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  • Anne

Le Cédratier



Étymologie :

  • CÉDRAT, subst. masc.

Étymol. et Hist. [1600 cedriac (O. de Serres, Théâtre d'Agric., VI, 26 ds Hug. : Le Cedriac [espece de limon] ainsi appelé en Provence, est le plus propre à recevoir les escussons des autres)] 1680 cédrat désigne l'arbre (Rich.) ; 1723 cédrat désigne le fruit (J. Savary des Bruslons, Dict. universel de comm.). Empr. à l'ital cedrato « id. » attesté ds Batt. dep. le xviie s. pour désigner le fruit, pour désigner l'arbre dep. av. 1708 ; dér. de cedro, v. cèdre empr. à l'ital cedro « fruit » (2e moitié du xiiie s. ds Batt.) issu du lat. citrus, v. citron.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Citrus medica L. ; Pommier de Médée ;

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Botanique :


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Légendes et croyances populaires :


D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012),


"Un cédratier planté devant un logis était jadis le meilleur moyen dissuasif pour empêcher un cambrioleur de pénétrer par effraction. Les propriétaires pouvaient partir tranquilles, aucun voleur n'aurait enfreint la loi par peur de subir de terribles malheurs. [...] Et si le voleur arrive, on peut toujours lui lancer les fruits volumineux du cédratier à la face. C'est aussi efficace."

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Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Ce fruit, servant à préparer l'essence de bergamote, et dont l'écorce confite est appréciée, est appelé en Extrême-Orient main de Bouddha. c'est un symbole de longévité. Par homonymie entre le caractère fo, fou et le caractère fou (bonheur), il est aussi un symbole du bonheur.

C'est également, comme la plupart des fruits à nombreux pépins (voir courge, grenade, orange) un symbole de fécondité. Dans l'iconographie indienne, c'est un attribut spécifique de Sadâ-Shiva, dont il indiquerait la puissance créatrice.

Moïse ordonna de tresser ensemble des rameaux de cédratier, des palmes et des branches de saule pour faire les thyrses consacrés à la fête des tabernacles. Le cédratier était pour les Juifs un arbre sacré, dont le fruit n'était pas soumis à la dîme : on le portait en main en entrant dans le Temple.

Au Moyen-Âge, le cédrat était utilisé dans les opérations magiques."

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Cédrat (Citrus cedra) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Soleil

Élément : Air

Pouvoirs : Guérison miraculeuse ; Pouvoirs psychiques.


Le Cédrat est surtout connu comme le fruit des Juifs. Cette association, justifiée d'ailleurs, avec le judaïsme, fait oublier son long et prestigieux passé asiatique. Cultivés depuis des millénaires dans les zones chaudes et humides d'Asie méridionale, les agrumes (Citrus) font partie de ces plantes orientales qui n'arrivèrent sur les rivages méditerranéens qu'après les conquêtes d'Alexandre (IV e siècle av. J.-C.), c'est-à-dire assez tard. Jusque-là, toutes les espèces de citronniers et d'orangers étaient des arbres mythiques qui enflammaient l'imagination des Occidentaux, mythes entretenus par les récits hauts en couleur des voyageurs de l'Antiquité: ces arbres portaient des fruits exquis toute l’année ; ils poussaient dans des jardins merveilleux gardés par un dragon (d'où la légende du Jardin des Hespérides) ; des déesses déguisées en princesses en faisaient des festins au bord de fontaines toutes ruisselantes d'or liquide, etc. Nous ne possédons aucun renseignement sur l'utilisation du Cédrat en Orient et en Extrême-Orient à ces époques reculées.


Utilisation rituelle : Ici, nous entrons de plain-pied dans le judaïsme : c'est en effet en Judée que le Cédrat devait devenir un fruit sacré, à une époque qui correspond à l'effritement des dernières ligues helléniques pendant que, en parallèle, Rome accédait au rang de première puissance européenne.

On tenait un Cédrat à la main en entrant dans le temple.

La fête des Tabernacles (Scénopégie) se célébrait tous les ans après la moisson, sous des tentes et des feuillées, en mémoire du campement des Hébreux dans le désert, après la sortie d'Égypte. Pendant les sept jours que durait cette commémoration de la longue marche vers la Terre promise, festins rituels et sacrifices se succédaient à un rythme presque ininterrompu. Le Cédrat y tenait une grande place.

L'israélite qui s'était trouvé confronté à une impureté légale (rencontre d'un cadavre, d'un lépreux, d'une prostituée, etc.) avait l'obligation de s'abstenir de tout rapport, religieux ou civil, avec ses frères, Jusqu'à ce qu'il eût été purifié par un sacrifice. Des Cédrats constituaient une offrande très recherchée en pareil cas.

