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  • Anne

Le Coq



Étymologie :

  • COQ, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. a) 1121-35 « mâle de la poule » (Ph. de Thaon, Bestiaire, 223 ds T.-L.) ; b) 1467 « personnage important ou se donnant des airs d'importance » coq de paroisse (Archives JJ 194, p. 275 ds La Curne) ; 1549 coq de village (Est.) ; 2. 1317 désigne le mâle d'autres gallinacés que la poule de basse-cour, ici wallon cocq bruerece, kok bruereche (Doc. d'apr. Grandg. ds Gdf., s.v. bruerece, v. Thomas (A.) Nouv. Essais, p. 74) ; 3. 1393 bot. nom d'une plante aromatique (Ménagier de Paris, II, 150 ds T.-L.) ; 4. 1641 horlog. (Comptes Fontainebleau, éd. G. Guiffrey, 104 ds IGLF) ; 5. 1936 terme de boxe poids coq (Écho des sports). Terme de formation onomatopéique attesté dès le vie s. en b. lat. sous la forme coccus (Loi Salique ds TLL s.v., 1395, 70) et qui a supplanté l'a. fr. jal représentant le lat. gallus. L'onomatopée imitant le cri du coq est elle-même attestée en lat. impérial (cocococo, Pétrone ds TLL s.v., 1401, 34). La comparaison avec différents attributs du coq (formes, couleurs, comportement, etc.) est à l'orig. des divers emplois du mot. Le terme de bot. désignant une plante aromatique est sans doute dû à une attraction par coq de l'a. fr. cost désignant cette plante (v. costus ; v. Bertoldi ds Z. rom. Philol., t. 54, pp. 228-229) ; 5 a remplacé le plus ancien poids bantam (v. bantam).


Lire aussi la définition du nom coq pour amorcer la réflexion symbolique.

Dans la préface à la seconde édition de La Tradition celtique dans l'art roman de Marcel Moreau, Eugène Canseliet nous donne son point de vue sur l'étymologie du mot "coq" :


"L'illustre lexicographe [Émile Littré] ne décida-t-il pas, que le vocable coq venait de l'onomatopée qui est évidemment, par harmonie imitative, le chant matutinal co-co-ri-co.

Les non moins célèbres linguistes Brachet et Scheler sont du même avis. Seul Bescherelle, tant précieux néanmoins, veut que le mot coq soit une altération de gallus. Au premier tome de son Dictionnaire national, la succession qu'il propose, jusqu'à l'aboutissement, ne laissa pas de nous surprendre et de nous attrister : "gaug, gog, gaul, gal, coc, cox et finalement coq."

C'est un peu la manière dont, nous ne savons plus quel bel esprit, fit dériver le français haricot, du latin fistula, par l'adjectif fistularis, puis son diminutif fistularicus, ablatif fistularico, et, par le retrait de la racine fistul, enfin, isola arico, c'est-à-dire haricot.

Vraiment, l’École, même avec un majuscule, nous apparaît aussi plaisante que frivole. Ainsi nous inclinons, pour notre part, vers l'opinion de l'abbé Espagnolle, suivant laquelle le substantif coq est, tout bonnement le dorien kokkos (L'Origine du Français, 1886, tome premier).

Si nous considérons que le coq se disait, en grec et dans le langage poétique, o kérix, dont le chant annonce le jour, avec Marcel Moreau, nous préférons l'alchimique assertion de Fulcanelli, qui emporte la décision, quant à la signification ésotérique ; nous préférons, disons-nous bien, l'assertion de Fulcanelli, dans son livre des Demeures philosophales et, plus précisément, au chapitre du merveilleux grimoire de Dampierre-sur-Boutonne :

"Nous dirons seulement que le vocable grec kérykeion, caducée, rappelle, par son étymologie, le coq, kéryx consacré à Mercure, comme annonciateur de la lumière."

Il est certain que le gallinacée des basses-cours gauloises, se dresse toujours au sommet des clochers, de ces menhirs nouveaux et maçonnés proclamant la philosophique filiation qui est ici, dans ce petit volume, magistralement et clairement établie.

Au reste, on retrouve l'oiseau d'Hermès, sculpté un peu partout, sur les premières églises, qu'elles soient d'art roman, dans la totalité ou bien seulement en partie."

