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Samonios


Une approche très rationnelle et bien documentée de Samhain (vous verrez comment le prononcer dans la vidéo) mais qui se contente d'une approche historique désenchantée... fondée uniquement sur les écrits en faisant fi de la transmission orale :





Samonios, la fête du 1er novembre :


Lire l'article de Gaël Hilly, intitulé "Samain, Halloween et la Toussaint" en ligne.

 

Guy Le Nair, propose un vademecum qui fait le point sur les différents significations des fêtes celtes intitulé Les Fêtes celtes au XXIe siècle :


Samain (Br. Heven)


(Br.) Noz Kala-goañv (nuit du début de l’hiver) – Samonios

Panthéon celtique : Le Dagda – Sukellos – Bélénos – Lug – Morgane.


Dans le panthéon des Celtes d’Irlande, le Mac Oc, Lug et Bélénos sont des noms différents pour désigner le soleil sous ses divers aspects. Lug le représente dans son aspect lumineux et Bélénos en représente la chaleur nécessaire à la maturation. Le Mac Oc est le jeune soleil renaissant à la fin de la période la plus sombre et la plus froide de l’année. Le Dagda est le maître du jour et de la saison claire. Dieu bon, père des vivants et maître des morts, le Dagda exprime l’aspect paternel du chef dans la société patriarcale. L’avènement de Lug relègue le Dagda à la mémoire des temps révolus. En Gaule l’équivalent du Dagda est Sukellos. Morgane (Morigena = Née de la mer) est l’un des noms de l’unique déesse des Celtes, Déesse-mère d’où procède toute vie.

Samain marque la fin de l’été. L’étymologie indique que le préfixe (sam) signifie été.

La période de Samain, autour du 1er novembre, marquait le « passage » de l’année, moment d’un grand bouleversement cosmique, la mort de la vieille année, le renouvellement des royaumes et des lignées avec le retour des esprits du clan.

En Bretagne, Kala-goañv désigne les calendes de l’hiver, qui correspondent aux premiers jours de l’ancienne année celtique.

Le jour des Celtes commençait par la nuit et l’année celtique commençait par les mois les plus sombres, (Br.) ar miziou du, les mois noirs. Samain marque le commencement de la traversée de la ténèbre hivernale, vers son épisode le plus sombre, le solstice d’hiver, avec les mois de novembre (Mizdu – mois noir) et décembre (Miz Kerzu – mois très noir).

Les Samonies, période qui commençait au début du mois de novembre et se prolongeait jusqu’au solstice d’hiver, marquaient la rénovation du temps et le renouvellement de la royauté dans l’eschatologie celtique. Au solstice d’hiver, la régénération du temps est symbolisée par la coupe du gui, image de la castration du vieux roi de l’année écoulée, par son jeune successeur.

C’est durant la période de Samain, point culminant des batailles mythologiques, que meurent les dieux et héros, symboles de la tradition des Celtes d’Irlande. Lug a tué le dieu Balor, son grandpère, à Samain pendant la deuxième bataille de Mag Tured.

Balor, roi Fomoré et Dieu de la mort qui représente la puissance des ténèbres, vaincu par Lug le lumineux, atteste de la primauté de la lumière qu’apporte la connaissance pour chasser les ténèbres de l’obscurantisme dans les textes de la tradition d’Irlande.

C’est également à Samain que Cuchulain meurt, victime d’une traîtrise.

En Gaule, le commencement de l’année celtique, initiée par « les trois nuits de Samonios » (1), donnait lieu à festins et libations. L’expression « trois jours et trois nuits » est une formule de la tradition d’Irlande qui marque la suspension du temps et désigne l’éternité. D’une manière générale, la notion de triplicité est indissociable des fondements du monde celte. Ce temps de Samain n’appartenait ni à l’année qui se terminait, ni à celle qui commençait. Cette distorsion du temps celtique dans le calendrier gaulois: Trinox Samo Sindiv (les trois nuits de Samonios aujourd’hui). Pendant cette période, une porte de communication entre le monde des vivants et le monde des dieux et des héros morts était symboliquement ouverte. L’ouverture des portes entre le monde des dieux et celui des humains suspendait le temps. Dans les textes épiques de la tradition d’Irlande, c’est dans ce temps suspendu que se passent tous les grands événements mythologiques dont certains étaient liés au renouvellement de la royauté. Alors commençait la traversée de la ténèbre hivernale assimilée à une étendue d’eau.

