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  • Anne

La Cardamome





Étymologie :

Étymol. et Hist. [Ca 1170 cardemome ([Chr. de Troyes], G. d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 1355)]; 1210-23 cardamome (Dolopathos, éd. Brunet et A. de Montaiglon, 98 ds T.-L.). Empr. au lat. cardamomum « id. » (Pline ds TLL s.v., 440, 72), lui-même empr. au gr. κ α ρ δ α μ ω μ ο ν « id. » ; v. aussi André Bot., pp. 71-72.


Vous pouvez lire également la définition du nom cardamome pour amorcer la réflexion symbolique.

Christine Poirel précise dans sa thèse intitulée La cardamome : de l’Inde à l’officine ; Sciences pharmaceutiques. 2017. (https://hal.univ-lorraine.fr/hal-01947060/document) :


Le mot cardamome vient du latin cardamomum, lui-même issu du grec kardamômon (ƙαρδάμоμоν). L'origine du mot grec fait l'objet de débats. Pour certains étymologistes, ce serait la juxtaposition de ƙάρδαμо (cresson) et αμоμоν (exquis ou amome). Pour d’autres, le nom pourrait provenir du terme arabe hahmama, lui-même dérivé d’une racine indienne. Pour Henri Leclerc, il est plus probable qu’il vienne de cordumeni, nom de la cardamome chez les Arabes


Autres noms : Elettaria cardamomum ; Amome ; Graine des anges : Graine du paradis ; Reine des épices.

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Botanique :


(A) Rhizome (B) Tige feuillée (1) Fleur (2) Fleur, coupe longitudinale (3) Étamines (3a) Pollen (4) Périanthe, coupe longitudinale (5) Ovaire, coupe longitudinale (6) Ovaire, coupe transversale (7/8/9) Différentes formes de capsules, taille normale (10) Capsule, coupe transversale (11/12/13) Graine, taille normale et agrandie (14) Graine, taille agrandie, coupe longitudinale (15) Graine, taille agrandie, coupe transversale.

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Bienfaits :


Selon Sylvie Verbois, auteure de La médecine indienne fondements et pratiques de l’Ayurvéda. (Éditions Eyrolles ; 2009).


« La cardamome apaise la sensibilité psychique et la sphère émotionnelle, vivifie la rate, stimule le cœur et l’esprit, clarifie la pensée. Tonifiante et défatigante, elle ravive la force vitale et l’intensifie. Elle réveille la sphère cérébrale et relance l’énergie de tous les organes. Elle ouvre le cœur, apporte de la clarté, éveille la joie ainsi que le sentiment d’amour, qu’elle renforce en apaisant les marées émotionnelles (…). Elle réchauffe le ventre, calme les nausées, élimine l’humidité et réchauffe tout en stimulant les zones proches du foie et des intestins. Elle réactive le feu digestif, accentue la force de l’âme et dissipe les tensions musculaires et cérébrales. Elle ramène la paix intérieure en dénouant les nouures mentales. »

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Symbolisme :


Pour moi, cette épice restera toujours associée au café découvert au Liban, quand j'y ai rencontré ma belle-famille, il y a 25 ans. Un café préparé "à la turque" mais toujours parfumé à la cardamome, épice que j'ai découverte à cette occasion...


Sur le site https://www.theperfumechronicles.com/ j'ai trouvé des remarques intéressantes concernant cette pratique :


Cette association des deux amertumes, du café et de la cardamome, n’a pourtant pas trouvé ses origines au Yémen mais en Éthiopie voisine. Là, sur les hauts plateaux, le café était aussi important que le thé l’est au Japon. Au cours d’un rituel fastidieux, incluant prières et fumigations, la maîtresse de maison ajoutait au café qu’elle torréfiait quelques graines de cardamome. C’est ce goût et cette tradition qui passeront la Mer Rouge et atterriront dans les cellules soufies. Mais alors qu’est-ce que ces mystiques trouvaient de si bon à cette alliance de la cardamome et du café ?

Disons d’emblée : le rituel en lui-même car il fallait se concentrer et donner la sève de soi-même pour obtenir un bon café à servir à ses invités. Trois à quatre heures d’un labeur demandant patience, précision – pour le servir à ses invités. Ce rituel était analogue à l’ascèse des soufis, à leur quête d’absolu, à leur essorage d’eux-mêmes pour être remplis de Dieu.

