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  • Anne

La Luciole et le Ver luisant



Étymologie :

  • LAMPYRE, subst. masc.

Étymol. et Hist. a) 1542 lampyride (N. de Bris, Institut., f°107 rods Gdf. Compl.) ; b) 1803 lampyre (Boiste). Empr. soit du lat. lampyris, -idis, soit du gr. λ α μ π υ ρ ι ́ ς, -ι ́ δ ο ς dér. de λ α ́ μ π ε ι ν « briller ».

  • LUCIOLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1704 lucciole (Trév.) ; 1823 luciole (Boiste). Empr. à l'ital. lucciola « luciole » (dep. 1300-1313, Dante, Inf. ds Batt.), dér. dimin. de luce « lumière », du lat. lux, lucis « id. ».


Vous pouvez lire les définitions de lampyre et luciole pour trouver des pistes de réflexion concernant la symbolique de cet insecte.

Le nom de cet animal est trompeur : le ver luisant n’est pas un ver, mais un scarabée qui émet une lumière froide. Le nom précis de l’animal de l’année 2019 est « grand lampyre ».

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Symbolisme :


Selon Hildegarde de Bingen, dans Physica, Le Livre des subtilités des créatures divines (texte original XIIe siècle ;

traduction P. Monat, 2011) :


"le ver luisant est plus froid que chaud. Si quelqu'un souffre d'épilepsie, au moment où il tombe, on mettra, si on le peut, des vers luisants dans un linge qu'on lui attachera sur le nombril, et il retrouvera aussitôt ses forces."

Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :


"la luciole est traditionnellement, en Chine, la compagne des étudiants pauvres, auxquels elle fournit la lumière pour leurs travaux nocturnes.

Chez les montagnards du Viet-nam du Sud, si l'araignée est une forme de l'âme de l'homme ordinaire, celle des héros immortels se manifeste sous l'aspect d'une luciole.

Le Japon célèbre une fête des lucioles."

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Dans Le Livre des Fleurs (Librairie philosophique J. Vrin, 1989), Georges Ohsawa (Nyoiti Sakurazawa) tente de nous expliquer la délicatesse de ce qu'il appelle l'âme japonaise (au sens de ce que Rudolf Steiner appelle l'âme des peuples) à travers des coutumes ancestrales difficiles à appréhender pour des Occidentaux modernes :


"Rien n'est plus naïf que l'âme des Japonais et des Japonaises. Dans aucun autre pays on ne voit, je pense, des trains de plaisir organisés pour aller entendre le rossignol de minuit (hototogisu), contempler les cerisiers en fleurs, ou la première neige de l'automne qui pare les montagnes. En été, des affiches dans les gares invitent à la chasse aux lucioles. Mais il ne faut pas croire qu'il s'agit d'une véritable chasse, celle-ci est pour ainsi dire inconnue au Japon et d'importation très récente. Non, on fait un voyage aux pays de Hotaru pour admirer le vol des ces insectes lumineux, pour les prendre quelques fois dans la main, jouer un instant avec eux et les relâcher ensuite. "

Selon Éloïse Mozzani, auteure du Livre des superstitions, mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et réédition, 2019) il ne faut pas confondre ver luisant et luciole :


Le ver luisant, qui passe en Auvergne pour l'âme d'un enfant mort sans baptême et en Belgique pour celle d'un bâtard, porte bonheur à celui qui e trouve, lui promettant notamment du succès dans ses entreprises. S'il pénètre dans une maison, il empêche, en France, le lait de se cailler mais aux États-Unis présage la mort du chef de famille. Tuer un ver luisant, c'est amener la tristesse dans son foyer. Qu'on en fasse avaler un morceau à un homme et on le rend impuissant.

Les Belges prédisent le temps d'après le comportement du ver luisant : la pluie est proche s'il bouge sans cesse, le vent se lèvera s'il s'enfonce sous terre et le froid est à redouter lorsqu'il brille intensément et que ses pattes noircissent.

[...]