Samain marquait l’accouplement rituel du Dagda et de Morrigan, mais aussi celui du nouveau roi avec la déesse de la souveraineté sous les traits de la vieille femme. Cet accouplement était nécessaire pour assurer la prospérité de l’année à venir, par la gestation du nouveau soleil qui accompagnait la germination des cultures et la préparation des fruits de l’été.

En Europe la fête remonterait à l’âge du Fer. La Déesse mère se marie avec le dieu des enfers, Cernunnos dieu des morts et des richesses souterraines représenté moitié homme, moitié cerf.

La Déesse Mère, sous les traits d’une vieille femme, en Bretagne la gwrac’h ou Wrac’h, est à nouveau fêtée aux prémices du printemps, dans la nuit d’Imbolc (Noz ar Wrac’h, dans l’ancien calendrier breton), avant de prendre l’apparence de la jeune Brigitt à l’aurore.

Dans le calendrier lunaire de l’année sacrée des Brahmanes, c’est au début du mois d’octobre que les Hindous fêtent la déesse Durga, la déesse mère source de vie et de toute chose. En Inde, comme pour les Celtes, l’année des humains comporte deux saisons de six mois chacune et commence par la période sombre. Kârttika Sudi est le jour du nouvel an dans la tradition védique. Ce jour se situe dans une période comprenant la dernière semaine d’octobre et la première semaine de novembre. La date de la célébration est déterminée en fonction de la lune. A cette occasion, Annakûta (un Mont de nourriture) est offert à Vishnu, le protecteur des humains.

Cette pratique brahmanique rappelle l’abondance de nourriture symbolisée par le chaudron du Dagda en Irlande.

La religion des Celtes n’était pas centrée sur le culte des morts. Seule la gloire acquise dans le parcours de vie héroïque conférait l’immortalité. Dans la mémoire collective entretenue par les bardes, les héros accédaient à la renommée et aux îles merveilleuses. Dans le cycle arthurien, la « dormition » du roi Arthur sur l’île d’Avalon se situe dans la même tradition.

Les fêtes celtiques sont des moments de partage, mais la célébration de Samain, plus que toutes les autres fêtes, associait le monde des vivants au souvenir des défunts. C’est la période de l’année la plus propice à l’exploration de soi-même, à la spiritualité.

En Bretagne, les aïeux défunts regroupés dans la communauté des âmes/souffle l’anaon, se rappellent aux vivants qui les accueillent pour un moment privilégié d’échange dans l’intimité de leurs souvenirs.

Le festin faisait partie du rituel de Samain. Le plat principal pour les agapes était le porc, mets privilégié pour le partage avec ceux de l’Autre Monde. Le sanglier, symbole de connaissance et de force guerrière était également un symbole sacerdotal. La consommation de viande de porc et de vin était réputée donner accès à l’éternité, tout au moins pour l’impression donnée par le fugace moment d’une ivresse sacrée.

Pommes, choux, andouille, lait caillé, bière et hydromel étaient également privilégiés. Symboliquement, durant la période de Samain, entre le début de novembre et le solstice d’hiver, le chaudron du Dagda, chaudron d’abondance et de résurrection, fournit une nourriture inépuisable.

La fête est placée sous le signe du pommier, l’arbre de la connaissance. Dans la tradition celtique, les pommiers de l’île d’Avalon, symbole de l’Autre Monde, donnaient des pommes éternelles qui avaient un goût de miel. En gaulois, le pommier se disait abellis qui signifiait également abeille. L’image de l’arbre de la connaissance associé au rôle pollinisateur de l’abeille symbolise l’enseignement du druide philosophe dans la société gauloise.

A Plougastel-Daoulas, dans le Finistère, se perpétue une très ancienne coutume bretonne autour d’un arbuste dont on a coupé et appointé les branches pour y planter des pommes. L’« Arbre aux pommes » symbolisait la communion entre le monde des vivants et l’anaon, la communauté des âmes dans laquelle continue de vivre l’esprit des défunts. Pratiqué l’après-midi du jour de la Toussaint, ce rite du souvenir comportait également le partage d’un pain spécialement pétri pour l’occasion, bara an anaon, (le pain des âmes).

