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Pourpre

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    Anne
  • il y a 3 heures
  • 8 min de lecture



Étymologie :


Étymol. et Hist. 1. a) Fin du xes. purpure « riche vêtement d'un rouge foncé » (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 245) ; b) α) ca 1150 pourpre « étoffe d'un rouge foncé » (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 4220) ; β) 1647 la pourpre des Roys, la pourpre des Cardinaux (Vaug., p. 58) ; 2. 1538 « matière colorante d'un rouge foncé extraite du murex » (Est., s.v. murex) ; 3. 1756 « couleur rouge vif » (Voltaire, Zadig, éd. G. Ascoli, J. Fabre, t. 1, p. 62, 48 : ses joues animées de la plus belle pourpre). Du lat. purpura « pourprier ; couleur, vêtement d'un rouge foncé ; ornement de pourpre, insigne des hautes magistratures ou de la royauté », du gr., v. porphyre.


Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1265 genre indéterminé « couleur rouge foncé qui tire sur le violet » (Brunet Latin, Trésor, éd. F. J. Carmody, p. 93, 14 : ciel de coulor de porpre) ; 1530 pourpre masc. (Palsgr., p. 259b) ; b) 1606 hérald. (Nicot) ; c) 1881 pourpre rétinien (H. Beaunis, Nouv. élém. de physiol. hum., Paris, J.-B. Baillière, t. 2, p. 1144) ; 2. 1563 zool. (Palissy, Recepte veritable ds Œuvres complètes, éd. A. France, p. 149). Même mot que pourpre1*.


Étymol. et Hist. Ca 1170 purpre « de couleur rouge foncé » (Marie de France, Lais, éd. J. Rychner, p. 87, 475). Empl. adj. de pourpre1*.

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Symbolisme :


Madame Goyet, autrice d'un ouvrage intitulé Le bouquet du sentiment, ou, Allégorie des plantes et des couleurs. (Chez F.B. Goyet, 1816) présente ainsi le message du pourpre :


"LE POURPRE. - Puissance suprême.

Jupiter était représenté vêtu d'une draperie rouge pourpre ; c'était la couleur des manteaux des Empereurs romains.


L'AMARANTHE. - Constance - Immortalité.

En grec, amaranthe signifie qui ne se flétrit point ; c'est pourquoi je donne à cette couleur l'emblême de la durée."

Joëlle Napoli, dans un article intitulé "Art purpuraire et législation a l’époque romaine." (In : Purpureae Vestes. Textiles y tintes del Mediterráneo en época romana. Valencia, 2004, pp. 123-136) rappelle quelques significations symboliques de la couleur pourpre :


La pourpre pouvait être également la couleur spécifique de certains cultes, par exemple du culte dionysiaque, justement réintroduit par César (Servius, Ad Virg. Buc. 5, 29).  La célèbre fresque de la villa des Mystères, qui date du milieu du Ier siècle avant J.-C., est sans doute censée en donner une illustration : la couleur des drapés qui enveloppent les personnages de la scène initiatique et du voile qui recouvre le van mystique n’est pas fortuite. Que l’on n’ait pas retrouvé de purpurissum dans la peinture pompéienne ne change rien à l’intention du peintre de la fresque, qui se sera efforcé d’imiter ici une couleur pourpre.

[...]

[note] La pourpre était la couleur symbolique des dieux : par exemple Stace, Theb. 10, 60. Les statues de culte étaient de ce fait habillées de pourpre (Persson 1923 : 117-128).

[...]

 [note] Dans le théâtre de Plaute, la pourpre est l’attribut des courtisanes ou des vieilles femmes : «Car un amant achète la complaisance d’une courtisane avec des bijoux et de la pourpre […] La pourpre sert à cacher la vieillesse, les bijoux la laideur d’une femme ; une jolie femme sera plus belle nue qu’une femme vêtue de pourpre (purpurata) » (Mostellaria, v. 286-289). Et même à une courtisane, il «convient mieux… de se montrer réservée que de montrer de la pourpre » (Poenulus, v. 304). On reconnaît bien là l’hypocrisie du point de vue masculin.