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Expressions populaires :


Claude Duneton, dans son best-seller La Puce à l'oreille (Éditions Balland, 2001) nous éclaire sur le sens d'expressions populaires bien connues :


Francion dit d'un jeune Écossais qui voulait être son soupirant : « Il n'entendoit pas encore bien le français, aussi ne faisois je pas son langage corrompu : de manière que nostre entretien fut un coq a l'asne perpetuel. » (Sorel).

L'origine de cette locution pose un autre de ces problèmes de parenté quasiment insolubles. « Coq a l'asne, dit Furetière est un propos rompu, dont la suite n'a aucun rapport au commencement : comme si quelqu'un, au lieu de suivre un discours qu'il aurait commencé de son coq, parloit soudain de son asne, dont il n'étoit point question. Ménage dit que Marot a été le parrein de cette façon de parler, et qu'il fit une épître qu'il nomma du coq a l'asne en suite de laquelle plusieurs poètes ont fait des satires qu'ils ont intitulées de ce nom, où ils disoient plusieurs véritez qui n'avoient ni ordre ni suite. »

O Ménage se trompait car si Marot a bien instauré le coq-à-l'âne comme genre littéraire, créant ainsi une mode qui eut un vif succès au XVIe siècle, il n'a pas inventé l'expression. On disait déjà au XVe siècle : « sauter du coq a l'asne », et Wartburg signale au siècle précédent « saillir du coq en l'asne », qui paraît être la forme la plus anicienne de l'expression.

Cela dit n'avance guère : pourquoi un coq et pourquoi un âne ? Il y a peut-être une allusion à une histoire ou à une réalité oubliées… Faut-il penser par exemple à des pratiques obscures de ce qui était au Moyen Âge la Fête des fous pendant laquelle l'âne, symbole d'ignorance et de perversion, était tout à coup mis en vedette avec des honneurs parodiques qui allaient jusqu'à le placer momentanément dans le chœur de l'église ? Alors que le coq était le symbole de Jésus-Christ, de la lumière et de la résurrection ?... Cela ne conduit à aucune conclusion possible.

J'ai longtemps caressé une hypothèse qui pour n'être pas plus fondée qu'une autre me paraît du domaine du possible, et que je livre ici à titre d'élucubration personnelle parce qu'elle me fait plaisir. L'âne est aussi, jusqu'à la fin du XIIIe siècle au moins, le mot propre désignant la cane, femelle du canard. Le mot survit dans le "bédane", ce burin de forme évasée, en réalité « bec-d'ane » : bec de cane. Le terme s'est peu à peu confondu avec « asne », le baudet, à mesure que l' « s » de celui-ci n'était plus prononcé. Dans le Jeu de Robin et Marion, vers 1285, il s'installe un quiproquo volontaire lorsqu'un chasseur cherchant une âne (cane) Marion fait mine de comprendre âne :

Li chevaliers :

Si m'aït Dieu, bele au cors gent,

Ce n'est pas ce que je demant.

Mais vels tu par ci devant,

Vers ceste riviere, nule âne ?

Marion :

C'est une beste qui recane ?

J'en vis hier trois sur ce chemin

Tous chargés aler au moulin.

Est ce ce que vous demandez ?


L'origine de l'expression pourrait-elle se situer de façon plus "logique" du côté de ce volatile ?... Il s'agirait alors du rapport incongru d'un coq à une cane.

Si l'on considère que le sens premier du verbe "saillir", sauter, du latin satire, est « couvrir une femelle » - sens qu'il a conservé jusqu'à nos jours - on peut se demander s'il n'y aurait pas là une clef possible. Il arrive en effet, dans n'importe quelle basse-cour ordinaire, qu'un coq a l'esprit mal tourné offre soudain ses assiduités, à une femelle parente, telle une dinde ou une cane alanguie par le mal d'amour. Cette saute d'humeur passagère, et que la morale des oiseaux réprouve probablement, est toujours amusante à observer. le coq, juché sur la femelle, ne sait plus comment s'y prendre et repart souvent sans arriver à ses fins. On peut penser qu'une « saillie du coq en l'âne »  ait constitué cette incongruité divertissante au départ, et soit devenue pour nos lointains aïeux le symbole du manque de cohérence et de suite dans les idées !...

