Le Cygne (suite)
- Anne

- 11 août 2019
- 49 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 févr.
Suite de l'article commencé en juin 2016 et que vous pouvez lire ici.
Symbolisme celte :
Pour Robert Ambelain dans Les Traditions celtiques (1ère éd. 1945, réed. Dangles 2011),
"Apollon Delphien est donc l'avatar supérieur de l'HU KADARN celtique. [...]

Chaque année, à l'automne, disaient les aèdes, Apollon-Phoïbos remontait vers les régions nordiques, où régnaient, derrière une triple barrière de glaces bleues, l'éternel printemps hyperboréen, que baignait la chaude lumière d'un soleil doré. Et le dieu de Lumière, de Sagesse, et de Beauté, y demeurait alors six longs mois, parmi les Cygnes sacrées qui le devaient ramener au retour du printemps, vers les premières fleurs de Délos.
Car nous retrouvons en Grèce, le Cygne hyperboréen. Les Hellènes de la grande époque l'attelaient parfois aux chars de Dyonisos et d'Aphrodite, mais plus souvent encore à celui d'Apollon. Leurs mythes nous disent qu'à Délos, au moment de la naissance du dieu, l'enfant-divin avait bondi au milieu des Cygnes, accourus pour chanter son avènement.
Aux Indes, dans les Védas, le Cygne était l'image de Vishnou et un des véhicules de Brahma. Semblablement, Zeus le prit comme médiateur pour féconder Léda, image symbolique de l'Humanité tout entière, et la renouveler en la faisant enfanter les Dioscures, présage de l'universelle fraternité. L’œuf du cygne, d'où naquirent Castor et Pollux, était alors l'image du Monde. C'est cet ésotérisme profond qui justifie le fait que la grande porte de l'église Saint-Pierre de Rome porte l'image de la païenne Léda ; près de son cygne. En effet, le Cygne est l'oiseau mystique des traditions celto-nordiques.
"Tout blanc en sa robe immaculée, nous dit Charbonneau-Lassay, le Cygne emblématique nous vient de ces pays septentrionaux que d'éblouissantes neiges couvrent quasi toujours. Quand on étudie les plus anciens témoignages de la présence humaine en ces hautes régions européennes, le premier des oiseaux que l'on y rencontre dans l'art emblématique naissant, c'est le Cygne. Quel peuple vivait alors en ces contrées et sous ce ciel serein et magnifique ? ... A peine venait-il d'ajouter à son outillage premier de pierre, qu'il savait à merveille façonner des instruments de cuivre et de bronze que, tour aussitôt, le Cygne s'y montre partout comme le confident de la pensée de ces primitifs, et la gracieuse expression de leur croyance en un Etre, supérieur et lumineux, maître du Monde et père de leur race..." (Charbonneau-Lassay, Le Bestiaire du Christ, p. 539).
Le Cygne était en effet pour les nations nordiques, ce qu'Apollon sera plus tard pour la civilisation hellénique, l'image et la personnification , si l'on peut dire, de la Lumière Divine. Voilà pourquoi outre les bijoux et les armes, le Cygne de l'Apollon nordique orne le char let la barque du dieu de Beauté, de Sagesse et de Sérénité. Dans l'extrême Nord, en Laponie, du cap Nord à la mer de Kara, les traditions populaires perpétuent encore le mystère de l'Oiseau Divin : porte-bonheur dans la vie matérielle, et image de l'Infini Céleste.
De très bonne heure, le Cygne paraît descendre des régions nordiques vers le centre et le sud de l'Europe.
Dès l'époque du bronze, on le rencontre en Hibernie, en Germanie, dans le sud-est des Gaules et en Lombardie. Un couteau de guerre scandinave de cette époque comporte un petit cygne émergeant du haut de la lame, en dessous de la poignée, et un fragment de plaque de ceinturon, d'origine ligurienne, nous montre le Cygne devant la Roue Solaire. A Bibracte, près d'Autun, les fouilles du Mont-Beuvray ont livré un Cygne en bronze, antérieur à l'invasion romaine. Il surmonte une douille, comme la main, le sanglier, l'alouette, le coq ou le cheval, des enseignes gauloises. Il était donc l'emblème d'un clan gaulois. Au Moyen Âge, le Cygne accompagnera le Chevalier Mystique. Car, pour la blancheur de son plumage, plus blanc que ceux de la colombe, de l'ibis ou de tout autre oiseau, pour son goût des eaux limpides et claires, aussi pour son courage et sa puissance, le Cygne deviendra l'emblème du classique Chevalier, type renouvelé du héros grec, lequel correspond parfaitement à l'être parvenu au sein du GWENVED, le "Monde Blanc"...
Chez les Anciens, et comme la Colombe, le Cygne fut également un oiseau d'amour, emblème de l'affection et de la tendresse fidèle et pure. C'est ce qu'exprimait magnifiquement "l'Aphrodite d'or" des Grecs montée sur le Cygne, la déesse qui enseignait aux hommes l'Amour Céleste.

Le Cygne immaculé est enfin l'image de l'épanouissement final de l'Âme, accédant enfin au GWENVED, au "Monde Blanc", parce qu'à son dernier moment il exprime la Beauté de la Vie et la Grandeur de la Mort, par un dernier chant.
"A l'automne, nous dit Edouard Schuré, Apollon retourne en sa patrie, au pays des Hyperboréens. C'est le peuple mystérieux des Âmes, lumineuses et transparentes. Là sont ses vrais prêtres, et ses prêtresses aimées. Quand il veut faire aux Hommes un don royal, il leur amène, du pays des Hyperboréens, une de ces grandes âmes lumineuses. Et Lui-même revient à Delphes, tous les printemps, dans sa blancheur lumineuse et pure, sur un char traîné par des cygnes..."
Comment ne pas voir, dans cette mythique Hyperborée, avec Philéas Lebesgue, le "Monde blanc", le GWENVED où tout n'est que blancheur, pureté, beauté, lumière ?
Bien avant que les peuples nordiques se convertissent à la religion nouvelle, le christianisme, nous dit Per Skansen, il existait déjà chez eux une déité fort attirante, qu'ils nommaient Balder, Dieu de la Suprême Beauté, sous tous ses aspects, du bel et pur amour, et qu'on a parfois nommé le "Christ-Blanc". Beauté, Sagesse, Force, Justice, Pureté, Amour, Sérénité, tels sont les attributs de Balder. Figure étrange, attirante et pure, qui monte des brumeuses mythologies nordiques comme ces soleils rayonnants qui, en hiver, illuminent les glaces et les mers arctiques, et jouent sur le blanc des neiges et le bleu pâle des ciels du Nord, donnant à la mer le vert limpide et clair des aigue-marines. Là encore, le Cygne est l'emblème du dieu Balder de son nom nordique [est] Kad-Balder ou Kal-Balladoer pour les traditions celtiques."
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Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),
"Dans les textes celtiques, la plupart des êtres de l'Autre Monde qui, pour une raison ou pour une autre, pénètrent dans le monde terrestre, empruntent la forme du cygne et voyagent le plus souvent par deux, reliés par une chaîne d'or ou d'argent. Sur beaucoup d'œuvres d'art celtiques, deux cygnes figurent chacun sur un côté de la barque solaire, qu'ils guident et accompagnent dans son voyage sur l'océan céleste. Venant du Nord ou y retournant, ils symbolisent les états supérieurs ou angéliques de l'être en cours de délivrance et retournant vers le Principe suprême. Sur le continent, et même dans les îles, le cygne est souvent confondu avec la grue, d'une part, et l'oie, d'autre part ; ce qui explique l'interdit alimentaire dont cette dernière faisait l"objet, d’après César, chez les Bretons."
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Dans L'Oracle des Druides, Comment utiliser les animaux sacrés de la tradition druidique (1994, trad. française 2006) de Philip et Stephanie Carr-Gomm, " le cygne (Eala) [est symbolisé par trois mots clefs : ]
Âme - Amour - Beauté.
La carte représente une scène d'un conte irlandais, Le Rêve d'Oenghus. Au premier plan se trouve le lac où Caer Ibormeith (Yewberry), jeune fille d'une grande beauté, se métamorphosait tous les deux ans en cygne à Samhuinn. Sous l'apparence d'une cygne, Oenghus, dieu de l'amour, la séduisit et tous deux s'envolèrent pour Brugh na Boinne - Newgrange - qui figure ici à l'arrière-plan. Comme beaucoup de cygnes légendaires, Yewberry porte au cou un collier d'or.

Le cygne nous apporte les qualités de l'âme : l'amour, la profondeur, la grâce et la beauté. C'est l'oiseau du seuil, associé à la fête druidique de Samhuinn. Il représente notre capacité à voyager dans l'Autre Monde. Cette carte indique peut-être qu'une période d'inspiration ou un nouvel amour vous attendent. Elle est de bon augure si vous envisagez d'écrire un poème ou une chanson car la peau et les plumes de cygne servaient autrefois à la fabrication du Tugen, la cape de cérémonie des bardes.
Renversée, la carte indique que l'heure est peut-être venue d'accepter une séparation devenue inévitable. Les cygnes des contes et légendes nous rappellent que nous ne sommes jamais séparés, de ceux que nous aimons ; nous passons seulement par différentes phases de transformation. Il faut savoir dire "adieu" pour pouvoir progresser dans ce monde et le jour viendra peut-être où nous serons réunis avec ceux que nous avons quittés. Les séparations par ailleurs ne sont pas forcément matérielles ou physiques ; le cygne nous demande de quitter la surface de notre être pour nous plonge dans les profondeurs de l'âme.
Le Cygne dans la Tradition
Cygnes blancs des mondes sauvages qui survolez
tant de contrées, avez-vous jamais vu l'île de Tir-na-n'Og
où la jeunesse est éternelle, l'île de Tir-na-Moe
où la beauté n'a pas de fin ou celle de Moy-Mell,
embaumant du parfum des fleurs ?
Extrait des Enfants de Lir, d'Ella Young.
Tir-na-n'Og était une île de l'Autre Monde où la jeunesse était éternelle, Les cygnes blancs auxquels le poème fait référence sont quatre enfants d'une des plus anciennes lignées d'Irlande, les Tuatha De Danaan. Fuyant l'invasion des Milésiens qui envahissaient les îles septentrionales grecques, les Tuatha De Danaan se réfugièrent à l'intérieur des Collines Creuses pour y former le peuple des fées - les Sidhe. La race des Danaan est strictement mythologique, mais l'histoire et le mythe sont inextricablement liés : nous savons que la Grèce Antique et les îles celtes entretenaient des relations commerciales, que la construction des cercles de pierres était basée sut des calculs pythagoriciens et que les mythologies et les philosophies grecques et celtiques ont de nombreux points communs.
