, devancez dans l'éther les nuages d'azur, jusqu'aux demeures des dieux où monte l'haliéète, jusqu'aux splendeurs concédées où monte la blanche aigrette !

Déjà donc un doux sommeil enchaînait les yeux de Nisus, et la garde des sentinelles qui veillait au loin, aux premières portes, faisait parade d'un vain zèle, lorsqu'en cachette Scylla, descendant de sa couche muette, tendant l'oreille, questionne le silence de la nuit, et, retenant son souffle, aspire à peine l'air subtil.  Alors, suspendant son pas, sur la pointe des pieds, elle sort ; puis, armant ses mains d'un fer à deux tranchants, elle s'élance ; mais un effroi subit lui ôte ses forces... D'abord elle prend à témoin de sa frauduleuse entreprise les ombres céruléennes, car, dans le passage qui aboutissait au seuil paternel, arrivée au vestibule de la chambre, elle s'arrête un moment, et lève les yeux vers le haut firmament jusqu'aux astres roulants du ciel, pour promettre aux pieuses divinités des offrandes qu'elles n'acceptent pas

Mais dès que la fille de l'ogygien Phénix, la vieille Carmé, l'a entendue se lever (car le bruit du gond d'airain criant sur le seuil de marbre était parvenu à ses oreilles), elle saisit immédiatement dans ses bras la jeune fille épuisée de langueur, et lui dit aussitôt : "Ô tête sacrée pour nous, toi que nous avons nourrie, ce n'est pas sans raison qu'une pâleur verdâtre, à travers tes entrailles, laisse à peine couler un sang débile dans tes veines malades ; et ce ne saurait être l'effet d'une inquiétude légère, non, cela n'est point possible : c'est la Rhamnusienne, si je ne me trompe, qui t'égare, et il vaudrait mieux que je me trompasse ! D'où vient en effet, je me le demande, que tu ne touches plus aux coupes du doux Bacchus ni aux lourds épis de Cérès ? D'où vient que seule tu veilles près de la couche paternelle, à l'heure où les cœurs des mortels laissent dormir leurs soucis fatigués, où les fleuves même suspendent leur course rapide. Dis à présent, voyons, dis du moins à ta malheureuse nourrice ce que tu jurais n'être rien, quand souvent je te demandais pourquoi, vierge éplorée, tu te mourais en pressant la belle chevelure de ton père. Hélas ! puisse ton être ne pas se laisser aller à cette fureur qui fascina jadis les beaux yeux de l'Arabe Myrrha, puisse cette fureur, que réprouve Adrastée, ne pas te pousser - crime abominable - à outrager dans un seul geste d'égarement, les deux auteurs de tes jours ! Si c'est un autre amour qui fait battre ton coeur (car il bat, et je n'ignore pas tellement la déesse d'Amathonte, que je ne puisse la reconnaître à aucun signe), si un amour permis te dessèche de ses feux bien connus, je te le jure par la présente divinité de Dictyne, à qui je dois entre toutes les déesses la douceur de t'avoir nourrie, j'affronterai toutes les épreuves, dignes ou indignes, plutôt que de te laisser abîmer dans ces tristes misères et cet accablement.