Appelé parfois "lumière des pauvres" ou "lumière du berger", car la luciole adulte (parfois confondue avec le ver luisant) est ailée et lumineuse, ce coléoptère apporte le bonheur à qui le voit dans la nuit de la Saint-Jean. La présence d'une luciole chez soi empêche le lait de tourner mais en manger une rend impuissant.

Selon les Anglo-Saxons, une luciole qui pénètre chez soi indique le meilleur comme le pire : elle peut présager un mariage ou une mort. Pour les Américains, voir de nombreuses lucioles présage la pluie ; il pleuvra également si elles volent bas.

En Jamaïque, voir une luciole au plafond annonce un visiteur ; en Nouvelle-Guinée, si plusieurs de ces insectes entrent dans une maison, on s'attend à l'arrivée de plusieurs étrangers.

En Chine, la luciole est "la compagne des étudiants pauvres, auxquels elle fournit la lumière pour leurs travaux nocturnes". Dans les montagnes du Viêt-Nam du Sud, l'âme des héros immortels prend l'aspect de l'insecte. Signalons encore que le Japon célèbre une fête des lucioles.

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Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), la Luciole est définie par les caractéristiques suivantes :


Traits : La luciole symbolise la lumière dans l'obscurité ainsi que le mystère et la magie de la vie. Au crépuscule, ces insectes ailés produisent de la bioluminescence pour attirer leurs proies ou leur compagnon. La lumière peut être jaune, verte ou rouge pâle. Même les larves de luciole émettent de la lumière, et on les désigne comme des "vers luisants". La luciole est un insecte nocturne qui préfère la nuit à la lumière du jour. La luciole mange peu, ce qui signifie que vous ne devez prendre que ce dont vous avez besoin. Ne gâchez rien.


Talents : Aspirations ; Attraction Éveil de conscience ; Bonne humeur ; Clarté ; Créatif ; Efficace ; Encourageant ; Énergique ; Lumière qui guide ; Bonheur ; Plein d'espoir ; Illumination ; Perspicace ; Inspiration ; Joie ; Majestueux ; Noble ; Optimiste ; Patience ; Amène de la lumière sur des idées nouvelles ; Sans prétention.


Défis : Se surmène à trop travailler ; Volage ; Idéaliste.


Élément : Air ; Terre.


Couleurs primaires : Noir ; Orange ; Jaune.


Apparitions : La luciole vous donne de l'espoir lorsque tout semble sombre. Elle éclaire votre chemin dans le voyage qu'est votre vie. La luciole signifie que, même si vous semblez terne dans la journée, lorsque vous brillez, vous rayonnez de votre lumière intérieure, que tous peuvent voir. Si quelqu'un regardait de près, il verrait cette lumière dans votre regard, mais personne n'en prend le temps. Votre beauté intérieure est merveilleuse à voir. Votre nature douce et attentionnée peut éclairer la voie de quiconque est perdu ou a besoin d'être guidé. Pour cette raison, vous êtes souvent l'épaule sur laquelle on pleure et vous êtes le premier à serrer quelqu'un dans vos bras, même s'il dit que tout va bien : vous voyez dans ses profondeurs et vous pouvez dire qu'il est en train de traverser quelque chose de difficile et qu'il a besoin d'être pris dans les bras. La luciole parle profondément à notre esprit, à l'essence qui est dans nos corps, en l'invitant à attirer la lumière d'autres personnes ayant les mêmes dispositions d'esprit. La lumière de la luciole ne comporte pas de chaleur : c'est un signe qui indique de prendre la vie à un rythme ordinaire, au lieu d'aller trop vite et de s'épuiser trop vite. La luciole vous encourage à mener une vie simple.