Les Grecs avaient associé le cygne à Apollon et le décrivaient souvent chantant au son d'une lyre. De même, la tradition celtique associe le cygne ua chant, car il représente la grâce, la beauté et la féminité. Nous parlons encore aujourd'hui du "chant du cygne" pour désigner le dernier chef-d'œuvre ou la dernière réalisation d'une personne avant sa mort, sans doute parce que le cygne représente l'âme humaine dans l'Autre Monde. La grue transporte l'âme dans l'au-delà, mais le cygne est cette âme elle-même. Il est par conséquent associé à la période de Samhuinn, temps de passage entre le monde des vivants et celui des morts, le monde intérieur et le monde extérieur, l'année écoulée et la nouvelle année. Nous le retrouvons aussi associé, à un moindre degré, avec la période du milieu de l'été, le moment où la frontière nous séparant du royaume des fées s'estompe et à la tradition européenne raconte que des jeunes filles se métamorphosent en cygnes.
Les Cygnes de Lyr
En Irlande, on saluait toujours un cygne en le croisant : "Béni sois-tu, cygne blanc, pour les enfants de Lir !" Lir était le roi des Tuatha De Danaan. Ses quatre enfants superbes (trois garçons et une fille) étaient aimés de tous sauf de leur marâtre Aoifa ; alors qu'ils se baignaient, celle les transforma en cygnes blancs d'un coup de baguette magique. Neuf cents ans devaient s'écouler avant qu'ils ne redeviennent humains, lorsqu'il entendraient le son d'une cloche et la nouvelle qu'un prince du nord épouserait une princesse du sud. Seuls leurs voix et leurs chants restaient humains. En proie au chagrin, leur père s'approcha du bord du lac pour les supplier de revenir au palais. Mais Conn, l'un de ses fils, lui répondit : "Père, nous vous souhaitons le plus grand des bonheurs, mais nous ne pouvons plus désormais habiter sous votre toit. Nos voix sont encore celles des enfants qui furent les vôtres, mais nos cœurs sont ceux de cygnes sauvages. Nous aimons plus que tout les cris solitaires de la nuit, le ciel crépusculaire et le bercement de l'eau sous nos corps. Seuls nous restent de vous les chants que vous nous apprîmes. Le scintillement de l'aube est plus profond et doux que celui des couronnes d'or dans le reflet des flammes."
Neuf cents ans plus tard, l'Irlande s'était convertie au christianisme. Les cygnes entendirent sonner les cloches de l'église de Saint-Kernoc et se réfugièrent auprès du Saint qui les accueillit. Peu après, une princesse de Munster épousa le roi Largnen du Connacht et les quatre enfants de Lir furent délivrés du sot que leur avait jeté Aoifa. Mais en retrouvant leur apparence humaine, ils moururent de vieillesse. Saint-Kernoc les enterra sous un tumulus de pierre où fut posée une pierre tombale portant leurs noms en ogham.
Les Femmes-Cygnes
Dans Le Rêve d'Oenghus, cent cinquante et une femmes se rassemblent près d'un lac tous les deux ans pour s'y changer en cygne le jour de Samhuinn. Elles portent toutes un collier d'argent, sauf Yewberry dont le collier est en or. Oenghus s'éprend d'elle et se transforme en cygne pour lui prouver son amour. Avant de s'envoler pour Newgrange, ils font trois fois le tour du lac, berçant tout le monde de leur chant céleste pendant trois jours et trois nuits.
Cu-Chulainn, le demi-dieu d'Ulster, est lui aussi étroitement associé aux cygnes. Ils apparurent le jour de sa conception et réapparurent fréquemment par la suite. Un jour de Samhuinn, ils l'aident à tirer son chariot enlisé hors d'un marécage ; une autre fois, deux femmes se transforment en cygnes pour mieux le poursuivre.
La grâce du cygne s'apparente à celle de la déesse, à la beauté et la féminité. Les femmes cygnes sont le thème commun de beaucoup de contes à travers le monde : Le Lac des cygnes est l'adaptation du plus célèbre d'entre eux. Mais la transformation de la femme en cygne est aussi une allégorie de la mort, puisque le cygne représente l'âme."
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Pour Sabine Heinz, auteure de Les Symboles des Celtes, (édition originale 1997, traduction française Guy Trédaniel Éditeur, 1998),
"Très tôt, en Europe de l'Est, on trouve des oiseaux aquatiques au long cou, comme le cygne, l'oie pou l grue, qui accompagnent les équipages ou décorent différentes récipients (VII - Vie siècles avant notre ère);. Le cygne et le canard surtout tirent les bateaux et les chars du culte ou forment une barque. Tous deux ont la même importance et il est parfois difficile de les distinguer, par exemple sur les casques. Dans les légendes des Celtes insulaires, les cygnes ont plus de prestige que les canards. Ils peuvent détruire, mais représentent la plupart du temps des oiseaux qui attirent ou qui permettent de fuir du ou dans l'Autre Monde. Midir, par exemple, s'enfuit ainsi avec Étain après lui avoir longtemps fait la cour.
Les métamorphoses en cygne sont dues à une punition ou à une vengeance. Ces oiseaux enchantent alors souvent les humains par leur chant qui leur apporte aussi le sommeil, comme c'est le cas pour Cùchulainn. Les cygnes dans Le visage onirique d'Aengus, ont eux aussi pour mission d'attirer et de faire fuir, comme c'est le cas pour Midir et Étain. Ils appartiennent à l'Autre Monde et sont toujours liés l'un à l'autre par des chaînes.
Les couples de cygnes restent ensemble toute leur vie. Cela pourrait expliquer pourquoi l'héraldique les représente encore enchaînés et pourquoi ces animaux sont le principal but des métamorphoses. Le blanc éclatant de leur plumage qui symbolise la pureté - une caractéristique féminine tant prisée dans de nombreuses littératures -, ainsi que leur grâce les rendent peut-être particulièrement attirants pour les femmes qui désirent se métamorphoser.
Après la mort de la femme de Lir, le Roi de toute l'Irlande, Bove Dergh, lui proposa de prendre pour femme l'une de ses filles. Lir choisit l’aînée qui donna par deux fois naissance à des jumeaux. Elle mourut au cours du dernier accouchement. Lir s'adressa de nouveau à Bove Derg qui lui donna pour épouse sa seconde fille, Éva, qui, dans un premier temps, s'occupa avec amour de leur trois fils et de leur fille. Mais elle devint de plus en plus jalouse d'eux et décida de les tuer. Sur le chemin qui les conduisait dans la demeure de son père, qui aimait s'occuper des enfants de Lir, elle ordonna à ses gens de tuer les enfants. Ils refusèrent, indignés. Elle tenta donc elle-même de les tuer, mais n'y parvint pas. Elle transforma alors les enfants en cygnes et arriva seule chez son père. Ce dernier, étonné que ses petits-enfants ne soient pas venus, s'enquit auprès de Lir de leur santé. Lir fut à son tour surpris que les enfants ne soient pas arrivés chez Bove Derg et, inquiet, il partit à leur recherche, se doutant qu’Éva était à l'origine de cette disparition.
Au bord du lac Davra, Lir rencontra quatre magnifiques cygnes blancs. Finola, sa file, lui expliqua son infortune. Il leur faudrait passer trois fois trois cents ans sur différentes eaux : le lac Davra, le courant marin Moyle et la mer de Glora, avant qu'ils puissent reprendre forme humaine, il faudrait que le Nord et le Sud soient réunis, que saint Patrick vienne en Irlande et que les cloches chrétiennes annonçant sa venue retentissent. Ils avaient cependant le droit de garder leur réflexion et leur voix humaines ainsi que leur langue (irlandaise)-galloise. De plus, ils savaient chanter d'une voix suave et faire glisser quiconque entendait leur musique de fée dans un doux sommeil dont il se réveillait reposé et débarrassé de ses soucis. Le lendemain, Lir quitta ses enfants après que leur chant l'eût soulagé. A la cour de Bove Derg, Eva fut punie et métamorphosée en oiseau,l l'une des créatures qu'elle détestait le plus. Les quatre cygnes passèrent les trois cents ans qui suivirent auprès de Bove Derg et de Lir, conversant agréablement et chantant de leur belle voix. A partir de là, il fut interdit en Irlande de chasser les cygnes. Ils durent ensuite partir sur le courant marin Moyle où ils furent contraints d'endurer les terribles tortures du vent et des intempéries. La tempête hivernale faisait coller la peau de leurs nageoires à la glace et les plumes de leur poitrine et de leurs ailes au rocher ; les plaies brûlaient alors dans l'eau salée. Chaque fois qu'un danger les menaçait, Finola prenait ses frères sous son aile et sous son poitrail, de sorte qu'ils arrivèrent à survivre malgré la faim, la peur et la torture. L'escorte de Bove Derg ne les y trouva qu'une seule fois. au bout de trois cent ans, ils durent poursuivre leur chemin jusqu'à la mer de Glora où ils subirent les mêmes tortures. Quand ces trois cents ans furent révolus, ils voulurent aller rejoindre leur père. Mais sa demeure avait été abandonnée et détruite. Profondément attristés, ils retournèrent à l'ouest, sur l'île de Glora, et se posèrent sur un lac. Ils y chantèrent si merveilleusement que tous les oiseaux, le soir, après avoir trouvé leur nourriture, se rassemblèrent sur le lac. Les cygnes entendirent enfin les cloches sonner et rencontrèrent Kernoc qui les accueillit, les nourrit et les instruisit. La nouvelle des cygnes merveilleux parvint aux oreilles du roi du Connaught qui les voulut absolument pour sa femme. Kernoc n'accepta pas de les lui donner ; le roi les prit par la force et les emmena. Peu après être partis, les cygnes perdirent leurs plumes et reprirent forme humaine. Ils étaient tous les quatre âgés, ridés, noueux et leurs cheveux étaient blancs. Une fois de plus, Finola intervint et demanda qu'on les baptise. Elle voulait être enterrée avec ses frères dans la position qu'ils avaient toujours prise ensemble : l'un sous son poitrail, les deux autres chacun sous une aile. Et Kernoc exauça son souhait et leur érigea une pierre d'Ogham.
