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  • Anne

La Termite



Étymologie :

  • TERMITE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1797 plur. termites, sing. termite (Cuvier, Tabl. élém. de l'hist. nat. des animaux, p. 477 et p. 479) ; 1872 au fig. travail de termite (Littré). Empr. au lat. tardif termes, -itis, corresp. au lat. class. tarmes, -itis « termite, ver qui ronge le bois » et dont l'usage fréq. au plur. termites est à l'orig. de l'empl. des formes termites au plur. et termite au sing. en fr. comme en angl. (plur. termites en 1781, sing. termite en 1859 ds NED), à côté de la forme termès (C. Rigaud, Trad. Mémoire pour servir à l'hist. de quelques insectes connus sous les noms de termès ou fourmis blanches, de H. Smeathman, Paris, 1786, Ac. 1835, 1878).


Définition.




Zoologie :


Selon Matt Pagett, auteur de Le petit livre de merde (titre original What shat that ?, Quick Publishing, 2007 ; édition française Chiflet & Cie, 2008) :


"Les termites vivent en colonies très peuplées (jusqu'à plusieurs millions d'individus) et très organisée. Il n'en faut pas beaucoup plus pour causer des dégâts considérables aux bâtiments ou aux récoltes. Pourtant leurs merdes jouent un rôle primordial dans la survie de l'espèce car elles participent à la construction des termitières, et à leur nutrition.


Description : Comme il y a plusieurs espèces de termites, il y a aussi plusieurs types de crottes. Les merdes de xylophages (mangeurs de bois) sont petites, dures, hexagonales, et sèches (trois paires de glandes anales en extraient l'eau juste avant l'excrétion). Les termites souterrains, eux, produisent des excréments plus liquides. Leur couleur reflète ce que les insectes ont mangé.


Toujours les mêmes qui travaillent : Dans chaque colonie il y a plusieurs castes : les ouvriers, les soldats, les reproducteurs et la reine. Ce sont les ouvriers qui s'occupent de la merde : ils la mélangent avec de la terre, du bois mâché, et de la salive pour construire leurs nids - ou termitières - et leurs galeries souterraines. dans les régions urbaines, ils construisent des tunnels avec des excréments et du torchis pour se déplacer rapidement vers le bois dont ils vont se nourrir. On peut distinguer parfois ces petits tunnels sur les murs des maisons. Comme les escargots, les termites n'ont pas leur pareil pour cultiver les champignons dans les termitières, en utilisant leurs crottes en guise d'engrais. Ils ingèrent les champignons qui, résistant aux sucs digestifs, sont excrétés et germent facilement ; ils pourront ensuite dégrader certains éléments végétaux pour les rendre plus assimilables. Les merdes ayant aussi des propriétés antibiotiques, les termites enterrent leurs cadavres dans des chambres séparées, et les recouvrent de crottes pour empêcher les infections de se répandre dans la termitière.


Les masses laborieuses : La reine produit une sécrétion anale pour remercier les ouvriers qui la portent quand elle est enceinte alors qu'elle pèse jusqu'à cent fois son poids initial. Et les ouvriers distribuent ensuite leurs propres excréments pour nourrir les autres membres de la colonie."

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Symbolisme :


Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Bien que la vie des termites soit, en général, homologue de celle de leurs cousines les fourmis, divers éléments symboliques leur sont particuliers. D'abord la finalité de leur activité est considérée de façon différente : elle est symbole de destruction lente et clandestine, mais impitoyable ; ce qu'elle est effectivement dans la réalité, au moins du point de vue des hommes terre à terre.

Dans l'Inde, la terre de termitière est censée posséder un rôle protecteur, sans doute parce que l'activité souterraine des insectes les met en rapport avec les influences néfastes, issues de la terre.

Chez les Montagnards du Sud-Vietnam, la termitière est occasionnellement la résidence du génie supérieur Ndu, qui assure et protège les récoltes. Elle est donc un gage de richesse. Les rapports de la termitière avec la materia prima sont confirmés en Inde par la relation qu'on lui connaît avec les nâga, et c'est peut-être aussi pourquoi la pluie s'obtient au Cambodge en enfonçant un bâton dans une termitière.

La termitière revêt un sens symbolique et ésotérique extrêmement complexe et important dans la pensée cosmogonique et religieuse des Dogons et des Bambaras. Dans les mythes de la création du monde, elle représente tout d'abord le clitoris de la terre érigé contre le ciel et rendant imparfaite la première union ourano-tellurique. Ce clitoris est la polarité mâle de la femme qui doit, pour cette raison, être excisée. Il est aussi le symbole de l'unique, dressé et en quelque sorte s'opposant à la création, entièrement régie par le principe de la dualité, ou de la gémellité. Cette acception de la termitière, comme symbole de puissance solitaire et mystérieuse, fait que les rares grands initiés des sociétés Bambaras, qui ont atteint le lus haut degré de perfection spirituelle accessible à l'homme, sont appelés ceux de derrière la termitière."