Aide : Vous avez besoin de vous illuminer vous-même pour voir votre être essentiel, voir qui vous êtes véritablement en esprit. La luciole signifie d'allumer votre feu intérieur, d'avoir la passion d'atteindre vos buts. La luciole vous aide à découvrir la liberté dans votre essence même et elle vous permet de laisser votre esprit voler librement dans la nuit. La luciole peut vous ouvrir le chemin lorsque vous êtes perdu ou que vous suivez aveuglément un mauvais chemin. Les clignotements de sa lumière vont attirer votre attention et vous faire sortir de la négativité pour entrer dans la clarté de l'être. La luciole vous montre que tout est possible à partir du moment où l'on y croit. Une conviction forte peut vous donner la capacité à manifester vos désirs les plus profonds. La luciole peut ouvrir la voie. Elle peut vous ramener des mémoires de l'innocence de votre enfance, vous permettre de vous rappeler qui vous êtes, et vous permettre de devenir qui vous êtes destiné à devenir.


Fréquence : L'énergie de la luciole est brillante et claire. Elle fait une traction très douce pour vous tourner vers la connaissance qui est au tréfonds de vous. Elle vacille en luisant, elle clignote de la sagesse de l'univers. Elle fait un son semblable à un doux frottement sur les cordes d'une harpe, accompagné du tintement de clochettes.


Imaginez...

La nuit tombe, et vous êtes assis sous le porche de votre maison, goûtant le soir d'été. Une minuscule étincelle de lumière jaune s'illumine dans le jardin. Quelques instants après, une autre se met à étinceler. En quelques minutes, il semble que votre jardin scintille de la lumière des lucioles. En vous souvenant de votre enfance, quand vous attrapiez les insectes pour les mettre dans un bocal percé de trous en haut, vous rôdez dans le jardin et en attrapez une dans le creux de vos mains que vous avez formées en coupe. En scrutant par l'interstice entre vos pouces, vous observez la luciole qui rampe avec sa lumière clignotante. Vous vous sentez nostalgique de votre jeunesse. En observant la luciole, vous avez le sentiment de vous connecter à quelque chose de bien plus grand que vous-même. L'essence de la pureté semble être contenue à l'intérieur de cette petite lumière scintillante. Vous pensez à vous en tant qu'être spirituel et comment votre lumière brille dans le monde pour que tous puissent le voir. Vous êtes semblable à la luciole, courageux et libre. Vous ouvrez vos mains. Elle rampe vers le bout de votre doigt, puis s'envole.

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Symbolisme celte :


Selon Gilles Wurtz, auteur de Chamanisme celtique, Animaux de pouvoir sauvages et mythiques de nos terres (Éditions Véga, 2014), "Les noms "ver luisant" et "luciole" désignent de petits coléoptères de la même famille, les lampyres. Plus précisément, "ver luisant" se rapporte à la femelle qui a l'apparence d'une larve.


Les vers luisants et les lucioles jouent un rôle majeur dans nos écosystèmes : à l'état de larve, ils sont très voraces et se nourrissent surtout de chenilles, de limaces et d'escargots dont ils limitent la prolifération. Ils les paralysent à l'aide d'un venin, puis les liquéfient en leur injectant des enzymes digestives avant de les manger. Adultes, ces petits insectes ne s'alimentent presque plus et, après la reproduction, ils se laissent dépérir. Les mâles trouvent les femelles grâce à la lumière qu'elles émettent. Cependant, à l'heure actuelle, la pollution lumineuse de plus en plus répandue nuit grandement à leur union, en rendant les mâles incapables de détecter les femelles.

Le ver luisant et la luciole sont extrêmement sensibles à la pollution par les pesticides. Leur présence est un bon indicateur naturel d'un environnement sain.


