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  • Anne

La Cordyline




Symbolisme :


Alice Peeters , autrice de "Le petit paysannat martiniquais et son environnement végétal. Recherches en cours." (In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 23, n°1-3, Janvier-février-mars 1976. pp. 47-56) nous apprend le sens magique de la Cordyline en Martinique :


En haies ou en mélange dans les parterres, on trouve également dans les jardins de case des plantes recherchées soit pour leurs fleurs spectaculaires, le plus souvent de couleur rouge, soit pour leur feuillage rouge ou variégué, comme des balisiers, crotons, Canna, Hibiscus, Cordyline, Datura, Jatropha etc. Leur rôle ornemental justifie toujours en premier leur présence. Il n'est pas douteux qu'il existe dans le paysannat martiniquais un goût certain pour les fleurs et les plantes d'ornement et que bien des personnes ne les plantent plus que pour cette raison, du moins consciemment. Cependant en poussant l'enquête plus avant et par recoupements, on s'aperçoit que le rôle de ces plantes est principalement d'ordre magique. Elles ont pour but de protéger la maison et ses habitants des mauvais esprits ou des sorts jetés par les « quimboiseurs ». De plus, la plupart de ces plantes ont également un usage dans la pharmacopée locale. Enfin, on les plante également dans les parcelles de culture situées dans les mornes. Dans la montagne de Vauclin, nous avons remarqué l'usage de la cordyline (Cordyline fruticosa (L.) A. Chev.), appelée « roseau-des-Indes », comme borne vivante à la limite des parcelles cultivées.

[...]

Nombreuses sont les plantes emmenagogues ou à but abortif comme la menthe-à-femme ou herbe-à-femme (Ageratum conyzoïdes L.), l 'herbe-puante (Cassia occidentalis L.) ; la réputation de certaines d'entre elles semble due essentiellement à leur couleur rouge rappelant celle du sang, telle la cordyline.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Cordyline (Cordyline terminalis) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Jupiter

Élément : Feu

Pouvoir : Protection


Les Cordylines sont des plantes tropicales et équatoriales que les horticulteurs multiplient aujourd'hui pour leur feuillage très décoratif. En Europe, ce sont des plantes d'appartement bien connues, extrêmement proches des crotons et des dracaenas. Les longues et larges feuilles, souvent panachées, présentent de belles traînées colorées dans toutes les gammes de vert, rose, rouge, grenat, violet.


Utilisation magique :

Une Cordyline à bord d'un navire porte chance : le vaisseau résistera vaillamment aux pires ouragans des mers du Sud, comme aux attaques des sauvages. C'est une tradition de l'ancienne marine à voiles.

En Indonésie, des Cordylines vertes plantées aux quatre coins de la maison sont bénéfiques; les variétés rouges et violettes, par contre, sont à éviter : celui qui les plante risque d être suivi par le mauvais œil pendant une année entière.

En pot chez soi, il est bon d'installer la plante chaque soir à côté de son lit : rien de mauvais ne viendra visiter le dormeur pendant la nuit.

On peut passer une violente migraine en s'enveloppant le front, les tempes et la nuque avec des feuilles de Cordyline violette.

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Selon Michel Aufray, auteur de « Note sur les messages de végétaux : quelques exemples océaniens », (Journal de la Société des Océanistes [En ligne], 114-115 | Année 2002) :

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Les messages à motivation linguistique

Dans les exemples rapportés ci-dessus, le choix de la plante est soit motivé par l’aspect de la plante, soit par une caractéristique fonctionnelle. Mais le message peut fonctionner aussi comme un support transposé du langage. Il s’agit dans ce cas du procédé appelé par Marcel Cohen, rébus à transfert de choses : le nom de la plante évoque l’idée à transmettre (Cohen, 1958 : 15).

Des messages de ce type sont en usage sur l’île Anecom où ils sont désignés par le terme générique de netupu. Le principe consiste à associer le nom d’une plante et, parfois, d’un minéral 6, avec un autre terme du lexique qui lui est homophone ou quasi-homophone, le sens de ce mot étant en rapport avec l’information à transmettre. Ainsi, dans cette langue, la cordyline (Cordyline fruticosa (L.) Chevalet, Liliacées) se dit inrowod. Ce terme est rapproché de awod qui signifie « battre, frapper à mort quelqu’un ». Si on place une feuille de cordyline devant la maison de quelqu’un, on déclare son intention de le tuer. Le lien entre le signifiant et le signifié repose donc sur une analogie phonique, une sorte de calembour, un peu comme si en français, une feuille de frêne était placée sur un panneau routier pour inviter les automobilistes à « freiner ».

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Myrtô RIBAL-RILOS dans "Plantes et pratiques magico religieuses aux Antilles et en Guyane. (In : Conférence inaugurale de l’UAO-UTL, 2004) explique un usage répandu de la cordyline :


De passage dans le nord de l’île, un informateur, à qui on confia notre étonnement de rencontrer la cordyline devant presque toutes les maisons, décida de nous donner quelques informations. C’était un vieil homme de quatre vingt sept ans. Il expliqua que cette plante était utilisée autrefois, pour se prémunir contre l’irruption intempestive des défunts, car ces derniers, s’ils ne sont pas bien accompagnés, reviennent et gênent les vivants. Mais Cette plante est un moyen de se prémunir contre leur venue.

Il faut préparer la plante, il faut lui parler, et effectuer un certain nombre de préparations au bas de la tige pour qu’elle soit efficace. Aujourd’hui, les gens mettent la plante devant chez eux, mais ne savent plus pourquoi. Elle est de toute façon décorative, donc tout le monde l’utilise.


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