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  • Anne

Le Gui (suite)

Suite de l'article commencé en novembre 2016 et que vous pouvez lire ici.




Symbolisme celte :


Voici le texte consacré au gui par Pline l'Ancien (23 av. J.-C. - 79 ap. J.-C.) dans son Histoire naturelle, livre XVI :

« Le gui sur le rouvre est extrêmement rare et, quand on le trouve, on le cueille dans une grande cérémonie religieuse. Avant tout, il faut que ce soit le sixième jour de la lune, jour qui est le commencement de leurs mois, de leurs années, et de leurs siècles, qui durent trente ans : jour auquel l'astre, sans être au milieu de son cours, est déjà dans toute sa force, ils l'appellent d'un nom qui signifie "celui qui guérit tout". Ayant préparé selon les rites, sous l'arbre, des sacrifices et un repas, ils font approcher deux taureaux e couleur blanche, dont les cornes sont liées pour la première fois. Un prêtre, vêtu de blanc, monte sur l'arbre et coupe le ui avec une serpe d'or ; on le reçoit dans une saie blanche ; puis on immole les victimes, en priant que le dieu rende le don qu'il a fait propice à ceux auxquels il l'accorde. On croit que le gui pris en boisson donne la fécondité à tout animal stérile et qu'il est un remède contre tous les poisons. tel est le comportement religieux d'un grand nombre de peuples à l'égard des choses insignifiantes. »

in Pascal Lamour, L'Herbier secret du druide, 2017.

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Selon Ernest Bosc, auteur de Bélisama ou l'occultisme gaulois (1910), le gui, était considéré, chez les Celtes ou Gaulois, comme une véritable Panacée : Omnia Sanans, guérissant tout, nous dit Pline (Liv. xvi, 95).


Le naturaliste romain nous décrit avec assez de détails un grand nombre de Plantes médicinales, dont les Celtes faisaient un fréquent usage, nous venons de le voir ; il nous décrit également les moyens pratiques que les Celtes employaient pour la cueillette des simples, principalement pour celle du Gui sacré.

« C’était ordinairement en février, nous dit l’écrivain romain, que les druides recherchaient le gui. A la nouvelle que la plante précieuse avait frappé les regards, le peuple entrait en foule dans la forêt ; on entourait l’arbre privilégié porteur du parasite, et on le gardait avec vigilance, jusqu’au sixième jour de la lune. (Ce jour-là ouvrait chez les Gaulois, le mois, l’année, le siècle). Un druide en robe blanche coupait avec une serpette d’or le Végétal sacré et le recevait sur une toile, de peur qu’il ne touchât la terre en tombant et ne fût souillé par un contact profane. – Cette cérémonie se produisait dans chaque tribu. »

Le druide en question n’était pas un druide quelconque, mais le chef du Collège druidique : l’Archidruide.

Ce qui précède est confirmé par Maurice (In Antiquités Indiennes), comme peuvent en lignes suivantes :

« Lorsque la lune était vieille de six jours, l’Archidruide, habillé de son vêtement blanc et coiffé de la tiare rouge, montait pieds nus sur le chêne, coupait le gui de la main gauche avec une faucille d’or neuve, et le recevait dans le Sagus ou vêtement sacré, au milieu des cris et des acclamations du peuple. »

L’emploi du gui remonte à une très haute Antiquité, comme on voit ; ce qui est confirmé encore par les lignes d’un autre auteur contemporain :

« C’est de la période d’Hanouman, le premier disciple de Ram, nous dit Saint-Yves d’Alveydre (Saint-Yves d’Alveydre, Mission des Juifs), que date l’emploi général du Gui sacré, extrêmement difficile à discerner, et dont l’efficacité contre certaines épidémies épouvantables dépend de l’heure astronomique précise où on le cueille et le prépare. »

