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La Laitue vireuse

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    Anne
  • il y a 1 heure
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Étymologie :


Étymol. et Hist. 1121-34 (Philippe de Thaon, Bestiaire, 1576 ds T.-L.). Du lat. lactuca « id. » (dér. de lac « lait ; suc laiteux des plantes ») cf. judéo-fr. fin xie s. laitug[u]e (Raschi, Gl., éd. A. Darmesteter et D. S. Blondheim, t. 1, p. 85).


Lire également la définition de laitue pour amorcer la réflexion symbolique.


Espèces : Lactuca - Herbe aux philosophes - Plante des eunuques -

Lactuca virosa - Laitue amère - Laitue fétide - Laitue méconide - Laitue opium - Laitue papavéracée - Laitue poison - Laitue sauvage - Laitue vireuse -

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Botanique :


Selon Jean-Marie Pelt, auteur d'un ouvrage intitulé Des Légumes (Éditions Fayard, 1993) :


Quelque variété d'herbe il y ait, tout s'enveloppe sous le nom de salade », notait déjà Montaigne, étonné de cet abus sémantique qui confond sous le même nom la matière première et le produit fini.

[...]

La laitue cultivée entretient un cousinage incertain avec la laitue vireuse. Rien de commun, à première vue, entre cette laitue sauvage aux longues tiges dressées et aux feuilles dentées hérissées d'aiguillons et la laitue pommée cultivée dans un jardin. De plus, la laitue vireuse est amère au point que les Septante, traduisant la Bible hébraïque en grec, qualifièrent de laitue les « herbes amères » prescrites pour remémorer, avec l'Agneau pascal, les amertumes de l'Exode. [...]

Les laitues doivent leur nom au fait qu'un suc lactescent est sécrété par toute la plante ; la sélection naturelle a limité cette sécrétion dans les variétés cultivées pour la bouche, mais bon nombre de laitues, et particulièrement la laitue vireuse - qui doit avoir sa place dans l'arbre généalogique des laitues -, émettent un suc laiteux amer, contenu dans toutes les parties de la pante et s'écoulant à la moindre blessure. Ce suc blanc laiteux coagule rapidement ; séché au soleil, il devient un médicament, le lactucarium, à odeur forte et vireuse et de saveur amère. Ce suc desséché, fort utilisé par les anciens Grecs et Romains, était considéré comme un succédané de l'opium. Il délivra, dit-on, Galien des insomnies de la vieillesse. Oublié pendant de nombreux siècles, il effectue une percée en thérapeutique à la fin du XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle. On l'a utilisé en médecine infantile comme médicament de la toux, de la coqueluche et des bronchites notamment ; mais sa teneur en substances actives est très variable, de sorte que ses effets sont irréguliers, ce qui a nui à cette drogue aujourd'hui tombée en désuétude."

Pierre-Arnaud Chouvy, mentionne la laitue vireuse sans un article intitulé "Le pavot à opium et l'homme Origines géographiques et premières diffusions d'un cultivar" (In : Annales de géographie. Armand Colin, 2001. pp. 182-194) :


Avec les débuts de la sédentarisation des sociétés humaines, et ceux concomitants, de l'agriculture, le pavot à opium a certainement pu profiter de l'expansion de ces milieux favorables à son développement, avec d'autres « mauvaises herbes » dont certaines avaient également des propriétés psychoactives et qui sont d'ailleurs souvent entrées dans des compositions à base d'opium. Comme c'est le cas de Datura metel L. (une solanacée très toxique) probablement originaire du Pakistan ou de l'Afghanistan ; Datura stramonium L. qui entre dans la composition, entre autres, du népenthès grec à base d'opium ; et Lactuca virosa L. (la laitue vireuse au latex épais et abondant, et également hallucinogène.

Dans "Confusion lors de cueillettes de plantes médicinales." (In : Bulletin du Cercle vaudois de botanique., 2003, vol. 32, p. 17-22) André Dolivo relève une confusion fréquente qui concerne la Laitue :


"Pour mémoire, il faudrait citer encore la laitue vireuse (Lactuca virosa, astéracées), très rare en Suisse, qui sécrète un latex aux effets narcotiques et qui ressemble fort à la laitue cultivée (Lactuca sativa). Relevons que des infusions artisanales de laitue vireuse ont été utilisées en injections intraveineuses par des toxicomanes et ont provoqué de sévères troubles (BRUNETON 2001 p. 10)."

