Le Dauphin (suite)
- Anne

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Étymologie :
DAUPHIN 1, subst. masc.
Étymol. et Hist. Mil. xiie s. daufin (Roman d'Alexandre, ms. Arsenal, 720 ds Elliott Monographs, t. 1, p. 38). Du lat. pop. *dalphinus (710 ds H. Schuchardt, Der Vokalismus des Vulgärlateins, t. 1, 214), lat. class. delphinus, gr. δ ε λ φ ι ́ ς, ι ̃ ν ο ς de même sens. L'hyp. d'un empr. à l'a. prov. dalfi : xiiie-xives. ds Rayn. (J. Brüch ds Z. fr. Spr. Lit., t. 50, 1927, p. 327; Bl. W.1-5) ne semble pas nécessaire, cf. aumône.
DAUPHIN 2, subst. masc.
Étymol. et Hist. 1. Ca 1245 titre du seigneur de Dauphiné dalfin de Vïenois (Ph. Mousket, Chron., 30067 ds T.-L.) ; 2.1360 Dalphin de Viennois titre du fils aîné des rois de France (Ranç. de Jean, p. 132 ds Gdf. Compl.) ; 1410 doffin (Mém. de P. de Fénin, ibid.) ; 1420 dauphin (Archives du Nord, B 4025, f°2 ds IGLF) ; 1654 « fils et successeur du roi » (Cyrano de Bergerac, Pédant joué, 190, ibid.) ; 1690 (Fur. : On appelle figurément chez les bourgeois un Dauphin, le fils unique de la maison, ou celuy de la personne duquel on a grand soin) ; 1941 « successeur de quelqu'un » (L'Œuvre, 20 janv.). Cognomen des seigneurs du Dauphiné (dep. 1110-40 ds Bibliothèque de l'École des Chartes, t. 54, 1893, pp. 434-435) et d'Auvergne (dep. 1167, ibid., p. 449) devenu nom patronymique, puis titre (1281 en Auvergne, ibid., p. 450 ; 1282 en Dauphiné, ibid., p. 442) qui fut attribué au fils aîné du roi de France dep. la cession du Dauphiné à la France en 1349 ; du prénom b. lat. dalphinus (Ve s. ds TLL onomasticon, s.v. Delphinus2, 93, 24), delphinus (IVe s., ibid., 93, 26) porté en particulier par un évêque de Bordeaux de la fin du IVe s. L'apparition du dauphin sur les écus des comtes de Vienne et d'Auvergne est due à leur nom.
Voir aussi la définition du nom pour y trouver des pistes d'interprétation symbolique.
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Zoologie :
Selon Frans de Waal, auteur de Sommes-nous trop "bêtes" pour comprendre l'intelligence des animaux (Édition originale 2016 ; traduction française : Éditions Les Liens qui Libèrent, 2016) :
"Quand deux ou plusieurs espèces intelligentes, coopératives, se rencontrent autour de ressources alimentaires, le résultat peut aussi être la collaboration, et non la concurrence. Chaque espèce sait comment tirer avantage de l'autre. Les pêches coopératives, dans lesquelles des humains et des cétacés (baleines et dauphins) collaborent, existent probablement depuis des milliers d'années, car elles ont été signalées de l'Australie et de l'Inde à la Méditerranée et au Brésil. En Amérique du Sud, elles ont lieu sur les rives boueuses des lagunes. Les pêcheurs annoncent leur arrivée en frappant l'eau, sur quoi les grands dauphins émergent pour rabattre les mulets vers eux. Les pêcheurs attendent un signal des dauphins, un type de plongeon bien distinct par exemple, pour jeter leurs filets. Les dauphins font aussi ce genre de rabattage entre eux, mais là ils conduisent le poisson vers les filets des pêcheurs. Les hommes connaissent individuellement leurs partenaires dauphins, auxquels ils ont dont donné des noms de célébrités – des politiciens et des footballeurs. [...]
En dehors des hominidés, la reconnaissance de soi spontanée n'a été observée que chez les éléphants et les dauphins. [...]
Les dauphins se souviennent incroyablement bien de leurs amis. Quand ils sont en captivité, on les déplace souvent d'un endroit à un autre, pour des raisons de reproduction. Profitant de cette habitude, un spécialiste américain du comportement animal, Jason Bruck, a fait entendre à des dauphins les sifflements-signatures de collègues de bassin partis depuis longtemps. En réponse à ces appels familiers, les dauphins s’activaient, s'approchaient du haut-parleur, appelaient en retour. Bruck a découvert que les dauphins n'avaient aucune difficulté à reconnaître leurs anciens camarades, que leur cohabitation passée ait été durable ou brève, et même si cela faisait très longtemps qu'ils les avaient vu pour la dernière fois. Le record enregistré dans son étude est détenu par une femelle nommée Bailey : elle a reconnu les sifflements d'Allie, une femelle avec qui elle avait vécu vingt ans plus tôt. Les experts considèrent de plus en plus les sifflements-signatures comme des noms. Ce ne sont pas de simples identifiants que les individus produiraient eux-mêmes et qui seraient parfois imités. Pour les dauphins, s'adresser à un compagnon en utilisant son sifflement, c'est comme l'appeler par son nom."