Cette légende montre la réussite de la christianisation, symbolisée par la maison détruite et abandonnée de Lir, ainsi que par les cloches et le baptême. Les cygnes deviennent des porteurs d'âmes. La métamorphose en cygne consécutive à une punition est devenue par la suite un motif fréquent dans les contes européens.
En héraldique, les cygnes sont les animaux royaux de la chasse et de la chevalerie."
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D'après Jean Markale, auteur du Nouveau Dictionnaire de Mythologie celtique (Éditions Pygmalion - Gérard Watelet, 1999),
Le cygne est un "animal sacré chez les Celtes, d'origine hyperboréenne. De nombreuses légendes présentent des femmes-fées ou des déesses sous l'aspect de cygnes, aussi bien en Irlande qu'en Bretagne armoricaine. La blancheur de cet oiseau en fait un symbole de la lumière solaire, mais sous un aspect féminin conforme aux langues celtiques : le soleil est en effet du genre féminin."
Pour Thierry Jolif, auteur de B. A.-BA Mythologie celtique (Éditions Pardès, 2000),
"Les cygnes sont les animaux les plus fréquemment rencontrés das les récits épiques irlandais. C'est presque toujours sous la forme de cygnes qu'apparaissent les messagers de l'Autre Monde. Le héros de l'Ulster Cuchulainn sera sévèrement puni pour avoir blessé deux cygnes qui n'étaient autres que deux envoyés du sid. Alors que le dieu Oengus retrouvera la jeune fille dont il était éperdument amoureux sous la forme d'un cygne, c'est d'ailleurs sous cette forme qu'ils passeront leurs premières heures ensemble. C'est encore sous forme de cygne que les enfants de Lir sont condamnés à errer par leur marâtre. Ils resteront sous cette forme primordiale durant neuf cents ans, jusqu'à la christianisation de l'Irlande. cette métamorphose indique un retour à un état antérieur et supérieur à celui des humains, qui est celui des dieux. Une des particularités des oiseaux divins est leur chant qui efface toutes souffrances et toute notion de temps, ainsi les oiseaux de Rhiannon qui chantent pour Bran et ses compagnons dans le récit gallois Branwen, fille de Llyr."
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Selon Divi Kervella dans Emblèmes et symboles des Bretons et des Celtes (2001),
"Le cygne (alarc'h en breton) était un animal sacré pour les anciens Celtes. Il représentait l'amour et la pureté. Nous savons également, grâce à Jules César, que la viande de cygne était tabou chez les anciens Bretons, et de nos jours encore, en maintes contrées de la Celtie, comme aux Hébrides par exemple, il est extrêmement mal vu d'en tuer un.
Dans la mythologie celtique, les êtres de l'Autre Monde empruntent la forme d'un cygne pour venir dans le nôtre et voyagent le plus souvent par deux, reliés par une chaîne d'or ou d'argent. Cela se retrouve encore en de nombreux contes populaires bretons.
Le cimier de la statuette de la déesse celtique - dénommée "Brigitte" par les archéologues - datant du Ier siècle et découverte en Bretagne sur les pentes du Menez-C'homm en Dinéault, est orné d'un magnifique cygne.
Sa qualité d'oiseau blanc et noir en a fait également un symbole de la Bretagne, et surtout l'emblème de la liberté bretonne. Une des plus fameuses chansons bretonnes, recueillie au XIXè siècle, s'intitule An Alarc'h et raconte le retour triomphal du duc Jean IV en 1379 contrant la tentative d'annexion de la Bretagne par le roi de la France.
On retrouve le cygne comme cimier des ducs de Bretagne au XIVè siècle. Le cygne sera encore l'emblème de Claude, la fille de la duchesse Anne de Bretagne, à cette différence que le cygne est ici transpercé d'une flèche, symbole de la liberté bretonne assassinée. En effet, c'est le mari de cette dernière, le roi de France François Ier, qui, violant les accords passés entre Anne de Bretagne et les souverains français, s'arrogeant des droits auxquels il ne pouvait en aucun cas prétendre, puis soudoyant ou intimidant les membres des états de Bretagne, leur fit signer l'acte d'Union de la Bretagne à la France en 1532."
Dans Animaux totems celtes, Un voyage chamanique à la rencontre de votre animal allié (2002, traduction française : Éditions Vega, 2015), John Matthews nous propose la fiche suivante :
"Cygne = irlandais : ela ; gallois : alarch ; gaélique : eala ; langue de Cornouailles : alargh ; breton : alarc'h.
Les cygnes sont des caractères familiers de l'iconographie celte, où ils apparaissent sous la forme de bon nombre de sculpture et d'objets de rituel, datant pour certains aussi loin que 1500 av. J. C. Les cygnes étaient essentiellement perçus comme des oiseaux de l'Autre -Monde, se révélant souvent être des fées ayant emprunté cette forme, qu'elles semblaient préférer à d'autres.
Les cygnes semblent avoir toujours eu une connexion profonde avec le héros d'Ulster Cuchulainn. Un groupe de cygnes destructeurs ayant des chaînes d'argent autour de leur cou, attaquent Emain Macha la nuit de sa naissance ; plus tard dans l'histoire contant l'amour de la princesse Derbforgail pour le héros, elle est d'abord vue sous la forme d'un cygne, ce qui lui permet d'observer le héros de plus près. En la voyant, Cuchulainn la prend pour un vrai cygne et lui jette une pierre par désœuvrement, la touchant. Elle revient alors à sa forme humaine, gisant saignante à ses pieds. Cuchulainn tente de la rétablir, et ce faisant, il avale un peu de son sang. Du fait d'une loi inconnue, cela rend leur mariage impossible, et elle finit par épouser le fils du héros. Dans une autre histoire, Cuchulainn retourne voir Emain Macha en compagnie d'un grand nombre de cygnes - là encore, portant des chaînes d'argent autour de leur cou, une indication qu'ils viennent de l'Autre-Monde.
Le rêve d'Angus est une des autres histoires où apparaissent des cygnes, et dans laquelle le Dieu-amour celte se prend 'obsession pour une femme nommée Caer, qui a fait son apparition dans un de ses rêves. Son désir est si grand qu'il en devient malade, et se lance à sa recherche. Lorsqu'elle est trouvée, on découvre que, elle et ses sœurs se transforment toutes en cygnes à un certain moment de l'année (lors du grand festival celte de Samhain), pour une période de six mois. Angus arrive à Loch Bel Dracon, où la transformation est supposée avoir lieu, et trouve cent cinquante cygnes, tous avec une chaîne d'argent autour du cou. Malgré cela, il arrive à distinguer Caer des autres et lui demande de s'approcher. A ce moment, il se transforme à son tour en cygne et ils s'envolent tous deux, produisant une musique qui endort, quiconque l'entend, pendant trois jours et trois nuits. Mais l'histoire de cygnes la plus connue est probablement Le Destin des enfants de Lir, lesquels se voient transformés en cygnes par une belle-mère dominée par la jalousie. Ils vivent sous cette forme pendant trois cents ans, avant de finalement retrouver leur forme humaine et de mourir.
Le cygne semble représenter de manière insistante le chagrin et (parfois) l'amour sans espoir. Il est également au centre d'une tradition, qui le considère comme un animal oraculaire.
Préceptes du totem :
Éclaireur : Ce chemin est lié au destin.
Protecteur : Assure-toi de savoir ce que tu fais.
Challenger : Y as-tu bien réfléchi ?
Aide : La sagesse se trouve en des lieux inattendus."
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Dimitri Nikolai Boekhoorn, auteur d'une thèse intitulée Bestiaire mythique, légendaire et merveilleux dans la tradition celtique : de la littérature orale à la littérature écrite : étude comparée de l'évolution du rôle et de la fonction des animaux dans les traditions écrites et orales ayant trait à la mythologie en Irlande, Ecosse, Pays de Galles, Cornouailles et Bretagne à partir du Haut Moyen Âge, appuyée sur les sources écrites, iconographiques et toreutiques chez les Celtes anciens continentaux. (Université Rennes 2 ; University Collège Cork, 2008) s'intéresse à la vision celte du cygne :
Oiseaux aquatiques et oiseaux de marais : Les oiseaux aquatiques occupent une place primordiale dans la mythologique celtique. Bien évidemment, leur symbolique est liée au culte de l’eau. Les courants d’eaux, les rivières, les lacs et l’océan constituant un moyen d’entrée vers l’Autre Monde dans la croyance des Celtes, les oiseaux aquatiques étaient des messagers privilégiés de l’Au-delà celtique. Les oiseaux en général - liés à l’élément qu’est l’air - étaient déjà considérés comme des êtres entretenant des rapports intimes et complexes avec l’Autre Monde ; les oiseaux aquatiques, en outre, « se servent » également d’un autre élément primordial, l’eau. Les oiseaux aquatiques étaient ainsi en rapport avec le monde divin de deux manières. Dans l’iconographie celtique, ce groupe d’oiseaux est par conséquent très important ; le nombre d’oiseaux aquatiques représentés sur différents objets est considérable. La grue, l’oie, le cygne et le canard, oiseaux aquatiques au cou long et impressionnant, jouent un rôle prépondérant dans le rituel celtique : des statuettes représentant ces animaux tirent des chars cultuels, des bateaux - ou ils apparaissent sous forme de barque - portent des coupes et sont montés sur des casques. L’iconographie aviaire de l’Europe de l’Est surtout est très ancienne.
Naturellement, les oiseaux fluviatiles étaient associés aux eaux thermales sacrées. Il n’est donc pas surprenant de retrouver des modèles votifs de ces animaux dans les anciens lieux de culte. Comme nous avons pu le constater avant, certaines légendes provenant de Grande-Bretagne ou d’Irlande, ont gardé des marques assez nettes d’anciens rituels. On ne sera donc nullement surpris de constater que - dans certaines légendes celtiques tout du moins - ces oiseaux ont la fonction de récupérer des objets magiques tombés dans l’eau.
[...]
