Blog

  • Anne

L'Hibiscus


Étymologie :

  • HIBISCUS, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1826 (Chateaubr., Natchez, p. 112). Lat. sc. hibiscus (Linné Syst. Veget. 1798, p. 517), du lat. de l'époque impériale hibiscum « guimauve », hibiscus à basse époque (v. André Bot.).


Lire également la définition du nom "hibiscus" pour amorcer la réflexion symbolique.




Utilisations traditionnelles :


Marie-Joseph Dubois, dans un article intitulé "Ethnobotanique de Maré, Iles Loyauté (Nouvelle Calédonie) (Fin) . (In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 18, n°9-10, Septembre-octobre 1971. pp. 310-371) rend compte de l'usage de plusieurs hibiscus :


Hibiscus abelmoschus L., Malvacée serait welihnitr d'après Däniker. Hibiscus à fleurs jaunes. Il n'est pas planté. Son introduction à Mare est antérieure à l'arrivée des Européens. — Ses feuilles rappellent la forme de celles de weli = Hibiscus manihot, d'où son nom.


Hibiscus diversifolius, Malvacée = wakediked(i) . Petite plante épineuse à fleurs jaunes, poussant dans le Hnahnerec.


Hibiscus manihot L., Malvacée = wel, weli, Lifou : wej = /we8/. Arbuste cultivé, planté pour ses feuilles qu'on mange en épinards, « chou canaque ». Deux variétés : weli gada (« blanc », c'est-à-dire à feuilles vertes), et weli dridr(i) (« noir », c'est-à-dire à feuilles violacées). Planté par bouture.


Hibiscus rosa sinensis L., Malvacée = co ri len, anga co ri len = « fleur (qui) vient sur le chemin ». Arbuste planté par bouture autour des cases ou sur le bord des sentiers (d'où son nom), pour perpétuer le souvenir du planteur. — Anga-co-ri-len = nom de femme serei Wakuarori. — La fleur est maintenant portée par les femmes dans les cheveux avec un sens d'expression amoureuse.


Hibiscus tiliaceus L., Malvacée = « bourao ». Les Maréens distinguent les variétés spontanées de celles plantées. 1) spontanée : eru, eru-re-cele e = eru de mer. Ce bourao forme la brousse impénétrable des falaises et des terrasses dominant la mer. Il a des feuilles plus petites que le suivant. Ses branches s'allongent et s'entremêlent comme des lianes. 2) plantées : A) eru-re-kurub(u) = « eru de l'intérieur ». Il a été importé et est planté par bouture. Deux sous-variétés : a) eru gada = eru « blanc », feuilles vertes sur une face, gris-vert sur l'autre, fleurs jaunes ou rouge orangé avec centre violet foncé. Les fleurs des deux couleurs peuvent coexister sur le même arbre, b) eru dridr(i) « noir », feuilles vert foncé sur une face, rouge violacé sur l'autre. L'écorce de l'eru cultivé fournit des fibres pour la fabrication d'excellentes cordes ne-wa-eru. Les noms propres suivants ont eru pour sémantème : Wa-eru (= « petit eru ») nom de femme chez les serei Waeru, Ta-eru (« sous-eru ») = nom de lieu, serei Ta-eru, serei Ta-wa-eru, serei Wa-eru — noms de clan. — eru est un symbole de douceur. B) ee, ye-ee, ye-e = bourao à écorce gris clair. Ses feuilles sont gris-vert clair sur une face et vert foncé sur l'autre. Ses fleurs sont jaunes à cœur rouge. On blesse l'écorce du jeune bois pour l'épaissir par ses cicatrisations. Quand les branches encore jeunes ont leur écorce épaissie, on coupe la branche, on la fait bouillir. L'écorce cuite est gluante et fade. Il faut recracher les nombreuses fibres. — ee fait les noms de lieu Ta-e (« sous les ee) et Ye-wa-e-dridr{i) (« tige-petit-bourao-noir » c'est-à-dire violet) lieu d'origine du clan des si Ta-e à Cerethi (d'après Alexandre Alan), le nom de clan des si-Tae (la chefferie actuelle de la Roche).

*

*




Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme du foulsapatte :


FOULSAPATTE - AMOUR HUMBLE ET MALHEUREUX.

Le Paria, dans la Chaumière indienne, offre à sa maitresse une de ces fleurs , qui, dans les Indes , servent à exprimer un amour humble et malheureux.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Foulesapatte - Amour humble et malheureux.

On ne sait trop quelle analogie peut exister entre cette plante et le sentiment qu’elle symbolise, mais les Indiens s’en servent dans leurs selams avec cette signification.

*

*

Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


KETMIE - NÉGLIGENCE.

Celui qui néglige ses biens est frère de celui qui les dissipe.

Proverbes : XVII, 19.

Les ketmies sont des plantes ou des arbrisseaux qui appartiennent par la forme et les configurations de leurs feuilles, à la famille des mauves ; on les cultive dans les jardins à raison de leurs belles et nombreuses fleurs qui se succèdent pendant plus de trois mois.

RÉFLEXION.

La négligence dans les petites choses, est toujours une espèce d'infidélité, qui est souvent punie par de grandes chûtes.

(Mme DE LA SABLIÈRE.)