Dans le Hors-série de Causette (été 2018) intitulé « Histoires d'A...mours », Claudine Colozzi nous propose un petit "Kama-sutra des animaux" sous forme d'abécédaire :
"J comme Jeu
Comme l'idée fixe semble être la reproduction, on en oublierait presque 'aspect ludique de la sexualité animale. Chez les mammifères, l'apprentissage sexuel passe beaucoup par le jeu entre petits et grands. En la matière, le comportement des dauphins se révèle infiniment complexe et sophistiqué."
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Caroline Lepage, autrice de Comme des bêtes, les animaux au lit (© Les Éditions de L'Opportun, Paris, 2019) s'intéresse aux mœurs amoureuses des animaux :
"Le dauphin rose conte fleurette
Un homme arrive à un rendez-vous, une douzaine de roses rouges à la main. Le coup du bouquet, galanterie destinée à séduire celle qu’il convoite ! La technique a déjà fait ses preuves... En milieu aquatique également.
Ainsi, le boto l'utilise à sa manière. Ce dauphin rose d’Amérique du Sud habite les eaux douces et boueuses de l’Amazone, ce fleuve dont les méandres se perdent dans la forêt tropicale. Sous la surface, on ne trouve pas de récifs tapis de coraux ni d’anémones pouvant faire office de fleurs. Et alors, est-ce un problème ? Pas pour le cétacé qui « cueille » ce que la nature abandonne de végétation ici et 1à.
Ensuite, il se promène, le bec chargé d’un méli-mélo de morceaux de bois et d’autres branchages. Comme un jeu ? On pourrait le croire. Cependant, trimballer des objets de la sorte est un truc à la mode, non pas chez les juvéniles, mais chez les adultes en âge de se reproduire. Et c'est l’été venu que ces messieurs se mettent à conter fleurette aux demoiselles ! Bouquet en bouche, ils cherchent à se faire remarquer, ce qui a le don d’énerver la concurrence. Un mâle qui sait dénicher de pareils trésors est forcément un prince charmant, n’est-ce pas ? Avis aux amatrices, donc... Et si elles craquent pour un mâle — leurs ébats restent entourés de mystére, car aucun biologiste ne les a jamais observés —, 11 8 15 mois plus tard, elles peuvent espérer donner naissance à un adorable petit boto."
Hugues Demeude, dans Les Incroyables Pouvoirs de la Nature (Éditions Arthaud, 2020) consacre un chapitre au dauphin :
"Jeunes dauphins : apprendre en jouant
Les quatre-vingt-dix huit épisodes du feuilleton américain Flipper le dauphin ont été suivis avec assiduité par plusieurs générations d'enfants au gré de leurs multiples diffusions depuis les années 1960 jusque dans les années 2000, aux États-Unis, en France et dans le monde. Flipper a été apprivoisé par Bud, l'un des deux enfants de Porter Ricks, directeur d'un parc aquatique en Floride. Dans chaque épisode, il montre des aptitudes exceptionnelles pour porter secours à des personnes en difficulté dans le milieu marin. Dans le monde réel des coulisses, Flipper était interprété par plusieurs femelles dauphins qui avaient été spécialement « dressées » pour jouer ce rôle. autrement dit, leurs soigneurs étaient parvenus à leur faire apprendre de nombreux comportements en ayant recours à la méthode du « renforcement positif ». Un apprentissage basé sur la complicité qui se crée avec l'humain référent, contre renfort de nourriture en guise de gratification, Rick O'Barry le dresseur des cinq dauphins ayant interprété Flipper, est devenu par la suite - ironie du sort - l'un des plus farouches militants anti-captivité.
Ce type d'apprentissage est également basé sur la notion de jeu. Les soigneurs savent utiliser ce ressort qui est essentiel au développement des delphineaux dans le grand bleu. Tout est prétexte au jeu et tout est bon pou apprendre, comme jouer à perfectionner as glisse sur les vagues créées à l'arrière des bateaux, faire des sauts acrobatiques à la proue des navires, ou traverser les creux formés par des vagues. Pour eux qui parcourent les océans, l'aptitude à la nage et la vitesse sont essentielles. Ainsi le dauphin commun à nez court (Delphinus delphis), cétacé très courant dans les eaux du monde entier dont la température n'est pas inférieure à une dizaine de degrés, est réputé pour ses pointes de vitesse à près de 50 kilomètres à l'heure.
Le jeune dauphin aime aussi s'amuser avec un objet organique qui tombe mollement vers le fond de la mer, le remonter à la surface et recommencer l'opération, en développant ainsi son habileté.
Les jeunes dauphins apprennent en s'amusant dans le cadre d'un groupe aux relations sociales complexes. Le jeune observe les adultes et se forme. Si un adulte utilise un morceau d'éponge pour le placer au bout de son nez, appelé rostre, afin de creuser les fonds marins sans se blesser, il l'imite. C'est ce qu'a montré le biologiste Michael Krützen en 2005 en étiudiant les grands dauphins dan la baie Shark, en Australie. « Nous avons démontré que [...] l'éponge est classée comme le premier cas d'une culture matérielle existante chez une espèce de mammifère marin. nous avons montré aussi que l'utilisation de l'éponge comme d'un outil montre une transmission sociale verticale presque exclusive au sein d'une seule matriligne de la mère à la progéniture femelle. » (1)
Les adultes sont d'autant plus facilement pris en exemple qu'ils sont nombreux autour des jeunes. A commencer par la mère qui allaite son delphineau sur une longe durée, jusqu'à dix-huit mois pour le dauphin commun à nez court. Cette espèce peut vivre en collectif dan des groupes de plusieurs centaines voire plusieurs milliers d'individus. Les jeunes, élevés ensemble, y sont à bonne école, notamment pour développer leurs capacités de communiquer par des vocalisations sous forme de cliquetis, et de s'écholocaliser grâce à leur sonar bioacoustique.