Cygne : Comme pour l'oie et la grue, la blancheur immaculée de ce palmipède migrateur, au long cou flexible, est légendaire en Occident et en Orient, comme d'ailleurs sa grâce et son côté majestueux. Cet oiseau a fort inspiré l’Homme à toutes les époques. En revanche, le monde des symboles est souvent binaire ; la blancheur évoque deux lumières, celle du jour qui est solaire et mâle mais aussi celle de la nuit qui est lunaire et femelle. Le cygne peut ainsi être chargé d'un symbolisme inversé. Il faut savoir que la symbolique mâle prédomine. Ainsi, le cygne mâle accompagne Apollon. Il s'agit donc d'un oiseau plutôt ouranien et solaire. Dans un mythe grec connu, on raconte qu'à la naissance d'Apollon, dieu de la musique, de la poésie et de la divination, les cygnes sacrés firent sept fois le tour de l'île. Ensuite, Zeus donna au jeune dieu sa lyre et un char attelé de ces cygnes blancs. Ailleurs également, la force poétique est incarnée par le cygne et cet animal est aussi l'emblème du druide habillé de blanc. Les amours de Zeus, transformé en cygne, pour Léda, transformée en oie pour lui échapper, sont célèbres. L'interprétation habituelle de ce mythe suppose une bipolarisation entre le cygne, symbole mâle, et l'oie, symbole femelle. En fait, l'oie est considérée ici comme un avatar du cygne dans sa symbolique lunaire et femelle.
Dans le nord de l'Europe, on racontait au cours du Moyen Âge que les cygnes sauvages venaient d'eux-mêmes vers un musicien qui jouait bien de la harpe et ce rapprochement existe aussi dans la Bible.
Déjà dans la période des Champs d’Urnes et dans la phase de l’Hallstatt, dans la préhistoire, on remarque l’importance primordiale du culte du cygne. La connexion de cet anatidé (ou palmipède) au culte solaire est bien établie et fut répandue dans toute l’Europe. Selon Ross, on pourrait très bien croire que les (proto-) Celtes avaient en commun avec d’autres peuples en Europe, la vénération et l’apaisement d’une ou de plusieurs divinités solaires. Les oiseaux aquatiques, en particulier le cygne, la grue et l’oie, sont associés au culte de l’eau et à ces dieux solaires. Il est donc logique de retrouver des représentations du cygne à proximité des eaux thermales, qui avaient bien entendu une fonction thérapeutique, à l’image des divinités qui y furent vénérées. Un nombre important de modèles votifs retrouvés par les archéologues sont tirés par des cygnes. D’autres modèles sont cependant tirés par des cerfs ou des bœufs, ou encore des animaux hybrides sous forme d’oiseau cornu. Le « motif » des véhicules tirés par des animaux apprivoisés fait penser aux descriptions de la déesse forestière Flidais dans les textes irlandais, ainsi qu’à une scène de la Táin bó Cuálgne concernant Cú Chulainn qui se procure une certaine maîtrise sur des animaux.
Ross suppose que la popularité du culte solaire a sans doute diminué au fil du temps, de sorte que le symbolisme solaire dégénéré ne fut plus compris et qu’on voit apparaître des motifs artistiques qui contiennent l’écho de cette croyance ancienne. Si les Celtes anciens de l’époque des Champs d’Urnes et de l’Hallstatt nous ont légué une véritable richesse concernant le symbolisme, l’imaginaire et le culte du cygne, l’art gallo-romain et romanobrittonique se serait plutôt inspiré du monde classique ; en effet, les associations qu’évoquent les sculptures montrant des cygnes nous semblent préférablement romaines et grecques. Il y a cependant une sculpture provenant du site gaulois d’Alésia qui nous montre un cygne avec une barque contenant trois mères et trois enfants.1434 Ensuite, on retrouverait des traces des légendes cultuelles dans la littérature irlandaise ancienne, puisqu’en Irlande la mémoire de la classe savante a retenu même des éléments d’un passé lointain, l’époque laténienne. Dans la forme la plus ancienne de plusieurs légendes relatives aux cygnes, nous voyons un héritage des motifs liés au culte solaire des Celtes anciens. Plus tard, l’iconographie chrétienne nous montre des traces de la tradition païenne, la tradition étant trop « forte » et trop répandue pour être éradiquée. Une solution plus simple était de reprendre la symbolique utilisée par les ancêtres pour en faire un symbolisme chrétien.
Parmi les oiseaux aquatiques, le cygne surtout occupe une place primordiale dans la littérature de l’Irlande ancienne ; le cygne l’emporte donc dans les textes celtiques insulaires au dépens des autres oiseaux fluviatiles. Il possède parfois une force destructive, il est un messager de l’Autre Monde et en tant que tel, il attire des hommes vers les espaces ou dimensions surnaturelles. La métamorphose d’homme en cygne peut apparaître comme punition ou vengeance dans la littérature irlandaise ; une fois sous l’influence de la magie, ces êtres humains désormais transformés en cygnes peuvent enchanter les hommes sur terre, leur chant les fait souvent tomber dans un sommeil profond. Cette transformation en cygne fut plus tard un motif connu des légendes européennes. (1) Dans plusieurs cas ces cygnes sont attelés par une chaîne d’or ou d’argent. Ce fait peut symboliser des dieux et des déesses (des divinités solaires en fin de compte) transformés en cygnes. En tout cas, les chaînes prouvent qu’il s’agit de cygnes surnaturels. (2) La métamorphose en cygne est assez courante chez les divinités. Une remarque de Le Roux et Guyonvarc’h le confirme :
‘Métamorphose : c’est le trait morphologique le plus courant des personnages de l’Autre Monde qui, pour venir sur terre ou en repartir, empruntent le plus souvent la forme des oiseaux (cygnes).’
Leur symbolique en ce qui concerne l’amour découle du fait que les cygnes sont monogames : les couples restent pendant toute leur vie ensemble ; ceci pourrait également expliquer - en partie tout du moins - le motif des cygnes attelés de la littérature irlandaise. De plus la couleur blanc vif de leur plumage a inspiré tout un symbolisme concernant la pureté, la beauté, l’image idéale ou parfaite concernant les femmes et la bonne chance, surtout dans la tradition irlandaise. On constate fréquemment une association sexuelle dans les textes irlandais, sans doute à cause du long cou « phallique » de ces oiseaux. Les récits du Pays de Galles suggèrent par contre plutôt une croyance selon laquelle les cygnes entretenaient des relations entre le monde des mortels et l’Autre Monde ; dans les légendes galloises, ils sont avant tout les messagers des dieux. Certaines légendes racontent comment des cygnes enlèvent leur plumage pour devenir des « filles-cygnes ».
D’ailleurs, il est important de se rappeler que la grue a disparu du biotope irlandais à la fin du XIVe siècle ; le cygne doit avoir hérité de la symbolique autrefois attachée à la grue. Si la littérature de l’Irlande ancienne nous donne deux légendes dans lesquelles les êtres humains transformés en cygnes sont au départ des femmes ou des filles (Derbforgaill et Caer avec ses compagnons), nous disposons également de récits où les êtres transformés sont des hommes (Midir et le roi Mongán) ou des hommes et des femmes (les enfants de Lir).
La blancheur du cygne donne lieu à des comparaisons avec la beauté des filles : dans le récit gallois de Kulhwch, la beauté d’Olwen est comparée à celle d’un cygne : ‘Ses deux seins étaient plus blancs que la poitrine du cygne blanc’. On a ici un exemple d’une métaphore animalière très positive et décidément non guerrière. Ci-dessous suivent quelques textes dans lesquels le cygne est un des éléments-clefs :
Aislinge Oenguso / Rêve d’Aengus :
Dans ce texte apparaissent des cygnes attelés. Il s’agit de la première histoire, c’est-à-dire l’histoire la plus ancienne connue dans laquelle il est question de cygnes en tant qu’êtres métamorphosés. Dans ce récit, Oengus tombe amoureux d’une jeune fille qu’il a vue dans son rêve. Il apprend qu’elle est Caer Ibormeith, fille d’Ethal Anbuail, un être surnaturel, comme Oengus d’ailleurs. La Bodb lui annonce qu’elle se trouve au bord d’un lac, Loch Bél Dracon. Quand Oengus arrive, lui et la Bodb voient 150 filles, attachées une par une par une chaîne d’argent. Caer se distingue facilement des autres par sa taille (elle est plus grande que les autres filles) et par des ornements. Il apparaît qu’elle est une année en forme d’un cygne, et l’autre sous forme humaine, le moment de transformation tombant le jour de Samhain, au premier novembre.1446 Apparemment, Oengus ne peut se rapprocher d’elle que quand elle est sous forme d’oiseau. Sans doute est-elle moins puissante sous forme animale qu’en humaine ; pour cela, il est nécessaire pour Oengus d’attendre le moment approprié avant de la prendre. Ce moment venu, il aperçoit 150 cygnes, et, lui aussi, prend forme de cygne, apparemment sous influence de Caer. Il vole autour du lac avec les autres à trois reprises, tout en chantant de la musique qui fait endormir tout le monde.
Ici, on a affaire à un phénomène plus signifiant que de simples métamorphoses, comme l’exprime encore Anne Ross. Les filles ne changent pas seulement tous les ans – elle demeurent donc autant sous forme humaine que sous forme aviaire – mais le moment de transformation est bien réglé (à Samhain) et Oengus ou le Macc Óc lui-même doit également se transformer en cygne.
Tochmarc Étaíne / La Courtoisie d’Étaín :
Dans la troisième partie du récit, Midir, dieu résidant dans la colline de Brí Léith, vient chercher Étaín, qui a été sa femme dans une autre existence. Midir regagne sa femme en définitive d’Eochaid Airem, roi d’Irlande, le nouvel époux d’Étaín. Quoique Eochaid triche – il s’enferme avec sa femme dans sa maison à l’heure où Midir pourrait embrasser sa femme – Midir réussit à s’emparer d’Étaín. Il disparaît avec Étaín sous la forme de cygne. Les deux cygnes font des cercles autour de la colline de Tara avant de se rendre à l’habitat de Midir.
Il est difficile de manquer ici le parallèle avec l’histoire de Caer et Angus, mentionnée plus haut : Midir et Étaín, eux aussi, volent ensemble sous forme de cygnes avant de se rendre vers Brí Léith où habite Midir.