J'en étais là de mes réflexions, que je livrai au public en 1978 dans la première édition de cet ouvrage, quand je reçus quelques mois plus tard, la lettre suivante d'un de mes lecteurs qui apportait, sinon une confirmation, du moins beaucoup d'eau au moulin de mes hypothèses. M. J. Rosier était curé à Régny dans la Loire : « Un ouvrier de Régny, d'origine rurale, entretient le jardin à la cure à ses moments perdus. Il me dit un jour en mettant je ne sais quel engrais : « Ca y fera peut-être autant que le coq au derrière de la cane. » Je lui dis : « Est-ce que c'est la vraie formule ? - Non, c'est au cul de la cane, si vous voulez tout savoir. » Il n'aurait pas osé dire le cul devant un curé, ; mais le sens était bien : ce que je fais sera peut-être aussi peu efficace que l'accouplement du coq et de la cane. »

« Il y a un mois, je vais voir ma voisine fleuriste qui était malade. Me parlant du traitement qu'elle suivait. Elle me dit : Ca y fera peut-être autant que le cocu à la cane » : je l'ai fait reprendre pour être sûr de son "cocu". "C'est ma mère qui disait ça." Je lui ai expliqué ce que sa mère voulait probablement dire : le coq au cul de la cane… la fleuriste employait bien l'expression dans le même sens que le jardinier, mais sans la comprendre aussi bien. L'un et l'autre sont de région de Roanne, mais de villages éloignés au moins de 50 kilomètres l'un de l'autre. C'est peut-être un signe que ce proverbe existe dans toute cette région, bien qu'il soit peu employé." (Lettre du 27 juillet 1980).

Vérification faite par mes soins, il existe bien dans toute la région du Roannais un dicton ancien : « le cocu la cane », ou « le coq au cul de la cane »... Un autre lecteur, M. Marc Chambry, habitant Le Vésinet, m'a fait part depuis d'un dicton allemand, « Irren ist menschlich, sagt der Hahn, und sting von der Ente », ce qui signifie : « L'erreur est humaine, dit le coq, et il descendit de la cane. »

Une telle permanence dans le fonds culturel occidental m'incite à penser que mon hypothèse doit être mieux fondée que je ne croyais tout d'abord ; il me paraît tout à fait vraisemblable que la "saillie du coq en l'ane (oiseau)" soit à l'origine de l'absurde « saillie du coq en l'âne (quadrupède) », par confusion d'animal. Cet accouplement stérile des basses-cours aura au moins eu un fruit inattendu : une illogique couvée de coq-à-l'âne !

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Croyances populaires :


Selon Grażyna Mosio et Beata Skoczeń-Marchewka, auteurs de l'article "La symbolique des animaux dans la culture populaire polonaise, De l’étable à la forêt" (17 Mars 2009) :


"La symbolique du coq est particulièrement intéressante. On croyait que son chant possédait une force spéciale: il chassait la nuit et faisait venir le soleil. Par le même fait il pouvait vaincre les puissances du chaos et les démons liés à la nuit. Une trace de ces croyances peut être trouvée dans de nombreux contes, où le chant du coq sépare nettement deux zones du temps – celle de l’au-delà et celle du monde humain. Lorsque le coq chante, le sortilège se brise, les objets retrouvent leurs propriétés usuelles, les démons disparaissent et la puissance magique du diable se termine. Il avait aussi de fortes propriétés apotropaïques. Les coqs en tôle placés sur les toits et les tours devaient protéger les alentours de la grêle, des coups de foudre et des démons. Il pouvait aussi prendre en charge l’activité des puissances maléfiques, en la faisant passer dans l’au-delà. C’est pourquoi avant de traverser le seuil d’une maison neuve, on faisait d’abord passer à l’intérieur un coq ou une poule, afin de protéger le premier entrant de la mort (Maj 1987 : 70). Certains éléments de cet oiseau avaient aussi des propriétés protectrices, tout spécialement ses griffes aiguës et ses plumes employées dans diverses opérations magiques et thérapeutiques. Le coq était uni au domaine de la fécondité. Parmi les rites printaniers polonais il existait la coutume de se promener avec un coq. Les jeunes gens le portaient d’une maison à l’autre en chantant des cantiques consacrés au supplice du Christ et en demandant une offrande. Plus récemment les garçons rendaient visite avant tout aux maisons où il y avait des jeunes filles à l’âge du mariage, mais dans sa première version cette promenade avait pour but d’éveiller la nature au printemps (Klimaszewska 1981 : 137). En tant que symbole de la virilité le coq ne pouvait pas être omis pendant les noces. On le plaçait pendant la nuit nuptiale sous le lit, afin de protéger les jeunes mariés du mal et transmettre sa bravoure à l’époux (Kowalski 1998 : 221)."