Au bout de quelques années, le jeune dauphin devient un champion de la nage, de la chasse, de la communication, de la socialisation et de l'orientation. Tout en jouant. Un exemple à suivre...
Note : 1) Michael Lrützen, Janet Mann, Michael R. Heithaus et al. « Cultural transmission of tool use in bottlenose dolphins », PNAS, juin 2005."
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Dans Les Génies des mers, Quand les animaux marins défient les sciences (Éditions Flammarion, Paris, 2023) Bill François attire notre attention sur les merveilles révélées par l'ichtyologie :
"A bien y regarder, les dauphins aussi ont une nage similaire à celle des thons, basée sur la portance. la seule différence est l'orientation de la nageoire. Le thon nage en battant de la queue de droite à gauche, et le dauphin le fait de haut en bas. mais, au niveau des forces en jeu, c'est exactement la même chose. D'un point de vue hydrodynamique, un dauphin est un thon qui nage sur le côté."
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Symbolisme général : voir l'article initial.
Symbolisme alchimique :
D'après Patrick Rivière, auteur de L'Alchimie, science et mystique (Éditions De Vecchi, nouvelle édition augmentée 2013),
"Il s'agit de l'obtention du "petit roi" également désigné, comme nous l'avons vu précédemment, par le basilic. C'est le "bouton de retour" extrait de la terre philosophale "sous les montées et les descentes des grandes marées du Mercure" des sublimations du Second Œuvre. Cette partie du Grand Œuvre est comparable en tout au Déluge de Noé. Fulcanelli en donne la description précise dans son chapitre des Demeures philosophales consacré à l'hermétique château de Dampierre-sur-Boutonne : "Soulevée de tous côtés, ballottée par les vents, l'arche flotte néanmoins sous la pluie diluvienne. Astérie s'apprête à former Délos, terre hospitalière et salvatrice des enfants de Latone. Le dauphin nage à la surface des flots impétueux, et cette agitation dure jusqu'à ce que le rémora, hôte invisible des eaux profondes, arrête enfin, comme une ancre puissante, le navire allant à la dérive. Le calme renaît alors, l'air se purifie, l'eau s'efface, les vapeurs se résorbent. une pellicule couvre toute la superficie et, s'épaississant, s'affermissant chaque jour, marque la fin du déluge, le stade d'atterrissage de l'arche, la naissance de Diane et d'Apollon, le triomphe de la terre sur l'eau, du sec sur l'humide, et l'époque du nouveau Phénix."
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Canalisation de Caroline Leroux concernant l'animal de 2022 :
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Symbolisme astrologique :
Le 7 avril 2021, Gabriel, créateur du site www.zooastro.com qui développe le concept d'Animal Astral, nous fait part de ses recherches :
« Plus précis que le Signe Astrologique et plus personnel que l'Animal Totem, l'Animal Astral reflète la personnalité de chacun. L'Animal Astral propose de reconnecter chacun avec la biodiversité, et de découvrir quels pouvoirs la Nature a développé dans le règne animal, source d'inspiration et de développement personnel pour nous les humains. Il existe 144 animaux astraux regroupés en 12 grandes familles. L'Animal Astral se découvre selon notre signe astrologique solaire, et se combine avec le signe lunaire pour une précision optimale.
Le Dauphin ou la Globalisation : Le Cétacé s’exprime dans des actions fusionnelles, englobantes, et fugitives, qui le rendent indifférent à toute forme de différenciation, d’opposition ou de conflit individuel. Il tend vers une réceptivité perpétuelle et infinie, dans une volonté de communion avec les grandes fluctuations naturelles. Il vit sous le règne absolu du sentiment et des émotions, éclipsant l’intellect et la raison séparative. Très demandeur de quitter ses repères et de dépasser ses frontières, le Cétacé recherche une forme de marginalité pour mieux imaginer un monde nouveau, un ailleurs magnifique dont personne ne sait, de son vivant, s’il s’agit d’une intuition ou d’une illusion.
Parmi les Cétacés, le Dauphin a un besoin vital d’amitié et de fraternité car il se perçoit comme le maillon d’une chaîne, différent et original certes, mais dont le but n’est pas de mettre en valeur son ego ou de s’affirmer individuellement. Il se nourrit de ce lien social qui lui est essentiel. Il est donc attiré par toutes formes de réseaux sociaux, par des projets et des idéaux permettant d’animer une communauté de pensée. Le Dauphin a aussi un goût pour les techniques et les technologies universellement utiles.
Les particularités du Dauphin : Le Dauphin place sa sensibilité fraternelle et sociable au service d’une volonté d’évasion. Il lui tient à cœur de débattre, de parler avec sa famille de pensée, mais paradoxalement il trouve trop étroit le cadre dans lequel ce dialogue social s’inscrit. Il cherche alors à élargir le champ du possible, d’exporter ses normes, ses lois, ses modes de pensées, dans le but « humaniste » que le monde entier en profite. Très fluide, le Dauphin est prêt à sacrifier une partie de son passé dans le but généreux d’élargir sa famille, son groupe, et d’y inclure des influences étrangères.