Aided (Oidheadh) Chlainne Lir / (The Fate of the Children of Lir (Ler)) / L’Histoire Tragique des Enfants de Lir :
Cette histoire nous est connue dans un manuscrit médiéval tardif, daté autour de 1500. Si la forme sous laquelle nous connaissons le récit est moins ancienne, il contient toutefois des éléments également connus des traditions plus anciennes. Lir, être surnaturel, dieu du síd(h) de Finnachad, a quatre enfants par sa femme Áeb (Aobh), (ou Niam ou encore Finnguala selon d’autres versions). A la naissance des troisième et quatrième enfants, des frères jumeaux, Áeb meurt. Ensuite, la Bodb arrange un mariage entre Lir et Aífe (Aoife), la soeur de Áeb. Au départ elle aime les enfants de Lir. En revanche, quand elle s’aperçoit du fait qu’elle est stérile, elle devient jalouse. Elle fait semblant de tomber malade. Au moment où elle se déclare guérie, elle propose d’aller faire un tour à la Bodb, avec les enfants de Lir. Une des enfants, Finnguala, étant avertie dans un rêve prémonitoire, proteste, mais cela n’y change rien. En route, Aífe ordonne les servants de tuer les enfants. Ceux-ci refusent cependant d’exécuter l’ordre, et la belle-mère pousse les enfants dans l’eau et les transforme à l’aide d’une baguette druidique en des cygnes. Les enfants métamorphosés gardent la capacité de parler, et Finnguala se précipite pour protester et pour demander combien de temps la vengeance durera. Sa belle-mère lui répond que ce sera 900 ans, répartis en trois périodes, chacune encore plus misérable que l’autre. Comme l’une des enfants s’était renseignée par rapport à la malédiction, les Tuatha Dé Danann ne sont pas à même de l’enlever. Aífe leur permet, outre les pouvoirs de la parole, de garder le fonctionnement de leurs sens et d’autres facultés, parmi lesquelles figure la capacité de chanter. Encore une fois, il ne s’agit pas de chants terrestres, mais on a, dans ce récit aussi, affaire à des chants magiques. Plus tard, la trahison de Aífe est découverte, et elle est punie à son tour : on la transforme en un démon. (3) Les enfants de Lir restent donc pendant plusieurs siècles sous forme de cygnes, tout en chantant (les textes qui nous restent, contiennent maints passages versifiés de leurs chants). Après les 900 ans de punition, les cygnes reviennent au site du síd(h) de Finnachad, à ce moment-là abandonné. Puis, les enfants décident de s’installer dans une île, Inis Gluaire (Inishglora), où un disciple de saint Patrick, appelé Mo Cháemóc (Mochaomhog), introduit ensuite le christianisme. Entendant la cloche de l’évangéliste, les enfants commencent à chanter, tout en annonçant leur identité. Le missionnaire héberge les cygnes, et les lie par une chaîne d’argent. (4) A ce moment, à l’insu des enfants de Lir, l’accomplissement de la prophétie de Aífe est un fait ; par contre, le roi et la reine de Connacht souhaitant se procurer les enfants, toujours sous apparence de cygnes donc, leur rendent visite. L’acte de tirer les chaînes afin d’obtenir les cygnes, fait que ceux-ci sont (re-) transformés en êtres humains, âgés de 900 ans, comme leur punition a duré autant de temps. Par conséquent, ce ne sont plus des enfants, mais de vieux hommes et vieilles femmes, qui se transforment aussitôt en poussière. Mo Cháemóc se précipite pour les baptiser, juste avant qu’ils périssent, afin de sauver leurs âmes.
Dans ce récit tardif mais archaïque, les enfants de Lir (masculins et féminins) sont transformés en cygnes par punition. On remarque à juste titre la ressemblance avec le thème folklorique international de la belle-mère jalouse ; Aífe elle-même est d’ailleurs transformée en oiseau (un vautour) à titre de punition.
Cú Chulainn dans la Táin Bó Cuailgne :
Le héros obtient une certaine maîtrise sur des cerfs sauvages, une volée de cygnes et des chevaux, tous attelés au char de combat rentrant vers Emain Macha.1456
Compert Con Culainn / Naissance de Cú Chulainn :
Une volée de cygnes destructeurs portant des chaînes en or et d’argent ravage la région autour de Emain Macha, capitale des Ulates. Une version nous raconte comment Conchobar, roi des Ulates, poursuit, à l’aide de sa fille Deichtine qui sert de charretière à son père, la volée des oiseaux qui sont d’une beauté époustouflante et chantent des chants surnaturels. Dans ce texte également, l’origine surnaturelle et l’état de métamorphose des oiseaux sont entre autres prouvés par le port de chaînes en argent. Après maintes aventures vécues par Cochobar et Deichtine, le dieu Lug(h) rend la fille enceinte. Une autre version du récit nous indique par contre que Deichtine elle-même ainsi que ses accompagnatrices sont dans la peau de ces oiseaux destructeurs.
Serglige Con Culainn (agus Óenét Emire) / La Maladie de Cú Chulainn (et l’Unique Jalousie d’Emer) :
Ce récit, dont les versions sont datées entre le Xe et le XIIe siècle, relate entre autres l’épisode d’une volée d’oiseaux1461 d’une beauté stupéfiante. Toujours lors de la célébration de la fête de Samhain, les hommes d’Ulster, rassemblés à Mag Muirtheimne, aperçoivent de très beaux oiseaux sur un lac à proximité. Les femmes désirant posséder ces oiseaux, un pour chaque épaule, le champion ulate se charge de capturer les oiseaux. Toutes les femmes nobles en obtiennent deux, à l’exception d’Emer, la femme de Cú Chulainn. Pour réparer sa faute, il lui promet de rapporter les plus beaux oiseaux qu’il puisse capturer. Peu de temps après, le héros remarque deux oiseaux exceptionnellement magnifiques, liés par une chaîne en or rouge, qui chantent un chant qui provoque vraiment le sommeil. Emer, comprenant qu’il s’agit d’êtres surnaturels possiblement dangereux, déconseille son époux de les attraper. Celui-ci n’écoute pas un mot et, en jetant sa lance, blesse un des oiseaux mystérieux à l’aile ; ensuite, les deux oiseaux tombent dans l’eau. Plus tard, deux femmes provenant de l’Autre Monde, Fand ‘Hirondelle’ et Lí Ban, apparaissent au héros et - déclarant que les deux oiseaux magiques n’étaient qu’une métamorphose d’elles-mêmes - frappent Cú Chulainn jusqu’à ce qu’il s’évanouisse.
Il nous paraît important de rappeler ici que la littérature irlandaise ancienne est riche de plusieurs récits dans lesquels des femmes surnaturelles, portant des chaînes, sont associées avec l’élément eau. On pourrait penser à l’histoire du vaisseau magique de Badurn, dans laquelle la femme du roi Badurn aperçoit deux femmes près d’une source sacrée, liées à l’aide d’une chaîne en bronze. En les suivant, elle est conduite sous la source, celle-ci étant une entrée d’une colline des Síd(h). Si les êtres portant une chaîne sont clairement décrits comme des femmes dans cette histoire, il y a plusiuers éléments qui font croire qu’elles sont capables de prendre la forme d’oiseaux (cygnes) : elles portent des chaînes comme les cygnes des autres récits irlandais ; elles ont des associations aquatiques et elles peuvent être submergées dans l’eau de la source ; ultérieurement dans l’histoire, les femmes font subir à la femme du roi un test de vérité. On voit une analogie dans un poème irlandais où le cygne est utilisé comme un test de chasteté.
L’histoire de Cú Chulainn et Derbforgaill, qui est métamorphosée en cygne
Derbforgaill, princesse de Lochlainn,1469 tombe amoureuse de Cú Chulainn par son renom, sans jamais l’avoir vu. Elle part avec sa servante à la recherche du héros, sous la forme de deux cygnes attelés par une chaîne en or. Le héros ulate, qui a aperçu les deux oiseaux magiques, lance une pierre qui heurte un des cygnes en le blessant. Quand l’oiseau tombe, il se retransforme en Derbforgaill, qui est en effet grièvement blessée. Comme Cú Chulainn a sucé son sang en enlevant la pierre de sa blessure, il ne peut avoir des relations charnelles avec la fille. Il la donne par conséquent à son frère adoptif Lugaid.
Comme nous l’avons remarqué plus haut, le fait que la princesse Derbforgaill se transforme en cygne, témoigne d’un symbolisme attaché à cet oiseau : il s’agit d’une association sexuelle ou d’une attirance. Un autre fait intéressant est la (re-) transformation en être humain, rupture de l’enchantement donc, apparemment à cause du coup de pierre lancée vers le cygne. Le thème de coup de pierre qui cause le désenchantement revient dans le texte du « Nennius irlandais » et dans le récit Scéla Cano Meic Gartnain / l’histoire de Cano Meic Gartnain.
Roi Mongán
Il existe plusieurs récits fantastiques dans lesquels ce roi, basé sur un personnage historique du VIIe siècle, est le héros principal. Parmi les faits remarquables incorporés autour de ce personnage, figurent sa conception magique et sa capacité de métamorphose. Plusieurs traditions font du dieu Manannán mac Lir le père de Mongán. Ces traditions relatent comment Mongán, quand il n’est âgé que de trois jours, rejoint son père en Tír Tairngire, le ‘Pays de Promesse’, où il acquiert des connaissances ésotériques et les capacités de se transformer en cerf, saumon, phoque, cygne et loup. Ce roi est, dans cette tradition mythologique, un être protéen.
Tradition orale :
Le cygne est très présent dans le folklore. La tradition orale irlandaise fait par exemple mention d’un vieillard qui cache son argent dans le corps d’un cygne qu’il croit mort ; le cygne, une fois réveillé, s’envole avec l’argent.
Le « cycle » des récits irlandais dans lequel la métamorphose en cygne ou en plusieurs couples de cygnes attelés est le motif primordial, constitue un groupe de légendes remarquablement consistantes. En outre, on constate une ressemblance frappante entre ce motif littéraire et les objets de culte de l’Antiquité et des époques antérieures : Les cultures dites des Champs d’Urnes et de Hallstatt nous ont légué des sculptures montrant des cygnes sacrés attelés ; sur l’une des pierres, le cygne le plus en avant est attaché au cercle solaire et sur une autre, il est attaché à une représentation du soleil couchant. D’autres sculptures de cygnes possèdent de véritables chaînes. Ross1476 et d’autres celtisants ont conclu – à juste titre – qu’il a dû exister un culte très répandu du cygne sacré, le cygne symbolisant une divinité associée au soleil. Ce dieu solaire pouvait apparemment se manifester sous forme d’un cygne – ou parfois un autre oiseau aquatique. Les motifs littéraires connus des irlandais médiévaux seraient ainsi des souvenirs anciens de légendes cultuelles. Ceci est d’autant plus probable que certains objets cultuels concernant des oiseaux aquatiques furent connus en Irlande comme en Grande-Bretagne.
