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  • Anne

La Pivoine



Étymologie :

  • PIVOINE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1393 bot. (Ménagier, éd. G. E. Brereton et J. M. Ferrier, II, 2, p. 122, § 35). Empr. au lat. paeonia «id.», d'où dès l'a. fr. la forme pyoine (1180-90 Alex. de Paris, Alexandre, I, 1147 in Elliott Monographs, n°37, p. 26), avec -v- épenthétique, cf. le lat. des inscriptions pompéiennes paeuonia ds Z. rom. Philol. t. 61, p. 358, empr. au gr. π α ι ω ν ι ́ α «id.» (v. André Bot.), fém. substantivé de l'adj. π α ι ω ́ ν ι ο ς «relatif à Paeôn, propre à guérir» de π α ι ω ́ ν «Paeôn, littéralement le guérisseur, le secourable».


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :


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Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"La pivoine est en Chine un symbole de richesse et d'honneur, en raison du port de la fleur et de sa couleur rouge. Son nom meoutan, renferme le mot tan (cinabre), drogue d'immortalité qui la fait associer au phénix.

Par suite d'une déformation facile, à partir du langage : rougir comme une pivoine, on a fait abusivement de cette fleur le symbole de la honte.

Elle fut naguère une plante médicinale et fit naître beaucoup de superstitions, rapportées par Théophraste et répandues jusqu'à nos jours."

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


D'après Pline, c'est Paeon, médecin des Dieux, qui découvrit les propriétés curatives de la pivoine - il s'en servit d'ailleurs pour guérir les blessures d'Hercule ; pour d'autres, Moïse conseilla à sa belle-mère, inquiétée par des esprits infernaux, de se rendre sur une montagne où Dieu lui révéla les pouvoirs antidémoniaques de la plante. Ces deux récits prouvent l'ancienneté de la renommée, de la pivoine.

La pivoine, surtout de couleur rouge (évocatrice du sang et de la vitalité), était encore très appréciée au Moyen Âge. Au XVIe siècle, sa graine ou sa racine récoltée une nuit sans lune et appliquée sur les poignets ou portée en collier préservait de l'épilepsie. Aujourd'hui encore, contre la danse de Saint-Guy (ou chorée, maladie nerveuse accompagnée de convulsions), on recommande le port d'un collier comprenant sept racines de la plante, "cueillies à la lune décroissante entre minuit et le lever du jour".

Les colliers de graines ou de rhizomes de pivoine ont également été largement utilisés pour faciliter la poussée des dents des enfants. Dans la région de Liège, par exemple, les colliers de dentition étaient composés de trente-deux graines ayant trempé vingt-quatre heures dans de l'eau bénite enfilées à l'aide d'une aiguille neuve sur de la soir rouge. frotter les gencives d'un enfant avec une racine de pivoine a le même effet. Rappelons, pour mieux comprendre ces superstitions, que la phytothérapie moderne reconnaît à la pivoine des vertus sédatives et antispasmodiques, lesquelles expliquent également pourquoi dormir avec cette fleur sous son oreiller permet de faire de beaux rêves. Les colliers de graines et de racines de pivoine ont également une influence très originale sur les enfants qui les portent : « Non seulement les fées et autres diablotins ne viendront pas les inciter à désobéir, mais ils perdront aussi l'envie de se tripoter. »

Une pivoine donnée à un nouveau-né avant sa première tétée le rendra gentil pour toute sa vie. Pour qu'un enfant soit toujours « frais et rose comme cette plante », il suffit, disent les Roumains, de mettre une pivoine dans son premier bain. De la même façon, les Arméniens croyaient qu'une jeune fille qui en mangeait trois graines pendant douze jours de suite aurait les joues rouges et fraîches.

Certains habitants de Flandre attribuaient aux feuilles de pivoine, mises dans les chaussures ou les bas, un pouvoir contraceptif. Les jeunes gens usèrent et abusèrent de ce procédé jusqu'à au moins la fin du XIXe siècle ! On dit aussi que « jusqu'à une époque relativement récente, la pivoine était un préservatif contre les illusions nocturnes causées par le désir des femmes ».

La pivoine rouge préserve de la violence et des blessures par arme blanche ou à feu. En avoir chez soi un bouquet ou quelques pétales desséchés éloigne voleurs et criminels, protège des sortilèges et des mauvais esprits, détourne tempête et foudre et agit contre l'asthme. Enfin, attachée au col, la plante dissipe les risques dus aux animaux ou insectes vénéneux.