 

Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Ketmie ou Hibiscus - Ornement.

Cet arbrisseau sert à parer nos jardins ; l'espèce appelée resplendissante est remarquable par l'éclat de ses larges fleurs rouges de la forme de celles de la mauve. Les insectes sont très friands de la liqueur sucrée que distillent les nectaires de ces plantes.


L'abeille inconstante voltige

De fleur en fleur, de tige en tige,

Admirant partout la beauté ;

Sans rien perdre, son aile effleure

Le cytise penché qui pleure

Et la fière ketmie au limbe velouté.

*

*

Dans son Nouveau Langage des fruits et des fleurs (Benardin-Béchet, Libraire-Éditeur, 1872) Mademoiselle Clémentine Vatteau poursuit la tradition du Sélam :


KETM!E : Ornement ; Parure.


L'abeille inconstante voltige

De fleur en fleur, de tige en tige

Admirant partout la beauté ;

Sans rien perdre, son aile effleure

Le Cytise penché qui pleure,

Ou Ketmie en sa majesté.

 

Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), l'Hibiscus (Hibiscus sabdariffa) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Pouvoirs : Désir sexuel ; Amour ; Divination.


Utilisation magique : Les fleurs de l'Hibiscus rouge brassées dans un thé fort donnent un breuvage réputé pour son pouvoir d'éveiller le désir sexuel. Précisément pour cette raison, cette boisson est interdite aux femmes, en Égypte.

Les boutons d'Hibiscus sont utilisés comme parfum à brûler dans les rituels d'amour. On en garnit aussi des sachets.

Dans beaucoup de pays tropicaux, ils sont tressés en guirlandes et portés pendant les cérémonies du mariage. Dans le Pacifique ouest, les sorciers Dobu prononcent leurs oracles devant un bol de bois rempli d'eau où flottent quelques fleurs d'Hibiscus.

*

*

Dans Le Livre des Fleurs (Librairie philosophique J. Vrin, 1989), Georges Ohsawa (Nyoiti Sakurazawa) tente d'initier les Occidentaux à cet art ancestral particulièrement subtil qu'est celui des fleurs.


Ainsi, il nous apprend qu'on prête aux fleurs "non seulement une beauté personnelle, mais des qualités, des mouvements d'humeur, un caractère complet, une âme, minuscule reflet de la grande âme de la nature. [...]

D'ailleurs celle-ci [campanula medium] est un modèle de discrétion à côté de l'hibiscus mutabilis qui semble toujours fier d'une victoire, et qui montre ses couleurs éclatantes d'un air glorieux.

C'est bien la fleur moderne qui plaît aux nouveaux riches. Elle est si vaine."

 

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


L'hibiscus, arbre tropical ou plante ornementale, est consacré à l'amour : un thé contenant des fleurs d'hibiscus rouges éveille le désir sexuel - "pour cette raison, cette boisson est interdite aux femmes, en Égypte" -, tandis que les boutons de la plante servent comme parfum à brûle dans les rituels d'amour ou sont portés dans des petits sachets. Dans de nombreux pays tropicaux, ces boutons "sont tressés en guirlandes et portés pendant les cérémonies du mariage". Les sorciers dobu du Pacifique ouest "prononcent leurs oracles devant un bol de bois rempli d'eau où flottent quelques fleurs d'hibiscus."

*

*

Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :

"Mot-clef : La Beauté éphémère.


Savez-vous ? : Importée de Chine au XVIe siècle, cette fleur eut beaucoup de mal à s'habituer à nos rudes climats. L’hibiscus est de nos jours l'emblème de la Malaisie et des îles HawaÏ.


Usages karkalé : Il existe un espèce d'hibiscus, le ou oseille de Guinée, comestible. Au Soudan et au Sénégal, les fleurs de cette plante font partie intégrante de la gastronomie locale sous forme de salade, ou encore ajoutées aux boissons. En Polynésie, elle est la fleur que l'on donne en offrande à l'océan pour faire revenir les gens qu'on aime. L’hibiscus est également un des thèmes favoris dont se servent les vahinées de l'île de Morea pour fabriquer les magnifiques patchworks polynésiens, appelés "faï faï".


Message : Ne laissez pas passer votre chance !"

*

*

Selon Michel Aufray, auteur d'un article intitulé « Note sur les messages de végétaux : quelques exemples océaniens », (Journal de la Société des Océanistes [En ligne], pp. 114-115 | Année 2002) :


La réalité langagière d’une culture ne concerne pas seulement la communication linguistique ; elle recouvre aussi les modes de communication non verbaux, ceux-ci pouvant utiliser divers supports : langage du corps, objets, marques, icônes et signes. Leur existence dans les sociétés océaniennes a souvent été signalée mais, généralement, ces systèmes d’information n’ont suscité qu’un simple intérêt documentaire. Ils mériteraient à notre avis d’être inventoriés et étudiés car ils participent aux échanges sociaux au sein d’une communauté.

Les messages de végétaux, en particulier, tiennent un rôle non négligeable. À la différence de la communication verbale, ils permettent de transmettre une information sans limitation de temps et d’espace. [...]


Les messages, annonces d’événements graves

La littérature orale mélanésienne fait parfois allusion à des plantes utilisées comme signes pour aviser d’une mauvaise nouvelle. [...]

