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La Dame verte




Symbolisme :


Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :


DAMES VERTES. Sorte de fées qui sont l'objet de croyances superstitieuses dans les départements du Doubs et du Jura, et qui se montrent dans les bois et les jardins. M. Monnier les rapporte à Iana ou la Diane celtique, et désigne les lieux où elles sont le plus en réputation. Tels sont les vergers de Maizières ; les villages d'Angerans, de Relans, de Veyria, de Graye et de Gigny ; les rives des étangs du territoire de Coges, etc.

M. Xavier Marmier consacre à la Dame Verte cette gracieuse description : « La Dame Verte, c'est notre péri, notre sylphide, la déesse de nos bois, la fée de nos prairies : elle est belle et gracieuse ; elle à la taille mince et légère comme une tige de bouleau, les épaules blanches comme la neige de nos montagnes, et les yeux bleus comme la source de nos rochers. Les marguerites des champs lui sourient quand elle passe ; les rameaux d'arbres l'effleurent avec un frémissement de joie, car elle est la déesse bien-aimée des arbres et des fleurs, des collines et des vallées. Son regard ranime la nature comme un doux soleil, et son sourire est comme le sourire du printemps. Le jour, elle s'asseoit entre les frais taillis, tressant des couronnes de fleurs, ou peignant ses blonds cheveux avec un peigne d'or, ou rêvant sur son lit de mousse au beau jeune homme qu'elle a rencontré. La nuit, elle assemble ses compagnes, et toutes s'en vont folâtres et légères, danser aux rayons de la lune, et chanter. Le voyageur qui s'est trouvé égaré le soir au milieu de nos montagnes a souvent été surpris d'entendre tout à coup des voix aériennes, une musique harmonieuse, qui ne ressemblait à rien de ce qu'on entend habituellement dans le monde : c'étaient les chants de la Dame Verte et de ses compagnes. Quelquefois aussi les malignes sylphides égarent à dessein le jeune paysan qu'elles aiment, afin de l'attirer dans leur cercle, et de danser avec lui. Que si alors il pouvait s'emparer du petit soulier de verre d'une de ces jolies cendrillons, il serait assez riche ; car, pour pouvoir continuer de danser avec ses compagnes, il faudrait qu'elle rachetât son soulier, et elle l'achèterait à tout prix. L'hiver, la Dame Verte habite dans ces grottes de rochers, où les géologues, avec leur malheureuse science, ne voient que des pierres et des stalactites, et qui sont, j'en suis sûr, toutes pleines de rubis et de diamants dont la fée dérobe l'éclat à nos regards profanes. C'est là que, la nuit, les fêtes recommencent à la lueur de mille flambeaux, au milieu des parois de cristal et des colonnes d'agathe. C'est là que la Dame Verte emmène, comme une autre Armide, le chevalier qu'elle s'est choisi. Heureux l'homme qu'elle aime ! Heureux ce sir de Montbéliard qu'elle a si souvent attendu sous les verts bosquets de Villars ou dans le val de Saint-Maurice ! C'est pour cet être privilégié qu'elle a de douces paroles et des regards ardents, et des secrets magiques ; c'est pour lui qu'elle use de toute sa beauté de femme, de tout son pouvoir de fée, de tout ce qui lui appartient sur la terre. Il y a cependant des gens qui, pour faire les esprits forts, ont l'air de rire quand vous leur parlez de la Dame Verte, et ne craindraient pas de révoquer en doute son existence. Ces êtres-là, voyez-vous, il ne faut pas discuter avec eux, il faut les abandonner à leur froid scepticisme. »

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D'après le site http://www.france-pittoresque.com :


"Les Dames Vertes sont l’objet de croyances superstitieuses dans les départements du Doubs et du Jura, et qui se montrent dans les bois et les jardins. Monnier rapporte ces fées à Iana ou la Diane celtique, et désigne les lieux où elles sont le plus en réputation. Tels sont les vergers de Maizières ; les villages d’Angerans, de Relans, de Veyria, de Graye et de Gigny ; les rives des étangs du territoire de Cages, etc.


