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Le Murex




Étymologie :


  • MUREX, subst. masc.

Étymol. et Hist. A. Ca 1265 murique (Brunet Latin, Trésor, éd. J. Carmody, I, CXXXIII, 4, p. 130). B. 1505 murex (Desdier Christol, Platine en françoys, fol 92 rob d'apr. R. Arveiller ds Mél. J. Séguy, p. 74 : le murex ou murice). Empr., une 1ère fois à l'acc., une seconde fois au nomin. du lat. murex, -icis « murex, pourpre ».


  • POURPRIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1823 (Boiste Hist. nat.). Dér. de pourpre1*; suff. -ier*.


Lire également la définition des noms murex pourprier afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Bolinus brandaris - Murex droite épine - Rocher massue -

Hexaplex trunculus - Rocher fascié -

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Usages traditionnels :


Selon Jean René Denis Riffault des Hêtres, auteur d'un Manuel complet du teinturier, ou l'art de teindre la laine, le coton, la soie, le fil, etc: suivi de l'Art du dégraisseur... (Roret Éditeur, 1825) :


; parmi ce petit nombre de substances, il convient surtout de distinguer celle que sir Humphry Davy désigne par l'ostrum des Romains, la pourpre des Grecs, regardée comme leur plus belle couleur, qui était chez eux l'objet du luxe le plus recherché ; teinture dont les procédés ont été mieux conservés dans les monuments historiques que ceux des couleurs obtenues par d'autres substances colorantes. La pourpre, si célèbre parmi les anciens, dit le docteur Edward Bancroft dans ses Recherches expérimentales sur la physique des couleurs permanentes, paraît avoir été trouvée environ douze siècles avant l'ère chrétienne à Tyr, ce qui contribua beaucoup à l'opulence de cette ville si renommée. On tirait cette teinture d'un coquillage univalve ( murex) dont a deux espèces. Vitruve assure que la couleur différait suivant le pays d'où le coquillage était apporté ; que sa couleur était plus foncée et approchait davantage du violet dans les pays du Nord, tandis qu'elle était plus rouge dans les contrées méridionales ; il ajoute qu'on préparait la couleur en battant l'animal avec des instruments de fer ; puis, après avoir séparé la liqueur pourpre du reste de l'animal, on la mêlait avec un peu de miel. Suivant Bancroft, le coquillage se péchait sur les bords de la Méditerranée ; on faisait des incisions à la gorge de l'animal, ou bien on le broyait tout entier, et on le tenait ensuite pendant plusieurs jours, en dissolution dans de l'eau et du sel, en renfermant le mélange dans des vases de plomb. La très petite quantité de liqueur que l'on retirait de chaque coquillage, et la longueur du procédé de teinture, dont les opérations duraient au moins dix jours, avaient fait monter la pourpre à un si haut prix, que du temps d'Auguste, on ne pouvait avoir pour 1000 deniers (environ 700 livres de notre monnaie ) une livre de laine teinte en pourpre de Tyr. Cette précieuse teinture fut presque partout un attribut de la haute naissance et des dignités. La pourpre servait de décoration aux premières magistratures de Rome , jusqu'à ce que les empereurs se fussent réservé le droit de la porter ; bientôt elle devint le symbole de leur inauguration ; et enfin , la peine de mort fut décernée contre ceux qui auraient osé porter la pourpre même , en la couvrant d'une autre teinture.

Comme on employait différentes méthodes pour teindre avec le suc de la pourpre, on obtenait ainsi une grande variété de couleurs de pourpre que l'on distinguait par différents noms : la pourpre de Tyr avait, suivant Pline, la couleur du sang coagulé, la pourpre améthiste avait celle de la pierre de ce nom, une autre espèce ressemblait à la violette.

Il paraît que quelques unes de ces espèces de pourpre conservaient pendant très longtemps leur couleur ; car Plutarque fait remarquer dans la Vie d'Alexandre, que les Grecs trouvèrent dans le trésor du roi de Perse une grande quantité de pourpre , dont la beauté n'était pas altérée quoiqu'elle eût 190 ans d'ancienneté.