Les plantes arrachées ou coupées sont généralement symboles de deuil ou de guerre (1). Ainsi, dans les chants anecom, la métaphore de la fleur d’hibiscus cassée est souvent employée pour évoquer la mort ou le conflit.


Note : 1) C’est pourquoi, naguère, il était inconvenant d’offrir des fleurs coupées à des Mélanésiens car elles évoquent la mort

*

*

Doreen Virtue et Robert Reeves proposent dans leur ouvrage intitulé Thérapie par les fleurs (Hay / House / Inc., 2013 ; Éditions Exergue, 2014) une approche résolument spirituelle de l'Hibiscus :

Nom botanique : Hibiscus spp.


Variété commune : Althéa (Hibiscus syriacus).

Propriétés énergétiques : Unifie ; rassemble ; instaure la paix et attire le bonheur.

Archanges correspondants : Raziel et Samuel.


Chakras correspondants : chakra racine ; chakra du cœur ; chakra coronal.


Propriétés curatives : Il n'est pas étonnant que les Hawaïens soient depuis longtemps associés à la fleur d'hibiscus. Celle-ci symbolise en effet le rassemblement, ce qui résume bien l'état d'esprit de ce peuple. L'hibiscus vous rappelle qu'être en compagnie d'autrui est beaucoup mieux que d'être seul. Même si un individu peut, à lui seul, apporter une contribution au monde, celle-ci est multipliée lorsque cet individu s'entoure de personnes ayant un état d'esprit similaire au sien. L'hibiscus rassemble les familles, mais son énergie va plus loin, nous rappelant que nous venons tous du même Créateur et de la même source.


Message de l'Hibiscus : « Permettez-moi de rassembler tout le monde. Laissez-moi vous transporter en un lieu parfait d'harmonie et de fraternité. Apprenez à vous connecter à cette énergie divine d'unité. Imaginez, l'espace d'un instant, que vous êtes parfaitement heureux et serein. Ensuite, imaginez que cet état puisse vous permettre de répandre la paix autour de vous et de resserrez les liens de votre famille, de rapprocher vos amis, vos collègues et même els personnes que vous croisez dans la rue. Vous possédez au fond de vous la capacité de vous guérir et de guérir ces personnes en suivant simplement votre chemin personnel de joie et de paix. Si vous êtes heureux , ceux qui vous entourent le sont aussi. Je vous encourage à prendre conscience de ce lien qui vous unit aux autres, et d'en tirer profit pour que la planète entière puisse bénéficier de votre énergie bienveillante. »

*

*




Mythologie :


Christian Coiffier, auteur de « L’hibiscus rosa‑sinensis », (In : Journal des anthropologues [En ligne], pp. 128-129 | 2012) s'intéresse à la symbolique de l'hibiscus dans la société de deux peuples de Papouasie :


Cet article a l’ambition de présenter comment des sociétés dualistes de la région du fleuve Sépik, les Iatmul et les Sawos perçoivent leur monde environnant en se basant sur de nombreuses analogies avec le monde végétal et particulièrement en utilisant parfois un langage métaphorique réservé aux seuls initiés. L’analyse de divers mythes locaux montrera comment l’association de la fleur de l’hibiscus rouge avec le sang menstruel lui donne une importance primordiale comme support visible de l’organisation sociale des sociétés du Sépik-est. La présentation des diverses utilisations de cette fleur dans des rituels nous permettra également de mieux comprendre la complémentarité des relations hommes-femmes dans cette région de la Mélanésie.

[...]

Selon un informateur iatmul du clan Ngragen-Nambak, le héros culturel créateur des arts et des techniques Moïemdimi ou Moïem, qui avait la réputation d’être très beau et désiré par les femmes, parce qu’il avait un très long nez, se serait transpercé le pénis avec une épine de rotin. Le sang qui s’en écoula serait à l’origine de la fleur d’hibiscus rouge. Il est très probable que l’étymologie du nom Moïem provienne du nom générique moï pour désigner une « fleur », comme la fleur par excellence, l’hibiscus maknamoï. Toutes les plantes à feuillages et à fleurs rouges sont censées être des décorations de la maison de Moïem (Coiffier, op. cit. : 1481) et Bateson précise (1932 : 406) que la relation de ces plantes décoratives avec Moïem se situe au niveau de la magie amoureuse et de l’attraction sexuelle.

Les voyageurs étrangers de passage ne s’étonnent ni de trouver des buissons d’hibiscus dans les villages, ni de voir de nombreux objets rituels « décorés » avec les fleurs de ces arbustes. Cela leur paraît tout naturel puisque cette plante est très commune en Nouvelle-Guinée et dans toute l’Océanie où elle est le plus souvent plantée pour la beauté de ses fleurs. Cependant, pour la majorité des habitants de la province du Sépik-Est, et plus particulièrement pour ceux de langue ndu, la fleur d’hibiscus est beaucoup plus qu’une simple fleur décorative. Chez les Iatmul et les Sawos, ainsi que chez leurs proches voisins, l’hibiscus est une plante emblématique de première importance qui appartient à des clans spécifiques. Les fleurs de couleurs rouge ou blanche se trouvent être des représentations de la division dualiste du cosmos et des enjeux sociaux qu’elle implique.