Notes : 1) Il faut par contre distinguer le motif des récits irlandais, basés sur un véritable culte, du motif international de la « fille-cygne ». Dans la tradition des manuscrits irlandais, la métamorphose spontanée en cygne a toujours lieu sans agent, tandis que, dans les histoires « internationales » où il est question de transformation en cygne, elle n’est pas spontanée et est réalisée par l’intermédiaire d’un agent.
2) Outre les récits suivants contenant cet élément païen qu’est le port de chaînes en métal, nous trouvons dans un poème irlandais ancien (O’Rahilly, Silva Gadelica, I, 246 sqq. ; cf. Ross 1968) ce même thème : si le poème est tardif et de caractère arthurien, les réactions d’un cygne attelé par une chaîne, constitue un test de chasteté pour les femmes. Le cygne est censé accepter de la nourriture de la main des femmes vertueuses seulement. Selon Anne Ross (1968), on aurait affaire à une variante du motif du Court Mantel.
3) Dans d’autres versions, c’est plutôt une transformation en vautour, ce qui montre une fois de plus que la métamorphose en oiseau pouvait être considérée comme punition.
4) C’est une des rares fois où un être humain – sous forme de cygne il est vrai - est à l’origine du port d’une chaîne ; dans les autres récits nous avons remarqué que le port d’une chaîne en métal précieux indique l’origine surnaturelle des oiseaux. Il est évident que le scribe - ou peut-être les récitants - ont mal compris ce thème païen des chaînes en or ou en argent et ont voulu « christianiser » cet élément important
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Pour Gilles Wurtz, auteur de Chamanisme celtique, Animaux de pouvoir sauvages et mythiques de nos terres (Éditions Véga, 2014),
"Le cygne est le plus grand représentant de sa famille où l'on retrouve aussi les canards et les oies. Avec son poids moyen d'une douzaine de kilos pour le mâle, il est aussi l'un des plus gros oiseaux capables de voler. Son envergure peut atteindre les 2, 50 mètres.
Parmi les vertébrés, c'est lui qui a le plus grand nombre de vertèbres cervicales.
Les cygnes sont généralement fidèles, mais il arrive que des couples se séparent. Le mâle participe à la construction du nid qui peur faire jusqu'à un mètre de diamètre. Un couple réutilise le même nid chaque année en le restaurant s'il le faut, et pouvant augmenter ainsi considérablement la taille.
Le cygne tuberculé dont nous parlons dans cet ouvrage est également appelé "cygne muet", car ses cris sont assez rares et discrets. Les cygnes qui viennent en groupe ont un comportement social : lorsque la collectivité se nourrit, un individu monte toujours la garde.
Juste avant de mourir, un cygne chasse davantage et avec plus de vigueur, d'où l'expression "le chant du cygne"...
Applications chamaniques celtiques de jadis : Le cygne représentait pour les Celtes la grâce, par son élégance sur l'eau et par la pureté de sa couleur blanche immaculée. En même temps, par sa grande taille et sa robustesse, il irradiait également une impression de puissance. A travers ses qualités, il était pour les Celtes un esprit directement lié à la spiritualité, car ses vertus font partie de celles qu'il est bénéfique et indispensable de développer pour avancer vers l'éveil de son être. Les Celtes priaient beaucoup l'esprit du cygne pour les aider à intégrer la grâce et la pureté. Ils allaient aussi régulièrement le consulter à travers leurs voyages chamaniques pour recevoir ses conseils et se faire initier. A chaque entrevue avec l'esprit du cygne, ils recevaient une leçon nouvelle pour prendre conscience d'une facette, d'un degré supplémentaire de la grâce ou de la pureté. Lorsque la leçon était intégrée par le pratiquant, l'esprit du cygne mettait alors en avant un autre degré de ses vertus, pour les approfondir encore et toujours. Travailler ces vertus intérieures de grâce et de pureté pour sa propre réalisation peut prendre plusieurs vies... La voie du cygne demandait une pratique quotidienne en toute sincérité de cœur.
Applications chamaniques celtiques de nos jours : Aujourd'hui, si les consciences s'ouvrent, les vertus intérieures de grâce et de pureté n'en restent pas moins longues à travailler... Un praticien chamanique celtique contemporain pet également aller contacter l'esprit du cygne pour bénéficier de son aide pour ancrer ces qualités dans son être profond et le guider pour qu'elles s'y déploient.
Nous pouvons par ailleurs également toujours associer l'esprit du cygne à nos prières, quelle que soit leur intention, pour favoriser l'ouverture de notre conscience.
Mots-clefs : La grâce - La pureté."
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Symbolisme onirique :
Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),
A quelles projections des contenus de la psyché une image aussi singulière peut-elle s'offrir ? Quel réconfort une âme troublée, une âme en peine, peut-elle espérer d'une blancheur aussi parfaite, d'un calme aussi souverain, d'une image qui se tient à une telle distance de l'émotion ?
On pourra choisir d'approcher le cygne à travers le regard du mythologue, celui du poète ou celui du rêveur éveillé. Les trois champs de vision se prêteront à un grand nombre d'observations communes. Mais, chacun d'eux plaçant le grand oiseau sous un éclairage particulier, 'exploration des scénarios révélera des valeurs spécifiques, très utiles à l'heure de la traduction d'un rêve !
Comme il serait facile, comme il est tentant, de se laisser porter par le calme des eaux du lac, de se laisser glisser, dans le sillage du cygne, au gré d'un rêve de blancheur immaculée, dans le paradoxe d'un mouvement immobile, dans un mirage de paix, dans une illusion d'innocence, dans une espérance d'absolu ! Les corrélations les plus fortes, autour du cygne rêvé, sont l'eau et le blanc. L'eau est presque toujours une eau captive, une eau retenue : mare, étang ou lac. Une image exprimant la réserve, le figé, la non-implication, s'accommoderait mal d'une eau libre, d'un flot tumultueux.
Le cygne blanc, le cygne majestueux, est vu par les analystes qui se réfèrent aux mythes comme le symbole de la lumière solaire fécondatrice. Les rêves proposeront quelques images qui peuvent être interprétées dans ce sens, mais aucune d'elles ne permet de soutenir une démonstration convaincante.
En suivant les poètes, on est inévitablement conduit à distinguer le cygne évoqué ci-dessus, figé dans sa blancheur immobile et le cygne à l’instant de sa mort, le cygne blessé, taché de sang rouge. Nous avons développé naguère les thèmes liés, dans la littérature, aux images du cygne mourant, du sang sur la neige, du rouge sur le blanc.
Gaston Bachelard, dans L'eau et les Rêves, applique à l'oiseau son habituelle perspicacité : "La métaphore du chant du cygne est une métaphore usée entre toutes" ! L'observation attentive du contenu des scénarios pris en référence oblige à reconnaître la justesse de cette affirmation. La grandeur sublime des images de la mort du cygne paraît être une exclusivité du poète. En dépit des résonances si souvent concordantes entre les produits de l'inspiration poétique poétique et celles du rêveur éveillé, le cygne du rêve n'est jamais un cygne mourant.
Pourtant, l'instant de la mort du cygne, précédé de ce chant sublime et purement légendaire, est celui où l'image devient vivante ! L'image s'inscrit aussi dans une dialectique opposant les termes de la mort et de la vie. Mais une étrange constatation s'impose au chercheur engagé dans l'étude de l'environnement onirique du symbole. La caractéristique la plus évidente du cygne est la blancheur. Ce qui surprend à la lecture des rêves, c'est que l'imaginaire reprend ces thèmes, blancheur, mort et vie, mais en les séparant de l'oiseau ! Les patients n'insistent pas sur la blancheur du cygne. Le plus souvent, ils ne la mentionnent même pas. Le blanc, la mort et la vie, sont systématiquement déplacés sur d'autres éléments du décor dans lequel évolue le grand oiseau. Quelques phrases extraites du douzième scénario de Dominique illustreront cette observation et introduiront la plupart des associations relevées autour du symbole :
« Je vois une couronne de fleurs... elle est posée sur un véhicule mortuaire... il y a plein de couleurs vives... et, là, je vois des canards dans une mare... je les entends qui émettent des sons particuliers à leur race... et je vois un cygne aussi... j'admire sa robe, et puis son calme, sa sérénité... il évolue lentement sur l'eau... je lui donne à manger... il bat soudain des ailes, décolle de l'eau... il monte dans les airs, ses gestes sont très lents, comme dans un film au ralenti... maintenant, j marche dans l'eau, j'ai de l'eau jusqu'aux genoux... j'arrive devant un barrage... l'eau voudrait se déverser dans la vallée... elle est restée trop longtemps derrière le barrage... y a des tas d'arbres morts... le barrage devient transparent... [...] Et, tout à coup, je vois une énorme araignée blanche, posée sur sa toile... j'ai une paire de ciseaux... je tranche un ruban rouge... [...] Là, je vois deux yeux, deux gros yeux, globuleux, comme des yeux d'insecte ou de crapaud... des yeux qui se touchent presque, pratiquement côte à côte... et, maintenant, je vois un vieil homme, un prêtre... sa coiffe est noire... il pleure... comme s'il revenait d'un enterrement... »
Le calme, la sérénité, la lenteur des mouvements forment le décor dans lequel le rêve place habituellement le cygne.
Dans cette séquence, le blanc est transféré sur l'araignée. On notera une couronne mortuaire porteuse de couleurs vives. ce type d'expressions ou d'images se retrouvera fréquemment à proximité du symbole. L'araignée blanche, suivie d'un ruban rouge qu'on tranche, renvoie sans doute possible à l'angoisse ou au ressenti de castration.
Cette observation ouvre la voie qui conduit au cœur de la symbolique du cygne. Le mythe, à travers l’épisode de la fécondation de Léda, permettait de soupçonner que le grand oiseau blanc s'offrait à la projection de contenus sexualisés de la psyché. Léda s'étant transformée en oie pour se dérober aux approches de Jupiter, le dieu se métamorphosa en cygne pour satisfaire son désir. Les mythes et les contes associent au cygne plusieurs volatiles : l'oie, le pigeon, la colombe, la mouette. Ceux-là apparaissent en proportions égales parmi les corrélations observées dans le rêve éveillé. Le canard, lui, se manifeste à proximité du cygne avec une fréquence exceptionnelle. Parfois même, les deux images se confondent.
