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  • Anne

Le Lis de Saint Bruno




Étymologie :

  • PHALANGÈRE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1803 (Boiste). Dér. de phalange 1*; suff. -ère (v. -ier, -ière).

  • PHALANGE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1603 (B. Cabrol, Alphabet anatomie, auquel est contenue l'explication exacte des parties du corps humain : Aux doigts, qui sont composez de quinze os disposez en trois ordres, pource on les appelle Phalanges). Empr. au gr. φ α ́ λ α γ ξ, -α γ γ ο ς « articulation des doigts aux mains et aux pieds », sens dér. de φ α ́ λ α γ ξ « pièce de bois cylindrique ; bille de bois, rondin » (v. Chantraine, p.1173b).


Lire également les définitions de phalange et phalangère afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Anthericum liliago ; Phalangère à fleurs de lis ; Lis de Saint Bernard (G.B.) ;

Anthericum ramosum ; Phalangère ramifiée ; Lis ramifié de Saint-Bernard (G.B.) ;

Paradisea liliastrum ; Clochette blanche ; Lis des Allobroges ; Lis des Alpes ; Lis de Saint Bruno ; Lis paradisis ; Paradisie alpestre ; Paradisie faux-lis ;

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Botanique :

Il semble que l'appellation vernaculaire Lis de Saint Bruno soit associée à deux fleurs différentes : la phalangère à fleurs de lis et Paradisea liliastrum.
























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Usages traditionnels :


Selon l'article intitulé "Lis de Saint Bruno (Paradisea liliastrum) en date du 17 mai 2021 publié sur le site Jardins secrets par Claire Geslot :


Autrefois, on utilisait les fleurs pour soigner les coupures et les brûlures. Les racines, quant à elles, étaient réputées pour être diurétiques.

 





Symbolisme :


Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Phalangère ou Lit de saint Bruno - Virginité.

Sa fleur blanche ressemble à celle du lis.

 

Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


PHALANGÈRE- ANTIDOTE.

Avant le jugement préparez-vous à la justice et apprenez avant de parler. Avant la maladie employez le remède.

Ecclésiastes : XVIII, 19, 20.

 

Selon Auguste Chevalier, auteur de "Les plantes magiques cultivées par les Noirs d'Afrique et leur origine." (In : Journal de la Société des Africanistes, 1937, tome 7, fascicule 1. pp. 93-105) :


Dans les Liliacées à feuillage rayé, il faut mentionner le Lingé goussou (Anthericum Kemoense Hua) planté près des cases des Bandas de l'Oubangui comme porte-chance. D'après le R. P. Daigre, il existe d'autres Lingé cultivés : celui de la chasse, celui de la pêche, celui qui assure la sécurité du voyageur, celui qui fait pondre les poules, celui qui est un gage de marchés avantageux.

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Sur le site de la Paroisse Saint-Bruno-les-Chartreux de Lyon on trouve une référence au Lis intéressante :


ANTIPHONA.

Salve Cartusianorum lux et forma : oliva fructifera in rupium praeruptis erumpens, odoriferum lilium in solitudine germinans, florens ac spargens vivificum suavitatis odorem ; fac, ut in ejus semper exultemus misericordia, in quo tu laetaris in gloria.

Y) Justus germinabit sicut lilium.

R) Et erumpet radix ejus ut libani.


ANTIENNE.

Salut ! Lumière et modèle des Chartreux, Olivier fécond qui vous êtes élevé au milieu des rochers escarpés, Lis odoriférant qui avez germé dans la solitude et qui, après avoir fleuri, avez répandu l'odeur vivifiante de la suavité, faites que nous tressaillions sans cesse dans la miséricorde de Celui dont la gloire vous réjouit.

Y) Le juste germera comme un lis.

R) Et sa racine donnera des rejetons comme l'arbre qui produit l'encens.