On voit par cette citation que l’heure et le jour de la cueillette ne sont pas quelconques. Cette plante parasite comportait un tel caractère de sainteté, que la toucher du doigt constituait un sacrilège ou tout au moins une profanation ; c’est pour cela qu’il y avait un rite pour sa cueillette, de même que pour sa préparation. Les rites accomplis, la plante était dénommée le sauveur universel. Nous savons aussi que les druides composaient avec le suc du gui une liqueur, une sorte d’Élixir qui avait des propriétés merveilleuses ; on l’employait à la fois comme un breuvage sacré et comme un spécifique médical, et celui-ci avait une telle puissance, que non seulement il conservait les forces vitales, mais qu’il donnait la vie en supprimant la stérilité chez tous ceux qui consommaient la divine liqueur du gui. Pline, dans son Histoire naturelle, confirme cette dernière assertion : « Le gui du chêne était un symbole de protection, dit-il, contre les dangers de toute sorte, ainsi qu’un spécifique contre les maladies mentales et physiques. – Il était considéré comme un remède infaillible dans une foule de cas ; il était réputé pour arrêter les effets du poison, prévenir la stérilité ; en un mot, c’était le plus grand préservatif contre les maux physiques et spirituels. » Virgile nous apprend que le Gui avait été adopté comme emblème du Nouvel An, parce qu’il renouvelait ses feuilles au Solstice d’hiver. D’après Eliphas Lévi (Histoire de la Magie, passim), le gui devrait ses propriétés à son pouvoir absorbant ; voici comment s’exprime le savant occultiste : « Les progrès du magnétisme feront un jour découvrir les propriétés absorbantes du chêne. – On saura alors le secret de ces croissances spongieuses qui attirent le luxe inutile des plantes et se surcharge de coloris et de saveur ; les champignons, les truffes, les galles de certains arbres, les différentes espèces de gui, seront employés avec discernement par une médecine nouvelle à force d’être ancienne. On ne se moquera plus de Paracelse, qui recueillait l’Usnée sur les crânes des pendus ; mais il ne faut pas marcher plus vite que la science, elle ne recule que pour mieux avancer. » Poursuivant notre étude, nous dirons que le gui qui était employé comme breuvage sacré et, par suite, comme spécifique, était le plus rare de tous. On n’employait pour cet usage que le gui du chêne et sa recherche conférait un certain prestige, une grande vénération même à celui qui le trouvait. Le vulgaire considérait ce gui, « comme un présent du ciel ».

Nous dirons ici quelques mots du symbolisme de cette plante. Il reste vert toute l’année (sempervirens) et il continue à vivre, même après la mort de l’arbre qui le supporte ; c’est pour cela qu’il servait à démontrer à la foule, au peuple, qu’une seule existence corporelle ne suffit pas pour l’évolution humaine, que la vie se poursuit au-delà de la mort. Puis de ce que cette plante se nourrit de la sève de l’arbre qui la porte, on en tirait le symbole de la solidarité humaine, qui doit unir tous les hommes, comme les membres d’une seule famille. C’est aussi non seulement le symbole de l’union des sexes, mais surtout de l’union de l’âme et de l’esprit, union qui confère l’immortalité.

[...]

Voici ce que nous dit Pline au sujet du gui dans son Histoire naturelle, livre seizième in fine (xcii). « Il est certain que le lierre tue les arbres ; le gui a une influence analogue ; toutefois, on pense qu’il l’exerce plus lentement. Outre le fruit qu’il donne, le gui doit être compté parmi les plantes qui ne méritent pas moins d’admiration. En effet, certains végétaux ne peuvent croître à terre ; ils naissent sur les arbres ; n’ayant pas de domicile à eux, ils vivent chez les autres, c’est le cas du gui… xciii. – Il y a trois espèces de gui : le gui qui vient sur le sapin et le mélèze ; on le nomme Stelis ou Eulice (C’est le Loranthus Europeus de Linné).

« L’Hyphéar (Viscum album de Linné) est une sorte de gui qui pousse en Arcadie ; enfin, le gui proprement dit croît sur le chêne rouvre, sur le prunier sauvage, le térébinthe à l’exclusion de tous les autres arbres. Le gui est très abondant sur le chêne et on l’y nomme Dryos Hyphear (gui du chêne). Sur tous les arbres, excepté sur l’yeuse et le chêne, on distingue le gui proprement dit des deux autres espèces par la mauvaise odeur du fruit et par l’odeur du feuillage qui est désagréable. Le fruit et la feuille du gui sont amers et gluants. L’Hyphéar est préférable pour l’engrais des animaux ; tout d’abord, il commence par purger, puis il engraisse les animaux qui ont résisté à la purgation. Le traitement a lieu en été et dure environ quarante jours. Le gui sur les arbres à feuilles caduques perd également ses feuilles, il les conserve sur les arbres à feuilles persistantes. De quelque manière qu’on le sème, sa graine ne lève pas ; il faut qu’elle ait été absorbée par des oiseaux, pigeon ou ramier et rejetée par eux pour germer ; telle est la nature de cette plante, elle ne pousse qu’après avoir été stratifiée dans les intestins des oiseaux. Ce gui ne dépasse pas une coudée de hauteur, il est rameux et toujours vert. Le mâle est fertile, la femelle est stérile, mais parfois le mâle l’est aussi.