La pomme est, dans la tradition celtique, le fruit d’immortalité, de sagesse, de science, de magie et de révélation. Le pommier est l’arbre de Bélénos, symbole de l’Autre Monde hyperboréen.

Le texte traditionnel irlandais « La Navigation de Bran » fait allusion à un rameau d’argent, une branche de pommier recouverte de lichen. Une messagère de l’Autre Monde attire Bran pour l’accompagner sur l’île merveilleuse. Elle lui chante cinquante quatrains qui commencent ainsi…


« Voici une branche du pommier d’Emain

Que je t’apporte, pareille aux autres

Des rameaux d’argent sont sur elle

Des sourcils de cristal avec des fleurs »

L’aventure de Bran et de ses compagnons illustre la distorsion du temps chez les Celtes selon que l’on se trouve dans le monde des humains ou dans le Sidh, le monde des dieux.

Le noisetier, le gui et le sureau sont également en rapport avec la fête de Samain. Le sureau est l’arbre sacré de la déesse sous son apparence de vieille femme. Le noisetier, autre symbole de l’Autre Monde, est l’arbre de Lug-Abelio.

Le cerf, roi de l’automne et animal psychopompe, symbolise le lien spirituel avec l’Autre Monde. Il est le conducteur des âmes des ancêtres disparus et du retour aux sources. L’animal est associé à l’ouest (Br. Kornog), la direction du coucher du soleil. Dans une tombe de la nécropole du Mont Gravet à Villeneuve-Renneville (Marne), au milieu de nombreuses fosses mortuaires, on a découvert les restes d’un cerf, apparemment sacrifié, qui était équipé de son harnachement. Le cerf est une allusion à Cernunnos, le dieu de la mort représenté la tête ornée de bois de cerf.

La direction du coucher du soleil, allusion à la mort, fait le rapprochement entre le cycle des jours et celui des vies successives chez les Celtes pour lesquels l’âme migrait vers un autre corps après la mort.

Le cheval, associé au soleil dans sa course entre le coucher et le lever, dans sa traversée de l’Autre Monde, est également un symbole de la fête de Samain, plus particulièrement associé au commencement de la nouvelle année.

Autrefois, dans chaque maison de Bretagne, pendant la nuit de Toussaint, une pierre était disposée dans la cheminée, près du foyer, pour permettre aux âmes des ancêtres de se reposer et de se réchauffer. Un peu de nourriture (porc, lait) était disposé près de la pierre.

Aujourd’hui, la cérémonie de Samain se déroule dans un lieu traditionnellement réputé être un lieu de passage privilégié entre les deux mondes. Une surface turbide mélangeant l’eau et la terre symbolise le mieux cette porte. Un lieu marécageux convient à la célébration de cette fête dans l’esprit de la tradition. Dans le marais, comme dans les autres lieux de culte pour les différentes religions, règne une atmosphère particulière, propice à une élévation du niveau de conscience chez les participants.

Une branche de pommier, si possible couverte de lichen, le rameau d’argent, et des pommes sont des symboles qui font référence à l’Autre Monde celtique.

L’hydromel, boisson symbole d’immortalité des dieux et des héros accueillis dans l’Autre Monde, y fait également référence. L’hydromel est l’équivalent symbolique du soma, la boisson d’immortalité de la tradition védique.

La pomme coupée rituellement dans le sens médian latéral, fait apparaître au centre de la chair blanche, une étoile à cinq branches, un symbole pouvant représenter le microcosme humain. L’étoile au centre de la chair blanche symboliserait ainsi l’union du microcosme humain et du macrocosme cosmique dans le fruit de la connaissance. Coupée dans le sens médian vertical, la pomme serait une allusion à la féminité, à la fécondité et aux origines.

