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  • Anne

La Fève



Étymologie :

  • FÈVE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1178 (Renart, éd. E. Martin, IV, 371, t. 1, p. 156) ; ca 1220 trouver la fève [du gâteau des Rois] (G. de Coinci, éd. V. F. Kœnig, II Mir 25, 410). Du lat. class. faba « fève ».


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.



Botanique :


"Œil mystérieux ou porte d'accès vers un monde étrange ? Plutôt la deuxième solution, puisqu'il s'agit d'un stomate de fève. Présents à la surface des feuilles, ces pores contrôlent les échanges gazeux des plantes avec le milieu extérieur.

Véritables portes à ouverture contrôlée, les stomates sont de minuscules pores situés à la surface inférieure des feuilles. Leur rôle ? Contrôler l'entrée et la sortie de différents gaz : dioxyde de carbone, oxygène, vapeur d'eau... Ainsi, au cours de la photosynthèse, les plantes transforment l'énergie lumineuse en énergie biochimique et pour ce faire, elles ont besoin de dioxyde de carbone (CO2). Malheureusement, ce gaz se trouve dans l'air ambiant alors qu'elles en ont besoin à l'intérieur. Qu'à cela ne tienne, il leur suffit de provoquer l'ouverture des stomates, en liaison directe avec l'intérieur de la plante.

C'est là que l'ingéniosité de ces petits trous fait merveille : les deux cellules en forme de rein placées en vis-à-vis sont les cellules de garde. Si elles sont remplies d'eau, la paroi interne de chacune, plus épaisse que celle de la périphérie, va se creuser vers l'intérieur, ménageant ainsi une ouverture. Le Co2 n'a plus qu'à entrer. Mais comme la vapeur d'eau en profite également pour s'échapper et que la plante ne peut pas se déshydrater au-delà d'un certain seuil, il faut aussi qu'elle puisse fermer le stomate. Reste alors à vider l'eau des cellules de garde : devenues flasques, leurs parois internes vont alors se toucher. Et fermer le pore !"

D'après le Jeu de mémoire : Au cœur de la matière, éd. Ullmann

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Selon Jean-Marie Pelt, auteur d'un ouvrage intitulé Des Légumes (Éditions Fayard, 1993) :


Avec la fève, c'est au plus vénérable ancêtre du monde des légumes que l'on s'adresse. En effet, elle était déjà connue des hommes du néolithique. Des grains de fève ont déjà été trouvés sur les emplacements de la ville de Troie. Lorsque David arrive à Mahanyim, viennent à sa rencontrer des habitants des villes ammonites qui apportent « des lainages, de la vaisselle, ainsi que du blé, de l'orge, de la farine, des épis grillés, des fèves, des lentilles, du miel, du lait caillé et du fromage, des brebis et des bœufs » (Samuel, II, 17/28). Or, la scène se passait mille ans avant Jésus-Christ ! En Égypte, la fève avait très mauvaise réputation ; il était dangereux d'en supporter la vue, car les fèves passaient pour être le lieu de la transmigration des âmes. D'ailleurs, exposées au soleil, elles répandent l'odeur de la semence humaine et, de plus, lorsqu'elles commencent à germer, elles présentent la forme d'un organe sexuel féminin, puis celui d'un enfant... Hérodote rapporte que les prêtres égyptiens tiennent la fève en si grande horreur qu'ils en détournent les yeux comme d'une chose immonde. L'ostracisme égyptien atteint son paroxysme en Grèce où Pythagore en fit une vraie phobie. Poursuivi par ses ennemis, il fut rejoint pour n'avoir pas osé traverser un champ de fèves, de peur d'écraser les âmes des trépassés réfugiées provisoirement dan le monde végétal. Empédocle, disciple de Pythagore, recommandait de s'abstenir de fèves, car le même mot signifie fève et testicule ; ce n'est donc pas la fève, mais l'acte charnel qui offusquait tant l'inventeur de la table de multiplication. Et Pythagore, comme Plutarque, considérait que cet aliment n'était pas propice à eux qui recherchent la paix intérieure, car il provoque des visions et des songes désordonnés et gâtent le sommeil.