L’Hibiscus rosa-sinensis et la division dualiste du monde chez les Iatmul de Nouvelle-Guinée.

Chez les Iatmul de la vallée du Sépik l’Hibiscus rosa-sinensis porte généralement le nom de makna moï (litt. makna, front et moï, fleur), mais dans cette société, toutes choses peuvent bénéficier de plusieurs dizaines de noms. Le clan iatmul lui donne par exemple le nom de wanmoï (litt. wan, oreille et moï, fleur) parce qu’ils placent ces fleurs rouges pour décorer les oreilles des masques représentant l’un de leur animal totémique primordial, le casoar. Ce gros oiseau au plumage noir et au jabot rouge a la réputation d’être très agressif. Dans la mythologie locale, c’est lui qui aurait semé les premières graines des arbres dans la brousse, alors que le canard sauvage au plumage noir et blanc serait à l’origine de la diffusion des plantes croissant sur les bords du fleuve. Selon Kawameli Ngawi appartenant au clan iatmul du village de Kanganaman, chaque famille donne des noms différents à cette fleur, certains l’appellent angwamoï, (litt. angwa, racine, moï, fleur), d’autres ngumoï (litt. ngu, eau, moï, fleur), ou midjamoï (litt. midja, fouëne, moï, fleur). La forme du pistil avec ses étamines évoque effectivement une fouëne, sorte de harpon à plusieurs dents pour pêcher le poisson (Coiffier, op. cit. : 706).

her le poisson (Coiffier, op. cit. : 706). Selon Moses Kandungu du clan suaru du village de Nangosap (Coiffier, ibid. : 707-708), il n’y avait à l’origine qu’une seule communauté qui se revendiquait de l’hibiscus. Mais celle-ci se divisa en deux branches, celle des hibiscus blancs, les nyawinemba (litt. gens du soleil) et celle des hibiscus rouges, les nyamenemba (litt. gens de la mère). La branche nyawinemba se dirigea vers le fleuve en portant avec elle, une noix d’arec avec une fleur d’hibiscus blanche en haut de son bâton à chaux, alors que la branche nyamenemba se dirigea vers la brousse en emportant avec elle la noix d’arec sauvage, avec une fleur d’hibiscus rouge en bas de son bâton à chaux. Cette bipartition se retrouva ensuite lorsque ces deux branches s’établirent dans une grande maison cérémonielle nommée Mindjimbit, les hibiscus blancs s’installèrent dans la partie avant ndamangeko (litt. ndama, face et ngeko, maison des hommes) alors que les hibiscus rouges s’installèrent dans la partie arrière ngumbungeko (litt. ngumbu, nuque et ngeko, maison des hommes). Ce mythe est extrêmement intéressant puisqu’il justifie la division longitudinale des grandes maisons cérémonielles, situées parallèlement à la voie d’eau, en un côté brousse et, à l’opposé, un côté fleuve. Les occupants se répartirent donc en fonction de leurs origines claniques selon une division axonométrique de l’espace, droite et gauche, avant et arrière, le poteau central représentant la limite médiane entre ces deux paires de moitiés (Lévi-Strauss, 1958 : 179 ; Coiffier, 2010a : 217).

Les informations de Moses Kandungu représentent ainsi une justification de la division idéale en deux moitiés endogames des communautés villageoises et de la division bipartite de toutes les grandes maisons cérémonielles des hommes de la région du Moyen Sépik. La division en deux branches partant dans deux directions opposées, le fleuve et la brousse, justifie que le groupe nyawinemba se considère comme des gens de la région du fleuve associés aux plantes cultivées, alors que le groupe nyamenemba se reconnaît comme des gens de la brousse associés aux plantes sauvages. Chacun des éléments du cosmos (astre, étoile, montagne, rivière, vent, feu, animal, plante, minéral…) se trouve revendiqué par l’une ou l’autre de ces moitiés, nyawinemba et nyamenemba. Cette répartition des éléments du cosmos est elle-même subdivisée en couples de clans patrilinéaires qui prétendent chacun descendre de paires de frères aînés et cadets. Chacun de ces clans se trouve lui-même divisé en couples de sous-clans qui possèdent en propre divers éléments (Bateson, 1932 : 257, 1971 : 249). Les dénominations ndama (face) et ngumbu (nuque) indiquent bien que l’édifice est perçu comme une tête humaine sur laquelle la fleur d’hibiscus a sa place. Elle était d’ailleurs représentée, sous forme d’un motif arrondi divisé en cinq sections, sur le front des énormes faces constituant les pignons des anciennes maisons familiales du village de Tambanum. L’ensemble de la communauté des hommes dans un village était autrefois divisé en cinq classes d’âge correspondant aux cinq pétales de la fleur d’hibiscus. Cette organisation existait encore dans le village de Palimbei dans les années 1970-80 (Stanek, 1983 ; Weiss, 1981). Mais la réalité de l’organisation villageoise actuelle est souvent bien différente et plus complexe car l’équilibre entre ces deux moitiés s’est rompu avec les changements apportés par la christianisation.

[...]