Au cours d’une célébration de Samain des temps modernes, le souvenir des aïeux, parents et amis disparus est présent dans la mémoire des participants. Après un instant de recueillement intime, chacun avec le souvenir des siens, les pommes et l’hydromel peuvent constituer les éléments d’un partage symbolique entre les vivants et les proches disparus. L’esprit des proches disparus sera symboliquement invité à rejoindre l’anaon, la collectivité des âmes des défunts, avant de clore la cérémonie, chacun devant « rentrer chez soi » afin que le bon ordre soit respecté.

La fête celtique de Samain a été reprise par le Pape Boniface IV, en 607, pour en faire la fête chrétienne de la Toussaint et des défunts.

En Bretagne, le temps de Samain (Br. Heven), jours de la Toussaint et des Cendres pour la religion chrétienne, est un moment important pour le souvenir des défunts de la famille et des proches disparus. Les familles se réunissent alors dans les cimetières, autour des sépultures fleuries.

La tradition présente aussi un aspect plus angoissant. Une légende bretonne lui est associée. Près de la baie des Trépassés, à la pointe du Finistère, la légende de la Chas an Geidell, fait allusion à la course des chiens de l’équinoxe qui, depuis l’Enfer, tentent vainement d’atteindre le Ciel.

La légende, qui rappelle le passage de l’Ankou avec sa charrette transportant les âmes, est la version bretonne de la Chasse sauvage commune à une grande partie de l’Europe. La Chasse du roi Artus, la Menée Hennequin, ou encore la Chasse Saint Hubert en sont d’autres noms.

Ces différentes légendes font référence à des cavaliers partis à la chasse avec la meute, emportés par les airs à la suite d’une malédiction. Le bruit de leur passage se retrouve dans le fracas d’une tempête nocturne pendant la période sombre de l’année.

Le mythe celtique de la chasse sauvage est lié à une conception cyclique du retour des mânes et des héros morts, qui semble être un élément de l’archaïque eschatologie héritée d’une mythologie commune à de nombreux peuples européens.

A Samain, à la fin du cycle de l’année, les âmes vouées au ciel nocturne passent sur la Terre avec les éléments déchaînés et les puissances néfastes de l’hiver. Les chasses sauvages citées plus haut en sont une interprétation tardive.

Les textes irlandais qui se rapportent à Samain, font état de chevauchées nocturnes. Le thème illustre la traversée de la ténèbre hivernale et la victoire sur la mort. Dans le récit de La Mort tragique des Fils de Tureann, Lug est escorté par la Cavalcade féerique de l’Autre Monde.

Depuis le temps des Gaulois de la Protohistoire jusqu’au Moyen Âge, les inhumations se faisaient dans l’enceinte sacrée. En Bretagne, dès la construction des premières églises chrétiennes, les inhumations se faisaient à l’intérieur du bâtiment.

Plus tard, les dépouilles furent sorties des églises, contre la volonté populaire, pour être disposées à l’extérieur. Les os des défunts étaient alors rassemblés dans un ossuaire construit près de l’église pour rester au plus près du lieu sacré. Les crânes étaient conservés dans des boîtes à crânes.

Le prélèvement du crâne sur le cadavre et sa conservation, étaient une tradition qui remontait aux Celtes de l’Antiquité. La tête symbolisait la force et la valeur guerrière. Plus largement, la tête symbolise le principe actif, le dernier réduit de la totalité de l’être.


{Dans la tradition de l’Inde, après la crémation, un proche du défunt, parent ou ami, brise le crâne et le réduit en miette, pour libérer totalement l’esprit de son véhicule corporel.}


Pour conserver une proximité avec le lieu du culte, les sépultures seront ensuite disposées autour de l’église, dans un espace protégé par un mur d’enceinte qui délimite l’extension de l’aire sacrée. Les priorités du monde moderne ont repoussé les sépultures vers la périphérie des villes, loin des enceintes sacrées associées aux lieux de culte.