Nous pensons aussitôt à ces lignes dans l’Ayurvéda qui donnaient à la cardamome la propriété d’ouvrir l’esprit, de le recentrer et de l’aider à abandonner les soucis du monde. Propriétés que les soufis ont sans doute vécus dans leur chair.

Ce n’est donc pas étonnant que dans le monde Arabe, on l’offre avec le café lorsque l’on reçoit un invité : pour abandonner les soucis du monde et renouveler les amitiés ébréchées.

Oh quelle merveille que cette épice assumant sa vocation à l’insu des hommes ! Car voici que cette épice s’est immiscée dans toutes les cultures d’Orient, tantôt signe d’amour, tantôt signe d’hospitalité, tantôt signe de paix à la recherche de Dieu.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Originaire d'Asie, la cardamome ou "graine des anges", dont les graines ont un goût poivré, a une odeur si forte, qu'il suffisait, aux dires de Dioscoride, "qu'une femme enceinte la respirât pour tuer l'enfant pour tuer l'enfant qu'elle portait". Cette plante est un puissant aphrodisiaque : "Un vin chaud aromatisé à la cardamome pulvérisée réveillerait un mort, lequel, dit-on, irait tout droit voir les filles. En Grèce dans le même but, on en parfume les tartes ou les compotes".

La cardamome éveille ou renforce un sentiment amoureux chez autrui : il vous suffit de "priser les graines pulvérisées en concentrant votre pensée sur l'image de la personne aimée".

Au Moyen Âge, la cardamome était utilisée pour faciliter la digestion gastrique et venir à bout des vers intestinaux et des douleurs rénales ; ses propriétés diurétiques étaient également réputées. En Chine, la cardamome passe pour "la panacée contre toutes les affections intestinales".

Selon une tradition du Cambodge, en février, lorsque les premiers bourgeons de la plante paraissent, une cérémonie religieuse bouddhiste, qui n'est pas sans rappeler, pour certains, la procession catholique des Rogations, se déroule dans la montagne : "Là, devant un autel provisoire, sur lequel a été placée une statue de Bouddha en bois grossièrement sculpté, dès que le soleil paraît, les sorciers aspergent le sol d'alcool et de riz, ils allument des cierges et la musique se fait entendre. Après quoi, les officiants prient le "génie de la montagne" de protéger la cardamome".

Une variété de cardamome, la "maniguette" ou "méléguette de Guinée", qui pousse spontanément en Afrique occidentale (de Sierra Leone jusqu'au Congo) donne les "grains (graines) de paradis" qui sont très aromatiques et tiennent lieu de poivre en Afrique tropicale. Au Dahomey, la maniguette ou "graine de paradis" sert "dans la vonfection de philtres, d'offrandes aux fétiches, et en général, dans toutes les cérémonies fétichistes".

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Dans sa thèse intitulée La cardamome : de l’Inde à l’officine ; Sciences pharmaceutiques. 2017. (https://hal.univ-lorraine.fr/hal-01947060/document) Christine Poirel évoque les pouvoirs magiques mais aussi aphrodisiaques de la cardamome :


Durant l’Antiquité, les arômes avaient le pouvoir de mettre en contact le monde des humains avec l’au-delà. On pensait que les divinités pouvaient se manifester grâce aux parfums que les hommes mettaient sur les statues de leurs dieux. Les épices étaient alors utilisées à des fins religieuses et sacrées. On pensait en effet que la fumée des épices brûlées montait vers les divinités, comme un passeport pour un autre monde, un outil de communication avec le divin. La cardamome, avec son parfum puissant, entrait souvent dans la composition de ces encens magiques.

On note qu’au Moyen Âge, la cardamome était censée protéger des morsures de serpent et des piqûres de scorpions. Dotée d’un étrange pouvoir, sa poudre permettait de voir en songe le visage de l’être aimé. On l’appelait alors la “graine des anges”.

Pour Hameed Kawa, tabliste de Jaipur en Inde, si on croque une graine de cardamome après avoir mangé un régime de bananes, le régime se transforme en un verre d’eau. Dans ce pays, la cardamome est toujours utilisée pour communiquer avec les dieux et sert d’offrandes pendant les fêtes religieuses. Dans le temple hindou de Thanjove, des guirlandes de graines de cardamome sont déposées au pied des mûrtis ⃰. Les fiancés officialisent leur engagement par un don réciproque de bétel agrémenté de cardamome et de girofle.