Xavier Marmier consacre à la Dame Verte cette gracieuse description : « La Dame Verte, c’est notre péri, notre sylphide, la déesse de nos bois, la fée de nos prairies : elle est belle et gracieuse ; elle a la taille mince et légère comme une tige de bouleau, les épaules blanches comme la neige de nos montagnes, et les yeux bleus comme la source de nos rochers. Les marguerites des champs lui sourient quand elle passe ; les rameaux d’arbres l’effleurent avec un frémissement de joie, car elle est la déesse bien-aimée des arbres et des fleurs, des collines et des vallées. Son regard ranime la nature comme un doux soleil, et son sourire est comme le sourire du printemps. Le jour, elle s’asseoit entre les frais taillis, tressant des couronnes de fleurs, en peignant ses blonds cheveux avec un peigne d’or, ou rêvant sur son lit de mousse au beau jeune homme qu’elle a rencontré. La nuit, elle assemble ses compagnes, et toutes s’en vont folâtres et légères, danser aux rayons de la lune, et chanter.


« Le voyageur qui s’est trouvé égaré le soir au milieu de nos montagnes a souvent été surpris d’entendre tout à coup des voix aériennes, une musique harmonieuse, qui ne ressemblait à rien de ce qu’on entend habituellement dans le monde : c’étaient les chants de la Dame Verte et de ses compagnes. Quelquefois aussi les malignes sylphides égarent à dessein le jeune paysan qu’elles aiment, afin de l’attirer dans leur cercle, et de danser avec lui. Que si alors il pouvait s’emparer du petit soulier de verre d’une de ces jolies cendrillons, il serait assez riche ; car, pour pouvoir continuer de danser avec ses compagnes, il faudrait qu’elle rachetât son soulier, et elle l’achèterait à tout prix. L’hiver, la Dame Verte habite dans ces grottes de rochers, où les géologues, avec leur malheureuse science, ne voient que des pierres et des stalactites, et qui sont, j’en suis sûr, toutes pleines de rubis et de diamants dont la fée dérobe l’éclat à nos regards profanes. C’est là que, la nuit, les fêtes recommencent à la lueur de mille flambeaux, au milieu des parois de cristal et des colonnes d’agathe. C’est là que la Dame Verte emmène, comme une autre Armide, le chevalier qu’elle s’est choisi.


« Heureux l’homme qu’elle aime ! Heureux ce sire de Montbéliard qu’elle a si souvent attendu sous les verts bosquets de Villars ou dans le val de Saint-Maurice ! C’est pour cet être privilégié qu’elle a de douces paroles et des regards ardents, et des secrets magiques ; c’est pour lui qu’elle use de toute sa beauté de femme, de tout son pouvoir de fée, de tout ce qui lui appartient sur la terre. Il y a cependant des gens qui, pour faire les esprits forts, ont l’air de rire quand vous leur parlez de la Dame Verte, et ne craindraient pas de révoquer en doute son existence. Ces êtres-là, voyez-vous, il ne faut pas discuter avec eux, il faut les abandonner à leur froid scepticisme ».

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Dans Vert, Histoire d'une couleur (Éditions du Seuil, 2013) Michel Pastoureau s'attache à retracer l'histoire de la perception visuelle, sociale, culturelle de cette couleur en Occident, de l'Antiquité au XIXe siècle. C'est également l'occasion de s'interroger sur divers objets ou personnages de cette couleur. Ainsi :


Le vert, moins fréquent que le rouge, le blanc ou le noir, y [dans les contes de fées] est la couleur des êtres surnaturels, notamment des fées. Dans plusieurs régions d'Europe, à l'époque moderne, on les appelle les "dames vertes" (Die grünen Damen, The green faeries). A cela plusieurs raisons : soit elles ont les yeux ou les cheveux verts (comme les sorcières), soit elles apparaissent vêtues ou chaussées de cette couleur, soit elles vivent dans un cadre de verdure qui rappelle combien leur origine est liée aux cycles de la végétation et aux cultes des eaux, des arbres et des forêts. Dans l'Europe du Nord, quand les fées s'habillent de vert, elles n'aiment guère que les simples mortels fassent de même. Si l'on souhaite s'attirer leurs faveurs, mieux vaut ne pas leur emprunter cette couleur ni les végétaux dans lesquels elles puisent une partie de leurs pouvoirs magiques : l'aubépine, le sorbier, le coudrier et quelques autres. Le vert est la couleur des fées. Or, qu'elle soit marraine ou amante, ange gardien ou mauvais génie, la fée est souvent capricieuse et, comme la couleur elle-même, peut rapidement changer d'humeur, d'apparence ou de signification. il faut la craindre et la respecter."