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Mythologie :


Je soupçonne le nom vernaculaire "Lit de Saint Bruno" d'être une erreur provenant soit d'une coquille, soit d'une erreur orthographique, soit enfin d'une resémantisation abusive venant tout simplement au départ du "Lis de saint Bruno"...

Pour l'instant aucun renseignement sur un éventuel lit remarquable de saint Bruno mais un petit article pour se remémorer la biographie de ce saint important à Grenoble :


Un saint oublié ou méconnu
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Jean-Luc Liez, "Saint Bruno : un saint oublié ou méconnu." (In : La vie en Champagne, Vie en Champagne, 2002, pp. 44-50.) : =>


 

En effet, on trouve mention du Lis de saint Bruno (Phalangium liliastrum) dans Le guide du botaniste à la Grande-Chartreuse et à Chalais : ainsi que dans les localités voisines et sur les montagnes environnantes. (Girard et Josserand, 1856, p. 41) d'Antoine Cariot :


Phalangium liliastrum (Lamk.), vulg. Lis de saint Bruno. - La Grande Chartreuse ; au col de la Ruchère ; Chalais ; au-dessous des Banettes ; Chame-Chaude (Mutel).

Phalangium liliago (Schreb.). - Bois à la Grande Chartreuse et à Chalais.

Phalangium ramosum (Lamk.). - Mêmes localités.


Le nom vernaculaire de cette fleur est confirmée par tous les manuels botaniques de l'époque.

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On trouve cependant un témoignage sur les lits installés dans le Monastère de la Grande-Chartreuse, caractérisés par leur grande austérité. Quel rapport avec la fleur ? Aucun pour l'instant.


Ainsi Achille Raverat, auteur de A travers le Dauphiné : voyage pittoresque et artistique. (Maisonville et fils et Jourdan Éditeur, 1861) raconte sa halte chez les Chartreux du Dauphiné :


Après que frère Jean-Marie eut terminé le récit des visites de la princesse et de l'actrice, dont le sou venir, --je parle, bien entendu, de l'actrice seulement, — le faisait encore frémir d'indignation, il nous conduisit dans nos cellules, au modeste mobilier de bois blanc, composé d'un lit en forme de tombeau, d'un prie-Dieu, d'une table et de deux chaises, tous objets fabriqués de la main des Chartreux ; il nous engagea à prendre un peu de repos jusqu'au moment où il viendrait nous réveiller pour nous faire assister à l'office de matines, selon le désir que nous lui en avions témoigné.

Cette nuit, je la passai à la manière des religieux : je m'étais enveloppé dans une grosse couverture de laine, préférant dormir ainsi plutôt que dans des draps glacés et humides ; et bien qu'un fagot de bois ne se trouvât pas au fond de mon lit, en revanche, les feuilles de hêtres, qui tenaient lieu de paillasse et de matelas, n'offraient pas une couche plus moëlleuse que celle des autres habitants du monastère.

 

Nathalie Nabert, autrice de Les larmes, la nourriture, le silence: essai de spiritualité cartusienne, sources et continuité. (Vol. 1. Editions Beauchesne, 2001) utilise la métaphore du lit dans le contexte religieux :


Le langage des aromates que l'on retrouve associé à celui du cloître et de la cellule précède ainsi souvent celui de la fruition. Adam Scot, à la fin du XIIe siècle, confirme cette esthétique olfactive au sein de laquelle la paix de Dieu Sabbatum se respire dans les arômes aromata de la prière et Ludolphe le Chartreux, au XIVe siècle invite « le pécheur fidèle » à préparer « dans son cœur, à Jésus-Christ, l'hospitalité et le lit embaumé de l'oraison. » Le goût de la Parole instruit donc une expérimentation de la Présence qui, dans la tradition d'une approche affective, de la loi du cœur et de la fidélité au texte, résulte d'un patient et méticuleux travail d'adoption de la matière divine, de « cette manne céleste » qu'évoque familièrement Guigues du Pont et qui est le suc de la lecture méditée et priée.

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