xciv. – La glu se fait avec les baies du gui, on doit les récolter avant leur complète maturité à l’époque des moissons. Si elles ont été mouillées par les pluies, elles croissent bien en grosseur, mais elles perdent de leur qualité pour la fabrication ; voici comment on procède pour celle-ci : on les sèche, puis on les pile à sec et le résidu est mis dans l’eau, dans laquelle on le laisse environ douze jours ; après quoi on le pile dans une eau courante avec une sorte de maillet pour faire partir les enveloppes, de sorte qu’il ne reste que la pulpe devenue visqueuse qui constitue la glu, par laquelle les oiseaux se laissent prendre, si leurs ailes viennent à y toucher. Quand on veut dresser des pièges, on amollit la glu avec de l’huile.

xcv. – N’oublions pas de mentionner l’admiration qu’ont les Gaulois pour ce parasite. Aux yeux des druides (c’est ainsi qu’ils nomment leurs mages) rien n’est plus sacré que le gui et l’arbre qui le porte, si c’est un chêne toutefois. Le Rouvre est déjà l’arbre dont ils font leurs bois sacrés ; ils n’accomplissent aucune cérémonie religieuse sans être placé sous les feuillages de cet arbre, ce qui a fait supposer que le terme druide provient du terme grec drus (chêne). Tout gui venant du rouvre est considéré comme envoyé du ciel et ils supposent que c’est un signe de l’élection que le Dieu même a faite de l’arbre. Le gui sur le rouvre est extrêmement rare ,aussi quand on le trouve on le cueille avec un grand cérémonial religieux.

« On observe avant tout de faire la cueillette le sixième jour de la lune, c’est-à-dire le jour qui est le commencement de leurs mois, de leurs années et de leur siècle, qui n’est que de trente ans. Dans ce jour, l’astre sans être au milieu de son cours est déjà dans toute sa force. Ils nomment le gui d’un nom qui signifie remède universel.

« Quand ils ont préparé sous l’arbre et selon les rites des sacrifices et un repas, ils amènent deux taureaux blancs, dont les cornes sont alors attachées pour la première fois. Un prêtre, vêtu de blanc, monte sur l’arbre et coupe le gui avec une serpe d’or et il est reçu sur une Saie blanche. Ensuite, on immole les victimes, en priant le Dieu de rendre ce don propice à ceux qui l’ont accordé.

« On croit que le gui pris en boisson donne la fécondité à tout animal stérile, et que c’est un contrepoison universel. La plupart des peuples vénèrent religieusement des objets frivoles. »

L’antique usage de parcourir les rues le premier de l’an en criant au gui l’an neuf se rattache au culte celtique. Ce jour-là, on immolait deux taureaux blancs, en invoquant la Divinité pour se la rendre favorable. Après le sacrifice commençait un festin accompagné de réjouissances, qui se sont perpétuées en partie de nos jours, en province, dans le Gers, et surtout dans la Bretagne, où, vers l’époque de Noël, on entend le cri Eguinané qui est devenu synonyme d’étrennes. Ce cri, nous dit Henri Martin, s’est conservé avec le même sens dans des parties de la France, d’où a disparu depuis bien des siècles la langue celtique.

Augustin Thierry nous a raconté qu’à Blois, il avait encore entendu les enfants du pays crier l’Aguillauné un jour de fête, pendant qu’ils quêtaient les menues pièces de monnaies sur une pomme fichée au bout d’une baguette enrubannée.

D’après Émile Souvestre (Dans Les derniers Bretons) Ecghin-an-eit, désignerait le blé. Germe. On voit que dans tous les termes qui précédent se retrouve celui de Gui, le parasite dénommé Viscum par les Latins et Mistletoë par les Anglo-Saxons. Enfin, si nous décomposons ce terme Aguillauné, nous trouvons que Agui (pl. Eguion) signifie fièvre intermittente et ne ou nay veut dire contre, c’est-à-dire que le gui était indiqué contre la fièvre ; c’était donc un fébrifuge.