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Adeline Grand-Clément, autrice d'un article intitulé "Noir, écarlate et pourpre : les propriétés chromatiques du sang dans l’imaginaire grec." (In : Lydie Bodiou ; Véronique Mehl. L’Antiquité écarlate. Le sang des Anciens, Presses Universitaires de Rennes, pp. 43-59, 2016) étudie un des aspects symboliques de la couleur pourpre :


"[...] Le troisième adjectif qui sert à caractériser la coloration du sang dans la tradition poétique grecque est porphureos. Ce mot pose davantage de problèmes de traduction : « pourpre », « empourpré », mais aussi parfois « bouillonnant » quand il s’applique au flot marin, ou « irisé, chatoyant, splendide ». Ses résonances affectives sont ambivalentes : elles oscillent entre le domaine du sombre, du funeste d’une part et celui de l’éclat du désir et de l’érotisme de l’autre. La majorité des occurrences du terme dans la tradition poétique grecque concerne les étoffes et les parures, mais on relève quelques images plus singulières, comme celles de la « vague pourpre », de la « mort pourpre » ou de l’ « arc-en-ciel pourpre ». C’est à cette série que se rattache l’évocation, dans l’Iliade, du sang versé autour du cadavre de Patrocle : « Et la terre est trempée de sang pourpre (haimati de khtôn / deueto porphureô) ; et les morts tombent à côté les uns des autres, aussi bien parmi les Troyens et leurs puissants alliés que parmi les Danaens . »

L’expression « sang pourpre » reste un unicum dans les épopées homériques. L’aède insiste sur la quantité de sang versé, et nous retrouvons l’image de l’imprégnation de la terre, destinée à impressionner et à émouvoir l’auditoire. C’est dans cette perspective, me semble-til, que se comprend le choix de porphureos, aux résonances symboliques particulièrement fortes. Il convoque la figure terrifiante de la « mort pourpre », mentionnée à trois reprises par l’aède. Le passage en question occupe en effet une position charnière dans l’économie du récit homérique : la disparition de Patrocle marque un tournant dans le déroulement de la guerre, puisqu’elle va décider Achille à reprendre les armes. Pour l’heure, les combattants achéens doivent lutter ardemment pour défendre le corps sans vie du jeune héros, et c’est la raison pour laquelle Zeus choisit de dépêcher sur le champ de bataille en urgence Athéna, qui se drape de pourpre, afin d’insuffler du courage et de l’ardeur aux Achéens.

[...]

... la coloration du sang intéresse lorsqu’elle se trouve exposée au regard, se donne en spectacle. De plus, les verbes employés indiquent que les Grecs le considèrent non seulement comme un liquide coloré, mais aussi comme un agent colorant. Il s’agit à leurs yeux d’une substance dotée d’une efficacité propre : elle est capable de communiquer sa couleur aux surfaces avec lesquelles elle entre en contact.

Le sang comme teinture : l’écarlate et la pourpre : Les Grecs n’utilisaient pas le sang comme colorant pour les étoffes : la seule créature qui possède un vêtement teint de sang, c’est la Kère, le sinistre Trépas. Lorsqu’Aristophane joue sur l’analogie existant entre « teindre en rouge » et « ensanglanter », il le fait sur le mode comique : dans les Acharniens, le coryphée qui souhaite lapider Dicéopolis exhorte ses concitoyens à se saisir de pierres pour lui confectionner une phoinikis, un vêtement écarlate. Parmi les différentes teintures que les Grecs connaissaient, deux ont été rapprochées du sang : l’écarlate (phoinix) et la pourpre (porphura). La première renvoie sans doute à plusieurs colorants, l’un d’origine animale (le kermès), l’autre végétale (la garance), produisant des tons allant de l’orangé au rouge vif ; la seconde provient de coquillages appartenant à la variété des murex, qui fournissait une large gamme de nuances, allant du rose au violet foncé, en fonction des mollusques utilisées et des méthodes employées. Nous allons voir que l’association établie avec le sang ne se situe pas uniquement sur le plan chromatique : elle réside surtout dans le mode opératoire de l’activité tinctoriale et la nature du résultat obtenu, à savoir une coloration résistante et durable.

[...]