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Symbolisme :


Christine Macheboeuf, Narcisa Bolšec Ferri, Alexandra Hanry, et al. auteurs de "La pourpre en Istrie." (In : Mélanges de l'École française de Rome-Antiquité, 2013, no 125-1) évoquent le symbolisme de la pourpre :


Extraite de la glande tinctoriale de certains mollusques de la famille des muricidés ou des pourpres, la pourpre était déjà utilisée vers 1600 avant J.-C. à Akrotiri, sur l’île de Santorin. Symbole de raffinement et de pouvoir dans l’Antiquité romaine, la pourpre fut produite dans des ateliers (baphia) réservés à cette unique tâche.

 

Le site LouvreBible mentionne diverses occurrences du murex ou de la pourpre dans la Bible :


Jésus, Mardochée, Lydie ont porté des vêtements de couleur pourpre. Quel est le lien avec le murex ? Petit détour par la salle 228 des Antiquités orientales (Richelieu RdC, ancienne salle 2) où ce coquillage est exposé. [...]


“ Fils d’homme, profère sur Tyr un chant funèbre [...]. En lin d’Égypte de couleurs variées était la toile que tu déployais pour te servir de voile. Le fil bleu et la laine teinte en pourpre rougeâtre, voilà ce qui formait la couverture de ton pont. [...] Ils étaient tes commerçants en vêtements splendides. ” - Ézékiel 27 : 2, 7, 24

[...]

« Et voici les vêtements qu’ils feront : un pectoral et un éphod, un manteau sans manches et une robe en tissu quadrillé, un turban et une écharpe ; ils devront faire les vêtements sacrés pour Aaron ton frère et ses fils, afin qu’il me serve en tant que prêtre. Et eux, ils prendront l’or et le fil bleu, la laine teinte en pourpre rougeâtre, le tissu teint en écarlate de cochenille et le fin lin. » - Exode 28 : 4-5

Il faut noter ici l’énorme quantité de coquillages nécessaire et son coût élevé. Pour les israélites qui se trouvaient alors en plein désert, c’était assurément une réelle contribution pour le culte, et "une offrande élevée."

- Exode 25 : 1, 4.

En raison de son coût onéreux, la pourpre est devenue le symbole de la royauté, de la dignité et de la richesse. A Rome, c’est le symbole du pouvoir. La largeur de la bande pourpre portée sur la toge et la couleur plus ou moins vive des vêtements rouges indiquent le statut social du porteur du vêtement.


« Quant à Mardochée, il sortit de devant le roi, avec un vêtement royal d’[étoffe] bleue et de lin, avec une grande couronne d’or et un manteau de tissu fin, oui de laine teinte en pourpre rougeâtre. » - Esther 8 : 15 ; voir aussi Esther 1 : 5-6. [...]

Des décrets impériaux stipulaient même que celui du commun peuple qui osait se vêtir avec la plus raffinée des pourpres se rendait coupable d’un crime de lèse-majesté. Ce qui explique peut-être le geste des soldats qui revêtirent Jésus d’un vêtement de couleur pourpre.

« Les soldats tressèrent une couronne d’épines et la lui mirent sur la tête et le revêtirent d’un vêtement de dessus pourpre ; et ils s’approchaient de lui et disaient : “ Bonjour, Roi des Juifs ! ” Ils se mirent aussi à lui donner des gifles […] Jésus sortit donc dehors, portant la couronne d’épines et le vêtement de dessus pourpre. Et Pilate leur dit : “Regardez ! L’homme ! ” - Jean 19 : 1-7

On retrouve d'autres occurrences de la pourpre dans la Bible. Il est dit aussi du prophète Daniel qu'il fut habillé de pourpre après avoir expliqué l'écriture sur le mur (Daniel 5 : 29). Jésus dit aussi dans la parabole de Lazare et de l'homme riche que ce dernier se revêtait de pourpre et de fin lin et faisait chaque jour brillante chère (Luc 16 : 19).

