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Le Curcuma




Étymologie :

  • CURCUMA, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1559 (M. Mathée, trad. de Dioscoride, 9 a d'apr. H. Vaganay ds Rom. Forsch., t. 32, p. 41). Empr., de même que l'esp. cúrcuma (dep. 1555 d'apr. Cor.), à l'ar.kurkum (v. FEW t. 19, p. 100).


Lire également la définition du nom curcuma afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Curcuma longa ; Curcuma long ; Cordyline jaune ; Faux arrow-roo ; Safran des Indes




Botanique :








Symbolisme :


Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Curcuma (Curcuma longa) a les caractéristiques suivantes :


Le Curcuma est originaire du Sud-Est asiatique, où il est cultivé comme plante tinctoriale. Il a un puissant rhizome principal, souterrain, ovale, ressemblant à un œuf d'autruche, que l'on appelle Curcuma rond; c'est ce gros rhizome ovoïde qui émet des rameaux latéraux allongés, le Curcuma long. Ces racines, qui repoussent autour de l'œuf mère, sont arrachées lorsqu'elles atteignent une certaine dimension, coupées en rondelles que l'on met à sécher, et pressées. Elles renferment une fécule et une matière colorante jaune orangé, la curcumine.


Pouvoir : Purification.


Utilisation rituelle : Pour les Louchaïs de Birmanie, le gros « œuf » de Curcuma représente symboliquement la matrice d'où est sorti l'Univers.

Les hindous emploient la curcumine pour se teindre le corps et dessiner des mandalas au cours de certaines cérémonies.


Utilisation magique : En Malaisie, à Java, on purifie l'endroit où va avoir lieu une cérémonie magique en l'aspergeant avec une solution de curcumine diluée dans de l'eau salée; l'aspersion rituelle se fait avec les larges feuilles de la plante.

On brûle des rhizomes de Curcuma dans les cérémonies d'envoûtement. La fécule est répandue sur le passage des processions.

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Selon Catherine Orliac, autrice de « Le Dieu Rao de Mangareva et le Curcuma longa », Journal de la Société des Océanistes (pp. 114-115 | Année 2002) :

[...]

D’après les missionnaires, le dieu Rao, qui portait le n°3, « était consacré (à) une plante appelée ranga dont la fleur est jaune et d’une odeur très pénétrante. Les jeunes gens portaient des tapas colorés en jaune avec cette fleur, durant les jours de débauche » (Jacquemin, 2000 : 309).

La plante dont il est question dans l’inventaire de Caret n’est autre que le Curcuma longa L., une zingibéracée très prisée des Mangaréviens qu’ils nommaient autrefois ranga ou rega ; ce nom vernaculaire désignait non seulement la plante elle-même mais également la préparation culinaire issue de la cuisson du tubercule (Buck, 1938 : 214).

Le Curcuma longa est une plante herbacée vivace de 0,50 à 1 m de hauteur (Barrau, 1962 : 119), à tubercule dont la chair est d’un jaune orangé ; c’est à la fois une plante tinctoriale, une plante alimentaire et une plante à épice (Barrau, 1963 : 167). À Tahiti, son tubercule, qui peut atteindre 15 cm de long et 2 cm de diamètre, a une odeur aromatique et une saveur piquante moins prononcée toutefois que celle du gingembre (Pétard, 1986 : 20-121).

Bien qu’il n’existe plus à l’état sauvage, Curcuma longa, communément nommé safran des Indes ou turmeric, est originaire des Indes (Brown,1931 :163 ; Sopher, 1964 : 95 ; Smartt et Simonds, 1995 : 493) peut-être du centre indien de Vavilov. Le nom du turmeric en sanskrit, ainsi que dans d’autres langues polynésiennes, signifie la couleur jaune qui est une couleur hautement sacrée aux Indes et en Océanie.

Introduite par l’homme dès le début du peuplement sur les seules îles hautes de Mélanésie, Micronésie et Polynésie, cette plante « figurait parmi les articles qui, aux temps anciens [...] faisait l’objet d’échanges » (Barrau, 1962 : 120). Elle y était très prisée comme source de teinture pour les tapa (étoffes d’écorces battues) et pour les peintures corporelles lors des cérémonies (Brown, 1931 : 163). On l’employait également comme aliment et comme condiment, notamment aux îles Samoa et en Nouvelle-Calédonie. Elle était aussi utilisée en Polynésie dans la préparation de médicaments, à Tahiti en particulier pour soigner les affections gastriques et hépatiques (Pétard, 1986 : 121) et pour le traitement des blennorragies et des leucorrhées (Pétard, 1960 : 85).

En Asie du Sud-Est et en Océanie, cette plante à croissance rapide a toujours eu des propriétés magiques souvent liées à la fertilité de la terre (Purseglove, 1972 : 523) ; elle était notamment utilisée pour peindre les corps lors de rites associés à la naissance des enfants, au mariage, à la mort et à l’agriculture (Purseglove et al., 1981 : 532. L’usage cérémoniel du Curcuma s’est répandu très tôt en Océanie et son utilisation rituelle en Polynésie trouverait son ancienneté et son origine en Asie du Sud-Est.

En Polynésie, selon l’âge de la plante, la teinture de Curcuma varie du jaune canari, à l’orange, au rouge et au jaune moutarde ; on peut aussi obtenir un jaune-chrome de toute beauté ; cette couleur est due à la présence dans le tubercule de 0,5 % de curcumine (Pétard, 1986 : 120).