La teinture pourpre, elle, possède des résonances légèrement différentes : elle peut annoncer la mort. Ainsi, lorsqu’Eschyle reprend l’image homérique dans un passage des Perses évoquant les combats de Salamine, en substituant la pourpre à l’écarlate, il indique qu’il s’agit d’une blessure fatale :

« Matallos de Chryse, qui menait dix mille hommes, inondait, en mourant, sa longue et drue barbe rousse (purran), lui faisant changer de couleur par un bain de pourpre (ameibôn khrôta porphurea baphè). »

Ici, la métaphore tinctoriale permet d’évoquer la blessure mortelle infligée au Perse sans mentionner le sang : le « bain de pourpre » en est l’image même. Le choix d’une référence à la pourpre renforce le caractère funeste de la scène et annonce l’issue fatale : le triomphe de la « mort pourpre » (porphureos thanatos), celle qui s’empare brutalement du combattant sur le champ de bataille. Il s’agit d’une mort inéluctable, instantanée, comme celle qui saisit le jeune Astyanax, jeté du rempart par Néoptolème lors de la prise de Troie :

« L’attrapant par le pied, il le jeta du haut de la tour, et, au cours de sa chute, la mort pourpre et l’impérieux destin s’emparèrent de lui. »

La « mort pourpre » possédait probablement à l’origine une « valeur affective d’ordre religieux » qui la distinguait du « noir trépas », plus fréquemment évoqué dans la poésie épique. En mobilisant une couleur aussi prestigieuse, les Grecs souhaitaient conjurer les ténèbres de l’oubli. On sait que des étoffes pourpres pouvaient être utilisées lors des rites funéraires : les données littéraires ont été confirmées par l’archéologie, en particulier par les découvertes effectuées dans les tombes macédoniennes. Prolongeant l’action purificatrice opérée par le feu lors de la crémation du cadavre, la couleur pourpre accompagnait le défunt dans l’au-delà et lui conférait l’éclat du kleos : elle participait de la « belle mort », une mort socialisée qui inscrivait le souvenir du défunt dans la mémoire collective.

Mais revenons aux vers d’Eschyle. On relève plusieurs différences par rapport au passage homérique : c’est la barbe et non la peau qui est maculée de sang, ce qui favorise le rapprochement avec une toison de laine que l’on plongerait dans la cuve du teinturier. Le poète n’emploie pas le verbe miainô mais baptô, qui renvoie clairement à l’immersion dans le bain tinctorial, et ameibô, qui accentue l’idée de transformation chromatique.

L’image prend tout son sens à la lumière des particularités que présentait la teinture à la pourpre. En effet, les sécrétions du murex récoltées après écrasement des coquilles étaient d’abord incolores : elles ne prenaient leur couleur qu’en s’oxydant au contact de l’air et de la lumière, passant par toute une gamme de nuances avant de se fixer dans les tons violets. Pour garantir aux étoffes une coloration lumineuse et stable, il fallait contrôler la réaction chimique et faire en sorte que l’agent colorant précipite seulement lorsque la fibre était plongée dans la cuve : c’était la seule façon de le fixer au cœur de la matière. Les Anciens, qui l’avaient compris, avaient donc mis au point un procédé permettant de maintenir le liquide tinctorial sous sa forme incolore avant d’y plonger la laine à teindre. C’était donc seulement en retirant les écheveaux et les tissus qu’on les voyait prendre peu à peu les riches nuances de la pourpre, comme par enchantement. L’apparition de couleurs présentait alors un caractère surnaturel, brouillant les frontières entre le visible et l’invisible.

La pourpre et le sang avaient donc en partage une forme de versatilité chromatique aux yeux des Grecs. Ils attribuaient à ces deux substances la faculté d’opérer une métamorphose sur les surfaces avec lesquelles elles entraient en contact, pour produire in fine une coloration durable, indélébile."

Georges Roque dans "Le symbolisme des couleurs, une réévaluation" (In : Couleurs et cultures, explorations interdisciplinaires, 2022) précise que :


"Il en va ainsi de l’idée selon laquelle le rouge est un symbole du pouvoir. Outre le fait que le rouge symbolise aussi les révoltes contre le pouvoir, il faut noter que la pourpre n’en est venue à symboliser le pouvoir, à Byzance puis celui de l’Église catholique, que par ses vertus tinctoriales, ainsi que son prix exorbitant, non en raison de sa teinte, qu’il est au reste difficile à identifier clairement.5 Dans ce cas, le signifié de « richesse » de la pourpre est indiciaire, puisqu’il provient du prix du pigment. Il y a donc un lien « physique » entre le signe et ce dont il est le signe."


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