Le livre des Actes parle ainsi d’une « certaine femme nommée Lydie, une marchande de pourpre, de la ville de Thyatire » (Actes 16:13-15) et l’Apocalypse « d’une femme assise sur une bête sauvage de couleur écarlate […] revêtue de pourpre et d’écarlate, parée d’or et de pierres précieuses. Et sur son front était écrit un nom, un mystère : “ Babylone la Grande, la mère des prostituées et des choses immondes de la terre. ” - Révélation 17 : 3-5

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Mythologie :


Arnaud Zucker, auteur d'un article intitulé « Album mythique des coquillages voyageurs. De l’écume au labyrinthe », (In Techniques & Culture [En ligne], 59 | 2012) relie le murex à Héraklès :


Du murex (et du chien d’Héraclès)


Parmi les coquillages aphrodisiens figure également le fameux murex à pourpre (Muricidae, surtout Bolinus brandaris et Hexaplex trunculus). Avant de décrire la chasse et l’écrasement du murex, le lexicographe Pollux (Onomasticon 1.45-49) évoque le mythe de la découverte de la pourpre, à la suite d’un accident dû à l’imprudence d’un murex aventureux et d’un chien curieux (Figure 10) :


« Les Tyriens racontent qu’Héraklès était épris d’une jeune fille de la région, qui avait pour nom Tyros. Or Héraclès était, selon la coutume d’autrefois, accompagné de son chien […] Le chien d’Héraclès, apercevant un murex (ποȡφȪȡα) qui rampait sous une pierre, et dont la partie charnue émergeait [de la coquille] mordit dans la chair et en fit son repas. L’écoulement sanguin teignit de sang les lèvres du chien et les empourpra. Lorsque le héros se rendit auprès de sa belle, la jeune fille vit les lèvres du chien et trouva qu’elle rutilait d’une teinte inhabituelle, et déclara qu’elle refusait désormais de recevoir Héraclès s’il ne lui procurait une robe plus pourpre que les lèvres de son chien. Héraclès finit par trouver l’animal, recueillit l’écoulement sanguin et offrit le cadeau à la jeune fille, devenant par là le premier découvreur, dans le mythe tyrien, de la teinture phénicienne »


Alors que le héros, selon Pollux, est Héraclès, assimilé à Melkart (la divinité phénicienne) (1), il s’agirait d’un indigène tyrien, selon Jean d’Antioche (Chronique historique, fr. 11.5), qui raconte différemment cet épisode :


« il découvrit la teinture que l’on appelle “pourpre” (țογχȪȜȘ) en voyant un chien de berger manger un murex (țογχȪȜȘ) et le berger essuyer la bouche du chien avec une peau de mouton » (2)


Peu importe l’invraisemblance du scénario (puisque la teinture n’est pas spontanée ni le pigment dans la chair), les murex sont aussi « voyageurs », et Pline (HN 9. 41) rapporte un autre récit de Mucianus (voir supra) sur un murex qui a, en outre, la particularité, comme le poisson remora, de se fixer sur les navires et de les arrêter :


« Ces murex, s’étant attachés au vaisseau qui portait les enfants de condition noble condamnés par Périandre à être châtrés, et qui allait à pleines voiles, l’arrêtèrent, et les coquilles (conchae) qui rendirent ce service sont honorées dans le temple de Vénus à Cnide »


Cet épisode, qui souligne l’empire de Vénus sur ce coquillage révélateur, illustre admirablement le processus courant de création légendaire, combinant amalgames incontrôlés – puisque le rôle de « bloque-navire » du murex plus grand qu’une pourpre (muricem latiorem purpura) est une usurpation évidente, et cet animal n’a rien à faire dans un chapitre sur les poissons –, souci étiologique (la présence de coquilles de murex dans le temple d’Aphrodite), et opportunisme symbolique (l’isotopie du châtiment sexuel, de la sanguinité du coquillage et de la sphère d’action de la déesse).


Notes : 1) Héraclès aurait été enterré à Tyr (Pseudo-Clément, Reconnaissances 10. 24).

2) Voir aussi Georges le Moine, Chronique 17.7-23 ; Joël, Chronographie, 16. 25. Voir aussi Souda E 476, s.v. ἩȡαțȜῆȢ. Cassiodore (Variae 1. 2) évoque aussi cette affaire, mais sans Héraclès, comme un modèle courant de développement culturel : nam cum fame canis avida in Tyro litore proiecta conchilia impressis mandibulis contudisset, illa naturaliter humorem sanguineum defluentia, ora eius mirabili colore tinxerunt ; et ut est mos hominibus occasiones repentinas ad artes ducere, talia exempla meditantes fecerunt Principibus decus nobile.

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