Note : 1) 5 Cette indication est gravée en langue gauloise, dans les fragments du calendrier découvert à Coligny, un vestige qui remonte au IIème siècle

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Symbolisme :


Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :


HALLOVEN. On désigne, par ce nom, en Ecosse, la nuit qui précède la Toussaint, et pendant laquelle on croit que les sorcières, les diables, les lutins, etc., parcourent librement les airs, c'est-à-dire qu'alors il s'établit une sorte de trêve entre les esprits et l'homme. C'est l'époque de l'année où, par certains charmes, l'intelligence la plus vulgaire peut connaître l'avenir. Durant l'halloven, les jeunes filles se prennent par la main et vont deux à deux, les yeux fermés, dans le potager, arracher le premier chou qu'elles rencontrent. Suivant que le chou est gros, petit, tortu ou droit, leur futur sera beau ou laid , grand de taille ou bossu. Si un peu de terre adhère à la racine, c'est signe qu'il sera riche ; si la tige du chou est douce, le mari aura un bon caractère ; si elle est aigre, il grondera souvent.

 

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


La Toussaint (fixée au 1er novembre vers l'an 800), qui fête tous les saints, est pratiquement confondue avec le jour des Morts (2 novembre), consacré aux défunts. de lavis de certains théologiens, le jour des Morts, qui serait apparu en Irlande puis aurait gagné l'Italie vers 835 avant de s'implanter dans l'Empire franc au IXe siècle, serait « entaché d'un paganisme atténué, vu sa ressemblance avec le culte des ancêtres païens ». Si les Grecs fêtaient leurs morts au printemps (troisième jour des Antesthéries), les Romains lors des parentales (13 ou 20 février), les anciens Germains dans le cycle de Youl (notre Noël), les anciens Slaves le samedi avant la Pentecôte, les Celtes célébraient, la nuit du 1er novembre qui correspondait au premier jour de l'année, la fête de Samain (Samonios). Cette nuit-là le monde des vivants communiquait avec celui des morts.

La nuit de la Toussaint appartient aux trépassés : les morts sortent de leur tombe et vont parfois prier dans les églises, toutes les âmes se réunissent, défilent en processions sur es routes, se dirigent vers les lieux qu'ils ont habités et réclament des prières aux vivants. En Bretagne, au sujet de la veille du jour des Morts, on dit qu'« il y a plus d'âmes dans chaque maison que de grains de sable ans la mer et sur le rivage ».

Qui sort le soir de la Toussaint risque de ne pouvoir « mettre un pied devant l'autre sans marcher sur [les morts], tant leurs rangs sont pressés ». Dans les Vosges, on signalait l'apparition d'une boule de feu roulant toute seule, considérée comme une âme demandant des prières : « Malheur au passant qui, rencontré par elle, ne comprendrait pas son muet langage, car il en pourrait rentrer chez lui sans peur et sans mal et surtout sans sentir effroyablement le roussi ». En Franche-Comté, (Scey-en-Varais, Doubs), on entendait les cris des chiens, les galops des chevaux et le cor du « chasseur maudit », condamné à errer sans fin dans les airs. En Bretagne, en Normandie et en Lauraguais, un char funèbre parcourait les rues. Au moment où il passait s'élevaient les voix de ceux qui étaient morts pendant l'année. Qui voyait cette apparition succombait. Sur le littoral normand, lorsque les prières de la Toussaint avaient été insuffisantes pour procurer la paix aux âmes des naufragés, une tempête s'élevait en mer vers le milieu de la nuit et un bateau s'avançait avec une grande rapidité vers la jetée ; ce navire, avec ses agrès brisés, ses voiles déchirées et son mât chancelant, était un de ceux qui avaient coulé. On l'amarrait puis, lorsqu'une heure sonnait, « un léger brouillard flott[ait] sur la vague, l'équipage et le navire [avaient] disparu ! »

Pour connaître ceux qui allaient mourir dans l'année, il suffisait de se rendre à l'église ou au cimetière : les morts assemblés

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Dans L'Oracle de la sagesse gauloise (Éditions Le Courrier du Livre, 2021) Caroline Duban et Lawrence Rasson propose une carte dédiée à Samonios :


Trinox Samoni

« Les trois nuits de Samain »