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Mythes et légendes :


Charles Thuriet, auteur de Traditions populaires du Doubs (Librairie historique des Provinces, Emile Lechevalier, 1891) rapporte la légende locale suivante :


LA DAME VERTE DE THISE (Canton de Marchaux)


Racontez-nous des histoires qui font peur, parlez- nous de ce méchant esprit qui crie la nuit dans les prés de Thise, pour égarer les passants.

« Un dimanche soir, Jean Paulet , tisserand de Chalèze, revenait d'Amagney avec un gros paquet de fil d'étoupes, au bout de son bâton. Il avait bu avec ses pratiques un peu plus tard qu'il ne fallait, si bien qu'il n'était sorti du village qu'à la nuit noire. Comme il marchait en causant tout seul, suivant sa coutume, surtout quand il avait bu, il entendit une voix plaintive qui semblait l'appeler : Hé ! Jean Paulet ! Jean Paulet ! Le tisserand s'arrêta, puis, croyant avoir mal entendu, il se remit en route, car il avait hâte de rentrer chez lui. Mais la même voix reprit encore : Jean Paulet ! Jean Paulet ! Jean Paulet quitte alors le grand chemin et se dirige où on l'appelle. Le voilà qui s'en va tratelant cahin caha, trébuchant à toutes les mottes et le fil dansant au bout de son bâton, comme il fallait voir. S'il s'arrêtait, la voix plaintive redisait aussitôt : Hé ! Jean Paulet ! Jean Paulet ! Si bien que le tisserand impatienté lui crie : « Mais à la fin, braillard maudit, que me veux-tu ? » Jean Paulet ! Jean Paulet ! et le pauvre Jean Paulet marcha tant que la nuit fut longue, égaré par cet esprit qu'il ne put joindre ni seulement apercevoir.

Le lundi matin, un homme de Roche rencontra dans les champs de la Vaivre Jean Paulet qui dormait profondément la tête appuyée sur son paquet d'étoupes.

Ce crieur invisible, c'est la Dame verte.

Une autre fois, le fermier Bernard revenait de Besançon. Il n'en était sorti qu'à la ferme ture des portes. A minuit sonnant, il arrivait aux Ormes, endroit mal famé, comme les Rancenières, la combe d'Huche, le Confitemini, où tout bon chrétien, par peur du diable se signe en passant. Bernard n'y songeait seulement pas. Le temps était superbe ; pas un bruit sur terre, et, par un beau clair de lune, l'ombre des ormes géants se projetait au loin dans la prairie. Tout à coup Bernard aperçoit, à quelques pas devant lui, un petit chevreau noir qui portait un collier. Il s'arrête pour contempler mieux la gentille bête qui semble l'attendre . - Tiens, tiens, se dit notre homme, voici un petit bouquot qui ferait diantre ment mon affaire! Il cueille une poignée d'herbe qu'il présente au chevreau, en l'appelant d'une voix caressante. Mais au moment où il croyait le saisir par son collier, le petit chevreau fait un bond et s'enfuit dans la plaine. Bernard qui le voit s'arrêter à quelques pas, le suit doucement, l'appelle de nouveau. Dix fois il est sur le point de le saisir, dix fois la bête agile s'échappe et s'enfuit. Pas moins, pensait Bernard, ce petit diable de chevreau aurait joliment fait mon affaire ; sans compter qu'on prétend chez nous qu'un bouc assaini l'écurie. Bernard continue de le poursuivre à travers des prés fangeux, tant et si bien que le pauvre fermier tomba dans: une fondrière où il aurait peut-être passé la nuit, on grand danger d'y périr, si deux hommes de Thise, éveillés par ses cris, ne l'eussent secouru.