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Vertus médicinales :


A savoir : La laitue vireuse, ou laitue sauvage, Lactuca virosa L. Asteraceae est inscrite à la pharmacopée française sur la liste A des plantes médicinales utilisées traditionnellement. Son nom français commun est en non grisé, ainsi, la laitue vireuse est-elle strictement médicinale ; elle donc fait partie du monopole pharmaceutique. La laitue vireuse fournit deux drogues végétales à partir de deux parties distinctes de la plante : la feuille et le suc épaissi dit « lactucarium ». Il n’est pas mentionné de partie toxique.

Henri Ferdinand Van Heurck et Victor Guibert, auteurs d'une Flore médicale belge. (Fonteyn, 1864) nous apprennent les propriétés thérapeutiques des Laitues :


"Lactuca virosa : Propriétés Physiques et Chimiques. La laitue vireuse est aussi lactescente ; elle a une odeur forte, vireuse, désagréable, semblable à celle de l'opium. Le suc est âcre et très amer. Il contient deux espèces de matières grasses, une résine insipide, une résine âcre, de l'acide oxalique et une substance cristallisable, d'une amertume forte et persistante (Lactucine de Walz). De nouveaux procédés d'extraction ont permis d'obtenir cette substance avec toute la pureté de composition désirable.


Usages Médicaux. L'extrait ou le jus exprimé des feuilles de cette plante est un narcotique sédatif ; on le considère comme plus énergique que celui que l'on obtient de la laitue cultivée. On le dit aussi un peu laxatif, diurétique et diaphorétique. A dose assez forte, ce médicament peut produire des nausées et des évacuations alvines. On emploie cette espèce de laitue en Europe, et particulièrement en Allemagne, dans le traitement de l'hydropisie et surtout de celle qui est liée avec quelque obstruction viscérale ; on la combine ordinairement dans ces cas avec la scille, la digitale ou un autre diurétique. On la prescrit dans l'ascite, l'anasarque, l'ictère, les phlegmasies chroniques des organes digestifs, les fièvres intermittentes, les coliques hépatiques, l'asthme, la toux, les catarrhes pulmonaires, la phtisie et plusieurs névroses ; Schlesinger l'a recommandée dans l'angine de poitrine. La lactucine parait jouir des propriétés du lactucarium (Gromier et Bouchet).


Formes et doses. Suc, 20 centigrammes à 60 grammes progressivement

Teinture, 50 centigrammes à 5 grammes

Extrait aqueux 10 centigrammes à 1 gramme."

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Symbolisme :


Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Laitue vireuse (Lactuca virosa) a les caractéristiques suivantes :


"Genre : Féminin

Planète : Lune

Élément : Eau

Pouvoirs : Protection - Chasteté - Sommeil - Voyage astral.


Comme l'indique leur nom, les Laitues (Lactuca) contiennent un lait, c'est-à-dire un latex blanc, d'apparence laiteuse. L'espèce la plus connue du genre est la Laitue commune ou cultivée (Lactuca sativa), originaire d'Asie ; elle est, depuis des siècles, l'une des herbes les plus importantes de la culture maraîchère. Elle contient moins de latex que les autres Laitues.

La Laitue vireuse est une grande herbe des lieux incultes et rocailleux, pouvant atteindre 2 mètres de haut. Elle renferme beaucoup de ce latex dont on a connu de très bonne heure les propriétés calmantes et hypnotiques. Dès la plus haute Antiquité, la Laitue maraîchère a possédé la réputation « d'herbe aux beaux rêves » ; les Romains en mangeaient le soir pour se procurer un sommeil euphorique ; les solitaires de la Thébaïde, pour lutter contre le démon de la chair. Dioscoride, Galien, Celse, Oribase signalent dans leurs écrits le suc blanc de Laitue comme ayant des propriétés analogues à celles de l'opium.

On employa pendant longtemps un extrait de ce suc qui fut nommé thridace (du gr. thridax = Laitue) ; puis, au XVIIIe siècle, le Dr Cox, de Philadelphie, parvint à dessécher le thridace pour le conserver indéfiniment. Ce produit sec, raffiné en laboratoire, fut appelé lactucarium, dit aussi, en France, Opium de Laitue, Opium indigène, Opium écossais ; Opium de Philadelphie, etc.