La fleur d’Hibiscus rosa-sinensis associée au sexe féminin

Selon Kengenwan du clan iatmul du village de Palimbeï (Coiffier, 2004 : 709-710), les fleurs d’hibiscus sont des femmes dont il existe deux sortes, les rouges et les blanches. Les rouges appartiennent au clan iatmul et les blanches aux clans smal et mbowi. Ces femmes sont des sorcières, kukulagwa, dont les yeux, la bouche et tout le corps sont rouges. Ce qui correspond bien à leurs représentations à la base des mâts des pignons des maisons cérémonielles des villages (cf. supra). Elles tuent les hommes pour les dévorer et elles sont très voraces. Ce sont des femmes cannibales qui se réunissent pour tuer les êtres humains et elles en tuent beaucoup. Les femmes hibiscus rouges qui sont les plus dangereuses, n’ont que peu d’enfants, alors que les blanches, qui sont moins voraces, ont de très nombreux enfants. Kengenwan précise que les femmes hibiscus rouges rôdent dans la région de Mindjimbit, alors que les femmes hibiscus blanches se trouvent vers Kaminimbit. La relation femme/tueur/hibiscus se retrouve dans l’île de Malaita aux îles Salomon. Dans un mythe Fataleka, une femme s’accouple avec un hibiscus et de cet arbre naît un être humain ancêtre des lignées du ramo désignant les tueurs (Guidieri, 1980 : 270).

Selon Kumut Kavun, homme médecine parfois un peu sorcier, du clan suarande du village de Yentchen (Coiffier, ibid. : 710-711), la fleur d’hibiscus représente le vagin d’une femme durant sa période menstruelle. La fleur d’hibiscus rouge représente un vagin d’une femme bien portante qui a accouché de nombreux et beaux enfants, alors que la fleur blanche représente au contraire un vagin malsain d’où s’écoulent des liquides blanchâtres. Les enfants provenant de ce vagin ne peuvent être que malades ou malformés. Ainsi un homme qui porte une fleur d’hibiscus blanche dans sa chevelure est un homme marié à une femme veuve et il est interdit à quiconque de porter ce type de fleur en d’autre occasion. Les femmes n’ont pas le droit de porter ces fleurs, rouge ou blanche, sous peine d’amende car c’est une prérogative masculine. Selon Kumut, les écoulements blancs ne peuvent être que malsains contrairement aux écoulements rougeâtres associés au sang. Si nous nous référons au code des couleurs local, nous constatons que le blanc (couleur des os et du sperme) est associé avec l’ancestralité paternelle alors que le rouge (couleur du sang) l’est avec l’ancestralité maternelle (Coiffier, ibid. : 1183-1197). Quoi qu’il en soit toutes substances rougeâtres ou blanchâtres provenant du vagin d’une femme sont considérées comme dangereuses. Selon Kumut, l’homme médecine, les vagins des femmes associés aux hibiscus blancs sont malades car ils contiennent divers animaux piquants et éléments tranchants représentés, pour certains d’entre eux, sur le tabouret d’orateur (cf. infra) : les deux frères scorpions, la scolopendre, la moule, l’écorce du bambou8 , et les mauvais esprits Mambien et Mboïmbui (peut-être des chauves-souris ?). Kumut précise que ceux-ci sont les facteurs des maladies sexuelles (affections blennorragiques à gonocoques). Selon lui, les hibiscus rouges étaient plantés sur les monticules waak s’élevant devant les pignons des maisons cérémonielles parce que leurs fleurs étaient associées au sang menstruel des femmes.

Moses Kandungu propose une version proche de celle de Kengenwan mais totalement opposée à celle de Kumut Kavun comme quoi les femmes hibiscus rouges ndanganagwi (litt. ndangan, très sombre) ne peuvent avoir de nombreux enfants car elles les dévorent. Elles accouchent en général d’enfants mort-nés guierkaminangue, terme métaphorique qui désigne également le poisson défraîchi. Alors que les femmes hibiscus blancs ndemanagwi procréent de nombreux enfants en pleine santé ywutkaminangue, terme désignant le poisson frais. Dans cette version de Moses Kangundu, les noms des hibiscus rouges et blancs sont inversés. Moses Kandungu précise que cette division hibiscus blanc et hibiscus rouge est en relation avec la division entre guiermbisumbuk, la lumière et membesumbuk, la nuit. Kawameli Ngawi du village de Kanganaman (Coiffier, ibid. : 710) confirme le fait que ces deux variétés d’hibiscus blanches et rouges sont des femmes dangereuses et il précise que le palmier borassus tepmayaman serait un enfant de l’hibiscus blanc ndemanagwi, alors que le palmier sagoutier nau serait un enfant de l’hibiscus rouge ndanganagwi. Ces différentes interprétations des mythes par Moses Kandungu, Kumut Kavun, Kengenwan et Kawameli Ngawi sont fréquentes chez des informateurs provenant de clans différents. Elles sont très significatives et illustrent clairement la difficulté du travail ethnologique. Moses Kandungu appartient au clan suaru d’un village sawos de la brousse alors que Kumut Kavun du clan suarande, Kengenwan et Kawameli Ngawi du clan iatmul appartiennent à des villages iatmul des bords du fleuve. Dans cette région chaque clan est très pointilleux au sujet de sa propre interprétation de la mythologie locale.