Ce chevreau, c'est encore la Dame verte. Elle est l'image des mauvais sentiments. Si vous vous laissez dominer par eux, ils vous feront tomber dans un bourbier, comme le fermier Bernard.

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Gabriel Gravier dans Franche-Comté, pays des légendes, tome II (1982), rapporte la légende concernant la Dame verte qui habite à la Grotte de la Côte Bernard, aussi appelée la Chambre de la Dame Verte :


"Sur le mont conique présidant à la naissance de la Furieuse et de son étroite et verdoyante vallée, l'ancien château de Vaux-Grillet a laissé quelques vestiges. C'est près des ruines de ce castel que, selon Rousset, se tenait une dame verte. Elle prenait un malin plaisir à entraîner à sa suite les voyageurs attardés, à les faire marcher à travers les forêts, les broussailles et les ronciers, jusqu'à ce que leurs vêtements fussent réduits en lambeaux.


Pour Désiré Monnier - dont Charles Thuriet et Louis Martin ont repris la version - la dame verte habitait dans les bois d'Andelot, au bout des Côtes-Bernard. Elle y avait une grotte, appelée Chambre de la Dame Verte. Elle fréquentait la fontaine d'Alon, proche des Champs-Chrétiens. Des gens de Thésy, d'Aresches, d'Andelot, et probablement d'autres villages de la région de Salins, avaient assez souvent rencontré cette dame verte. Pourtant son souvenir serait sans doute oublié aujourd'hui si l'aventure de Jean Badaud n'était venue en quelque sorte l'immortaliser.


"C'était vers 1800. Badaud, de son véritable nom : Cousin, demeurait à Andelot. Âgé de 50 à 55 ans, il n'était donc plus un jouvenceau. Mais allez donc empêcher la sève de monter dans un vieil arbre ! Alors qu'il revenait vraisemblablement de Salins, où il avait acheté des étoupes, notre bonhomme rencontra la dame verte. Celle-ci, occupée à remettre sa jarretière, montrait donc une jambe au galbe plein d'éloquence. Manquant d'une retenue que l'attitude de la dame ne pouvait guère lui inspirer, Badaud s'empressa d'offrir son aide, et peut-être même suggéra-t-il une promenade forestière :


« Descendons à l'ombre du bois, La belle, Descendons à l'ombre du bois. »


Feignant d'accepter l'invitation, la fée prit le bras de son admirateur et l'entraîna, légère et moqueuse, à travers les taillis, les buissons, les marais, les fondrières. Bientôt fatigué d'un tel manège, notre homme demanda grâce. Mais la dame verte continuait sa marche, comme si elle n'entendait rien. Nous l'avons vu, Badaud rapportait avec lui des étoupes, c'est-à-dire de la filasse tirée du chanvre ou du lin, et destinée à la quenouille des fileuses. Un bras occupé à tenir le paquet d'étoupes sur son épaule, l'autre solidement serré sous celui de la dame verte, notre pauvre homme avait perdu toute envie de batifoler, d'autant que sa compagne l'entraînait dans sa course endiablée en chantant, ironique, ce refrain monotone


« Filons tes étoupes, mon ami ; filons tes étoupes ».


Ils les filèrent si bien que, partout sur leur passage, elles restaient accrochées aux branches des arbres, aux épines des haies et des buissons. Quand la dame verte daigna le laisser en paix et s'éloigner, notre pauvre homme était fourbu, certes, mais il ne possédait plus le moindre morceau d'étoupe. On devine l'accueil «triomphal» que dut lui réserver sa femme, à son retour au logis. Badaud avait-il vendu ses étoupes pour boire, ou après boire ? Les avait-il perdues ?