Vicia sativa

D'après Gubernatis, l'aversion pour la fève, dont les motifs sont mal connus, remonte encore plus loin que Pythagore. La mythologie en porte une trace évidente : lorsque Cérès vint à Phénéos, en Arcadie, elle fit don aux habitants de cette ville de plusieurs graines de légumineuses, mais elle en exclut la fève.

Complètement discréditée chez les Grecs, la voici qui passe chez les Romains, lesquels ne lui réservent pas meilleur accueil. Ceux-ci avaient remarqué les taches noires qui se détachent si nettement sur les ailes de la fleur, et ils les considéraient comme de lugubres présages...

Le « flirt » de la fève avec les gens d'Église n'apporte pas de perspectives plus réjouissantes ; Clément d'Alexandrie l'accusait d'entraîner la stérilité. Saint Jérôme lui attribuait au contraire des vertus aphrodisiaques ; dans une épître, il interdit les fèves aux religieuses à cause des effets qu'elles produisent - effets visiblement incompatibles avec la vie monastique, « parce qu'elles produisent des titillations aux parties génitales ».

Les auteurs du Moyen Âge et de la Renaissance réservent une meilleure place à la fève dans leurs traités ; un curieux halo de suspicion subsiste autour de la renommée de ces légumes secs. N'ont-ils pas la propriété de distendre tout le corps de leurs flatulences ? Mais il suffirait d'y ajouter des oignons pour en neutraliser les effets. C'est parce que les fèves font gonfler le vendre qu'on dit dans le peuple d'une femme enceinte qu'elle a mangé des fèves. On croyait aussi que l'odeur de ses fleurs pouvait engendrer la folie : « Fève fleurie, temps de folie ! » ; « Il a passé par un champ de fèves en fleurs » signifie « Il a perdu l'esprit ».

Ce halo sulfureux qui entoure la fève n'est pas sans fondement. D'une part, il existe des haricots proches de la fève, susceptibles de contenir dans leurs graines de l'acide cyanhydrique, poison violent ; de nombreuses intoxications ont été relevées à la suite de la consommation de tels haricots, notamment à Java. D'autre part, la fève, comme toutes les vesces, contient des substances déclenchant des troubles qualifiés de favisme. Chez certaines ethnies répandues dans les pays méditerranéens et dotées d'un défaut enzymatique héréditaire, les vesces produisent une altération du sang avec hémoglobinurie, qui doit faire immédiatement cesser l'ingestion de ces vesces suspectes.

Il n'en demeure pas moins que les fèves entrent dans l'alimentation courante de l'Europe du Sud ; leur richesse en principes alimentaires est un peu inférieure à celle de la lentille, du haricot ou du pois.







Bienfaits :

Selon Hildegarde de Bingen, auteure de Physica, Le livre des subtilités des créatures divines, les plantes, les éléments, les pierres, les métaux, les arbres, les poissons, les animaux et les oiseaux (édition originale 1151-1158 ; Édition Jérôme Millon, Grenoble, 2011),


"La fève est chaude, bonne à manger pour les gens en bonne santé et en pleine force ; elle est meilleure que le pois. En effet, si des malades mangent de la fève, elle ne provoque pas autant d'écoulements en eux que le pois. La farine de fève est bonne et utile pour le bien-portant comme pour le malade, car elle est légère et se digère facilement. Celui qui souffre des intestins fera cuire des fèves dans de l'eau, en y ajoutant un peu de graisse ou de l'huile ; il ôtera les fèves, avalera le bouillon chaud ; il le fera souvent, et ainsi se soignera l'intérieur du corps.

[Ed. Celui qui souffre de douleurs brûlante, de démangeaisons et d'ulcères, quelle qu'en soit la nature, prendra de la farine de fève ; qu'il ajoute un peu de graine de fenouil réduite en poudre, et qu'il pétrisse cela dans de l'eau avec un peu de farine de froment, jusqu'à ce que la préparation devienne consistante. Qu'il fasse sécher, au feu et au soleil, ces petits emplâtres qu'il placera souvent sur les zones malades, et ainsi il arrachera la douleur et sera guéri.]"

