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  • Anne

Le Genêt



Étymologie :

  • GENET, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1374 genest « petit cheval de race espagnole » (doc. 28 avr. ds B. Prost, Inventaires mobiliers et extraits des comptes des ducs de Bourgogne, t. 1, n°2014). Empr. à l'a. esp. (cavallo) ginete « petit cheval rapide » (dep. 1348, Cortes de León y Castilla d'apr. Cor., s.v. jinete), qui signifiait aussi « cavalier chevauchant avec les étriers courts » (cavalleros ginetes, 2e quart xive s., Crónica de Alfonso X, ibid. ; esp. mod. jinete « cavalier »), empr. à l'ar. vulg. zenêtī, ar. zanātī, nom d'une tribu berbère célèbre pour sa cavalerie légère (v. Cor. loc. cit. et FEW t. 19, p. 207).


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Spartium junceum ; Agnesto ; Genêt d'Espagne ; Joncier ; Spartier.

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Botanique :


D'après Lionel Hignard et Alain Pontoppidan, auteurs de Les Plantes qui puent, qui pètent, qui piquent (Gulf Stream Éditeur, 2008) :


"Le spartier n'a presque pas de feuilles, juste de longues tiges vertes, très souples, qui portent des fleurs jaune d'or au printemps. Celles-ci se transforment en fines gousses qui brunissent en mûrissant.

Au plus fort de l'été, la chaleur aidant, les deux moitiés de la gousse se tire-bouchonnent comme des ressorts, et éclatent en produisant un petit claquement sec.


Pourquoi fait-il ça ? Les gousses sèches éclatent pour projeter leurs graines au loin, comme de minuscules canons à semence. Elles peuvent les lancer jusqu'à trois mètres de distance, ce qui est un exploit pour un si petit canon ! Toutes les graines des genêts sont dangereuses et peuvent nous empoisonner.


Ficelle de genêt : Les longues tiges souples et résistantes du genêt peuvent servir à faire des fibres que l'on peut tresser, ou tisser. Dans les pays méditerranéens, on confectionnait des corbeilles, des cordes, de la toile et des filets pour la pêche avec les fibres du spartier, les Romains en faisaient des voiles pour leurs navires.


Les chaussures vertes : Autrefois, les paysans nordiques fabriquaient des chaussures avec des rameaux de genêts écorcés."










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Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


Le genêt est "symbole, en certaines régions, du Nord (points cardinaux) et de la fonction royale. La fleur de genêt ou d'ajonc pourrait avoir été, dit-on, à l'origine de la fleur de lis héraldique, ou du rameau d'or (voir gui). Il va sans dire qu'une telle origine botanique ne suffirait pas à en expliquer le symbolisme. Les branches fleuries de genêt étaient utilisées dans les funérailles ; on en couvrait le cors des défunts."

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Littérature :


Le Genêt ou la fleur du Vésuve


Sur les flancs calcinés de ce mont formidable, Sombre exterminateur de l’homme et des cités, Nulle plante ne croît au souffle des étés ; Toi seul, sur le versant du gouffre inabordable, Tu fleuris et souris et parfumes les airs, Solitaire genêt, qui te plais aux déserts. Tel je t’ai vu jadis, noble et charmant arbuste, Prodiguant ta verdure et tes rameaux épars, Embellir de tes fleurs la solitude auguste Où repose la Rome éteinte des Césars ; Tel ici je te vois, sur ces plages brûlées Où la lave a durci ses fumantes coulées, Lieu triste et dévasté que réjouit ta fleur Aux ruines fidèle et fidèle au malheur!... Dans ces champs recouverts de cendres infécondes, Où la lave résonne au pas du voyageur, Ont mugi les troupeaux, mûri les moissons blondes ; Aujourd’hui le serpent au gîte caverneux, Se tordant au soleil, y déroule ses nœuds. Là furent des vergers, des campagnes riantes, Des vignes sous le poids de leurs grappes pliantes, Des villas, frais Edens consacrés aux plaisirs, Refuges des puissants aux fastueux loisirs ; Là furent des palais et des cités célèbres, Que le mont fulgurant aux flamboîments funèbres, Engloutit pêle-mêle, hommes, temples et dieux, Sous les torrents vomis par ses gueules de feux. Et tout a disparu ! — De la plage aux collines La désolation plane sur des ruines !