La cardamome servait à préparer des philtres d’amour. Une légende raconte que Sémiramis, la reine des jardins suspendus de Babylone, offrait du vin à la cardamome à ses amants épuisés. De même, Cléopâtre en parfumait son palais lors des visites de son amant Marc Antoine.

Une tradition issue du Moyen Âge assure que de la cardamome mêlée à un vin chaud « conduit tout droit chez les filles ».

Au Maroc, l’absorption de la poudre des fruits constituerait un remède à l’impuissance sexuelle.

[...]

Du temps de l’Égypte ptolémaïque, Cléopâtre utilisait déjà la cardamome pour ses pouvoirs aphrodisiaques. Elle a d’ailleurs élaboré la première véritable eau de toilette, nommée “kyphi”, préparation aromatique contenant différentes substances, qui devint par la suite un encens sacré pour les Égyptiens.

Sa composition a été partiellement reconstituée à partir de papyrus et d’inscriptions découvertes dans les pyramides. On y retrouvait entre autres de la myrrhe, de la cardamome, du mastic, de la cannelle, de la rose de Damas, du genévrier, de l’oliban, et du bois de santal. Ces substances étaient broyées au mortier puis pétries avec du miel. La masse obtenue était séchée puis brûlée répandant ainsi un doux parfum. À son sujet, Plutarque a écrit : « Le kyphi a le pouvoir de conduire vers le sommeil, d’éclairer les rêves, d’apaiser les tensions de l’anxiété quotidienne en amenant calme et quiétude à tous ceux qui le respirent »

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Alexandre Helwani propose un joli hommage à la cardamome sur son site Les perfume chronicles, écrit le 14 novembre 2018 :


Bien avant les Romains, on la trouve citée dans les Védas – on la jetait alors dans les feux sacrificiels, en offrande aux dieux, en présence d’Agni. Cette pratique et cette présence de la cardamome lors de serments prêtés devant les dieux sont restées très ancrées dans la culture hindoue –et zoroastrienne accessoirement. En effet, les yajnas –les feux sacrificiels- sont toujours pratiqués lors de mariages et les Sindhis y jettent toujours des graines de cardamome. C’est là, devant les dieux, que les époux se promettent l’un à l’autre, la Reine des Épices scellant l’alliance devant les sphères célestes.

Car oui, la cardamome a toujours été symbole d’alliance. Depuis Zoroastre, elle occupe aussi une place symbolique dans les mariages perses, le futur époux offrant à sa fiancée des grains de cardamome enveloppée dans de la soie. Ce n’est donc pas étonnant si elle est aujourd’hui signe d’hospitalité chez les Arabes.

[…]

Malchasédech, Reine de la Paix car son parfum est à la fois signe et source de concorde entre ceux qui la boivent dans leur café. Son odeur m’évoque les rires de mes tantes, les blagues de ma grand-mère, la sévère paix de mon grand-père. Elle m’évoque les retrouvailles en famille et les embrassades sans fin. A moi comme à tous ceux de cette terre qui a depuis des millénaires été infusée de son parfum – de son pouvoir secret ; comme tous ceux de cette terre qui sommes les sujets de notre Reine.

Malchasédech, Reine de la Paix car elle est résume toutes les cultures qui l’ont connue : elle est hindoue, aryenne, arabe, éthiopienne. Elle est signe d’une union et d’une concorde entre les peuples, car aujourd’hui, tous se retrouvent autour d’un karak : le sheikh comme l’ouvrier boivent et aiment, attablés, leur thé à 1 dirham. L’immigré comme la jeunesse dorée ; l’expatrié comme le joaillier – autour de ce thé au parfum de cardamome, il n’y a plus de classes, il n’y a plus d’argent, il n’y a plus de temps. Soie blanche et bleu de travail se côtoient, se sourient, s’échangent blagues et bénédictions, l’espace d’un instant. L’espace d’un karak thé.

Malchasédech, Reine de la Paix car comme Melchisédech, elle n’a ni père, ni mère, ni nation. Elle n’appartient à aucune époque, à personne, à aucune nation. Il est ironique de remarquer qu’elle est toutefois commune à tous ces pays qui aujourd’hui se livrent bombes et guerres.

Cardamome, la Reine de la Paix. Pourrait-elle être la clef apportant à cette région, la paix ?

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