Le calendrier luni-solaire de Coligny a été réalisé sur une table de bronze. Il date du IIe siècle de notre ère, bien qu'il ait été retrouvé en morceaux, on a u déterminer qu'il permettait de fixer les dates des fêtes religieuses. Ce document mentionne notamment trinox samoni. L'annotation est visible au deuxième jour de la deuxième quinzaine du mois de samon[ios]. Des quatres fêtes connues et attestées dans le calendrier irlandais, les trois nuits de Samain - symbolisées sur la carte par les trois phases de la lune - sont les seules à figurer sur le calendrier de Coligny. En comparaison avec ce que l'on connaît des fêtes d'Irlande, Samain ouvre le début de l'année. Comme le raconte César, c'est en l'honneur de Dis Pater, divinité infernale, dont les Gaulois se disent tous issus, que ces derniers « mesurent la durée, non pas d'après le nombre des jours, mais d'après celui des nuits ; les anniversaires de naissance, les débuts de mois et d'années sont comptés en faisant commencer la journée avec la nuit » (Guerre des Gaules, VI, 18). C'est ainsi que les trois nuits de Samain représentent le commencement de la saison sombre et froide, et le début de l'année.

On trouverait une origine du mot samonios dans le vieil irlandais qui renverrait à une « assemblée » ou une  « réunion ». En effet, cette fête durait trois jours et trois nuits sur cette île, période qui, si l'on en croit le folklore moderne, ferait se réunir le monde des vivants avec celui des morts, et plus généralement avec l'au-delà. On peut recouper avec le sanskrit sâmanarn qui possède plusieurs significations :  « égal/semblable »,  « rencontre »,  « [en] commun »,  « simultanément ».... Cette similitude est vérifiable avec le vieu norrois saman qui veut dire  « ensemble ». Samain était un temps privilégié de retrouvailles avec les ancêtres et les proches disparus, un moment où le voile qui séparait le monde des vivants et celui des morts, était suffisamment ténu pour permettre aux uns de communiquer avec les autres, et à ces derniers de se manifester aux premiers. Cette période est à rapprocher de notre actuelle fête des morts.

En prenant en compte le mouvement de la voûte céleste depuis les temps antiques, on fait coïncider la fête de Samain avec le lever héliaque de l'étoile Antarès, de la constellation du Scorpion. La carte montre l'esprit de Samain, dénudé comme un nouveau-né, une ombre de palmette sur son ventre et flattant un serpent à tête de bélier, un anaimal fantastique qui orne régulièrement des parures et autres objets d'artisanat. Ce motif et la créature symbolisent l'Arbre de Vie. Dans cet oracle, il renvoie également aux entités invisibles se matérialisant entre les mains du mois samonios. Animal à sang froid, rampant ou maintenu par Cernunnos, il rappelle les puissances des profondeurs, humides et froides. Les triscèles qui figurent sur le fond sont un motif récurrent dans tout l'art celtique et généralement associé au svastika. L'un et l'autre caractériseraient le mouvement solaire, et dans ce cas précis, le temps qui s'écoule en écho avec les phases de la lune.


Interprétation : Si votre question nécessite une réponse temporelle, celle-ci se situe en automne, autour des mois d'octobre et novembre.

Dans un autre contexte, Trinox Samoni est la carte qui rend hommage à ce qui fut et qui poursuit son évolution sous une autreforme, en parallèle des vivants. La lien aec la nuit fait correspondre cette fête une perte de repères visuels que le mental saurait gérer en temps normal. Pour accéder à ce monde souterrain des morts, il faut pénétrer dans la noirceur de la nuit, et donner ainsi l'occasion à ceux-ci de se rapprocher de nous, de traverser les couches qui les séparent de nous. Les ancêtres et les défunts voyagent à leur aise durant ces trois nuits, tandis que les vivants commémorent plus que leur souvenir : leur présence. Être ensemble, tous et toutes devenus des égaux, savoirs et expériences peuvent être échangés, mais pas seulement. Diodore de Sicile rapporte que sur les bûchers funéraires, les Gaulois avaient parfois l'habitude de dépser des lettres qui devaient être remportées par le défunt. Les fumées s'élevant au-dessus du bucher illustrent l'échange épistolaire post mortem. Des dettes peuvent être réglés dans l'autre monde, il est autorisé de peenser qu'une réciprocité était rendue possbile pendant Samain. Dire ce qui n'a pu être exprimé du vivant de la personne, et régler les tensions en souffrance devient alors accessible. Cette carte est particulièrement connectée avec des personnes de votre entourage qui sont passées de l'autre côté du miroir, ou qui se trouvent si éloignées de vous (à cause de fâcheries, d'oublis, etc.), que le lien semble rompu la plupart du temps Si vous avez tiré cette lame, c'est qu'il est plus que temps de renouer avec ces personnes. Si elles ne sont plus physiquement là, Samain vous signale leur présence à vos côtés. Elle vous pousse également à développer des capacités qui vous sont propres et qui ciomprennent la communication avec les défunts. Attention ! Cette compétence extrasensorielle doit être utilisée avec parcimonie et à bon escient. Ne vous raccrochez pas à ces communications comme à une bouée. Il faut bien laisser les morts retrouver le lieu qui les accueille et ne pas les retenir sur notre plan de conscience. Revenir encore et encore auprès d'un médium avec la même photo pour obtenir des messages (souvent les mêmes), alors que la période de deuil est largement écoulée et qu'il faut penser à vivre, ne vient en aide ni à vous-même, ni aux êtres disparus. Vivre c'est aussi faire honneur à ceux qui sont partis, car c'est en nous rappelant d'eux que nous leur donnons la force de nous rendre visite. C'est pourquoi il faudra apprendre peu à peu à vous souvenir de vos ancêtres et de vos proches sans tomber dans une dépendance.