Le colorant était traditionnellement préparé en Polynésie de deux façons différentes : d’après F. Brown, lors de certaines cérémonies marquisiennes, le rhizome était gratté, puis cuit au four jusqu’à ce qu’il soit mou, enfin pressé dans un tapa pour en exprimer le jus ; il n’était jamais utilisé par les personnes âgées mais pour peindre le corps de jeunes filles et de jeunes garçons qui étaient tapu (sacrés) durant les danses et les fêtes (Brown, 1931 : 163). Selon P. Pétard (1960 : 84), à Tahiti et aux Marquises, les jeunes gens qui prenaient part aux danses rituelles « devaient se teindre le corps d’une teinture dont la préparation, accompagnée de diverses cérémonies, était réservée à de vieux indigènes, opérant en pleine brousse et loin des villages. Ils râpaient des racines fraîches qu’ils faisaient macérer dans de l’huile de coco [...] il ne restait plus qu’à filtrer [...] et à distribuer le liquide aux danseurs ».

Le Curcuma longa n’est plus cultivé de nos jours à Mangareva mais autrefois, il était si hautement estimé qu’il était placé sous la protection de trois dieux : Meihara-iti, Ragahau et Rogo (Laval, 1938 : 272) ; Rogo était chargé de faire tomber la pluie et de produire des nourritures ; il était symbolisé par l’arc-en-ciel et la brume et possédait les attributs du dieu de l’horticulture (Buck, 1938 : 224, 422) 11. Deux autres dieux, Rao et Tupo, étaient plus particulièrement invoqués au cours de la plantation du Curcuma (rega) ; des prêtres, nommés taura-rega, conduisaient les cérémonies offertes au moment de sa mise en culture et de la cuisson de ses tubercules.

D’après le Père Honoré Laval, la plantation du rega commençait peu de temps après la récolte du fruit de l’arbre à pain, quelques fruits ayant été laissés sur l’arbre pour fournir de la nourriture aux travailleurs. Les racines du Curcuma étaient coupées et plantées comme celles des patates douces (Ipomoea batatas) puis les prêtres concernés se rassemblaient sur le marae (sanctuaire), y plantaient des roseaux (Miscanthus floridulus) avec des banderoles d’écorces de mûrier à papier (Broussonetia papyrifera) et récitaient des prières nommées putoka. Lorsque les pousses perçaient le sol, elles étaient protégées des rats et du vent par des feuilles d’Hibiscus tiliaceus (Laval, 1938 : 273).

La récolte avait lieu l’année suivante, chaque pied ayant en moyenne cinq à huit tubercules. Au moment de la récolte, une grande quantité de nourritures était mise à cuire pour les prêtres et les travailleurs. Les tubercules étaient arrachés et lavés, ce travail étant ponctué de chants appelés kapa en l’honneur du rega. Les tubercules, râpés par les prêtres, étaient ensuite placés dans un grand bol en bois (umete), lavés plusieurs fois, puis disposés dans un récipient appelé aoga percé au fond d’un petit trou. Le Curcuma était ensuite cuit dans un four en terre traditionnel dont les pierres chauffées n’étaient pas recouvertes d’algues mais de feuilles de nono (Morinda citrifolia). Au moment de l’ouverture du four, une prière était faite en l’honneur des dieux du rega, puis le prêtre ouvrait le four et s’il jugeait la cuisson terminée, il retournait le récipient et soufflait dans le trou situé à la base du aoga. Si le Curcuma était bien cuit, il sortait facilement du moule, mais s’il restait coincé sur l’un des côtés du récipient et se brisait, cela signifiait que l’un des travailleurs n’avait pas observé la loi de l’abstinence. Le rega solidifié appartenait à la famille qui l’avait cultivé. Il était consommé à l’exception de la mousse formée à la surface du récipient qui était réservée pour les dieux (Laval, 1938 : 273-274).

Comme l’indique l’inscription portée par le Père Caret sur la sculpture du dieu Rao du musée du Louvre, le Curcuma longa servait également aux îles Gambier pour teindre les tapa portés par les jeunes gens lors de certaines cérémonies ; il était aussi utilisé pour les peintures corporelles qui étaient apposées à l’occasion de rituels associés à la naissance d’un enfant, l’accès aux fonctions de prêtre, ou bien encore au moment des funérailles. Le rega était appliqué sur le ventre des futures mères au cours du sixième mois de grossesse par un rogorogo de haut rang lors d’une cérémonie appelée pani kopu (peinture de l’abdomen) ; le rogorogo commençait par enduire l’abdomen puis les flancs de la jeune femme, ensuite le dos et jusqu’au cou. Il peignait enfin les membres inférieurs depuis les cuisses jusqu’aux chevilles (Buck, 1938 : 104). De même, lors de la cérémonie préparatoire à la nomination d’un prêtre, les genoux du candidat à la prêtrise étaient recouverts de rega puis frappés avec une feuille de ti (Cordyline fruticosa) ou de canne à sucre (Saccharum officinarum) par le chef des rogorogo (Buck, 1938 : 43). Enfin, Caillot remarque que les offrandes déposées près des morts comportaient un paquet de cordes de fibres de coco, un morceau de tapa fait de l’écorce de l’arbre à pain, quelques bols en bois contenant du fruit fermenté de l’arbre à pain et une calebasse avec de l’eau mélangée à du Curcuma. La tradition orale rapporte que la nourriture et le mélange d’eau et de rega devaient alimenter le mort au cours de son voyage post mortem (Caillot, 1910 : 152).

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