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Dans quelques localités des environs de Liège, on plante les fèves le Vendredi Saint, dans les Ardennes belges le blé et les pommes de terre, qui réussissent infailliblement.

[...] Pour avoir beaucoup de grain, il faut en tourner encore[des crêpes] quand on sème les fèves pour qu'elles soient belles dans la Charente.

[...] Il est vraisemblable que pour empêcher la récolte d'être foulée, on a fait peur aux enfants, peut-être aux adultes, de personnages mystérieux prêts à les punir. En Provence, on leur dit qu'on donne la rouille aux fèves en passant parmi elles quand elles sont mouillées.

Les paysans se servent de locutions proverbiales qui semblent attribuer aux plantes une sorte d'animisme. [...] Il faut que la fève voie son maitre sortir hors du jardin (Wallonie).. Eloigne-toi de moi, je rapporterai pour toi, dit la fève, (région du Nord).

[....] Les paysans se servent de locutions proverbiales qui semblent attribuer aux plantes une sorte d'animisme. Il faut que la fève voie son maitre sortir hors du jardin (Wallonie).. Eloigne-toi de moi, je rapporterai pour toi, dit la fève, (région du Nord).

|...] Ce passage de Rabe!ais : le monde ensagissant ne craindra plus la fleur des febves en la primevère, fait allusion à un ancien proverbe :

Quand tes febves sont en fleur,

Les fols sont en vigueur,


dont on rencontre des parallèles contemporains, tels que : Fèves fleuries, temps de folies, dans le Bessin, et Quan la fave flouri; lei fôou se connéissoun, dans le Vaucluse. Un autre dicton : les fèves fleurissent, que l'on adresse à quelqu'un pour lui reprocher sa folie, était fondé sur le préjugé que la fleur de fève rend fou, parce qu'elle exhale une odeur forte qui porte la tête. Naguère encore des campagnards du Poitou croyaient que son parfum avait ce triste privilège, et dans le Pas-de-Calais, on dit à celui qui parle comme le ferait un fou : Est-ce que c'est la floraison des fèves ?

[...] Les paysans et aussi les habitants des villes découvrent dans des fragments d'animaux des figures assez variées qui se rattachent assez souvent à des idées chrétiennes. En ce qui concerne les plantes, cette conception semble assez rare [...] Un auteur du XVIe siècle rapporte ainsi une croyance qui n'a pas été relevée de nos jours. Si tu peles une febve encore verte, tu verras qu'elle aura la figure toute semblable aux genitoires de l'homme. Cent ans plus tard un médecin, qui lui attribuait des vertus aphrodisiaques, disait la même chose, et ajoutait qu'elle ressemblait aux parties génitales de la femme.

[...] En Provence, si après une prière de malédiction, on jette une fève de marais bien sèche dans l'huile de la lampe qui brute près de l'autel, dès qu'elle commence à se gonfler celui qui a été l'objet du maléfice tombe malade, et le jour où elle se fend, il meurt sans qu'aucun remède puisse le sauver.

[...] Le diagnostic au moyen des plantes, qui semble oublié aujourd'hui, était usité au XVIIe siècle L'on peut connoistre si la morsure est de Beste enragée ou non en appliquant une Feve coupée en deux sur la Playe, car si la Fève y tient, il y a du venin, et si elle n'y tient pas, ce n'est pas la morsure d'une Beste enragée.

[...] La consultation par la pelure est le, plus ordinairement pratiquée avec celle d'un fruit d'arbre ; maison emploie aussi celle de racines comestibles. [...] A Marseille, on jetait une fève dans la lampe qui veillait à l'autel de saint Antoine de Padoue, dans l'église des Récollets ; la fève crevant, on découvrait le coupable.

[...] . En d'autres pays c'étaient des fèves, et un écrivain du XVIe siècle en donne une curieuse explication : Encores en quelques païs aujourdhuy, on mange des febves aux obsèques des morts car dessus les feuilles de ses fleurs semblent estre certaines lettres et châracteres qui représentent la pleur et sont signes de douleur et tristesse. Naguère dans la vallée de Bagnes (Suisse romande), la famille devait donner un plat de fèves aux invités et aux pauvres. Dans la Marche el dans la partie du Berry qui en est voisine, un plat de fèves ou de pois secs figure toujours au banquet qui suit l'enterrement.