Dans l’ensemble tout de même, c’est lui qui prend la direction des opérations et qui place son groupe en situation d’expansion, voire, de colonisation. C’est la contradiction du Dauphin, d’accepter l’étranger et l’inconnu, mais surtout pour y imposer son groupe et ses règles. Lui, le voit plutôt comme un acte civilisateur : celui de repousser la barbarie. Une chose est sûre : Le Dauphin a soif de nouveauté, de révolution, de changement. Il cherche les grands voyages, et ce commerce avec l’étranger insuffle de nouvelles pensées, génère de nouveaux débats.
Les pouvoirs du Dauphin : Le Dauphin est un citoyen du monde. Avec optimisme, enthousiasme et certaine dose de naïveté, il considère le monde entier comme sa famille. Il n’a pas son pareil pour tisser un réseau social à dimension universelle.
Le natif du Dauphin aura tout intérêt à s’orienter vers une activité qui exalte son désir d’évasion sociale et d’ouverture sur le monde, alimenté par son besoin de débat et d’animation sociale. Il sera repéré par la société pour ses capacités à se faire le porte-voix, le promoteur de son mode de vie à l’étranger. Sa capacité à élargir l’horizon de ses références culturelles, ou à reconquérir les zones perdues de la civilisation, lui sera profitable dans toutes les carrières commerciales, militantes et sociales, et dans une moindre mesure les métiers artistiques. Quel que soit le domaine qu’il choisira, il cherchera à promouvoir l’ouverture sur le monde.
Ex : Mondrian, Bruce Willis » [Soleil Poissons ; Lune Verseau]
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Symbolisme celte :
Gérard Poitrenaud, auteur de "Serpents et dauphins : un double flux cernunien ?" (In : Cycle et Métamorphoses du dieu cerf (Toulouse : Lucterios, 2014) =>
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Symbolisme onirique :
Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),
"Les manuels de sciences naturelles peuvent bien ranger le dauphin dans la famille des mammifères, l'inconscient ne tient aucun compte de cette classification. Le dauphin du rêve est, pour tous, un poisson. Un poisson, il est vrai, aux résonances tout à fait particulières.
L'image du dauphin s'enveloppe d'une aura positive. La seule évocation de l'animal allège l'âme et le symbole fait penser à la prière chrétienne : dis seulement une parole et je serai sauvé ! Après tant de rêves dans lesquels le grand poisson ramène le patient à la lumière, on se sent porté à paraphraser : vois seulement un dauphin, et tu seras sauvé ! Car il est clair, à la lecture des nombreux scénarios où il évolue, que le dauphin accomplit toujours une fonction salvatrice. Dans les rêves comme dans les mythes, invariablement, le dauphin est guide, il est sauveur. Le Christ-Sauveur est aussi parfois représenté sous l'apparence du dauphin. Qui a vu les dauphins évoluer avec cette aisance puissante, se maintenant des heures durant à la proue d'un navire de haute mer, donnant l'impression d'ouvrir la route à celui-ci, ne se pose plus la question de savoir pourquoi, dès la plus lointaine Antiquité, le symbole s'est chargé du sens de guide.

Rares sont les symboles pour lesquels les associations d'images soient aussi constantes et le sens aussi net que ceux du dauphin. Pour autant, il n'est pas possible d'adhérer sans nuance à l'avis des auteurs qui voient dans ce dernier un symbole psychopompe. L'observation clinique oblige à considérer cette proposition avec circonspection dans la mesure où le dauphin du rêve semble investi d'une mission inverse ! Un animal psychopompe, comme le renard, conducteur des âmes vers les régions de la mort n'est jamais complètement exempt des vapeurs funèbres qui lui collent à la fourrure. Le dauphin et son aura de lumière jouent certes aussi un rôle de passeur, mais en sens contraire, c'est-à-dire qu'ils vont prendre le patient au seuil de l'autre monde pour le ramener à la vie. La fonction de passeur, de guide, est attestée par une association étroite avec les symboles les plus classiques de la dynamique de franchissement. On se rappelle que le mur qui s'interpose de la même manière et enfin l'expression de la transparence, sous la forme d'une vitre, d'une plaque de verre ou de plexiglas, sont les indices les plus indiscutables du rétablissement de la connexion conscient-inconscient.