Les peintures sur écorce à double lecture que l’on trouve dans certaines de ces maisons des hommes représentent fréquemment des visages anthropomorphes. Elles sont intéressantes en ce qui concerne notre sujet car le motif évoquant l’hibiscus frontal est amené à se transformer en bouche lorsque ces peintures sont renversées sens dessus-dessous, donc regardées à l’envers. En suivant la chaîne des analogies que nous avons déjà étudiée, la fleur d’hibiscus-vagin avec son pistil-clitoris se transforme en bouche rougie par le bétel avec la langue tirée et nous obtenons une image typique du vagina dentata. Cette façon de tirer la langue rougie de bétel, tout en roulant des yeux, fait partie de l’attitude typique qu’une femme doit présenter vis-à-vis de son fils ou de son neveu, lors de certains rituels destinés à les honorer et rentrant dans la catégorie des rituels naven (Bateson, 1971) au cours desquels sont utilisés nombre d’emblèmes végétaux.


Utilisation des fleurs d’Hibiscus rosa-sinensis dans la région du Sépik

L’utilisation des fleurs d’hibiscus lors des fêtes familiales ou communautaires est très courante en Océanie. Ces fleurs sont souvent présentées associées avec des feuilles de divers végétaux (cordyline, acalypha, croton, evodia…) et notamment elles sont souvent fixées sur des feuilles de palmier. Dans toute la région de langue ndu, et même au-delà, les fleurs d’hibiscus rouges sont généralement portées rituellement sur le front des hommes ce qui justifie son nom, maknamoï en langue iatmul. Ainsi, l’homme qui se trouve en tête du cortège qui déambule sur le chemin du village durant les cérémonies d’initiation présente au milieu de son front une fleur d’hibiscus rouge glissée sous son serre-tête (Coiffier, 1984 : 1367-1377). De même, cette fleur peut être fixée sur le front du crâne du mannequin représentant un défunt lors de ses secondes funérailles (Coiffier, ibid. : 1336). Des fleurs d’hibiscus rouges et blanches sont plantées alternativement sur le pourtour du visage anthropomorphe des tabourets d’orateurs situés au centre des maisons cérémonielles des villages durant les discussions importantes qui se déroulent autour. La présence de ces hibiscus de deux couleurs est donc bien la marque de la présence des ancêtres des deux moitiés et du caractère médiateur de ce tabouret d’orateur pour l’ensemble des clans représentés (Coiffier, 2010a : 194-202). Ce tabouret est une représentation du cosmos iatmul et sur son socle sont sculptées quatre figures de femmes dont deux sont nommées ndemanagwi (l’aînée) et ndanganagwi (la cadette), soit les noms de deux hibiscus blanc et rouge (cf. supra).

Les Iatmul et les Sawos plantent particulièrement les arbustes d’hibiscus sur les tertres qui entourent les maisons cérémonielles pour pouvoir disposer aisément de leurs fleurs en fonction de leurs besoins rituels. Parmi les arbustes croissant sur les monticules waak qui se trouvent devant chacun des pignons de ces édifices l’Hibiscus rosa-sinensis est l’un des plus courants (Coiffier, 1994 : 1447-1452). Ses fleurs rouges ou blanches représentaient jadis une protection magique contre des intrusions étrangères dans les maisons cérémonielles. Les sorcières kukulagwa, aux yeux et à la bouche rouges (cf. supra) étaient prêtes à dévorer tout ennemi s’approchant impunément du lieu. C’est sur ces waak qu’étaient exécutés, jadis, les vaincus avant que leur tête n’y soit tranchée et déposée, avant d’être présentée sur le fronton d’une maison des hommes. Ainsi le sang des victimes était mis en relation avec le sang menstruel des femmes de la communauté par l’intermédiaire des hibiscus. Leur corps était enterré sous ces waak comme sacrifice propitiatoire pour assurer la fertilité de toute la communauté. Les waak étaient ainsi perçus comme les placentas des maisons des hommes anthropomorphisées.

Les fleurs d’hibiscus sont également placées sur certains masques lors de leurs prestations sur les places cérémonielles des villages. Ainsi, durant la sortie inaugurale publique du masque casoar10 dans le village de Kanganaman, en 1988, sa tête et celle d’une femme portaient des fleurs d’hibiscus rouges sur ses oreilles (Coiffier, ibid. : 1345). Il s’agissait, en fait d’une exception dans la mesure où ces fleurs sont les emblèmes végétaux tant de l’ancêtre casoar (amia) que du clan propriétaire, les Iatmul. Dans ce cas, la présence de fleurs d’hibiscus rouge sur le masque-ancêtre et sur la tête de sa descendante avait un sens particulier. Cette femme nommée Amialagwa (litt. casoar/femme), appartenait au clan iatmul, et était considérée comme la mère du masque, elle pouvait donc seule rompre le tabou de l’interdiction du port de cette fleur pour une femme en se comportant comme un homme. Elle déambula devant le masque en portant un bâton de combat, marque de son ancêtre ndemanagwi (Coiffier, ibid. : 1348).