[...] Vers le milieu du XVIII* siècle, une sorcière de Boulay en Lorraine se changea, pour éviter d être prise, en un paquet de ramures de fèves.

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Symbolisme :


Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article à la Fève :


S'il n'y a pas de galette des rois sans fève, c'est qu'il faut désigner le roi de la fête. Cette coutume que l'on a depuis fort longtemps christianisée en la fixant au 6 janvier, jour de l’Épiphanie, célébration par l’Église de l'adoration des Rois mages, venus de très loin reconnaître l'apparition sur terre (en grec, épiphanie veut dire apparition) du Sauveur des hommes, est d'origine païenne. Elle remonte aux Saturnales romaines. Celles-ci, qui avaient lieu le 16 des calendes de janvier, c'est-à-dire le 17 décembre, et ne duraient d'abord qu'un seul jour, puis trois au temps de César et jusqu'à sept à la fin de l'Empire, commémoraient, en une période intermédiaire entre la fin de l'année et le commencement de la suivante, les origines, le règne de Saturne, dieu des semailles et de l'agriculture, jouant ici le rôle de héros civilisateur, et qui avait été l'âge d'or. Seules la paix et l'égalité gouvernaient des hommes et les lois étaient inutiles. Aussi, pendant les Saturnales, toutes les distinctions sociales étaient-elles abolies, ou plutôt, on les inversait ; les esclaves étaient servis par leurs maîtres, se moquaient d'eux, les rudoyaient, sans qu'on eût le droit de les punir. Tous passaient le temps en banquets, en orgies et se livraient sans vergogne aux plaisirs d'ordinaire interdits. Présidait aux réjouissances un roi tiré au sort par la fève qui donnait les ordres les plus insensés auxquels on était tenu d'obéir.

Ce roi, que l'on choisissait jeune et beau, était évidemment la personnification de Saturne lui-même. Désigné trente jours avant la fête, il allait et venait par la ville, en vêtements royaux, escorté de sa garde et pouvait se livrer impunément à tous ses caprices, à toutes ses passions. Mais, le soir de la fête, se terminait son règne et il devait se couper la gorge sur l'autel du dieu qu'il venait d'incarner.

Cette éphémère royauté, sous des formes diverses, on la retrouve dans tout le folklore européen - c'est le sujet de la pièce de Jean Cocteau. Bacchus, qui se situe en Allemagne, au temps de la Réforme. L'usage de la galette des rois l'a fait survivre jusqu'à nous, mais ce n'est plus qu'une réjouissance familiale dont les participants ne comprennent plus le sens. Il en allait tout autrement au XVIe siècle et, dans ses Recherches de la France, publiées à partir de 1560, l'humaniste Étienne Pasquier donne de cette coutume une version fort intéressante, car il y est encore fait allusion aux usages païens. Le gâteau coupé en parts n'est pas distribué immédiatement. Un enfant se place sous la table et le maître de maison l'interroge, en l’appelant Phèbe, autrement dit Phoebus, « comme si ce fût un qui, en l'innocence de son âge, représentât un oracle d'Apollon ». L'enfant désigne celui qui doit recevoir la première part et ainsi de suite, jusqu'à ce que soit attribuée celle où se trouve la fève. « Et ce fait chacun se déborde à boire, manger et danser. »