Comme on voit, le gui jouait un grand rôle chez les Celtes, et c’est pour cela que nous n’avons pas craint de nous étendre assez longuement à son sujet."

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Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article au Gui :


L'image nous est familière du druide barbu, en longue robe blanche, monté sur un chêne et coupant de sa faucille d'or une touffe de gui que l'on recueille dans un linge blanc. Ce rite prenait place le sixième jour de la lune, lors de la fête qui marquait le début de l'année celtique, c'est-à-dire à l'époque de la mort de la végétation. Or le gui non seulement restait vert, mais se couvrait alors de fruits dont se gorgeaient les grives qui, en dispersant les graines, propageaient l'espèce. A contre-saison, le gui manifestait donc le caractère indestructible de la vie végétale, sa permanente régénération, d'où son nom celte qui signifiait : celui qui guérit tout ; car, par l'effet de la magie sympathique, le gui communiquait à celui qui le consommait ses pouvoirs.

Ceux-ci étaient des plus étonnant : le gui passait entre autres pour guérir l'épilepsie et les ulcères, il rendait féconds et la femme stérile et le bétail. Or, curieusement, à l'autre bout du monde, les Aïnous, peuple de race blanche qui habite l'extrême nord du Japon, lui attribuent aujourd'hui encore à peu près les mêmes vertus. Sans doute le gui tient-il celles-ci de son origine même ; il ne sort pas comme les autres plantes de la terre mais, venu du ciel, ne la touche jamais, sans quoi il perd son pouvoir ; on prenait donc soin de le faire tomber dans des linges. Sa provenance céleste et le fait qu'il soit disséminé par les oiseaux expliquent que, pour les anciens Germains, la consommation du gui ait permis de communiquer avec les esprits. Or, dans la mentalité archaïque, ce sont les esprits devenus disponibles des défunts qui fécondent les femmes et les femelles du troupeau, fonction à quoi semble prédestiné le gui dont le suc, la glu, a la consistance du sperme. De plus, on comprend qu'il ait pu guérir du « haut mal », la crise épileptique se manifestant par une chute, or le gui justement ne pouvait pas tomber.

Il est à remarquer que les Gaulois recueillaient exclusivement le gui qui croissait sur les chênes, ce qui peut sembler singulier, puisque sur cette essence à est rare, alors qu'il abonde sur les pommiers et les peupliers. Toutefois, ce n’était pas seulement cette rareté qui en faisait le prix, mais bien qu'il émanât de l'arbre qui, par sa puissance, sa vigoureuse vieillesse, suscitait la vénération. En consommant le gui, on absorbait en fait l'« eau du chêne », ainsi que l'on appelle le gui dans certains dialectes celtes, c'est-à-dire sa sève, son sang, son essence mêmes, et l'on comprend dès lors que cette « eau » descendue du ciel avec la foudre qu'attirent particulièrement les chênes ait pu passer pour protéger des incendies et même pour les éteindre.

Voilà ce que devraient savoir tous ceux qui, de nos jours encore, s'embrassent le 31 décembre à minuit sous une touffe de gui pendue au plafond, célébrant ainsi le très antique usage qui célèbre l'espoir de la renaissance ; la fameuse exclamation : « Au gui, l'an neuf ! » annonçait non seulement le renouvellement de l'année, mais aussi celui des hommes.

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L'article du Dictionnaire des symboles (1969, édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant est essentiellement centré sur la symbolique venue des pays celtiques :