Chez les peuples abelam des monts du Prince Alexandre, comme chez leurs voisins arapesh (Mead, 1971 : 509-511), l’hibiscus rouge mavoï ou maowe revêt également une grande importance particulièrement lors de la plantation des ignames. Selon les informations transmises par Michael Wamaneale du village de Kimbangwa (Coiffier, 1994 : 712-713), lorsque les hommes plantent les ignames, ils retirent tous leurs effets et restent nus. Ils ne portent que des fleurs d’hibiscus pour planter ces tubercules. Ils se doivent d’abandonner toutes autres décorations, sinon les ignames se brisent et pourrissent. Durant leur travail de plantation, ils crient les noms de leurs ancêtres défunts alors que résonnent dans le village les battements des grands tambours à fente. Cette tradition a pour objectif de favoriser la croissance des ignames pour obtenir de gros et très longs tubercules. Les jardins d’ignames sont interdits aux femmes pour éviter tout contact avec leur sang menstruel dont les Abelam ont encore plus horreur que les Iatmul. Les femmes doivent ainsi s’isoler dans de petits édifices spéciaux construits en contrebas des villages durant leurs périodes menstruelles. Les grandes ignames sont présentées, décorées de fleurs d’hibiscus rouge associés à des fruits oranges de Rejoua aurantiaca et à des plumules blanches de poulet (Coupaye, 2009 : 210), lors de grandes fêtes réunissant les hommes de différents villages. Les plus gros sont suspendus à des perches de bambous pour que leurs formes et leur grandeur puissent être comparées et appréciées par l’ensemble des communautés présentes à ces fêtes, ce qui permet à leurs producteurs de rivaliser avec leurs partenaires pour essayer d’acquérir plus de prestige. Ces discussions autour des ignames rappellent celles des Iatmul autour de leurs tabourets d’orateur, teket. Curieusement ce même mot teket est utilisé par les Abelam pour désigner les grands linteaux sculptés de têtes d’ancêtres qui ornent les pignons des maisons des hommes. Ces linteaux sont également parfois appelés maïra, terme très important pour les Abelam car il est associé à l’initiation et au monde des esprits (cf. infra). Les petites barrières destinées à supporter la terre des billons qui recouvrent les tubercules d’ignames dans leurs jardins portent également le nom de teket (Coupaye, op. cit. : 210-225).

Chez les Yangoru, voisins des Abelam, il est interdit de porter des fleurs d’hibiscus (maowe) dans ses cheveux, excepté pour la plantation des ignames et pour les cérémonies afférentes à la récolte. Le port de ces fleurs est cependant actuellement toléré pour les fêtes de Noël et pour celles de l’indépendance de la Papouasie Nouvelle-Guinée au mois de septembre (Coiffier, 1994 : 710). Durant les fêtes des ignames, chez les Yangoru, les porcs échangés sont décorés de fleurs d’hibiscus rouges qui symbolisent la vulve de la femme. Roscoe (1989 : 224) confirme que dans cette représentation, les pétales sont les lèvres et le pistil, le clitoris. Dans la région voisine de Kaugia, lors des initiations des jeunes garçons, la face du novice ainsi que son pénis étaient frottés avec des orties. Lors de l’incision, le sang qui s’écoulait du pénis était collecté dans une feuille de taro sauvage et jeté dans une rivière. Le pénis était ensuite enveloppé dans une fleur d’hibiscus et dans une feuille de taro sauvage (Aufenanger, 1972 : 371).

Chez les Manambu, l’Hibiscus rosa-sinensis se dit maïlamoï ou maïramawei, ce qui signifie littéralement, en iatmul, langue voisine, « la fleur du chaman ». Cette étymologie ne paraît pas étonnante pour une fleur qui est associée selon sa couleur, à l’une ou l’autre des moitiés de la communauté représentant également la division primordiale du monde. Les chamans assurent, en effet, la relation entre les humains et les esprits ancestraux wagan représentant cette division. Les fleurs d’hibiscus rouge portées au-dessus de chaque oreille faisaient partie des ornements des guerriers manambu, lors des combats (Newton, 1987 : 258-259), et on sait que les chamans de l’archipel de Mentaway en Indonésie portent, lorsqu’ils officient, quatre fleurs d’hibiscus rouges sur leur tête (Schefold, 1979-80 ; Lelièvre, 1992). Dans les îles Banks et Torres, au Vanuatu, chacune des sociétés secrètes tamate possède en propre une variété d’hibiscus rouges comme emblème. L’utilisation et le port à un mauvais emplacement de cet emblème par d’autres entraînent pour le transgresseur le paiement d’une lourde amende (Codrington, 1972 : 75-76). De même, dans l’île de Vao, les feuilles ou les fleurs d’Hibiscus rosa-sinensis rouges étaient associées aux ignames et représentaient un élément emblématique dans le système des grades (Layard, 1942 : 179, 194, 401, 518 et 540).