Applications chamaniques celtiques de jadis

Les vers luisants et les lucioles incarnaient la lumière dans les ténèbres, l'espoir dans l'obscurité. Il émanait également d'eux une part de magie et de mystère. Leur lumière symbolisait la lumière de la Source, l'essence de lumière originelle qui anime chaque être vivant. Pour les Celtes, cette essence pure représentait l'âme et l'esprit d'un individu, l'âme étant la pure lumière et l'esprit la pure conscience de l'essence. Le ver luisant et la luciole évoquaient cet aspect pur, originel et éternel qui ne peut pas devenir malade, se fragmenter ni disparaître. Une ressource intarissable, l'espoir d'un renouveau dans les moments les plus sombres. Ces petits animaux étaient les porteurs de lumière. Tous ceux qui les observaient en conscience pouvaient devenir témoin d'un moment de grâce, et surtout se rendre compte que cette lumière vive luit au cœur de chaque être vivant. Le ver luisant et la luciole reflétaient pour les Celtes l'étincelle de vie, où ils pouvaient puiser l'espoir et la force de se sortir des situations les plus obscures. Nos ancêtres avaient souvent recours à ces deux esprits... car ils connaissaient leur efficacité bienfaisante, salvatrice même, puisqu'ils montraient à la personne qui le leur demandait comment raviver son espoir vital.


Applications chamaniques celtiques de nos jours

De nos jours, travailler avec l'esprit du ver luisant et de la luciole aurait un impact bénéfique sur les personnes aux prises avec une dépression. Pouvoir retrouver puis nourrir l'espoir au plus profond de nous est en effet capital et salvateur. Le travail chamanique avec un de ces esprits lumineux, ou les deux, pourrait aussi être un outil pédagogique très puissant pour intégrer pleinement la notion d'essence pure en soi. Découragement, manque de confiance en soi, en la vie, sentiment de ne pas voir le bout du tunnel... nombreuses sont les situations quotidiennes que peuvent adoucir les bienfaits d'un travail chamanique avec les esprits du ver luisant et de la luciole.


Mots-clefs : La lumière dans le noir ; L'espoir dans l'obscurité."

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Littérature :

Dans Smarra (1821) Charles Nodier évoque les lucioles :


"Semblables à ces insectes agiles que la nature a ornés de feux innocents, et que souvent, dans la silencieuse fraîcheur d'un courte nuit d'été, on voit jaillir en essaims du milieu d'une touffe de verdure, comme une gerbe d'étincelles sous les coups redoublés du forgeron. Ils flottent emportés par une légère brise qui passe, ou appelés par quelques doux parfums dont ils se nourrissent dans le calice des roses. Le nuage lumineux se promène, se berce inconsistant, se repose ou tourne un moment sur lui-même, et tombe tout entier sur le sommet d'un jeune pin qu'il illumine comme une pyramide consacrée aux fêtes publiques, ou à la branche inférieure d'un grand chêne à laquelle il donne l'aspect d'une girandole préparée pour les veillées de la forêt. Vois comme ils jouent autour de toi, comme ils frémissent dans les fleurs, comme ils rayonnent en reflets de feu sur les vases polis : ce ne sont point des démons ennemis. Ils dansent ; ils se réjouissent, ils ont l'abandon et les éclats de la folie. "

Et voici l'évocation pleine de poésie de la luciole par Jules Renard dans ses Histoires naturelles (1874) :


Le ver luisant I

Que se passe-t-il ? Neuf heures du soir et il y a encore de la lumière chez lui.

II

Cette goutte de lune dans l’herbe !

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Le ver luisant


Ver luisant tu luis à minuit, Tu t’allumes sous les étoiles Et, quand tout dort, tu t’introduis Dans la lune et ronge sa moelle. La lune, nid des vers luisants, Dans le ciel continue sa route. Elle sème sur les enfants, Sur tous les beaux enfants dormant, Rêve sur rêve, goutte à goutte.


Robert Desnos, "Le ver luisant" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Voici le célèbre article de Pier Paolo Pasolini sur La Disparition des lucioles, paru dans le Corriere della sera, sous le titre « Le vide du pouvoir en Italie », le 1er février 1975 :


« La distinction entre fascisme adjectif et fascisme substantif remonte à rien moins qu’au journal il Politecnico, c’est-à-dire à l’immédiat après-guerre… » Ainsi commence une intervention de Franco Fortini sur le fascisme (l’Europeo, 26-12-1974) : intervention à laquelle, comme on dit, je souscris complètement et pleinement. Je ne peux pourtant pas souscrire à son tendancieux début. En effet, la distinction entre « fascismes » faite dans le Politecnico n’est ni pertinente, ni actuelle. Elle pouvait encore être valable jusqu’à il y a une dizaine d’années : quand le régime démocrate-chrétien était encore la continuation pure et simple du régime fasciste. Mais, il y a une dizaine d’années, il s’est passé « quelque chose ». Quelque chose qui n’existait, ni n’était prévisible, non seulement à l’époque du Politecnico, mais encore un an avant que cela ne se passât (ou carrément, comme on le verra, pendant que cela se passait).