"Sauf en breton moderne, le gui porte, dans tout le domaine celtique, des noms caractéristiques de son symbolisme. Pline, dans le fameux passage où il en décrit la cueillette, dit que les Gaulois le nomment d'un nom signifiant qui guérit tout. C'est exactement le sens de uileiceadh et de olliachdeur derhue et il faut y voir un symbole d'immortalité et de vigueur ou de régénération physique. Dans le mythe germanique de Balder, un roi faisait mourir par le gui, qui était sa personnification : ce trait pourrait symboliser le passage d'une forme de vie à une vie supérieure quasi-divine. En breton de Vannes, on relève, parmi les substituts divers du gui, l'appellation curieuse de . C'est exactement le sens de eau de chêne ; mais il n'est pas du tout certain qu'elle ait une valeur linguistique ou symbolique ancienne. Le gui de chêne est très rare et cela explique sans doute en partie l'usage que les druides gaulois en faisaient. Il est très rare de trouver ainsi le gui, et quand on le trouve, on le cueille dans une grande cérémonie religieuse, le sixième jour de la lune, car c'est par cet astre que les Gaulois règlent leurs mois et leurs années, de même que leurs siècles de trente ans. On choisit ce jour parce que la lune y a déjà une forme considérable, sans être cependant au milieu de sa course. Ils appellent le gui d'un nom qui signifie qui guérit tout. Après avoir préparé un sacrifice au pied de l'arbre, on amène deux taureaux blancs dont les cornes sont liées pour la première fois. Vêtu d'une robe blanche, le prêtre monte à l'arbre, coupe avec une faucille d'or le gui qui est recueilli dans un linge blanc. Ils immolent alors les victimes en priant la divinité de rendre ce sacrifice profitable à ceux pour qui il est offert. Ils croient que le gui, pris en boisson, donne la fécondité aux animaux stériles et constitue un remède contre tous les poisons. (Pline, Histoire naturelle, 16, 249). Le rituel décrit par Pline se rapporte très probablement à la fête de novembre qui marque le début de l'année celtique et cela correspond bien au symbolisme d'immortalité et de régénération du gui. Le choix du gui de chêne est sans doute en relation avec le symbolisme végétal du druide, mais il est peu probable que le gui symbolise aussi la sagesse. C'est l'arbre qui est lui-même le symbole, à la fois de force et de sagesse (équivalence du bois et de la science). Mais la classe sacerdotale a aussi le pouvoir de guérir. On peut ajouter à cela que le gui est véhiculé par les oiseaux du ciel, ce qui renforce le symbolisme de l'immortalité."

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Marc-Louis Questin, dans La Tradition Magique des Celtes (1993, réédition 2016), écrit que :


"Le Gui est apporté par les oiseaux du ciel sur l'arbre dont il exprime la survie après la mort apparente qui suit la chute des feuilles et des fruits. Il représente la survie de l'âme après la mort, son travail pour préparer la Vie Future (au sein de Gwenved) et tend vers la lumière jusqu'au renouveau printanier qui exprime cette renaissance dans une même souche. En révérant le gui cueilli en un jour faste, c'est l'Âme immortelle que révéraient les Druides.

On recueillait le gui dans un linge blanc. La cueillette terminée, on sacrifiait de jeunes taureaux blancs.

Le rituel décrit par Pline se rapporte très probablement à la fête de novembre qui marque le début de l'année celtique et cela correspond au symbolisme d'immortalité et de régénération du gui. Parce qu'il est en complet épanouissement au solstice d'hiver, quand la nature sommeille sous la neige, le Druide considérait le gui comme une manifestation végétale exceptionnelle et digne d'honorer son dieu.


Le gui n'est autre que l'authentique Sôma, que l'Inde ne sait plus préparer et qu'elle a remplacé depuis bien des siècles par un substitut local. Les éloges adressés à Sôma (dont la mythologie a fait un dieu-lune, de même qu'elle a assimilé l'amrita aux rayons lunaires) s'adressent tantôt à la teinture, remède universel, tantôt à l'élixir, breuvage magique des Initiés, tantôt, enfin, à la forme supérieure du symbole où le chêne est l'homme et le gui, ou Sôma, la Sagesse divine, la Lumière du Verbe. "C'est du gui que l'on tirait le breuvage de la connaissance. C'est un remède extrêmement efficace, un purificateur physiologique et psychique qui pouvait préparer certaines natures d'élite à la Co-Naissance, la deuxième naissance dont parle Jésus !" (Per Al Leal)

Les Druides n'ignoraient pas que cette plante-animal freine et parfois guérit certaines tumeurs. La cancérologie moderne reconnaît ce pouvoir et parfois n'hésite pas à recourir à des injections intra-musculaires à base de certains Viscum Album.

Il existe une polarité entre le gui d'été et le gui d'hiver. Rudolf Steiner a indiqué comment utiliser les forces astrales très puissantes du gui. Cette préparation est nommé iscador. L'iscador est connu en France sous le nom de Viscum album fermenté. Il semble que le gui possède la propriété de stimuler le système de défense dans son ensemble, en agissant en particulier sur le thymus. Les feuilles et les rameaux, préparés en infusion, possèdent des propriétés hypotensives. L'alcoolat de gui judicieusement dosé donne des résultats souvent remarquables (affection du cœur, troubles vaso-moteurs et congestifs, hypertensions, etc.). Employé en simples tisanes, il est un bon adjuvant hypotenseur et un dépuratif du sang.