Après l'eau et le blanc, les deux associations les plus fortes sont le canard et les yeux ! Le rêve de Dominique est à ce propos, exemplaire. C'est la vue des canards qui déclenche l'apparition du cygne. Quant aux yeux, ils sont mis en situation de la manière la moins discutable : deux gros yeux globuleux, comme des yeux d'insecte ou de crapaud, côte à côte ! Il est évident, dans ce cas, qu'il ne s'agit pas d'exprimer le regard. Ce qui est donné à retenir, c'est l'image de l’œil proéminent, de l’œil exorbité. Beaucoup de scénarios reprendront ce thème que nous souhaitons établir solidement. Une brève séquence d'un rêve de Christian va placer le symbole dans une chaîne d'associations qui lui confère un sens irréfutable : « Là, je vois une verge en érection... maintenant, c'est une colombe... une colombe de la paix... qui se transforme en canard... le canard de la paix ! Il avait un rameau dans le bec mais c'est tout de suit devenu une carotte... et puis, le canard devient un cygne... il nage dans une eau pas très propre... là, c'est bizarre, j'ai vu... Blanche de Castille !... Les yeux de Blanche de Castille sortent des orbites, comme sur des ressorts et tombent par terre... »
Ici, le blanc se trouve déplacé de façon aussi subtile qu'inattendue sur le personnage de Blanche de Castille. Ce nom seul a de quoi combler le psychanalyste ! Le canard et les yeux exorbités ! Les deux représentations les plus sûres de l'angoisse ou du sentiment de castration. Dans l'article consacré au canard, nous développons le processus suivant lequel prend naissance et se déploie l'un de ces dispositifs complexuels.
Probablement en raison de la forme de son cou, mais également de sa démarche, le canard est l'une des images le plus fréquemment proposées par l'inconscient comme substitut du pénis. L’œil exorbité aussi ! Les deux palmipèdes se prêtent avec une égale complaisance à la représentation de certains contenus sexuels de la problématique. L’origine de ceux-là est à rechercher autour de l'événement lointain de la prise de conscience concernant la différence des sexes. C'est en termes de résultantes qu'apparaissent les divergences. Le canard exprime surtout l'inconfort de la différence, qui se prolonge par le sentiment d'inadaptation des comportements dans la vie quotidienne. La différence est ressentie comme infériorité. Le cygne, lui, révèle une attitude de défense. Face au malaise engendré par la différence, par le sentiment d'impuissance ou d'inadaptation sur les plans sexuel et affectif, le rêveur a choisi de se placer hors de portée de toute souffrance. Nier le désir lui semble la condition nécessaire et suffisante pour atteindre la paix, la sérénité, e calme, qui s'expriment dans le voisinage du cygne. Un rêve de cygne est un rêve d'absolu, une volonté d'innocence, de détachement. L'âme qui fait appel à ce symbole est enfermée dans la blanche citadelle de la solitude. Pour revenir aux joies humaines il lui faut d'abord réhabiliter l'émotion.
On sait que les conditions dans lesquelles apparaît le Vieux Sage exposent toujours une valeur essentielle pour le patient. Or le vieux prêtre que Dominique évoque à la fin de son rêve fait ce que seuls font les Vieux Sages intervenant à proximité du cygne : il pleure ! Ces larmes sont les clefs de la citadelle, elles disent le retour à la liberté d'être et de souffrir.
Les images de cygne sont, par nature, des images lentes. Qu'il glisse sur l'onde ou qu'il plane dans l'air, le grand oiseau contrôle le mouvement jusqu'à la limite de l'immobilité. La psychologie atteinte par l'image du cygne craint le mouvement rapide, le mouvement brusque, qu'elle ressent comme une menace vis-à-vis de la fragile ordonnance de son système de défense. Le cygne du rêve, de ce mouvement si lent, dessine un étrange itinéraire symbolique qui conduit de l’œil pénétrant à l’œil pénétré, de l’œil exorbité à l’œil réceptacle, de l'œil sec à l’œil mouillé de larmes. Quelques phrases du quinzième rêve de Véronique diront la réalité de cet étonnant parcours de l'imaginaire : « ... Le corps du cygne est très beau, mais le bec... a l'air de vouloir pincer... d'être méchant... alors je transforme son bec en quelque chose de beaucoup plus fin... et qui va tout à fait bien dans le prolongement son cou... et... quand je change le bec, les yeux changent aussi !... Ils étaient assez noirs, assez... enfin, pas terrifiants... mais durs ! Oui, voilà : durs ! Et même agressifs... comme le bec... là, ils s'allongent, ils s'adoucissent... oui, c'est tout à fait ça... ils sont beaucoup plus profonds et beaux... ils ressemblent à deux lacs... je plonge dans un des lacs... je suis dans un lac sans limites... sombre et lumineux en même temps... »
Une dynamique du sec et de l'humide, qui superpose l’œil et le lac des cygnes, relie la réflexion aux thèmes de l'animus et de l'anima. Dans cette direction, il est aisé de rejoindre les nombreux auteurs qui reconnaissent le caractère androgyne du symbole.
La psychologie enfermée dans la volonté d’innocence et à demi morte. Ses larmes sont le prix exigé pour sa résurrection. Elles sont la fonte de ces neiges immaculées qui enveloppent les hivers de l'âme.
Les images de Pascale rejoignent les exemples déjà cités : « Il y a de grands oiseaux autour de moi, n dirait des cygnes... l sont un cou très long... ils planent, ils descendent tout doucement en faisant des cercles... ils veulent me dire quelque chose... là, je vois un vieil homme... c'est un sage... il fait penser à Gandhi... on dirait qu'il pleure ! Il est penché sur quelqu'un qui est allongé, les yeux clos... je ne sais pas s'il est mort ou vivant... le vieillard me donne un œillet tout blanc... il est triste, malheureux... autour, tout est blanc... »
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Il arrive que le cygne affiche sans fard son caractère phallique. C'est le cas dans un scénario très émouvant de Diane. La jeune fille qui a subi des viols incestueux répétés dès sa tendre enfance revit dramatiquement, à l afin du rêve, ce qu'elle a ressenti lors de la première atteinte. Le scénario avait commencé par l'image, anodine en apparence, d'un grand cygne dont la tête pénétrait dans une faille de rocher.
Dans l'onirisme féminin, le symbole trahit le plus souvent les sentiments de refus et d'injustice qui accompagnent la découverte initiale de l'absence du pénis et qui engendrent la revendication de l'organe.
Les palmipèdes ont vocation de substitut. Le cygne, spécifiquement, indique le gel de la féminité, la difficulté d'accomplissement sexuel, mais il annonce aussi l'effondrement de la citadelle. La volonté de pureté, par laquelle la patiente justifie à ses propres yeux son attitude stérile, oriente souvent les énergies disponibles vers l'exaltation imaginative.
Dans les rêves faits par les hommes, le cygne sera regardé comme l'indice probable d'un emprise castratrice de l'image maternelle.
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Mythologie :
Dans ses Métamorphoses (Traduction (légèrement adaptée) de G.T. Villenave, Paris, 1806, disponible sur le site de référence https://remacle.org), Ovide raconte celle du cygne :
Achille et Cycnus (XII, 64-145) : Elle avait publié le départ de l'armée redoutable qui menaçait les remparts d'Ilion. Les Troyens ne sont point surpris sans défense. Ils s'opposent à la descente des Grecs, ils défendent leurs rivages. Protésilas, tu tombes le premier sous la lance d'Hector. D'autres exploits, funestes aux guerriers de la Grèce, signalent la valeur encore inconnue de ce héros. Les Troyens apprennent aussi à connaître, par les leurs qui succombent, le courage des guerriers qu'ils ont à combattre. Déjà le promontoire de Sigée est rougi du sang des deux partis. Déjà Cycnus, fils de Neptune, a terrassé mille ennemis. Debout sur son char, déjà le fier Achille combat et renverse avec sa lance des bataillons entiers. Dans la mêlée, c'est Hector ou Cycnus qu'il cherche et qu'il appelle. Il rencontre Cycnus ; le destin lui réservait Hector pour la dixième année. Il excite ses coursiers, il les anime par sa voix, pousse son char contre le Troyen, et dans ses mains terribles agitant ses redoutables traits : "Qui que tu sois, dit-il, jeune guerrier, emporte dans la nuit du trépas la consolation de tomber sous les coups d'Achille ". Soudain un pesant javelot a suivi sa parole; mais, quoique avec force, avec adresse lancé, il atteint Cycnus sans le blesser, et le fer aigu s'émousse sur son sein.
[86] Achille est étonné : "Fils d'une déesse (car ta renommée te fait assez connaître), ne sois plus surpris, s'écrie le héros troyen, si je suis sans blessure. Ce casque aux crins flottants, et ce bouclier dont mon bras est chargé, ne me sont d'aucun secours. Ils servent à me parer, et non à me défendre. Si je les quittais, je n'en serais pas moins invulnérable. Fils d'une Néréide, tu peux vanter ta superbe origine : moi, je dois le jour au dieu puissant qui commande à Nérée, à ses filles, et qui règne sur le vaste Océan".
[95] Il dit, et lance contre Achille un javelot qui perce l'airain de son bouclier, pénètre jusqu'au neuvième cuir, et s'arrête au dixième. Le héros, indigné, l'arrache, et d'un bras nerveux fait voler contre Cycnus un second trait plus fort et plus terrible ; mais, en atteignant Cycnus, le trait s'émousse et tombe sans le blesser. Achille porte alors sa lance contre le Troyen : mais sa lance est impuissante, quoique Cycnus en reçoive l'atteinte, en écartant à dessein son bouclier.
Achille est furieux. Tel, dans les jeux du cirque, s'irrite un taureau, lorsqu'il s'élance, plonge sa corne terrible dans la pourpre à ses yeux agitée, et reconnaît qu'il n'a porté que de vaines blessures. Le héros doute si sa lance dégarnie du fer a trompé l'effort de son bras ; le fer tient à la lance : "C'est donc mon bras qui est affaibli, s'écrie-t-il, puisqu'il ne peut contre un ce qu'il a pu sur mille ! Certes, il eut plus de vigueur lorsque le premier je renversai les remparts de Lyrnèse ; lorsque je remplis de carnage Ténédos et Thèbes, où régna Éétion ; lorsque les flots du Caïque furent rougis du sang des peuples qui demeuraient sur ses bords ; lorsque enfin Télèphe deux fois éprouva cette lance ! Mais que dis-je ? tous ces Troyens que je vois étendus sur le rivage sont tombés sous mes coups; ils attestent ce qu'a pu cette main, ce qu'elle peut encore."