Dans le Val-d'Héry, on évoquait autrefois l'aventure du Petit Poulet, qui, plus téméraire que notre homme d'Andelot, avait poussé l'audace jusqu'à oser prendre par la taille la dame verte. Si l'on en croit Camille Aymonier, « les femmes de Pont-d'Héry racontent volontiers cette histoire à leurs maris, aux environs de l'âge ingrat ! »"

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Selon Roger Mignot, auteur de Les Fées franc-comtoises (1984) qui réunit divers témoignages des habitants de la région de prédilection des Dames vertes, nous transmet celui-ci, à propos de la Baume de Gigny :


"Voici ce qu'écrivait le docteur Gaspard, natif du village de Gigny : "Il y a une dame verte dans mon pays natal. Mon enfance a été bercée de contes de la dame verte ; et je ne sais combien j'ai connu de gens qui l'ont vue ou qui l'ont entendue passer près d'eux. Quelles sont les faneuses qui n'ont pas occasion d'en parler, lorsque l'on fauche la grande prairie, surtout le pré des Roses, et du côté des grottes ! Elle et ses compagnes s'y réunissent. On pourrait juger de leur multitude par l'étendue qu'elles foulent ensemble, lorsque l'on voit les herbes et les épis s'incliner sous leurs pieds légers. Cette réunion de femmes divines sur le territoire de Gigny a pu paraître assez remarquable à nos ancêtres pour avoir motivé l'imposition de ce nom : Gyné, gynaicos en grec signifient femme, et Giniacus est le nom latinisé de Gigny."


Et concernant la Grotte de Fontaine noire sur la commune de Les Nans :


"Cette dame taciturne et triste sait se montrer gracieuse à l'occasion. Elle aime se promener près de la Fontaine Noire qui coule au bas de la montagne. Lorsque des personnes étrangères la rencontrent, ils la saluent avec respect, mais se sauvent apeurées lorsqu'ils se rendent compte que c'est la dame verte du château de la Berne. Une couturière du nom de Françoise Petit, du village de Supt, la rencontra dans sa vie, plusieurs fois sur son passage, et plus particulièrement à proximité de la Fontaine Noire. Finalement, terrifiée, elle renonça à habiter aux Nans et quitta définitivement la région."

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Valentine Letesse publie un article intitulé "Un château hanté par une Dame Verte en Mayenne" le mercredi 30 octobre 2019 sur le site de France Bleu :


Un château hanté par une Dame Verte en Mayenne


Le château du Rocher à Mézangers en Mayenne, est hanté depuis des siècles par la Dame Verte.


C'est une histoire qui fait peur. Celle d'un fantôme qui hanterait le Château du Rocher à Mézangers. La demeure de granit datant du XIIIe siècle est habitée par la famille De Chavagnac aujourd'hui, mais aussi par l'une de ses anciennes propriétaires, bien accrochée à ses murs.


Une grande duchesse morte noyée : La Dame Verte, est bien connue dans le village de la Mayenne. L'une des rues de Mézangers s'appelle d'ailleurs "rue de la Dame Verte". Pour cause, le fantôme hante le château depuis des siècles.

Sous le règne de Louis XIV, Éléonore de Bouillé, duchesse du Lude, grande chasseresse vit au Rocher. "Elle a pas l'air aimable" commente Madame de Chavagnac, actuelle propriétaire devant le portrait de la défunte. Effectivement, Éléonore de Bouillé était connu pour son coté hautain et autoritaire.


Des portes qui claquent et des choses étranges : La vie de la duchesse s'est terminée tragiquement. "Un jour son mari revient et il la trouve avec un homme dans une chambre. On ne sait pas ce qu'est devenu l'amant, mais le lendemain en tout cas la Dame Verte, on a l'a retrouvée dans l'étang du château. Avec son écharpe verte." raconte la propriétaire, Madame de Chavagnac.

Depuis, la Dame Verte rode. "La légende dit que si les jeunes mariés passent leur nuit de noces dans la chambre de la Dame Verte : elle apparaît", explique la propriétaire, qui n'a pas tenté le diable. Elle et son mari ont passé leur nuit de noces ailleurs. "En 25 ans je ne l'ai jamais vue. [...] En revanche, il y a des portes qui claquent, des parquets qui grincent et des choses étranges. Un jour, j'étais dans le salon et j'ai entendu un énorme BOOM. Comme un cadre qui tombe. Je monte à l'étage : il n'y avait rien".

La dernière apparition de la duchesse remonte à la plusieurs dizaines d'années. Le grand-père du propriétaire actuel l'aurait aperçu dans la chapelle du château. Une fois arrivée en bas des escaliers, la Dame Verte avait disparu.