Elle dit, et, après s'être enveloppée dans un doux manteau, elle jette un autre tissu autour de la jeune fille frissonnante, qui n'avait d'abord mis, en se levant, qu'une mince mantille. Puis couvrant de doux baisers ses joues humides, elle continue de lui demander les causes d'un tel ravage, mais toutefois, avant d'entendre un seul mot de réponse, elle veut que la jeune fille tremblottante ait remis au lit ses pieds marmoréens. Alors Scylla « Pourquoi, dit-elle, me tourmentes-tu ainsi, ma bonne nourrice? pourquoi te hâtes-tu tant de connaître nos fureurs ? Je ne brûle pas de l'amour habituel aux mortels ; ce n'est point l'un des nôtres qui attire mes regards ; ce n'est point de mon père que j'ai cure : je ne suis que trop portée à les haïr tous. Ce cœur, ô nourrice, n'aime rien qu'il faille aimer, rien que puisse couvrir un faux air de piété filiale : ce qu'il aime est au milieu de cette armée, au milieu de ces ennemis. Hélas ! hélas ! que dire ? par quels termes commencer cet aveu de mes malheurs ? Je te le dirai pourtant, puisque tu ne permets pas, ô nourrice, que je ne te dise pas tout. Reçois ce dernier gage d'une mourante. Cet ennemi, tu vois, qui tient nos murailles assiégées, que le père des dieux lui-même a gratifié de l'honneur du sceptre, à qui les Parques ont accordé d'être invulnérable (il faut le dire, et je m'emporte en de vaines circonlocutions), Minos enfin, le fameux Minos assiège aussi mon coeur. Par les mille amours des dieux, par ces mamelles qu'a sucées ton enfant reconnaissante, je te conjure de me sauver, si tu le peux, et de ne pas me perdre. Mais si tout espoir de salut m'est retranché, ne m'envie pas, ma bonne nourrice, une mort que je mérite. Car si un funeste, oh ! bien funeste hasard, ou un funeste dieu, ne t'avait pas jetée devant moi, ma bonne Carmé, ce fer (et elle découvre le fer caché sous sa robe eût abattu le cheveu de pourpre de la tête de mon père, ou par une blessure immédiate fait entrer la mort dans mon sein."

A peine avait-elle prononcé ces mots, qu'épouvantée de l'affreuse catastrophe, la vieille nourrice souille d'une poussière abondante sa chevelure restée intondue, et répand sa profonde douleur en une plainte sénile : "O toi que je retrouve encore, cruel Minos, ô toi, Minos, qui vas être encore le fléau de ma vieillesse, c'est toujours toi : de même que ton amour jadis perdit ma fille, de même il perd maintenant ma démente nourrissonne. Ainsi, prisonnière et emmenée si loin de ma patrie, après avoir souffert un si rude esclavage et de si durs travaux, je n'ai pu t'éviter, ô toi qui par deux fois fus la ruine cruelle des miens ! Voilà, voilà maintenant que je ne peux plus même vivre de la vie à peine supportable des vieilles gens ! Comment, quand tu me fus ravie, ô Britomartis, unique espoir de ma vie, comment. ai-je pu, insensée que j'étais, prolonger ma vie d'un seul jour ? Ah ! plût au ciel que jamais tu n'eusses, si chère à l'agile Diane, suivi, ô vierge, les chasses viriles, et que, ne tendant pas sur l'arc parthique la flèche de Cnosse, tu menasses aux pâturages connus les petites chèvres du Dicté ! Tu ne te serais jamais, fuyant de toutes tes forces l'amour de Minos, précipitée de la cime d'un mont aérien, d'où les uns content que tu as fui t'attribuant la puissance de la vierge Aphée, tandis que les autres ont dit que, pour être plus connue, tu as donné à la Lune ton nom de Dictyne. Je voudrais que ce fût vrai ! De toute façon, ma fille, tu es morte pour moi. Jamais je ne te verrai voler au sommet d'une montagne parmi tes compagnons Hyrcaniens et une bande de bêtes sauvages, jamais au retour je ne te tiendrai dans mes bras. Mais ces épreuves pénibles et cruelles, je les ai subies, ma  nourrissonne, quand l'espérance que j'avais en toi me restait entière, et quand le mot fatal que tu viens de prononcer n'avait pas encore déchiré mes oreilles. Est-ce que toi aussi, la cruelle Fortune t'a enlevée à moi, toi, pour ma vieillesse la seule raison de vivre ? Souvent charmée par la trompeuse image de ton doux sommeil, lorsque le sort naturel m'accablait, j'ai dit que je ne voulais plus mourir, afin de teindre pour toi le flamméum des sucs du safran corycien. A quoi maintenant me réservent les dieux, infortunée que je suis ? et ces dieux, qui sont-ils? Ignores-tu par quelle loi la pourpre, se dressant au sommet de la tête de ton père, borde ses cheveux chenus ? Ignores-tu que l'espoir de la patrie est suspendu à ce frêle cheveu ? Si tu l'ignores, je puis espérer de te sauver, puisque ce n'est pas en connaissance de cause que tu aurais médité un crime abominable. Mais si c'est ce que je crains, eh bien ! ma nourrissonne, par moi, par cet amour qui te ronge et dont j'ai fait tant de fois l'expérience malheureuse, par moi et par la sainte puissance d'llythyie, je t'en prie, ne te laisse pas entraîner d'une pente aussi facile à un si grand forfait ! Je n'essaie point de te détourner d'un amour naissant - c'est là chose impossible - et il ne nous appartiendrait pas de lutter contre les dieux. Mais je voudrais te voir te marier sans que le trône de ton père croulât, et je voudrais même qu'une fois mariée, ô ma nourrissonne, tu conservasses pourtant des pénates. Instruite et éprouvée comme je suis par l'infortune, je ne te donnerai que ce seul conseil : si tu ne peux par aucun autre moyen fléchir ton père (mais tu le fléchiras; que ne pourrais-tu sur lui, toi, sa fille unique ?)  alors seulement, avec la permission du bon droit, tu auras une raison d'agir et le temps de t'affliger ; remets donc plutôt à ce moment-là ta tentative et ton entreprise. Et je te promets, ô ma nourrissonne, que moi et les dieux alors nous serons à tes côtés. Rien n'est long, si l'on suit l'ordre naturel des choses."