Le tirage au sort par la fève, devenu à Rome parodique, était, bien auparavant, traditionnel en Grèce. On y nommait les magistrats au moyen de fèves noires et blanches ; étaient élus ceux qui avaient tiré les fèves blanches. Mais pourquoi justement se servait-on de fèves ? Parce que l'on croyait que celles-ci contenaient les âmes des morts, au culte desquels elles étaient associées. En somme, on s'en remettait au jugement des ancêtres qui savaient ce que les vivants ne pouvaient savoir. Comment justifiait-on une assimilation pour nous bien déconcertante ? Il suffit d'ouvrir une gousse de fèves pour le savoir. La fève par sa forme ressemble étrangement à un embryon et, en grec, kuamon, la « fève », vient du verbe kueô, « porter en son sein ». Y ont-ils pensé ceux qui, dans la galette des rois, remplacent la fève par un minuscule poupon ? Au cours des rites agraires qui célébraient le retour du printemps, la renaissance de la végétation, les fèves représentaient le premier don venu de sous terre, où, avec les morts, reposaient les graines qui alors se révélaient et germaient ; c'était l'offrande des défunts aux vivants, le gage de leur future prospérité. On comprend dès lors pourquoi les fèves étaient strictement prohibées, et par les prêtres égyptiens et par les Orphiques et les Pythagoriciens qui tenaient d'eux leurs secrets ; c'eût été, comme disaient ces derniers, manger « la tête de ses parents », partager la nourriture des morts, qui, en tant que telle, était impure.

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Selon le Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant (1ère édition 1969 ; Édition revue et corrigée, Robert Laffont : 1982) :


"La fève symbolise le soleil minéral, l'embryon. Elle évoque le souffre emprisonné dans la matière. Eugène Canseliet remarque que la fève de la galette des Rois est remplacée parfois par un bébé minuscule (un baigneur) ou par un petit poisson.

Les fèves font partie des fruits sacrifiés au cours des offrandes rituelles à l'occasion des labours ou des mariages. Elles représentent les enfants mâles à venir ; de nombreuses traditions confirment et expliquent ce rapprochement... D'après Pline, la fève est employée das le culte des morts, parce qu'elle contient les âmes des morts. Les fèves font partie des fruits sacrifiés au cours des offrandes rituelles à l'occasion des labours ou des mariages. Elles Les fèves, en tant que symboles des morts et de leur prospérité, appartiennent au groupe des charmes protecteurs. Au sacrifice du printemps, elles représentent le premier don venu de dessous terre, la première offrande des morts aux vivants, le singe de leur fécondité, c'est-à-dire de leur incarnation. Ainsi, nous comprenons l'interdit d'Orphée et de Pythagore, au terme duquel manger des fèves était l'équivalent de manger la tête de ses parents, de partage la nourriture des morts, l'un des moyens de se maintenir dans le cycle des réincarnations et de s'asservir aux pouvoirs de la matière. Elles constituaient au contraire, en dehors des communautés initiatiques orphiques et pythagoriciennes, l'élément essentiel de la communion avec les Invisibles, au seul des rites de printemps. En résumé, les fèves sont les prémices de la terre, le symbole de tous les bienfaits venus des gens de dessous terre.

Le champ de fèves égyptien, ainsi nommé symboliquement, était le lieu où les défunts attendaient la réincarnation. Ce qui confirme l'interprétation symbolique générale de ce féculent."

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Symbole d'embryon, la fève servait, selon les anciens Égyptiens, de refuge aux âmes, d'où le nom de champ de fèves qu'ils donnaient au lieu où les morts attendaient la réincarnation. considérée également comme symbole de l'âme dans le monde grec, la fève joue un rôle fondamental dans la pensée pythagoricienne qui voyait en elle "le premier être vivant qui na[quit] de la putréfaction originelle en même temps que le premier des hommes." Le fait qu'elle soit la seule de toutes les plantes à posséder une tige creuse sans nœud en faisait "un moyen de communication privilégié entre l'Hadès et le monde des hommes" et le "lieu de passage où s'opère continûment l'échange des vivants et des morts". Fonction qu'évoque Pythagore dans ses Discours sacrés : "Elles [les fèves] servent de point d'appui et d'échelle pour les âmes [des hommes] pleins de vigueur, quand, des demeures de l'Hadès, elles remontent à la lumière."

Certains disciples de Pythagore voulurent prouver que la plante participait aux cycles de naissances et de résurrections en enterrant dans la terre ou sous le fumier un récipient contenant une fève. "Au bout de quelques jours, quarante ou quatre-vingt-dix, selon les versions, on déterre le récipient, et, à la place de la fève, on trouve soit une tête d'enfant déjà formée, soit un sexe féminin, soit une tête d'homme, ou encore du sang." Ou bien, ils proposaient de rogner une fève et de la laisser un moment au soleil : elle dégageait alors soit "l'odeur de la semence humaine, ou, selon une autre version, l'odeur du sang humain versé par un meurtre".