Dans la région de Turubu, près de Wewak, le jus de la fleur d’hibiscus mélangé à celui de la suie était utilisé pour colorer les tatouages. Cette pratique était assez répandue dans toute la région (Aufenanger, op. cit. : 35). L’Hibiscus rosa-sinensis est connu en Océanie pour ses propriétés spasmolytiques et calmantes ; c’est ainsi que, dans la pharmacopée de la Nouvelle Bretagne, ses fleurs ont la réputation de réguler les menstruations, feuilles et racines soignent fièvres et tuméfactions, les fleurs blanches seraient efficaces pour les infections de la bouche (Holdsworth, 1977 : 79). Au Vanuatu, dans l’île d’Espiritu Santo, toutes les parties de l’Hibiscus rosa-sinensis (feuilles, écorce, fleurs) sont également utilisées pour traiter les problèmes menstruels, pour faciliter l’expulsion du placenta et pour traiter les hémorragies utérines (Bourdy & Walter, 1994 : 16 & 24). Ses feuilles sont reconnues avoir des effets contraceptifs dans l’île de Tanna (Bourdy & Walter, ibid. : 29). En Polynésie française, ce sont l’écorce et les racines qui ont la réputation d’avoir des propriétés abortives, quant aux fleurs, elles sont un remède pour les règles douloureuses (Pétard, 1986 : 213). Dans la médecine tahitienne traditionnelle, les fleurs d’aute (Hibiscus rosa-sinensis) étaient utilisées mélangées avec d’autres plantes pour le traitement des affections gonococcique avec écoulements sanglants (Grepin & Grepin, 1984 : 33). Tous les hibiscus renferment dans leurs fleurs, feuilles et racines des mucilages12 qui ont des propriétés émollientes et adoucissantes. Les fleurs de l’Hibiscus rosa-sinensis sont colorées en rouge par des anthocyanosides. Ces anthocyanosides sont des colorants naturels de certaines fleurs et fruits qui ont une action thérapeutique dans le domaine vasculaire. Ces différents exemples montrent à l’évidence que ce n’est pas seulement la relation analogique de la couleur de l’hibiscus avec le sang qui a conduit les peuples océaniens à accorder une grande importance à cette fleur.


Conclusion : La dualité fleur d’hibiscus rouge et fleur d’hibiscus blanche est une façon originale que les Iatmul et les Sawos ont trouvée pour présenter l’organisation binaire de leurs sociétés qui se trouvent principalement explicitées par le mythe d’origine du rotin. Les représentations analogiques associées à ces deux hibiscus (cf. liste en annexe) viennent confirmer la perception physiologique de l’univers par ces peuples. La liane de rotin, analogie du cordon ombilical, et la fleur d’hibiscus rouge, analogie du sang maternel, sont des éléments qui les relient viscéralement à leurs ancêtres et à leur territoire.

Les représentations et les utilisations de l’Hibiscus rosa−sinensis que nous venons de présenter montrent à l’évidence que leurs fleurs, particulièrement les rouges, sont en relation avec le sang, la sexualité et avec la fertilité féminine. Depuis des siècles, la perception d’une analogie de la fleur d’Hisbiscus rosa-sinensis avec le sexe de la femme semble avoir été de paire avec des constatations d’effets thérapeutiques positifs sur les flux sanguins du corps humain après consommation de certaines parties de cet arbuste. Les usages médicaux de cette plante sont maintenant dans leur majorité validés par les scientifiques. Mais les anciennes représentations concernant les végétaux sont actuellement en profonde transformation dans les communautés christianisées vivant en ville. Les villageois du Sépik ont, comme beaucoup d’autres en Océanie, vite compris l’intérêt de se parer de fleurs d’hibiscus rouges lors de leurs prestations devant les touristes. En effet, ces fleurs permettent aux photographes de réaliser de belles images aux couleurs très contrastées. Cependant certaines nouveautés viennent parfois confirmer des croyances du passé. Ainsi, un informateur nous montra un jour, avec émerveillement, une nouvelle variété d’hibiscus qu’il avait planté dans son jardin. Cet hibiscus (Hibiscus mutabilis), originaire de la Chine du sud, a la particularité d’avoir des fleurs dont les pétales changent de couleur au cours d’une même journée. Elles sont blanches dans la journée lorsque la corolle s’ouvre avec les premiers rayons du soleil et rose foncé le soir lorsqu’elles commencent à se faner. Cet homme nous expliqua que cette variété d’hibiscus conjuguait sur un même pied les qualités de l’hibiscus blanc associé au soleil à son zénith et celle de l’hibiscus rouge associé à la couleur du soleil couchant. Cela représentait pour lui une justification flagrante des mythes de son clan concernant les hibiscus.

La représentation de l’opposition d’une fleur blanche et rouge, associée avec le sang menstruel, était encore présente en Europe au XIXe siècle. L’héroïne du célèbre roman d’Alexandre Dumas fils, La dame aux camélias, portait habituellement une fleur blanche de camélias sur la poitrine, excepté les jours où elle était indisposée, lors de ses périodes menstruelles, la fleur de camélia était alors de couleur rouge.

*

*




Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque ainsi l'Hibiscus :

7 novembre

(La Bastide)


La fleur de l'hibiscus est un entonnoir des merveilles... Un double calice vert pâle et cinq pétales en vase rouge. Au centre du cratère, une hampe raide, carminée, avec un fourreau d'étamines roses et cinq stigmates pourpres, veloutés, luisants de sécrétions amoureuses...

C'est Sodome et Gomorrhe - une fleur impudique. Un étalage de sexes turgescents. l'image de la fornication... Revigorante pornographie, sous el soleil qui décline.

*

*

1 396 vues

Posts récents

Voir tout