Après avoir calmé par ces mots l'orage qui boule versait l'âme de Scylla, et vaincu par les caresses de l'espérance la maladie de son coeur, la tremblante Carmé ramène peu à peu le tissu sur les joues de la jeune fille, et, pour retrouver un tranquille repos en rappelant les ténèbres, elle retourne la lampe où s'éteint la lumière avide d'huile, puis, portant la main sur ce coeur fou qui bat à coups précipités, par les caresses continuelles de ses paumes elle apaise sa poitrine. C'est ainsi que pendant cette nuit, tristement appuyée sur son coude, la nourrice, penchée sur son enfant mourante, la veilla de ses yeux humectés par les larmes.

Le lendemain comme la riante lumière venant de l'Oeta glacé secouait le feu du jour nourricier des mortels, du jour que tour à tour les jeunes filles effrayées fuient et désirent (car elles évitent Hespérius et désirent les ardeurs d'Eôs), la vierge se conforme aux leçons de sa nourrice, et se tourmente à chercher mille causes qui amènent pour elle le moment de l'hymen. Des mots insinués à l'oreille de Nisus sondent le coeur d'un père. Elle lui vante le bonheur d'une bonne paix ; une foule de propos inouïs errent sur les lèvres inhabiles de l'étrange jeune fille; tantôt elle lui dit qu'elle tremble devant les hasards de cette guerre pressante et qu'elle redoute le dieu incertain ; tantôt en présence des amis du roi (car elle a peur du roi lui-même) elle déplore que son père n'ait point de descendance ; pourquoi n'essaierait-il pas d'avoir des petits-fils d'une alliance avec Jupiter ? Tantôt encore, habile à feindre, elle invente de honteux mensonges, et remplit les citoyens de la peur des dieux; tantôt elle enchaîne les présages les uns aux autres, et jamais les présages ne manquent. Elle ose même corrompre les intègres devins, si bien que quand la victime est tombée abattue par le fer sacré, des voix s'élèvent pour dire qu'au témoignage des entrailles il faut que Nisus prenne Minos pour gendre et qu'il cesse d'incertains combats.

Cependant la nourrice étendant sur un plat d'argile le narcisse et la cannelle mêlés de soufre, brûle ces herbes odorantes et lie par un triple nœud trois fois neuf fils tricolores : "Jeune fille, dit-elle, fais comme moi : crache trois fois dans ton giron ; le nombre impair est agréable au dieu." Ensuite, offrant deux fois au grand Jupiter les sacrifices stygiens, sacrifices que ne connaissent ni les vieilles femmes de l'Ida, ni les Grecques, elle continue, aspergeant l'autel avec la branche amycléenne, de percer l'âme du roi de ses imprécations renouvelées d'Iolcos. Mais voyant que nul artifice n'émeut l'inébranlable Nisus, que les dieux ni les hommes ne peuvent le fléchir (tant il a de confiance dans un petit cheveu, s'il le sait bien garder), Carmé s'associe en complice à l'entreprise de sa nourrissonne et s'apprête elle aussi à trancher le cheveu de pourpre: elle se réjouit de venir en aide au long amour de son enfant ; elle ne se réjouit pas moins que grandissent les murs de Rhaucos ; et la patrie aussi est douce à la cendre qui s'y repose.