[...]

Giacomo Leopardi, "Le Genêt ou la Fleur du Vésuve" in Chants, 1836, traduction par A. Lacaussade.

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Le Genêt


Je n’ai rien dans mes poches,

Pas d’anguille sous roches,

Je n’ai, je n’ai que des fleurs de genêt,

De genêt de Bretagne,

D’Espagne ou de Cocagne,

Je n’ai, je n’ai que des fleurs de genêt,

Jeunet.


Robert Desnos, "Le Genêt" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Dans l'incipit du roman Un Grison d'Arcadie (Éditions Denoël, 1999) de Pierre Magnan, le narrateur de 15 ans part à la recherche d'escargots qui nichent sur les genêts pour améliorer son quotidien :


" - Les grisets, m'avait dit mon grand-père il y avait bien longtemps, ça bannèje sur les ginestes dès quatre heures du matin en juin. A cinq heures, il est déjà trop tard.

Je me hâtais. Pour atteindre les fonds de Sainte-Roustagne, Il fallait vingt minutes environ et c'étaient les jours alcyoniens, les plus longs autour du solstice.

Dix francs du kilo ! Au creux de Sainte-Roustagne, là où les vergers d'oliviers ont été abandonnés au sauvage par les bras exténués des hommes anciens, d'énormes genêts - que nous appelons ginestes - ont submergé les arbres, les ont étouffés, mis en sommeil pour des jours meilleurs. C'est un bois creusé de tunnels de verdure agrandis par les chasseurs, les flibustiers de nature qui guettent à l'orée les fruits mûris dans les vergers contigus, les maigres troupeaux qui fouissent la sécheresse endémique, extirpant l'herbe jusqu'aux racines et, par surcroît, les amants aussi qui ont besoin d'entendre, au-dessus de leurs ébats, le murmure du vent. [...]

Sur ces voûtes de verdure, les ronces avaient lancé leurs tentacules, s'étaient resserrés, de sorte que, en symbiose avec les ginestes, elles formaient dans l'aube morne des tunnels aux parois dépenaillées de brumes où bruissaient en foule les grisets avides de rosée.

[...]

D'abord un été furieusement flamboyant alluma ses incendies autour de Manosque sur les ginestes qui ressemblaient à des torchères longtemps déjà avant d'être en flammes striées de noir qui s'élevaient à dix mètres de hauteur comme si quelque femme folle courait échevelée au-dessus d'elles. Elles crépitaient avec une fureur sans retenue. Les pompiers se bouchaient les oreilles tant la stridence de ces embrasements subits les mettait au bord de la panique. Ils passaient d'un sinistre à l'autre armés de balais dérisoires pour les éteindre car il n'y avait plus d'eau dans les bassins. "

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Dans Le Parme convient à Laviolette (Éditions Denoël, 2000), roman policier écrit par Pierre Magnan, on peut lire cette description du genêt :


"L'homme et la quatre chevaux, cahin-caha, cheminèrent sous la canicule, jusqu'à cet embranchement, à l'entrée de Puimoisson, où il y avait indiqué Pas de Laval sur une pancarte sale. Le chemin néanmoins était propre. On voyait qu'il était souvent emprunté par de grosses voitures. Celui qui menait chez le Féraud des Iscles, en revanche, était sablonneux, malaisé, à peine tracé. Trois gros genêts défleuris en masquaient l'entrée. Ça ne ressemble plus qu'à un balai maléfique, un genêt défleuri sous la canicule, et si par hasard on y met le feu ça jette à dix mètres de hauteur des flammes noires qui craquent comme foyer d'enfer. Ceux-ci paraissaient vouloir dissuader quiconque d'emprunter cet itinéraire. Ils griffèrent au passage la branlante voiture qui n'en fut ni plus sale ni plus rayée.

C'était le bonheur en réalité que masquait cette entrée rébarbative. Après ce n'étaient que vignes, cyprès haut dressés vergers aux fruits à profusion quoique pourrissants sur les branches car la capacité familiale de consommation avait été largement surestimée, surtout depuis que les enfants étaient partis ailleurs, vivre leur vie."

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