Les Anglo-Saxons disent que ramasser une pivoine porte malheur. Depuis la plus haute antiquité, la cueillette de la plante du médecin des dieux, quasi sacrée mais en même temps maléfique, présente un danger pour les mortels, autant pour celui qui l'arrache que pour son destinataire, malade ou envoûté. C'est pourquoi il faut s'y livrer exclusivement la nuit. Si Pline conseillait la pleine lune, on peut lire dans la Lettre de Thessalus à Néron l'opinion contraire : « Cette plante croît et décroît en sympathie avec la lune. Si on l'arrache pendant la croissance de cet astre, sa racine ne peut être employée pour l'expulsion des démons et elle grave la maladie du patient. Il fait l'arracher pendant le déclin de la lune. » Les opinions s'accordaient sur un point : éviter le pivert qui défendait qu'on la cueillit en s'attaquant aux yeux de l'impudent. Les herboristes de Théophraste recommandaient tout un rituel de protection, avec prières et fumigations. S'en dispenser entraînait, selon eux, « une chute de rectum ». Certaines recettes recommandaient également de se munir d'arcs et de flèches « pour arrêter la fuite de la pivoine », voire d'une peau de phoque, aux vertus protectrices. Avant de l'arracher, et toujours selon de vieilles prescriptions, en plus d'offrandes (pain bénit, terre prises aux quatre coins de l'autrel, orge, sel, etc.). Il fallait lui adresser les paroles suivantes pendant trois jours : « Bonjour, sainte plante pivoine, tu es la reine des plantes » ou « Pivoine trismégiste, mère des plantes, sacrée... »

Enfin, « la pivoine est en Chine un symbole de richesse et d'honneur, en raison du port de la fleur et de sa couleur rouge. Son nom, meoutan, renferme le mot tan (cinabre), drogue d'immortalité qui la fait associer au phénix ». La tradition chinoise veut qu'offrir des pivoines aux nouveaux mariés leur promette la fortune.

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Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : La Timidité ; La Honte.


Savez-vous ? : Arrivée de Chine, la pivoine a été introduite en Angleterre vers 1795 et s'est répandue dans les jardins français vers les années 1800. L'impératrice Joséphine reçut en cadeau quelques plants pour les jardins de la Malmaison. A sa mort, l'Europe comptait plus de deux cents espèces de pivoines. Les Chinois et les Japonais sont les spécialistes de la culture des pivoines. Chaque année, une grande fête est organisée en son honneur pour sélectionner les meilleures fleurs.


Usages : Les Japonais sont friands de la fleur de pivoine. Ils la consomment comme légumes pour accompagner les nombreux plats de poissons. Toutes les jeunes filles japonaises d'un milieu traditionnel possèdent un kimono en soie représentant des pivoines.


Légende : Il paraîtrait que sous la dynastie Ming, il existait déjà plus de quatre-vingts espèces de pivoines et que celles-ci entouraient le palais d'été des empereurs chinois de l'époque.


Message : Votre amour m'intimide."

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"La pivoine fait partie de ces fleurs apportant un choix de messages très différents où chacun reconnaît celui qui répond à ses questions. Elle commence, quelle que soit sa couleur, par protester de sa sincérité, elle vante l'amour maternel. Elle diversifie ensuite ses avis en fonction de sa teinte.

Elles sont innombrables, les fleurs rouge vif. Pourtant, l'écarlate de la pivoine semble avoir frappé les imaginations des papes (papesses, le plus souvent) du langage des fleurs. Ainsi la baronne de Fresne, auteur, en 1858, d'un des plus remarqués recueils, lui attribue un mot fort et déplaisant : "la honte". Et la baronne explique en termes si voilés qu'ils garderont leur mystère : "La nymphe Péone, ayant commis un crime de lèse-pudeur, fut changée en pivoine". Cependant, d'autres théoriciens de la fleur pensent que cette connotation provient de l'expression "rouge comme une pivoine".

Qu'importe, tournons le dos à la honte et préférons délibérément cet autre message nettement plus agréable, dispensé par la même pivoine rouge : "mon amour veille sur vous". Blanche, la pivoine se montre attentionnée : "prenez bien soin de vous" et rose, elle tient à l'exclusivité avec cette curieuse recommandation : "ne comptez que sur moi".

De toutes les couleurs, elle éclate de vie sous le génial pinceau de Matisse, plantée dans de beaux vases de porcelaine chinoise bleues et blancs, courant sur les murs et les tapis, imprimée sur les fauteuils, les divans, les robes et réfugiée dans la maison du mobile ou dans ses cheveux.


Mot-clef : "Une fleur attentionnée"

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; la Pivoine raconte la sienne dans un conte venu de Chine et intitulé "Le Père des Fleurs " :

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Littérature :


La Pivoine


Marchande de pivoines

Au faubourg Saint-Antoine,

Chausse tes gros sabots,

Couleur d’orange et de pivoine,

Et viens sur mon bateau,

Pivoine, pivoine,

Pêcher dans l’eau

Joyeux matelots.


Robert Desnos, "La Pivoine" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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