Scylla donc est de nouveau l'ennemie de la tête de son père ; alors le fer tranche cette chevelure étincelant de la pourpre de Sidon ; alors Mégare est prise, et les oracles des dieux se confirment ; alors, suspendue, selon un rite nouveau, au haut d'un navire, la vierge niséenne est entraînée parmi la mer d'azur. Les Nymphes en foule l'admirent au sein des ondes, l'Océan leur père l'admire, et la blanche Téthys, et Galatée qui traîne à sa suite ses sueurs curieuses ; et celle encore qui mesure la grande plaine liquide avec son attelage de poissons et son char glauque de chevaux bipèdes, Leucothoé et le petit Palémon accompagnant la déesse sa mère. Les deux héros aussi, que le sort fait vivre tour à tour à la lumière, descendance chérie de Jupiter, grand accroissement de Jupiter, les Tyndarides admirent les membres neigeux de la jeune fille. Quant à elle, voici les paroles, voici les lamentations qu'elle déroulait au milieu des flots en une plainte inutile, levant au ciel, l'infortunée, des yeux ardents, - des yeux, car des chaînes liaient ses tendres paumes.

« Retenez un peu, ô Vents déchaînés, vos souffles, pendant que je me plains et que les dieux, par moi adjurés sans profit, entendent Scylla mourante les invoquer pourtant à son heure dernières. Oui, Vents, oui, c'est vous, que je prendrai à témoin, et vous, Brises, qui venez du pays du matin, vous le voyez : c'est moi, cette Scylla unie à vous par les liens du sang (oh ! laisse-moi le dire, Procné, et ne t'en irrite pas), c'est moi la fille du roi Nisus qui florissait naguère, l'objet des voeux jaloux de tous les rois de la Grèce, aussi loin que l'Hellespont incurvé en embrasse les rives ; c'est moi que tu nommas, ô Minos, ton épouse par un pacte sacré et tu as beau ne pas m'écouter, tu entends pourtant ce que je te dis. Faudra-t-il qu'ainsi enchaînée, je traverse les ondes d'un si grand gouffre ? Qu'ainsi enchaînée je reste pendue durant tant de jours de suite ?

Je ne puis sans doute me prétendre digne d'un autre supplice, moi qui, dans mon ignorance, ai livré ma patrie et mes Pénates chéris aux ennemis et à leur implacable tyran. C'est vrai : mais, Minos, la criminelle que je suis n'a cru avoir à l'attendre, ce supplice, que dans Mégare, si quelque hasard y eût révélé notre pacte, et de ceux-là seulement dont elle a ruiné les murs, livré, la cruelle ! les sanctuaires aux flammes ! Mais toi vainqueur, es astres, pensais-je, changeront leur cours, avant d'avoir à craindre que tu ne me traites en captive ! Dès maintenant, ton crime passe tout. Et c'est toi que, fille perdue, j'ai plus aimé que le royaume de mon père ! C'est toi, hélas ! Et rien d'étonnant : jeune fille trompée par un beau visage, je te vis, je péris, une funeste erreur m'emporta ! Non je n'aurais pas cru que d'un corps si charmant un tel fléau pût naître : la beauté tromperait jusqu'aux astres ! Je ne fus plus frappée des délices du palais royal, riche en fragile corail et en larmes d'ambre, ni par mes nymphes, fleurs dont la beauté égalait la mienne ; la peur des dieux ne put retenir mon être enflammé ; l'Amour a tout vaincu et que ne vaincrait-il pas ? Jamais de myrrhe onctueuse ne ruisselleront mes tempes ; jamais le pin nuptial n'allumera pour moi ses chastes honneurs ; jamais la couche libyenne ne se couvrira pour moi de la pourpre d'Assyrie ; je pousse encore une grande plainte : jamais la terre elle-même, commune mère nourricière de tous les êtres, ne recevra mes os recouverts d'un peu de sable. Quoi ! ne pas même pouvoir vivre parmi tes matrones et tes épouses ancillaires, ne pas pouvoir parmi les autres servantes m'acquitter de serviles offices, et près de ton heureuse épouse, quelle qu'elle soit, ne pas pouvoir tourner les fuseaux chargés de laine ! Ah ! tu aurais bien dû, selon la loi de la guerre, mettre à mort ta captive ! Déjà mes forces enfin s'enfuient de mon corps las, et ma tête penchée tombe sur ma nuque infléchie ; mes bras de marbre pendent sous les noeuds qui les serrent. Les monstres des plaines liquides, les énormes bêtes de la mer se rassemblent de toutes parts, et m'entourant dans le gouffre glauque, me menacent de leurs coups de queue et de leurs gueules béantes. Considère enfin, Minos, considère les chutes des humains. Il devrait bien suffire qu'une seule mortelle ait vu tant de malheurs ! Que cette torture nous ait été assignée par le sort, ou que j'aie provoqué mon destin, ou que je l'aie mérité enfin par ma faute, je voudrais croire du moins que tout, excepté toi, fut cause de mon malheur."