C'est par les Juifs que ce fruit fut introduit à Rome.


Utilisation magique : Au Moyen Age, cet agrume joua un rôle dans de très nombreuses opérations magIques. Une cure de Cédrats, à l'exclusion de toute autre nourriture, développait considérablement, pensait-on, les pouvoirs psychiques.

Ces traditions se retrouvent encore au Moyen-Orient où du Cédrat séché est brûlé dans la chambre d'un malade condamné par la médecine officielle.

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Jean Paquereau, dans son ouvrage intitulé Au jardin des plantes de la Bible : botanique, symboles et usages. (Forêt privée française, 2016) explicite le symbolisme biblique du Cédratier :


Son nom hébreu est « etrog ». Le mot cédrat n'est pas dans la Bible, on parle de beaux fruits comme indiqué dans le verset suivant.

Référence biblique : « Vous prendrez, le premier jour, du fruit des beaux arbres, des branches de palmiers, des rameaux d'arbres touffus et des saules de rivière ; et vous vous réjouirez devant l'Éternel, votre Dieu, pendant sept jours. »

Lévitique 23, 40 SER.

Histoire dans la Bible :

Cet arbre, le cédratier, produit un fruit, le cédrat (« etrog »). C'est du cédrat dont il s'agit dans Lévitique 23, 40 : « Arbre de la Beauté ».

L'etrog est identifié par la tradition rabbinique au fruit que la Bible appelle « etz haddar » : « fruit du bel arbre » ou « de l'arbre hadar ».

Et ce fruit a gardé une grande symbolique dans la religion juive jusqu'à ce jour, en particulier pendant la Fête des Tabernacles (« Souccot »).

« Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez pas et vous n'y toucherez pas, sinon vous mourrez ».

Genèse 3, 3 SER.

« La femme vit que l'arbre était bon à manger, agréable à la vue et propre à donner du discernement. Elle prit de son fruit et en mangea ; elle en donna aussi à son mari qui était avec elle, et il en mangea. »

Genèse 3, 6 SER.

La communauté juive utilise ce fruit lors de la fête de Souccot (fête des Tabernacles ; fête des Cabanes ; fête des Tentes). C'est la fête de la moisson. On se présente dans une procession joyeuse avec un bouquet des quatre espèces, constitué d'une branche de palmier - le loulav -, de trois rameaux de myrte, de deux branches de saule et d'un fruit, le cédrat ou etrog. Par extension, on appelle ce bouquet, le loulav.

A noter que dans la communauté juive, lorsqu'on achète un cédrat avant la fête de Souccot, il est typiquement vert, et vire au jaune profond au cours de la semaine de la fête.


Légende et traditions : L'affirmation traditionnelle selon laquelle le fruit défendu serait la pomme ne repose sur aucun texte biblique. Peut-être faut-il voir dans le terme « pomme » le mot employé par Théophraste : un arbre qui poussait en Perse et dans la Médie : La pomme médique ou persique. L'on sait maintenant que cet arbre, qui a aussi été appelé « Pomme d'or » était en fait de la famille des Citrus.

Les Romains nommaient cette plante [le Cédratier] Mala Medica ou Mala persica (son pays d'origine). On appelle aussi ce fruit « la Pomme de Médée ».

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Ana M. Cabo-González, autrice de « Quand les propriétés des plantes défiaient l’entendement », (Annales islamologiques, 51 | 2017, pp. 39-51) s'intéresse notamment aux propriétés merveilleuses du cédratier :


Nous avons aussi trouvé dans la littérature scientifique des plantes qui sont devenues des philtres d’amour, c’est-à-dire des potions qui permettent d’obtenir l’amour d’une autre personne. Par exemple, le cédratier (utruǧǧ, Citrus medica L.).

Al-Qazwīnī raconte que « Balinas dit dans son Livre des propriétés que la personne qui obtient les feuilles de cédratier, les écrase et les tamise, puis elle en fait une pâte en ajoutant de l’huile d’olive ou d’amande. Si la personne aimée prend cette potion, elle tombera amoureuse ». (Al-Qazwīnī, El Libro de las plantas, p. 38.)

[...] Une autre propriété merveilleuse se rapporte à la contraception. D’après al-Qazwīnī, « si quelqu’un met des graines du cédrat (utruǧǧ) dans un sac et qu’une femme attache ce sac à son bras droit, elle ne tombera pas enceinte pendant qu’elle le porte ». (Al-Qazwīnī, El Libro de las plantas, p. 37-38.)

 




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