La vraie confrontation entre les « fascismes » ne peut donc pas être « chronologiquement » celle du fascisme fasciste avec le fascisme démocrate-chrétien, mais celle du fascisme fasciste avec le fascisme radicalement, totalement et imprévisiblement nouveau qui est né de ce « quelque chose » qui s’est passé il y a une dizaine d’années.

Puisque je suis écrivain et que je polémique ou, du moins, que je discute avec d’autres écrivains, que l’on me permette de donner une définition à caractère poético-littéraire de ce phénomène qui est intervenu en Italie en ce temps-là. Cela servira à simplifier et à abréger (et probablement aussi à mieux comprendre) notre propos.

Au début des années 60, à cause de la pollution atmosphérique et, surtout, à la campagne, à cause de la pollution de l’eau (fleuves d’azur et canaux limpides), les lucioles ont commencé à disparaître. Cela a été un phénomène foudroyant et fulgurant. Après quelques années, il n’y avait plus de lucioles. (Aujourd’hui, c’est un souvenir quelque peu poignant du passé : un homme de naguère qui a un tel souvenir ne peut se retrouver jeune dans les nouveaux jeunes, et ne peut donc plus avoir les beaux regrets d’autrefois).

Ce « quelque chose » qui est intervenu il y a une dizaine d’années, nous l’appellerons donc la « disparition des lucioles ».

Le régime démocrate-chrétien a connu deux phases complètement distinctes, qui, non seulement, ne peuvent être confrontées l’une à l’autre, ce qui impliquerait une certaine continuité entre elles, mais encore qui sont devenues franchement incommensurables d’un point de vue historique. La première phase de ce régime (comme, à juste titre, les radicaux ont toujours tenu à l’appeler) est celle qui va de la fin de la guerre à la disparition des lucioles, et la seconde, celle qui va de la disparition des lucioles à aujourd’hui. Observons-les l’une après l’autre.


Avant la disparition des lucioles.

La continuité entre le fascisme fasciste et le fascisme démocrate-chrétien est totale et absolue. Je ne parlerai pas de ceci, dont on parlait aussi à l’époque, peut-être dans le Politecnico : l’épuration manquée, la continuité des codes, la violence policière, le mépris pour la constitution. Et je m’arrête à ce fait qui, par la suite, a compté pour une conscience historique rétrospective : la démocratie que les antifascistes démocrates-chrétiens ont opposée à la dictature fasciste était effrontément formelle.

Elle se fondait sur une majorité absolue obtenue par les votes d’énormes strates de classes moyennes et d’immenses masses paysannes, guidées par le Vatican. Cette direction du Vatican n’était possible que si elle se fondait sur un régime totalement répressif. Dans un tel univers, les « valeurs » qui comptaient étaient les mêmes que pour le fascisme : l’Eglise, la patrie, la famille, l’obéissance, la discipline, l’ordre, l’épargne, la moralité. Ces « valeurs » (comme d’ailleurs sous le fascisme) étaient « aussi réelles », c’est-à-dire qu’elles faisaient partie des cultures particulières et concrètes qui constituaient l’Italie archaïquement agricole et paléoindustrielle. Mais au moment où elles ont été érigées en « valeurs » nationales, elles n’ont pu que perdre toute réalité, pour devenir atroce, stupide et répressif conformisme d’Etat : le conformisme du pouvoir fasciste et démocrate-chrétien. Ne parlons pas du provincialisme, de la gro