Laurence commence un rêve par ces mots : « Je vois une voiture de cascadeur, qui fonce dans un mur... qui traverse le mur qui vole en éclats... c'est une voiture fonceuse, têtue, qui frappe avec son front... je saute de la voiture et j'atterris dans un coussin de plumes... maintenant, je nage dans la mer... un serpent me guide... en fait, il a pris la place du dauphin de mon dernier rêve... »
Jean, soixante-dix -sept ans, exprime la plus complète série de symboles liant le franchissement du seuil et le dauphin : « … Je revois le mur de l'autre fois... je sais que de l'autre côté c'est la fête... mais il n'y a pas de porte... j'ai l'impression d'être dans un cul-de-sac... dans une impasse... je sais qu'il se passera des choses quand j'aurai réussi à faire un trou dans ce mur ! Mais, pour l'instant je n'ai aucun outil pour le faire... je ne sais pas comment faire... eh bien ! Je vais faire comme l'ange Heurtebise de Marcel Aymé... je vais passer à travers le miroir... c'est ce que je fais et j'arrive dans... la mer !... […] Je ne pensais pas avoir autant de mal à aller vers les images... je suis vieux maintenant, ma puissance créatrice est épuisée !... Tout à coup... c'est un tourbillon, un maelström qui m'entraîne au fond de la mer... et là, je retrouve le calme... il y a un dauphin qui dit « monte-moi sur le dos et je t'emmène quelque part ». Alors je me cramponne aux ailerons et je tiens... pour aller plus vite, je me couche sur le dos du dauphin... je m'identifie au dauphin... je suis le dauphin... c'est très agréable... on nage pour nager... c'est pour moi une philosophie nouvelle... confiante... donner libre cours à la nature... faire confiance... »
Ce rêve devait avoir un effet décisif sur cet homme qui avait conservé de très hautes fonctions publiques et privées et qui n'avait jamais pu se défaire, selon sa propre expression "de ce chronomètre que j'avais dans le ventre". A partir de ce moment, et pour la première fois, il s'est autorisé à vivre ce qu'il souhaitait et non plus exclusivement ce qu'il croyait devoir s'imposer.

Ici, le dauphin, comme le renard, réhabilite le naturel, incite à faire confiance aux impulsons instinctuelles, mais la différence essentielle entre les deux symboles est probablement que le patient qui rêve du renard se méfie encore de son naturel alors que celui que guide le dauphin n'a plus besoin d'être convaincu de l'apport bénéfique de ce naturel.
Les symboles liés à l'univers marin représentent le tiers des corrélations observées : la mer, les algues, la plage sont naturellement très présentes autour du dauphin. Mais aussi la grotte sous-marine. C'est d'ailleurs souvent dans la grotte sous-marine où il a été entraîné par lui que le patient trouve des images de transparence : murs tapissés de glaces, miroir d'Alice, table et porte de verre, etc. La grotte sous-marine, comme la grotte souterraine, est une représentation de l'utérus. La grotte est toujours quelque peu le lieu d'une renaissance psychologique. C'est l'occasion de rappeler l'observation faite par C. G. Jung : le terme grec signifiant dauphin delphis, est très proche du mot delphus, utérus.
Deux couples de valeurs antinomiques sont constamment présents dans les scénarios où nage le dauphin. Ce sont, d'une part, la plongée dans la profondeur alternant avec le vol dans l'air et, d'autre part, l'évocation des sensations alternées du froid et de la chaleur. Devant ces images qui conduisent le rêveur dans la profondeur, on est amené à s'interroger sur l'influence du film Le Grand Bleu que beaucoup de patients ont pu voir. Cette influence ne peut être qu'accessoire puisque les deux tiers des rêves sur lesquels s'appuie l'étude ont été produits antérieurement à la sortie du film de Luc Besson. Il est plus pertinent de rendre compte de l'immense succès de cette œuvre par le fait que l'intuition de son auteur l'a dirigé vers un thème dont la résonance inconsciente est universelle. La fin du film préserve la puissance mystérieuse du symbole puisque le spectateur ne peut savoir si le dauphin entraîne le plongeur vers les abysses ou s'il le ramène vers la vie. La profondeur évoquée avec insistance dan les rêves où nage le symbole n'est pas seulement marine. C'est aussi, souvent, dans la terre que souhaite s'enfoncer le patient. Les commentaires qui accompagnent ces images ne laissent aucun doute sur l'intention du rêveur de frôler les régions de la mort. Tout se présente comme si le dauphin permettait à la psychologie qu'il anime d'échapper à la mortelle attraction exercée par un seuil fatal et lui conférait un nouvel élan vers la vie, vers la lumière, alors même qu'il était tenté de franchir celui-là. La dialectique du froid et du chaud n'est rien d'autre, comme nous le développons dans les articles concernant ces deux symboles, qu'une autre forme d'expression de cette confrontation des attirances de mort et des élans de vie. Comment se peut-il qu'un symbole aux connotations si positives soit expressif de cette étonnante ambivalence ? Une séquence du cinquième rêve de Reine, dans laquelle tous ces thèmes se trouvent réunis va montrer que le dauphin du rêve exprime peut-être l'empreinte indélébile du plus grave instant vécu par chacun : celui de sa sortie de la mère. Le scénario débute par l'évocation d'un personnage indéfini « qui ne voit pas, qui n'entend pas, comme s'il était en bois » :

« Maintenant, il a quitté la barque, il a plongé dans la mer... il y a des vagues... ça fait mal au cœur... il s'éloigne de plus en plus du bateau, comme s'il était tiré par un gros poisson, par un dauphin. Il est tiré par une corde autour de son cou... ça fait mal mais ça empêche de se noyer... arrive le soleil... une plage... il s'allonge sur le sable, il fait chaud. Le dauphin se met à côté de lui... lui fait des câlins... l'autre est complètement épuisé... il a du mal à se réveiller... le dauphin retourne à l'eau et cherche à le faire rire en faisant des cabrioles... ah ! Y a une énorme fourmi ou mouche, un insecte qui va dans le ciel et qui fait de l'ombre... alors maintenant il fait froid. Le dauphin s'en va... l'autre est toujours épuisé... il ne peut pas dire avec le corps ou les mots ce qui se passe en lui... il se nettoie et marche dans le sable... mais il devient tout noir... il s'enfonce dans la terre.... comme s'il s'enterrait quoi ! Y a de la terre partout...il s'enterre complètement, comme s'il était mort... mais pas quand même vraiment mort quoi ! Puis il remonte, comme un ressort. Il sort et repart dans la terre, plusieurs fois... comme s'il aimerait bien être dans un tombeau pour se reposer... un tombeau vertical, comme un bocal, comme un poisson... oh ! C'est un poisson, dressé sur sa queue, il est tout lumineux et redevient noir et tout le temps comme ça... [Reine pleure très fort]... il reste en l'air maintenant... comme si c'était possible de rester en l'air... j'ai envie de rester en l'air... voilà, c'est fini... »
Ce personnage-poisson auquel Reine s’identifie, évoque irrésistiblement, par ses sauts dans l'air et ses retombées, l'image du dauphin qui semble perpétuellement hésiter entre les vocations marine et aérienne. Quitter la mer ! Cette corde que tire le dauphin ressemble fort au cordon ombilical enroulé autour du cou du bébé hésitant à s'engager dans l'aventure vitale. Les autres rêves de Reine autorisent à présenter cette traduction comme certaine.