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Françoise SURCOUF publie le 10/09/2023 sur le site de Ouest France, l'article suivant :


Légendes et fantômes de l’Ouest. La « Dame verte », l’âme en peine de Brissac


Qu’est-ce qu’un château sans fantôme, sinon un roi sans couronne ? Brissac, le « géant du Val de Loire », abrite ainsi une certaine « Dame verte ». On vous raconte.


Avant d’être endeuillé par un terrible forfait et hanté d’ombres désespérées, Brissac connut d’abord un destin militaire. Au XIe siècle, le comte d’Anjou, le fameux Foulques Nerra, tout à la fois pillard et constructeur, fait ériger un château de bois et de pierres. Située à une vingtaine de kilomètres d’Angers, la bâtisse est à demi entourée par l’Aubance, un affluent de la Loire. Avant d’être endeuillé par un terrible forfait et hanté d’ombres désespérées, Brissac connut d’abord un destin militaire. Au XIe siècle, le comte d’Anjou, le fameux Foulques Nerra, tout à la fois pillard et constructeur, fait ériger un château de bois et de pierres. Située à une vingtaine de kilomètres d’Angers, la bâtisse est à demi entourée par l’Aubance, un affluent de la Loire.

La propriété passe ensuite aux mains de diverses familles avant que Philippe-Auguste, vainqueur des rois anglais Plantagenêt, descendants des comtes angevins, ne la cède au sénéchal des Roches. Les siècles s’écoulent et, en 1434, Jean de la Haye, seigneur de Brissac, cède le fief à Pierre de Brézé, seigneur de Maulévrier. Ministre de Charles VII, et plus tard de Louis XI, ce chef de guerre fut sans doute celui qui incarna le mieux la haute figure de Lancelot du Lac. Véritable preux, il n’eut, comme son modèle, au cœur que l’amour d’une seule femme, Marguerite d’Anjou, reine d’Angleterre.

C’est lui qui reconstruit le château et y adjoint les deux tours dissymétriques de la façade du Levant. Mais il se fait tuer en 1465 à la bataille de Montlhéry en sauvant la vie de son roi. C’est alors son fils, Jacques, sénéchal de Normandie, qui s’installe à Brissac. Cependant, il n’y demeurera pas longtemps…


Jacques et Charlotte : Le nouvel occupant emménage avec son épouse, la ravissante Charlotte. Leur mariage, le 1er mars 1462, donne lieu à de grandes réjouissances. En effet, si Jacques est de noble ascendance, la mariée n’est autre que la fille illégitime du roi Charles VII et de sa maîtresse, Agnès Sorel, ce qui en fait donc la célèbre « Dame de Beauté » demi-sœur du roi Louis XI. Même si ce dernier n’a jamais porté dans son cœur ses demi-sœurs adultérines, la jeune femme est « fille de France », elle porte d’ailleurs le nom de « Charlotte de Valois », son union est donc d’importance.

Louis XI lui a choisi un seigneur de premier plan, guerrier redoutable et de haute lignée. Peu importe que les deux jeunes gens ne soient pas attirés l’un par l’autre et que leurs caractères soient opposés : Jacques adore la chasse et la vie campagnarde, tandis que Charlotte ne jure que par les bals et la vie de cour. Le roi n’a pas l’habitude de voir quiconque contrecarrer ses plans, alors chacun obtempère et le mariage est conclu.


Une union mal assortie : Les époux font un temps bonne figure. Ils donnent même naissance à six enfants : Pierre, Jean, Anne, Catherine, Gaston et Louis, qui sera un jour sénéchal de Normandie et épousera Diane de Saint-Vallier, plus connue sous le nom de Diane de Poitiers.

Mais la mésentente s’aggrave entre eux. Charlotte, quasi-recluse dans l’immense Brissac, demeure seule des jours durant, attendant le retour de son mari qui court la giboyeuse forêt voisine et ne s’intéresse qu’à ses chevaux et à ses chiens. Peu à peu, elle se rapproche du frère de lait de Jacques, Pierre de Lavergne. Avec lui, la romanesque jeune femme partage les plaisirs de la lecture, de la poésie et rêve aux cours d’amour (des jeux courtois médiévaux) dont la mode s’est répandue dans toutes les maisons de la bonne société.