Samain est le commencement d'une nouvelle page. Si vous vous demandez ce qui est en train de se réaliser autour de vous, ou ce que représente la situation que vous traversez, vous allez entamer un nouveau cycle. Comme tout nouveau chapitre, vous pouvez parfois être confronté à la peur de la page blanche, à l'inconnu, peut-être à un grand flou ; mais comme toute vie naît du chaos, ce passage vous aguerrira et vous rendra fort de nouvelles expériences. Peut-être vous êtes-vous interrogé sur la tournure que pourraient prendre les événements ? Samain sort dans votre tirage pour vous dire qu'ils évolueront sur une nouvelle pente, car cette carte ne signifie pas une fin. Pour plus de précision, il est préféréable de choisir une seconde carte à placer à côté de celle-ci. Elle vous détaillera cette ouverture.

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Cérémonies :


Rituel 2016 : Sous les auspices du houx séculaire, nous avons accompagné au son du tambour tous les patients du bateau de guérison avant de raviver et réchauffer notre flamme intérieure à la lumière du feu de bois afin qu'elle nous illumine secrètement pendant toute l'année sombre.

Merci aux Esprits qui ont répondu à notre invitation et nous ont enseigné pendant cette soirée sous la voûte minérale de la grotte, réplique matérielle de la voûte sidérale.


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Rituel 2017 : Pas de photos de cette cérémonie...


Un trio dans la nuit

qui dit au revoir à la saison claire

dans la clairière qui domine la ville illuminée

Le trio redescend dans la forêt noire

Glisse et hésite sur le sentier feuillu

La route est longue jusqu'à la caverne

Et le chemin tortu et pentu

Dans la caverne encore endormie

Résonnent les tambours et les hochets

Pour réveiller l'Esprit du Lieu

et lui demander de nous accueillir pour les six mois

de la saison sombre.

Un feu qui explose dans la nuit

Puis s'intériorise en braises orangées

La lune qui envoie les rayons blêmes de sa rondeur

Sur les parois de la faille calcaire

Et nous éclaire autant qu'elle nous enseigne

Silence final

Bruits nocturnes

Qui est là ?

Qui nous parle et nous environne ?

Merci d'être avec nous et de nous répondre

en langue de nature.

A des kilomètres de là, synchronisées :

"Bon ben j'ai démarré la cérémonie à 19h et quand j'ai joué du tambour, des djembés m'ont répondu du pied de la montagne, avec la lune rousse c'était magique. Une grosse lueur blanche a comme explosé dans le ciel à l'ouest dès que j'ai démarré le feu et la fin les nuages étaient comme alignés en éventail. j'ai fait du mieux que j'ai pu en pensant à vous et j'ai bien refermé la porte après avoir remercié et parlé à mon arrière-grand-mère.

Je suis pleine de belle énergie, alors merci."

Niuk

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Rituel 2019 : Un magnifique rond de sourcière d'amanites tueuses qui entourent l'olivier de la paix : quel meilleur présage pour la célébration du soir ?


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