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Ces dauphins qui renvoient le patient à l'événement natal ne sont pas rares. Plusieurs ont été produits par des personnes qui ont obtenu, après le rêve, des informations précises sur les conditions de leur naissance. C'est ainsi qu'un médecin de trente-cinq ans, né inanimé, est conduit par une troupe de dauphins au seuil d'une grotte creusée dans un iceberg. Durant de longues minutes le patient revit le passage natal dans des conditions particulièrement ures : nu, il doit se glisser entre des parois de glace qui menacent de l'écraser. Cette séquence très édifiante est trop longue pour être rapportée mais elle contient tous les symboles susceptibles de confirmer le rôle du dauphin-sauveur qui ramène à la vie. Les dauphins réchauffent le patient sorti de l'iceberg en l'exposant au soleil.
Le dauphin du rêve embrasse en fait un vaste champ de représentations du rapport entre les mondes terrestre et spirituel. Il dit à la fois l'angoisse originelle de l'âtre propulsé dan le onde et l'interrogation métaphysique d'une psychologie troublée par l'insondable mystère de la vie et de la mort. Mais, il est, de tous les symboles exprimant cette suprême difficulté imposée à l'esprit humain, celui qui peut être considéré comme l'agent le plus sûr du rétablissement de la dynamique vitale."
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Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) nous propose la notice suivante :
"Ce grand chien des mers, comme nous le surnommons familièrement aujourd'hui, était plutôt perçu comme un cheval des mers dans l'Antiquité. C'est en Grèce, surtout, qu'il fut très présent, comme on s'en doute, car on peut dire que cette civilisation fit corps avec la Méditerranée, son berceau. C'est ainsi que, selon la légende mythique grecque, la ville de Delphes, fondée par Apollon, tient pourtant son nom de Delphes, le roi de Crète, fils de Melantho, qu'elle eut de son union avec Poséidon qui, pour la séduire, avait pris la forme d'un dauphin. Ainsi, Delphos, le dauphin, devint le roi de Delphes, la ville des dauphins. Une autre légende conte comment Arion, un musicien célèbre, traqué par des matelots et des esclaves qui en voulaient à sa vie, sauta du navire où il avait embarqué et fut secouru par des dauphins après qu'il eut invoqué Apollon, dont ils étaient les favoris.
Par ailleurs, d'autres légendes font apparaître Poséidon, le dieu de la mer, entouré de dauphins, transformé en dauphin lui-même ou... en cheval. C'est en effet à Poséidon que la mythologie grecque attribue la création du cheval.
Dès lors, lorsqu'un dauphin apparaît dans un rêve, c'est moins dans les symboles du chien qu'il faut chercher son interprétation, que dans ceux du cheval. Or, comme nous l'avons vu, cet animal est associé aux forces psychiques, instinctives et pulsionnelles inconscientes, destructrices, certes, mais aussi créatrices et régénératrices. En ce qui concerne le dauphin, cette association est encore plus flagrante, du fait même que l'élément naturel de ce mammifère marin est formé par les eaux originelles, les eaux mères, au plus profond desquelles il a la capacité de plonger pour remonter à la surface avec autant d'aisance et, ainsi, visiter, symboliquement bine sûr, les zones les plus obscures et les plus lumineuses. Les récits abondent qui révèlent comment un ou des dauphins ont sauvé de la noyade des naufragés. Symboliquement toujours, le fait de pouvoir être saucé par ce qui a le pouvoir d'aller au plus obscur de soi n'est pas sans intérêt. En effet, nous avons souvent tendance à croire qu'il vaut mieux ignorer inhiber, rejeter ou annihiler certaines zones de notre personnalité qui ne nous conviennent pas ou dont nous avons honte. Le dauphin présent dans un rêve révèle, quant à lui, qu'il ne faut jamais rien proscrire des composantes de notre personnalité, car qui sait si, un jour, l'une d'elles, que nous considérons peut-être à tort comme la plus vile ou la plus dangereuse, ne nous sauvera pas..."