Par conséquent, la fève, associée à la pourriture, au sexe et aux "parties honteuses" ou encore au sang, "représente, dans le système de valeurs des Pythagoriciens, le pôle de la mort, des renaissances nécessaires, à l'opposé de la vie véritable, réservée aux dieux immortels dont le corps n'est pas fait de sang e de chair, mais demeure incorruptible, comme les aromates et les substances parfumées. Le second trait, marqué par la cosmogonie, c'est que la fève sur sa tige est comme la plante humaine, qu'elle est un double de l'homme, son frère jumeau".

On comprend l'interdit pythagoricien de manger des fèves, résumé par cette phrase : "C'est crime égal de manger des fèves et la tête de ses parents".

Les Romains utilisaient des fèves dans les sacrifices aux dieux et le culte des morts et, pendant trois nuits du mois de mai, en jetaient dans la maison pour chasser les lémures ou larves, ces mauvaises âmes qui venaient importuner les vivants. Pline évoque l'usage des magistrats qui utilisaient les fèves comme porte-bonheur pour les ventes aux enchères. "D'autres pensent avec Cicéron que la fève est impure, qu'elle gâte le sang, qu'elle fait enfler le ventre et, qu'en excitant la sensualité, elle cause de mauvais rêves".

Des siècles plus tard, on retrouve cette signification funéraire : la fève constituait en effet le repas traditionnel du jour des Morts ou des obsèques, car, disait-on au XVIIe siècle : "Dessus les feuilles de ses fleurs semblent estre certaines lettres et charactères qui représentent les pleurs et sont signes de douleur et tristesse."

A la même époque, Delancre attribuait à la fève noire le pouvoir de chasser les fantômes, ce qui n'est pas sans rappeler l'usage romain signalé plus haut : il suffisait de la jeter derrière son dos en faisant du bruit avec un pot de cuivre et en priant neuf fois l'intrus de quitter les lieux. Pour se protéger toute l'année des mauvais esprits, il faut disperser des fèves autour de chez soi le 31 décembre en disant : "Avec les fèves je rachète mon âme".

La fève procure en outre l'invisibilité.

Pour les Grecs, il ne fallait surtout pas prendre en considération un rêve prémonitoire si on avait dîné de fèves. Ces légumineuses vues en songe sont en outre de très mauvais augure.

Enfin, signalons une divination en usage dans l'Antiquité égyptienne et romaine, qui utilisait les fèves noires et blanches. Pour pratiquer la cléromancie, le devin agitait les fèves dans un vase et tirait les oracles d'après leur disposition, une fois le vase renversé. Les Grecs, eux, retiraient une à une les fèves : si la dernière était blanche, la question posée par le consultant recevait une réponse positive alors que la fève noire représentait une réponse négative. Selon une recette moderne provenant de Venise, une jeune fille qui a plusieurs soupirants inscrit sur des fèves le nom de chacun d'eux et les répand à ses pieds : celle qui s'est le moins éloignée désigne le plus fidèle. Au Portugal, la tradition veut que l'on prenne trois fèves le jour de la Saint-Jean : "On laisse la cosse de la première, on retire à demi celle de la deuxième et on dénude complètement la troisième. La jeune fille dépose les trois fèves derrière la jarre de la cuisine et, le matin, en choisit une au hasard les yeux bandés. Si elle tombe sur celle dont la cosse est entière, cela signifie que le futur mari sera riche".

Dans le sud de la France, elle servait à des maléfices : on la jetait dans la lampe se trouvant près de l'autel, en prononçant une prière de malédiction. Lorsqu'elle gonflait sous l'effet de la chaleur, la victime tombait malade ; lorsqu'elle se fendait, celle-ci décédait. Pour retrouver un voleur, on pouvait mettre des fèves dans les lampes à huile placées près des statues de saint Antoine de Padoue, "suivant les époques, on a dû enlever les lampes à cause de ces croyances superstitieuses". Les lancer dans un puits faisait mourir le voleur.

Au XVIIIe siècl