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Littérature :


Dans son récit de voyage Le Poisson-Scorpion (Éditions Bertil Galland et Gallimard, 1982), Nicolas Bouvier nous livre une vision inquiétante des termites :


Ce grondement inquiet qui me parvenait à travers l'averse n'était pas dans ma tête. Il monte droit de sous mon balcon. Je n'ai pas encore de pinces mais je commence à avoir des antennes. Je sens dans mes os que la termitière dont les expéditions empruntent si souvent mes murs et mon plancher est en train de faire sauter le mauvais ciment de la cour et va mettre une forteresse plusieurs fois centenaires en péril pour lâcher son vol nuptial. Ici comme partout, les élans du cœur ne vont pas sans danger. La nuit est maintenant faite, la pluie a cessé, la terre est ameublie, on peut risquer l'opération. Les fourmis qui l'ont su avant moi préparent fébrilement une descente sur les brèches qui viennent d'être ouvertes. Elles ne sont pas seules ; dans un périmètre qui dépasse bien l'auberge, mâchoires, museaux, dards, moustaches, mandibules vibrent ou claquent de convoitise. Scolopendres, engoulevents, araignées, lézards, couleuvres, tout ce joli monde d'assassins que je commence à connaître est littéralement sur les dents. Suis descendu voir cette hécatombe, une lanterne sourde à la main. Par les fissures du béton éclaté, les termites volants montaient du sol en rangs serrés pour leurs épousailles, les ailes collées au corps, leur corselet neuf astiqué comme les perles noires du bazard. Puceaux et pucelles choyés des années durant dans l'obscurité, dans une sécurité absolue, dont notre précaire existence n'offre aucun exemple, ignorant tout de la société de malfrats, goinfres et coupe-jarrets réunie pour les accueillir à leur premier bal. Ils s'ébrouaient au bord des failles et prenaient leur essor dans une nuée fulgineuse et bourdonnante qui brouillait les étoiles. Bref enchantement. Après quelques minutes d'ivresse, ils s'abattaient en pluie légère, perdaient leurs ailes, cherchaient une fissure où disparaître avec leur conjoint. Pour ceux qui retombaient dans la cour, aucune chance d'échapper aux patrouilles de fourmis rousses qui tenaient tout le terrain. Fantassins frénétiques de sept-huit millimètres encadrant des soldats cuirassés de la taille d'une fève qui faisaient moisson de ces fiancés sans défense et s'éloignaient en stridulant, brandissant dans leurs pinces un fagot de victimes mortes ou mutilées. D'autres de ces machines de guerre guidées par leur piétaille cherchaient à envahir la forteresse par les brèches que les soldats termites défendaient au coude à coude. J'avais souvent vu sur mon mur ces étranges conscrits - produits d'une songerie millénaire des termites supérieurs - dans des travaux de simple police (escorter une colonne d'ouvriers, menacer un gêneur étourdi) avec leur dégaine hallucinante : ventre mou, plastron blindé, et cette énorme tête en forme d'ampoule qui expédie sur l'adversaire une goutte d'un liquide poisseux et corrosif. De profil ce sont de minuscules chevaliers en armure de tournoi, visière baissée. Et un culot d'enfer. A quelques centimètres de la faille les assaillants recevaient décharges sur décharges et tombaient bientôt sur le côté, pédalant éperdument des pattes jusqu'à ce que leurs articulations soient entièrement bloquées par les déchets qui venaient s'y coller. Les défenseurs tenaillés ou enlevés étaient aussitôt remplacés au créneau. Ici et là, un risque-tout quittait sa tranchée et sautait dans la mêlée pour mieux ajuster sa salve avant d'être taillé en pièces. D'un côté comme de l'autre ni fuyard ni poltron, seulement des morts et des survivants tellement pressés d'en découdre qu'ils en oubliaient le feu de ma lanterne et de mordre mes gigantesques pieds nus. Si nous mettions tant de cœur à nos affaires elles aboutiraient plus souvent. Sifflements, chocs, cris de guerre, d'agonie, de dépit, cymbales de chitine. Certains coups de cisaille s'entendaient à deux mètres; La rumeur qui montait de ce carnage rappelait celle d'un feu de sarments. Avant l'aube, les fourmis ont commencé à faire retraite et les ouvriers-termites à boucher les brèches sous les soldats qui protégeait leur travail. Murés dehors, ils vont terminer leur vie de soudards aveugles aux mains du soleil et de quelques autres ennemis. A ce prix, la termitière a gagné son pari. Les rôdeurs et intrus qui ont pu y pénétrer sont déjà occis, dépecés, réduits en farine pour les jours de disette. Dans la cellule faite du ciment le plus dur où elle vit prisonnière, l'énorme reine connaît la nouvelle. Un des Suisses de sa garde est venu lui dire d'antenne à antenne, en hochant comiquement sa grosse tête, que "Malbrouck était revenu". C'est l'heure du Te Deum souterrain. Celle aussi de faire dans la sécurité retrouvée, le compte des pertes qui sont effroyables. Et de repourvoir exactement - soldats, ouvriers, termites sexués - les effectifs décimés. Par des manipulations génétiques auxquelles il semble, bien heureusement, que nous ne comprenions rien. Personne en tout cas, dans ces catacombes d'argile, ne choisit son destin. Ai-e vraiment choisi le mien ? Est-ce de mon propre gré que je suis resté là des heures durant, accroupi, hors d'échelle, à regarder ces massacres en y cherchant un signe ?

Le premier soleil m'a réveillé en me chauffant une joue. Je m'étais endormi par terre à côté du falot qui brûlait toujours en sifflant. J'avais les yeux au ras du sol. Autour de moi, la cour était couverte d'une poussière d'ailes argentées, de carapaces vides, de pattes et de têtes sectionnées, de cuirasses éclatées. Quelques grandes fourmis engluées bougeaient encore faiblement. Les cancrelats, voireux et matinaux, étaient déjà au travail dans ce cimetière. Je me demandais si ce jour de désastre porterait même un nom dans les chroniques de mes microscopiques et mystérieux compagnons. Et s'il en aurait un dans la mienne.

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