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Oracles :
Gillian Kemp, dans le livret de son jeu de cartes intitulé Sirènes & Dauphins et autres créatures fantastiques du royaume de Poséidon (édition originale, 2007 ; traduction français Éditions Contre-Dires, 2008) distingue la signification de l'oracle en fonction des différentes espèces de dauphins :
"Le grand dauphin : Mot-clef = Protection.
Des nouvelles étonnantes vous offriront un départ tout frais. Vous n'avez rien à craindre dans une situation où vous perdez pied. Le grand dauphin se sent obligé d'aider un compagnon malheureux à rester à flot. L'idée est à portée de main, peut-être venant de votre mère ou d'amies. Pour connaître une nouvelle expérience vitale, vous êtes poussé vers la surface comme un dauphin nouveau-né, que sa mère et ses compagnes encouragent à émerger au-dessus des eaux afin de prendre sa première respiration. La forte structure sociale du groupe se fonde sur le lien étroit entre mère et enfant. Votre soutien et votre chance se trouvent également en cela.
Le dauphin bleu et blanc : Mot-clef = Bonheur.

Vous méritez l'aide que vous avez demandée du fond du cœur. Vous bondissez de joie à une offre excellente. Ce gracieux dauphin, qui aime nager à côté des hors-bords et sauter au-dessus de l'eau, vous annonce une surprise : un cours inédit, un nouvel emploi, un voyage dans des endroits chauds et ensoleillés en compagnie de centaines ou de milliers d'autres personnes. Le dauphin bleu et blanc vous conseille de ne pas rester à la traîne, comme un poisson qui se laisse dépasser par le banc et se prend dans les filets. Restez dans le courant de la vie et vous serez en sécurité avec votre famille.
Le dauphin commun : Mot-clef = Clairvoyance.
La chose que vous désirez attend au loin. Si vous vivez dignement, votre requête sera satisfaite. Selon les lois de l'univers, les pensées retournent l'amour ou la haine, cette dernière ne faisant pas partie de votre nature. Fiez-vous à votre intuition, qui est du bon sens, différent du jugement sain nécessaire dans la vie quotidienne. Le dauphin commun symbolise cette identité bon sens / intuition, le point où les cinq sens ordinaires - vue, ouïe, odorat, goût et toucher - s'accordent à dire que tout va bien. Suivez votre bon sens au siège de votre âme, où il juge et décide de l'action proposée par vos cinq sens.
Le dauphin tacheté : Mot-clef = Bonheur.
Le dauphin tacheté qui vit dans les hautes mers prédit des vacances où vous êtes invité. Une personne spéciale vous donnera de bonnes nouvelles. Capable d'entendre les ondes sonores à haute fréquence, le dauphin tacheté annonce que vos pensées inexprimées influenceront télépathiquement une âme sœur. Les petites taches noires et blanches de son dos, qui imitent le reflet du soleil à la surface de la mer, et son ventre blanc, qui le camoufle d'en-dessous, disent que votre appel est entendu - bien que vous puissiez être dissimulé lorsque vous appelez, vous recevez la réponse souhaitée, conduisant à un bonheur partagé.
Le dauphin noir : Mot-clef = Reconnaissance
Le dauphin noir qui aime les eaux côtières annonce que vous rencontrez un nouveau groupe d'amis. Vous êtes encouragé à avancer en toute confiance, avec des idées originelles, novatrices,. Le dauphin noir représente l'étape initiale de germination de l'inconscient : intuition et inspiration mentale, la lumière éclatante du surnaturel. Le progrès et la réalisation afflueront s'ils sont soutenus par vos capacités et compétences : vous atteindrez la réussite et la découverte du respect de soi. La côte est claire. L'interférence est peu probable si la prudence, la sagesse et la constance, elles aussi symbolisée ici, naissent dan le mental et sont suivies.
Le dauphin crucigère : Mot-clef = Division.
Le dauphin crucigère dit que vous arrivez à temps pour une chose que vous désirez achever. Rappel de la mortalité, il exprime la nature transitoire du temps et de l'expérience. Symbolisant le "retour éternel", il suggère que rentrer chez soi de bonne heure tous les soirs persuadera les forces cosmiques de susciter des occasions bénéfiques. La germination d'une idée dans l'obscurité la fait se cristalliser à la lumière du jour. Les taches en forme de croix sur les flancs du dauphin intersectent deux zones blanches, signalant qu'il est sage de partager votre temps. Ce faisant, vous profiterez de l'extase intemporelle exprimée par l'ombre, symbolisant la lumière d'un jour nouveau."