[...]

"D'après Pline, les Gaulois croient que le gui pris en boisson (ou eau de chêne) donne la fécondité et constitue un remède contre tous les poisons."

Le gui était considéré comme l'eau de chêne. Etant son parasite, il suce la sève nourricière et féconde l'arbre en condensant ses vertus.

La fête sacrée d'Imbolc est associée au gui, l'herbe de la Connaissance, récolté le sixième jour de la lune montante. Le gui est apporté par les oiseaux du ciel. Il représente la survie de l'âme après la mort, sont travail pour préparer la vie future.

En breton de Vannes, le gui se nomme deur der-hue : eau de Chêne.


L'herbe de la Science, le rameau d'en haut, le rameau d'or de Gwyddon, était l'emblème et le sujet d'une véritable panacée universelle. C'est du gui que l'on tirait le breuvage de la connaissance. Le jour choisi pour la cérémonie de la coupe rituelle du gui est le plus court de l'année, celui du solstice d'hiver. Le gui est, à ce moment-là, la seule plante parasite qui, poussant hors de l'intervention humaine, arrive à maturité alors que le reste de la nature est plongé dans le sommeil. De ce fait, le gui est pour les druides le symbole même de l'évolution spirituelle et le jour de sa cueillette marque le début de l'année druidique.

Le gui de chêne rouvre, cueilli solennellement le sixième jour de la lune par le druide vêtu de blanc, montant lui-même sur l'arbre pour le cueillir à l'aide d'une serpe d'or, est traditionnellement considéré comme une plante-animal de l'ancienne lune.

Le rameau d'or, ce gui-panacée que les druides appelaient plante-qui-guérit-tous-les-maux, était plongé dans une eau lustrale qui, charmée par les vertus magiques de la plante, guérissait les malades et déjouait les sortilèges.

Le gui, dont les feuilles poussent généralement par bouquets de trois répondait au symbolisme du nombre druidique.


[Cérémonie]

Au jour de la Modra Necht - ou Solstice d'Hiver, le cortège des Bardes, Ovates, Eubages et Druides se dirige sous la conduite du Héraut vers le Chêne sur lequel a poussé la plante sacrée.

- Ayant fait trois fois le tour du lieu rituel - le Héraut s'arrête, face au Nord - trace de son épée le cercle solaire sur le sol - et reçoit du Druide officiant - ou à son défaut, du plus haut dignitaire - l'ordre de sonner de la trompe aux quatre points cardinaux en demandant à chaque fois : "Au Nord, y a t-il la Paix en Celtique ?"... Le Héraut se tourne successivement vers l'Est où siègent les Bardes, - le Sud - Ovates et Eubages - l'Ouest - les Druides - en posant la même question, après avoir sonné de la trompe.

Ayant reçu les réponses affirmatives - car nos cérémonies ne se peuvent célébrer avec faste qu'en temps de paix - le Héraut salue l'officiant de l'épée et l'informe que la Paix régnant en Celtique, la cérémonie peut avoir lieu.

- L'officiant, armé de la faucille scintillante, se dirige vars l'arbre désigné et rappelle le sens du rituel - de cette résurrection symbolique. Dame Korridwen - la maîtresse de cérémonie - en principe dune Druidesse, remet un linge blanc - aux quatre dames - ou de préférence quatre jeunes filles choisies par elle, et les place sous la branche dont le Druide va couper le Gui - et, ayant tracé le signe sacré de la Croix Celtique, invoque les Puissances des Esprits de nos aïeux, en disant la Prière "Esprits bienfaisants et âmes des Celtes."

Puis l'officiant - ayant - si cela est utile, gravi les degrés de l'échelle qui lui est apportée sous l'arbre - coupe la touffe de gui en clamant très haut : "Ô Ghel en Heu !" - qui signifie "le Blé lève."

Cet usage maintenu durant tout le Moyen-Âge - sans dévoiler le sens profond du rite, fut mal compris de la foule qui traduisit : "Au Gui l'An neuf !"