Jacques se moque éperdument de la rimaille mais, de tempérament soupçonneux, il acquiert peu à peu la certitude que son épouse le trompe. Il la fait espionner, harceler, tant et si bien que la pauvre manque de sombrer dans la dépression. Mais, fine mouche, elle apprend bientôt à déjouer la surveillance de son irascible conjoint et, grâce à la complicité de sa servante, parvient à introduire régulièrement, nuitamment dans sa chambre, celui qui est de fait devenu son amant.


La nuit du drame : C’est le 31 mai 1477 que se noue le drame qui va ensanglanter Brissac. De retour de la chasse, Jacques, l’air maussade, dîne rapidement et se retire dans sa chambre tandis que son épouse gagne la sienne où Pierre la rejoint quand ils pensent le château endormi. Mais l’un des serviteurs, à la solde du mari, se hâte de prévenir celui-ci. Saisissant son épée, Jacques se rue dans l’escalier et surgit dans les appartements de Charlotte où il surprend les amants en flagrant délit. Sans mot dire, il transperce Pierre de son arme avant de se lancer à la poursuite de sa malheureuse épouse, qui trouve refuge dans une pièce voisine, sous le lit d’un de leurs fils. Il l’arrache de sa cachette et lui plante son épée dans le cœur.

Si la vengeance du grand sénéchal est terrible, il ne tarde pas à la payer cher. Louis XI ne peut sans réagir voir couler le sang royal de France. Charlotte est, après tout, sa sœur. Il fait jeter l’assassin en prison et le prive de tous ses biens au profit de ses enfants. Brézé doit attendre la mort du roi pour être finalement gracié.


La « Dame verte » : Mais, de retour, il ne demeure pas longtemps à Brissac. Depuis la salle de la tour de la chapelle, jusque dans les recoins les plus obscurs du château, se font désormais ressentir par-delà la mort les gémissements de la défunte Charlotte. Terrifié, le mari ne peut supporter cette plainte et ses remords. Il quitte le lieu du crime sur-le-champ.

Le 26 mai 1502, René de Cossé achète à Louis de Brézé, petit-fils de Pierre, la seigneurie de Brissac dont il prend aussitôt le nom. Aujourd’hui encore la « Dame verte » hanterait le château. On la croiserait parfois vêtue de la robe émeraude qu’elle portait le soir du meurtre, âme en peine qu’on dit apparaître en particulier les soirs d’orage. Le duc et les siens se seraient habitués à sa présence, elle fait en somme partie de la famille…

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Littérature :


George Sand, dans Les Dames vertes (1875) propose cette description, inspirée probablement des légendes de son enfance [Je vous conseille de lire ce court roman fantastique pour en apprendre davantage...] :


"... et il leur avait été donné de voir les trois vierges, non plus sous l’apparence de nuages verdâtres, mais dans tout l’éclat de leur jeunesse et de leur beauté ; non pas toutes à la fois, mais une en particulier,pendant que les deux autres se tenaient à l’écart. Alors cette funèbre beauté répondait à toutes les questions sérieuses et décentes que l’on voulait lui adresser. Elle dévoilait les secrets du passé, du présent et de l’avenir. Elle donnait de judicieux conseils. Elle enseignait les trésors cachés à ceux qui étaient capables d’en bien user en vue du salut. Elle disait les malheurs à éviter, les fautes à réparer ; elle parlait au nom du ciel et des anges ; enfin, c’était une puissance bienfaisante pour ceux qui la consultaient avec de bons et pieux desseins. Elle n’était grondeuse et menaçante qu’avec les railleurs, les libertins et les impies. Le manuscrit disait : « D’une intention méchante et fallacieuse, on leur a vu faire de grandes punitions, et ceux qui ne s’y porteront que par malice et vaine curiosité peuvent s’attendre à des choses épouvantables, qu’ils seront bien marris d’avoir cherchées. »

Sans s’expliquer sur ces choses épouvantables, le manuscrit donnait la formule de l’évocation et tous les rites à observer, avec un si grand sérieux et une si naïve bonne foi, que je m’y laissai aller."

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Voir aussi : Dame blanche ; Dame rouge ; Banshee ;

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