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Mythologie :
Selon Hélène Vial autrice d'un article intitulé "Le rire dans le mythe ovidien de la métamorphose" (paru dans la revue Humoresques, CORHUM Humoresques, 2006) :
"Cette ambivalence de la métamorphose, mort et renaissance à soi-même, nous la retrouvons dans d’autres récits où le rictus n’est plus ni une hideuse déformation, ni un sinistre simulacre de rire, mais un rire véritable, explicitement associé à une explosion de joie. Pensons, par exemple, aux matelots tyrrhéniens transformés en dauphins, au livre III, pour avoir enlevé Bacchus :
Les matelots se sont jetés à la mer (Exsiluere), sous l’empire de la folie ou de la terreur ; le premier, Médon, est devenu tout noir et son dos, se soulevant, s’est plié en forme d’arc. Alors Lycabas se met à lui dire : « Par quel miracle es-tu ainsi transfiguré ? » (In quae miracula… / Verteris ?) Tandis qu’il parlait (loquenti), sa bouche s’élargit (lati rictus), son nez se courbe, sa peau durcie se couvre d’écailles. Libys voulait retourner les rames qui résistaient ; il a vu ses mains se contracter (resilire) et se rétrécir ; ce ne sont plus des mains ; on ne peut plus que les appeler des nageoires. Un autre cherchait à tendre les bras vers les câbles, où le lierre s’était enlacé ; il n’avait plus de bras ; son corps tronqué, qui se cambre, saute (desiluit) dans les flots ; il se termine par une queue en faucille, qui rappelle les cornes sinueuses de la demi-lune. Ils bondissent (Dant saltus) de tous côtés et font jaillir autour d’eux une abondante rosée ; ils émergent de nouveau, puis ils plongent encore sous la plaine liquide ; on dirait qu’ils se livrent à de fougueux ébats (ludunt) ; ils aspirent l’eau de la mer et la rejettent en soufflant de leurs larges narines. (1)
Le dynamisme du saut, première manifestation de la métamorphose (Exsiluere) réapparaît plusieurs fois dans le récit (resilire, desiluit, saltus), et l’ensemble du passage tire de ce jalonnement son principe, comme si l’écriture voulait imiter, dans sa construction acrobatique et fragmentaire, le mouvement joyeux et gracieux des dauphins. Le pivot narratif de la métamorphose est le moment où, alors même que l’un des hommes s’étonne de la transformation d’un autre (« In quae miracula… / Verteris ? »), sa propre bouche s’élargit en lati rictus. Or, il ne s’agit pas ici d’une grimace, mais, de toute évidence, d’un sourire ; c’est du moins ce que nous suggère la fin du texte, véritable scène de jeu culminant sur le verbe ludunt. Créés par Bacchus, recréés poétiquement et euphoriquement par Ovide, les dauphins forment un chœur joyeux dont on ne sait s’il célèbre davantage la divinité ou la poésie. Le rictus donne ici naissance à un rire qui est celui des dauphins, mais aussi de la divinité (2), du poète et, finalement, du lecteur.
Notes : 1) : Ovide, Métamorphoses, III, 670-686.
2) : Qui, chez Philostrate, rit d’avoir métamorphosé les pirates en dauphins (Imagines, I, 19)."
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Littérature :
Le Dauphin
Dauphins, vous jouez dans la mer, Mais le flot est toujours amer. Parfois, ma joie éclate-t-elle ? La vie est encore cruelle.
Guillaume Apollinaire, " Le Dauphin" in Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée, 1911.
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Dans Le Dernier Coyote (Edition originale, 1995 ; traduction française éditions du Seuil, 1999) Michael Connelly met sur la route de son inspecteur Harry Bosch non seulement un coyote inattendu mais aussi un dauphin surprenant :
"McKittrick abandonna la barre pour gagner l'arrière du bateau. Bosch vint se placer rapidement devant la barre. Il avisa la lanterne rouge suspendue au centre de la voûte d'un pont basculant, à moins d'un kilomètre de là, et manœuvra légèrement le gouvernail afin de placer le bateau dans l'alignement. En se retournant, il vit McKittrick sortir d'un compartiment encastré dans le pont un sac en plastique rempli de petits poissons morts.
- Voyons voir qui est là aujourd'hui, dit-il.
McKittrick s'approcha du bord de l'embarcation et se pencha, bien au-delà du plat-bord. Bosch le vit alors taper sur la coque avec la paume de la main, puis se relever et contempler la surface de l'eau pendant une dizaine de secondes avant de recommencer à taper.
- Qu'est-ce que vous faites ? lui demanda Bosch.
Juste au moment où il achevait sa question, un dauphin jaillit hors de l'eau vers l'arrière du bateau à bâbord, à moins de deux mètres de l'endroit où se trouvait McKittrick. Ce n'était en fait qu'une tache grise et luisante et, au début, Bosch ne fut pas certain d'avoir bien vu. Mais, très vite, le dauphin reparut à la surface, juste à côté du bateau, dressant son museau hors de l'eau et gazouillant. On aurait dit un ricanement. McKittrick laissa tomber deux des poissons dans sa gueule ouverte.
- Lui, c'est Sergent. Vous voyez ses cicatrices ?
Bosch jeta un rapide coup d’œil en direction du pont pour s'assurer qu'ils gardaient le bon cap, puis se dirigea vers l'arrière du bateau. Le dauphin était toujours là, McKittrick lui désigna un endroit sous la nageoire dorsale du dauphin. On apercevait trois bandes blanches, comme des galons, sur le dos gris et lisse de l'animal.
- Un jour, il s'est approché trop près d'un hélice et a été blessé. Les gens de Mote Marine l'ont soigné. Mais il a gardé ses galons de sergent.
Bosch acquiesça pendant que McKittrick continuait de nourrir le dauphin. Sans même lever la tête pour voir s'ils dérivaient, l'ex-flic lui dit :
- Vous feriez mieux de retourner à la barre."
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