Cependant la flotte glisse, entraînée loin du rivage ; les grandes voiles s'incurvent sous un brusque Corus ; la rame plie sous l'eau verte et salée ; la plainte languissante de la jeune fille lassée meurt dans cette longue course. Elle quitte l'Isthme qu'emprisonnent deux goulets, le florissant royaume du grand Gypsélide de Corinthe; elle longe aussitôt après les abrupts contreforts de Sciron et dépasse le repaire de la farouche Tortue, terreur de ses compatriotes, ainsi que les récifs ensanglantés par de nombreux hôtes. Bientôt elle distingue dans le lointain le sûr Pirée et jette, vainement hélas ! ses regards sur Athènes qu'elle connaît. Puis elle aperçoit au loin, sortant des flots, les campagnes de Salamine ; elle voit ensuite les florissantes Cyclades : d'un côté s'ouvre à elle le golfe de Sunium, de l'autre l'abri d'Hermione. On laisse Délos, la terre de beaucoup la plus agréable à la mère des Néréides et à Neptune Egéen ; elle aperçoit Cythnos ceinte d'une grève écumante, elle glisse à côté de la marmoréenne Paros et de la verte Donyse, d'Égine et de Siphnos et de la salvatrice Sériphos.

Elle est emportée et ballottée en tous sens par les vents incertains : ainsi qu'une chaloupe quand elle suit, toute petite, une flotte immense et que l'ouragan d'Afrique mène la danse sur la plaine liquide démontée. Enfin l'épouse de Neptune, souveraine du royaume azuré, ne supporta pas davantage qu'une telle beauté fût malmenée par les ondes et elle transforma les malheureux membres de la vierge. Mais pourtant elle ne se résolut pas à revêtir pour toujours d'écailles la jeune fille, et à l'exposer, si tendre, aux poissons si peu sûrs : le troupeau d'Amphitrite est trop vorace. Elle aima mieux l'enlever bien haut, sur des ailes aériennes ; et la terre, à cause de son forfait, lui donna le nom d'aigrette,- aigrette plus belle que le jars amycléen de Léda.

Alors, de même que dans l’œuf neigeux on voit à ses débuts la tendre ébauche de l'animal et d'imparfaits ligaments de membres flotter, agglomérés par la chaleur nouvelle, de même le corps de Scylla répandu sur la plaine liquide, ses membres à demi bestiaux aux parties encore incertaines enfantaient mille changements et en subissaient mille. D'abord la beauté de son visage, ses lèvres que beaucoup désirèrent, la forme de son large front commencèrent par se confondre en un seul bloc, et son menton s'allongea en un bec effilé. Puis sur la ligne qui partageait la tête par le milieu, voici soudain qu'à l'instar de l'insigne paternel une houppe agita tout en haut son panache pourpré. Cependant un moelleux plumage où mille couleurs s'entremêlent revêtit de son enveloppe volante ce corps marmoréen, et ses souples bras se couvrirent de longues plumes serrées. Puis une maigreur rugueuse tendit une étrange peau sur les autres parties du corps, notamment sur les jambes teintes d'un roux minium, et fixa à ses pieds tendres des ongles acérés. Et pourtant prêter un tel secours, finalement, à cette malheureuse, était à peine digne de la douce compagne de Neptune.