[ 115] Il dit, et, comme s'il eût douté de ses premiers exploit, il dirige sa lance contre Ménétès, soldat né dans la Lycie ; du même coup perce sa cuirasse et son cœur. Ménétès tombe et roule mourant sur l'arène sanglante. Achille retire sa lance, et s'écrie : "Voilà la main, voilà le fer avec lesquels je viens de vaincre. Employons-les contre mon superbe ennemi; et que les dieux m'accordent le même succès !"
Il dit, et tourne contre Cycnus sa lance inévitable ; il l'atteint à l'épaule gauche ; le fer y retentit repoussé comme par un mur d'airain, comme par un rocher. Cependant Achille voit sur la cuirasse du Troyen quelques traces de sang ; il s'en réjouit en vain : Cycnus n'est point blessé. C'est le sang de Ménétès qui rougit son armure.
[128] Transporté de fureur, Achille s'élance de son char ; et l'épée à la main il vole au Troyen, qui l'attend avec une assurance tranquille. Il perce son bouclier, il fend son casque et sa cuirasse ; mais le fer retentit sur son corps, et s'émousse sans l'entamer. Achille ne se possède plus. Trois et quatre fois de son bouclier pesant il le frappe au visage. Cycnus recule, Achille le presse, et le trouble, et l'accable ; il l'étourdit et le frappe sans relâche. La terreur le saisit ; il voit devant ses yeux égarés des ténèbres flottantes. Il portait en arrière ses pas, son pied rencontre une pierre ennemie, il chancelle, il tombe avec violence. Achille fond sur lui. Il le presse de tout le poids de son vaste bouclier ; de son genou nerveux il comprime son sein ; les courroies de son casque, il les enlace à sa gorge fortement étreinte, et Cycnus perd en même temps et l'haleine et la vie. Achille allait enlever au vaincu son armure ; mais il ne voit plus qu'elle. Le dieu des mers venait de changer Cycnus en cet oiseau blanc qui conserve son nom.
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Le Glossaire théosophique (1ère édition G.R.S. MEAD, Londres, 1892) d'Helena Petrovna Blavatsky propose plusieurs entrées relatives au cygne :
HAMSA ou Hansa (sans.). "Cygne ou oie", d'après les orientalistes ; un oiseau mystique en occultisme analogue au Pélican des Rose-Croix. Le nom sacré mystique qui, lorsqu'il est précédé de KALA (temps infini), c'est-à-dire kalahamsa, est un nom de Parabrahm signifiant l' "oiseau hors de l'espace et du temps". De là vient que Brahmâ (masculin) est appelé Hamsa Vâhana, "le véhicule d'Hamsa" (l'OISEAU). On trouve la même idée dans le Zohar, où Ain Suph (le sans fin et infini) est dit descendre dans l'univers, dans le but de se manifester, utilisant Adam Kadmon (l'Humanité) comme char ou véhicule.
KALAHAMSA ou Hamsa (sans.). Titre mystique donné à Brahma (ou Parabrahman) ; signifie "le cygne dans le temps et hors de lui". Brahmâ (mâle) est appelé Hamsa-Vâhan, le véhicule du "cygne".
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Selon Philippe Walter, dans Ma Mère l'Oie, Mythologie et folklore dans les contes de fées (Éditions Imago, 2017),
"Ce qui est vrai de la cigogne [à savoir que les cigognes sont les médiatrices des destins humains] l'est également du cygne mais pour une autre étape de la vie. Les situles (vases dans les tombes de l'âge du bronze) portent souvent un décor de cygnes stylisés. Migrateur comme la cigogne et l'oie sauvage, le cygne préside aux cycles de la vue humaine. Après avoir chanté au moment ultime de l'existence humaine, il entraîne l'âme vers l'Autre Monde sur une barque solaire."
[...]
"La mythologie d'Apollon confirme la nature géniale des cygnes, autres palmipèdes analogues des oies sauvages. A la naissance d'Apollon, des cygnes volent sept fois au-dessus du nouveau-né (car c'est le septième jour du mois). Zeus offre à son fils un char attelé à ces oiseaux pour qu'il se rende à Delphes. Mais les cygnes en décident autrement. Ils emportent Apollon dans la patrie des Hyperboréens, au nord du monde, où le très jeune dieu reste un an. Ensuite, Apollon revient à Delphes, en été, pour s'y établir. Le nord mythique plus que géographique, où Apollon a vécu un an, passe pour être le pays par excellence de l'initiation.. La tradition celtique connaît un lieu initiatique comparable : les "îles au nord du monde'. Pour le voyage des cygnes apolliniens, on peut songer à des routes migratoires : des Dits de Bouddha rappellent que "les cygnes voyagent sur le chemin du soleil".
Ce voyage vers l'Hyperborée a rendu Apollon Loxias ("oblique" en grec). En contournant l'ordre de Zeus, les cygnes lui ont appris un secret : biaiser et détourner, systématiquement. Ce qu'il apprend de ce voyage va se retrouver dans la forme même de ses oracles ambigus et abscons. L'intuition des cygnes a été divine. Avant de s'établir à Delphes, il lui a fallu biaiser la route du sud et passer par le nord, le seul point cardinal où le soleil ne se rend pas dans la journée : destination paradoxale pour un dieu solaire, mais cruciale d'un point de vue symbolique. Le nord est le lieu secret d'une énergie invisible où le soleil répare et recharge, pendant la nuit, sa puissance déclinante à l'ouest pour entamer le cycle d'un nouveau jour à l'est. Aller vers le nord, c'est s'enquérir du mystère de la régénération cosmique. Cet art de l'évitement, du bais et de l'oblique, enseigné par les cygnes, s'exprime ensuite dans le mystère apollinien par excellence, celui de l'oracle. Rien n'y est clair, tout y est ambigu. C'est la nature profonde de toute parole véritablement poétique, c'est-à-dire créatrice de l'ordre du monde." (p. 198).
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Contes et légendes :
Galina Kabakova, autrice de D'un conte l'autre. (© Flies France, 2018) étudie les contes d'origine qui mettent les plantes et les animaux à l'honneur :
Par ailleurs, les contes commencent souvent par la formule d’introduction « à l’époque où les bêtes parlaient » pour dire « à l’aube des temps ». Ce don de la parole accordé par Dieu ou par Adam et Ève leur est retiré en punition de leur comportement : la paresse ou l’indocilité ou au contraire la complaisance à l’égard de l’homme. [...]
le cygne qui avait refusé de louer Dieu n’a dorénavant droit qu’à un chant (Flandre).
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Littérature :
Le Cygne
I
Andromaque, je pense à vous ! Ce petit fleuve, Pauvre et triste miroir où jadis resplendit L’immense majesté de vos douleurs de veuve, Ce Simoïs menteur qui par vos pleurs grandit, A fécondé soudain ma mémoire fertile, Comme je traversais le nouveau Carrousel. Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel) ;
Je ne vois qu’en esprit tout ce camp de baraques, Ces tas de chapiteaux ébauchés et de fûts, Les herbes, les gros blocs verdis par l’eau des flaques, Et, brillant aux carreaux, le bric-à-brac confus. Là s’étalait jadis une ménagerie ; Là je vis, un matin, à l’heure où sous les cieux Froids et clairs le Travail s’éveille, où la voirie Pousse un sombre ouragan dans l’air silencieux, Un cygne qui s’était évadé de sa cage, Et, de ses pieds palmés frottant le pavé sec, Sur le sol raboteux traînait son blanc plumage. Près d’un ruisseau sans eau la bête ouvrant le bec Baignait nerveusement ses ailes dans la poudre, Et disait, le cœur plein de son beau lac natal : « Eau, quand donc pleuvras-tu ? quand tonneras-tu, foudre ? » Je vois ce malheureux, mythe étrange et fatal, Vers le ciel quelquefois, comme l’homme d’Ovide, Vers le ciel ironique et cruellement bleu, Sur son cou convulsif tendant sa tête avide, Comme s’il adressait des reproches à Dieu !
II
Paris change ! mais rien dans ma mélancolie N’a bougé ! palais neufs, échafaudages, blocs, Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie, Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs. Aussi devant ce Louvre une image m’opprime : Je pense à mon grand cygne, avec ses gestes fous, Comme les exilés, ridicule et sublime, Et rongé d’un désir sans trêve ! et puis à vous, Andromaque, des bras d’un grand époux tombée, Vil bétail, sous la main du superbe Pyrrhus, Auprès d’un tombeau vide en extase courbée ; Veuve d’Hector, hélas ! et femme d’Hélénus ! Je pense à la négresse, amaigrie et phthisique, Piétinant dans la boue, et cherchant, l’œil hagard, Les cocotiers absents de la superbe Afrique Derrière la muraille immense du brouillard ; À quiconque a perdu ce qui ne se retrouve Jamais, jamais ! à ceux qui s’abreuvent de pleurs Et tettent la Douleur comme une bonne louve ! Aux maigres orphelins séchant comme des fleurs !
Ainsi dans la forêt où mon esprit s’exile Un vieux Souvenir sonne à plein souffle du cor ! Je pense aux matelots oubliés dans une île, Aux captifs, aux vaincus !… à bien d’autres encor !
Charles Baudelaire, "Le Cygne" , Tableaux parisiens, Les Fleurs du Mal, 1857.
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Dans ses Histoires naturelles (1874), Jules Renard brosse des portraits étonnants des animaux que nous connaissons pourtant bien :
Le Cygne
Il glisse sur le bassin, comme un traîneau blanc, de nuage en nuage. Car il n'a faim que des nuages floconneux qu'il voit naître, bouger, et se perdre dans l'eau. C'est l'un d'eux qu'il désire. Il le vise du bec, et il plonge tout à coup son col vêtu de neige. Puis, tel un bras de femme sort d'une manche, il retire. Il n'a rien. Il regarde : les nuages effarouchés ont disparu. Il ne reste qu'un instant désabusé, car les nuages tardent peu à revenir, et, là-bas, où meurent les ondulations de l'eau, en voici un qui se reforme. Doucement, sur son léger coussin de plumes, le cygne rame et s'approche... Il s'épuise à pêcher de vains reflets, et peut-être qu'il mourra, victime de cette illusion, avant d'attraper un seul morceau de nuage. Mais qu'est-ce que je dis ? Chaque fois qu'il plonge, il fouille du bec la vase nourrissante et ramène un ver. Il engraisse comme une oie.
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