Au milieu du XIXe siècle, une importante entreprise de culture industrielle fut mise au point par le savant français Hector Aubergier. C'est aux environs de Clermont-Ferrand, dans la plaine de la Limagne, qu'il établit ses champs d'essais, lesquels devinrent très importants. Après des essais de culture sur toutes les variétés de Laitues du monde entier, il donna la préférence à la Laitue géante (Lactuca. altissima), originaire du Caucase, tant par la quantité de lactucarium qu’elle pouvait fournir que par sa richesse en principes actifs. La Laitue vireuse vient immédiatement après.

C'est en juin, quand les Laitues montent et s'apprêtent à fleurir, que le latex devient abondant. En juillet et en août, les champs expérimentaux d'Aubergier s'animaient du travail des « saigneuses » qui, leur canif à la main, disparaissaient presque complètement au milieu des Laitues géantes. Le latex frais a l'aspect et la consistance de la crème fraîche ; il noircit très rapidement la lame des couteaux à inciser et rougit le papier de tournesol. Le lactucarium brut possède une odeur caractéristique, forte, désagréable, vireuse, et une saveur d'une amertume extrême; il était livré alors au commerce en pains aplatis, pesant de 20 à 30g.


Utilisation rituelle : Dans leur région d'origine, Caucase, Turkestan, steppes d'Asie centrale, les diverses Laitues sauvages sont des plantes de derviches ; ils consomment le latex soit pur, soit le plus souvent incorporé à des préparations du type haschich, pour avoir des visions et entrer en transe.


Utilisation magique : Pour avoir de beaux rêves, parfois prophétiques, avant de vous coucher faites-vous masser délicatement le front, la tête, la nuque et la naissance des épaules avec du suc frais de Laitue cultivée (salade) ; si la variété vireuse est employée, il faut diluer le jus car, pur, ses effets risqueraient d'être trop violents. Des éruptions, des boutons douloureux peuvent même apparaître sur les parties du corps touchées. Une recette classique, éprouvée, mélange à parts égales le suc de Laitue vireuse avec du jus de camomille romaine ; on peut se servir aussi de la verveine sans craindre des réactions chimiques parfois imprévisibles.

Si des Laitues vireuses sont venues pousser spontanément autour de la maison, ne les arrachez pas comme de vulgaires « mauvaises herbes » (en fait il n'y a pas de mauvaises herbes) ; traitez-les au contraire avec bienveillance et amour, car elles protègent votre foyer et votre jardin. Une tradition du Forez veut, toutefois, qu'on ne les laisse pas monter en juin-juillet, car la stérilité pourrait s'installer dans le foyer – rappel symbolique des vertus apaisantes, sur les sens comme sur le psychisme, qu'ont, à des degrés divers il est vrai, toutes les Laitues, surtout l'été quand leurs tiges sont gorgées de latex.

Les feuilles (nocives, ne l’oubliez pas) de la Laitue vireuse présentent la curieuse particularité de s'abriter contre l'ardeur du soleil en pivotant de façon à ne lui présenter que leur tranche. À midi, elles sont orientées vers la source lumineuse et placée dans un axe vertical qui correspond exactement au méridien du lieu ; cette particularité est exploitée dans de nombreux rites. S'il fait, ou non, grand soleil à certaines dates de fêtes, ou les jours de certains saints, on prédit l'avenir en fonction des positions que prend la Laitue vireuse.

A Middlesborough et dans plusieurs localités de la vallée de la Tees (nord-est de l'Angleterre), les filles semaient, le 24 mars, une ligne de Laitue et une ligne de cresson. Si la Laitue levait la première, le mari serait un homme gentil, conciliant ; si le cresson levait d'abord, il serait violent et n'hésiterait pas à battre, à l'occasion."

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


"La laitue vireuse, qui pousse spontanément dans les lieux incultes et qui est souvent considérée comme une mauvaise herbe, protège le jardin et la maison : il n'est donc pas indiqué de les arracher. Dans le Forez toutefois, on croit que si on les laisse croître en juin-juillet, elles font planer un risque de stérilité sur le foyer. Ses feuilles pivotent pour se protéger du soleil "de façon à ne lui présenter que leur tranche. A midi, elles sont orientées vers la source lumineuse et placées dans un axe vertical qui correspond exactement au méridien du lieu ; cette particularité est exploitée dans de nombreux rites. S'il fait, ou non, grand soleil à certaines dates de fêtes, ou les jours de certains saints on prédit l'avenir en fonction des positions que prend la laitue vireuse".

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