Jamais plus les yeux de ses compatriotes ne la virent attacher à sa tête blonde des bandes de pourpre ; sa chambre où l'amolne de Tyr répandait ses flagrances ne l'accueillit plus jamais : aucune demeure ne l'accueillit plus. Qu'a-t-elle à faire avec des demeures ? A peine du gouffre chenu s'est-elle, rapide et en poussant un cri, élancée sur ses ailes sifflantes jusqu'au ciel, à peine a-t-elle sur la plaine liquide dispersé au loin une rosée abondante, que l'infortunée vierge en vain ravie à la mort s'en va traîner une vie sauvage sur les rocs solitaires, sur les rocs, les écueils et les grèves désertes. Encore n'est-ce point sans subir un second châtiment : car le roi des dieux, qui meut sous son empire toutes les régions sans nombre de la terre, indigné de voir voler vers les dieux une telle jeune fille, quand son père mort se cachait sous la nuit aveugle, pour le récompenser de sa piété (car cent fois ses mains suppliantes avaient aspergé les autels du sang tiède des taureaux, et cent fois il avait de ses larges offrandes décoré les demeures des dieux), Jupiter lui rendit la vie tant désirée en transformant son corps. Il le fit devenir sur terre l'haliéète. Car l'illustre dieu ne se plaît qu'aux aigles resplendissants. Et comme la malheureuse Scylla avait été condamnée auparavant par la sentence d'un fils des dieux et d'un époux, il attacha encore à cette fille la haine cruelle d'un père courroucé.

C'est ainsi que, de même qu'au seuil éthéré des astres, l'un, le Scorpion, qui l'emporte sur les autres et que les dieux étoilèrent d'un double rang d'étoiles, met en fuite le clair Orion qui le poursuit à son tour - de même l'Haliéète et l'Aigrette, animés réciproquement d'une triste colère, l'entretiennent, par un implacable destin, au cours des siècles. Partout où l'Aigrette fugitive fend l'éther de ses ailes légères, voici son ennemi acharné qui avec un grand sifflement la poursuit à travers les airs : c'est Nisus ; et partout où Nisus s'élance dans les airs, fugitive elle fend l'éther, en le dévorant de ses ailes légères.

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Contes et légendes :


Sur le site https://www.iletaitunehistoire.com/, on peut lire un petit conte intitulé


Le canari merveilleux


Baffo était une petite fille mal élevée. Elle passait son temps à se battre avec ses camarades et refusait obstinément de travailler. De plus, elle ne pouvait voir un objet sans y toucher. Ses parents la punissaient souvent, mais c'était peine perdue : elle n'en devenait pas meilleure pour cela. Un jour, au marché, Baffo vit des petits canaris blancs. Elle en prit un au creux de sa main et demanda au marchand voisin : « Quel est le prix de ce canari ? — Je n'en sais rien, répondit l'homme. Mais, de toute façon, il n'est pas à vendre ! » Sans prêter attention à ces paroles, Baffo jeta à terre vingt pièces et s'éloigna en emportant le canari. « Quand le marchand s'en reviendra, se dit-elle, il trouvera l'argent à la place du canari. » Or ces petits canaris blancs n'étaient autres que des aigrettes qui, à chaque jour de marché, se transformaient pour vivre un peu au milieu des hommes. Avant que Baffo ait atteint sa case, le canari redevint aigrette. L'oiseau saisit alors la petite fille et s'envola avec elle jusqu'au sommet d'un grand arbre. Puis, déposant Baffo sur une grosse branche, il reprit son vol et disparut. Baffo poussa des cris, suppliant les passants de prévenir ses parents. Ceux-ci accoururent, amenant avec eux leur chien noir qui grimpa à l'arbre et en redescendit avec Baffo. La leçon profita à la fillette qui se corrigea de son indiscipline. Et, par reconnaissance, elle n'oublia jamais, chaque fois qu'elle mangeait son couscous, d'en donner la première et la dernière poignée au gros chien noir qui l'avait tirée de ce mauvais pas.

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