- La touffe, puis les suivantes, tombent dans le drap tendu - mais aucune ne doit toucher terre. Seules y ont accès, la Druidesse et ses filles d'Honneur qui apporteront et traiteront les boules pour en faire des onguents. La cueillette achevée - et s'il y a beaucoup de gui - le Druide peut transmettre sa faucille à un assesseur. L'Officiant redescend et récite solennellement la Grande Prière : "Donne-nous ô Dieu, ton appui..." tandis que dame Korridwen offre un brin de gui aux dignitaires présents. Puis - assistée de deux dames, elle vient offrir à chacun la coupe de vin et la galette - en signe de communion entre eux et en hommage aux Puissances qui ont permis cette récolte. - On peut alors entendre la harpe- ou autre instrument de musique - pour harmoniser les rapports entre humains et désincarnés. Puis, dans le même ordre, le cortège suit le Héraut et se retire de la Clairière.


Les enseignements d'Aremeda, fille de Dêvocaptos

(Irl. Airmed, phytothérapeute célèbre, fille de Dianceht, médecin des Tûatha De Dânan)


Pour les Celtes, le chêne est le symbole végétal du druide (le druide est aussi représenté, chez les oiseaux par le roitelet, chez les poissons par le saumon, chez les mammifères par le sanglier) puisque incarnant comme lui force et sagesse. Et comme le chêne s'adjoint un pouvoir guérisseur par le biais du gui, l'une des prérogatives du druide est aussi de pratiquer la médecine.

En utilisation médicinale le gui peut être préparé de différentes manières. D'abord en macération vineuse 50 grammes de plante fraîche pulpée dans un litre de vin blanc sec pendant au moins 10 jours ; le traitement est d'un verre de bordeaux par jour, en 2 fois avant les repas : ceci est efficace pour lutter contre les troubles de la ménopause - tels que palpitation, essoufflements et troubles respiratoires - mais aussi contre l'alcoolisme (cure de 15 jours).

L'infusion de baies est recommandée, en injection vaginale pour soigner les affections génitales féminines bénignes, les pertes.

Les rhumatismes, la sciatique, la goutte sont soulagés par des cataplasmes de feuilles fraîches et de fruits pilés.

Comment est faite la macération aqueuse ? On met 20 grammes de feuilles de gui séchées et fractionnées dans une pinte (un demi-litre environ) d'eau froide ; on laisse toute une nuit ; puis on tamise. Que soigne-t-on avec la macération aqueuse ? L'artériosclérose, l'asthme convulsif, la toux coquelucheuse, la jaunisse sont traités à raison de trois ou quatre tasses par jour, les hémorragies congestives, saignements de nez et hémorragies intestinales, à raison d'une tasse prise au moment de l'accident puis aussi de trois ou quatre tasses par jour, l'hypertension (et ses manifestations : maux de tête, crampes, vertiges, oppression, gêne cardiaque), les troubles nerveux (tels que l'épilepsie, spasmes, convulsions) et ceux de la ménopause, à raison de trois ou quatre tasses par jour également.


Comment est faite la décoction ? On met 20 à 30 grammes de feuilles de gui séchées et fractionnées dans deux pintes d'eau froide. on fait bouillir pendant deux minutes et on laisse ensuite infuser une dizaine de minutes. On tamise et, facultativement, on sucre avec du miel. Que soigne-t-on avec la décoction ? L'albumine (deux tasses par jour entre les repas), les engelures (la décoction tiède, dans laquelle les mains seront longuement plongées, décongestionne et évite les crevasses).

On peut aussi faire sécher le gui, au four par exemple, le mettre en poudre très subtile, passer cette poudre dans un tamis de soie et la conserver. tous les trois derniers jours de la lune nouvelle, il faut prendre le poids d'un écu d'or de cette poudre, la faire tremper une nuit entière dans un demi verre de vin blanc, avaler chaque matin ce vin avec la poudre et réitérer la même dose pendant trois jours : c'est un remède contre le "haut-mal, ou mal-caduc" (épilepsie), et tous les autres maux qui relèvent du gui. (d'après un ouvrage du XVIIè siècle, Recueil des remèdes faciles et domestiques recueillis par les ordres charitables d'une illustre et pieuse dame pour soulager les pauvres malades)

Les tiges et feuilles de gui nécessaires à ces préparations sont récoltées à Samonios, séchées en bouquet, puis éventuellement réduites en poudre pour être conservées dans un récipient où ne pénètre pas la lumière et très bien fermé ; ce récipient sera lui-même placé au sec.

Attention ! les baies du gui sont toxiques.