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Symbolisme :


Pour Richard de Fournival dans son ouvrage Le Bestiaire d'amour (v. 1250), publié par Célestin Hippeau en 1860 :


"Car de tant com il chante plus près de la jornée, de tant chante-il plus sovent ; et de tant com il chante plus près de la mie-nuit, si chante-il plus efforciement et plus en grosse sa voiz. La vesprée et la jornée qui a nature de jor et de nuit est mellé ensemble. Si senefie l'amor dont on n'a del tout desesperance, ne del tout esperance ; et la mie-nuit si senefie l'amor del tout desespérée."


Dans les notes qu'il ajoute à l'ouvrage, Célestin Hippeau, traite en ces termes de cet animal : "Entre les nombreuses propriétés attribuées à ce roi des basses-cours par les naturalistes, les auteurs de Bestiaires signalent celle dont Buffon n'a pas parlé, et qui consiste à indiquer par des cris plus ou moins retentissants les différents moments de la nuit. Son chant matinal appelle le cultivateur au travail, et fait de lui le symbole le plus naturel de l'activité et de la vigilance. C'est, pour les mystiques du moyen âge, l'image du Pasteur qui veille sur les fidèles ou du Prédicateur qui leur enseigne leurs devoirs. Le coq, dit Hugues de Saint-Victor, chante en temps convenable pour éveiller les hommes. Le prédicateur aussi distingue les moments, ou les circonstances, dans lesquels il peut parler. Aux heures les plus profondes de la nuit, sa voix est plus forte ; elle est plus douce aux approches du matin. Les docteurs de l'Eglise savent aussi parler d'une voix grave et sévère, quand ils ont affaire aux hommes plongés dans la nuit du péché, et s'exprimer avec plus de douceur, quand ils ont des auditeurs éclairés par la lumière de la vérité éternelle. Le coq, avant de chanter, secoue ses ailes ; avant d'éveiller la nature, il s'éveille en quelque sorte lui-même. - C'est ainsi que les Saints agissent : ils se sont réformés avant de songer à réformer les autres ; et ils ne ressemblent pas aux clercs qui ne conforment pas leurs actes à leurs doctrines. On peut lire dans un recueil de poésies latines antérieures au XIIè siècle, publié par M. Edélestand du Méril, tout un poème dans lequel sont exposées les raisons qui ont fait établir la coutume de placer des coqs sur le sommet des clochers :


Multi sunt presbyteri qui ignorant quare

Super domum domini Gallus solet stare :

Super Ecclesiam positus Gallus, contra ventum

Caput diligentius erigit extentum :

Sic sacerdos, ubi scit daemonis adventum

Illuc se objiciat pro grege bidentuim, etc.


Cette pièce de vers résume toute la symbolique religieuse du coq."

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Dans le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on apprend que :


"Le coq est connu comme emblème de fierté - ce que justifie l'allure de l'animal - et comme emblème de la France. Mais c'est une notion récente, sans valeur symbolique, fondée sur le double sens du mot gallus = coq et Gaulois. L'animal apparaît, à côté de Mercure, sur quelques représentations figurées gallo-romaines. On le trouve aussi sur des monnaies gauloises. Mais les Romains ont fait un jeu de mots entre gallus, coq et Gallus, Gaulois. C'est l'origine du coq gaulois dont la valeur symbolique traditionnelle est quasi nulle. Les caractères du coq et du Français ne sont cependant pas symboliquement sans rapport.

Le coq est universellement un symbole solaire, parce que son chant annonce le lever du soleil. A ce titre, il est, en Inde, l'attribut de Skanda, qui personnifie l’énergie solaire. Au Japon, son rôle est important, car son chant, associé à celui des dieux, fit sortir Amaterasu, déesse du Soleil, de la caverne où elle se cachait : ce qui correspond au lever du soleil, à la manifestation de la lumière. C'est pourquoi, dans l'enceinte des grands temples shintoïstes, des coqs magnifiques circulent en liberté : des coqs sacrés sont entretenus au temple d'Ise. Une homophonie douteuse fait parfois considérer les torii des temples shintoïstes, comme étant originairement des perchoirs pour ces coqs.

La vertu de courage que les Japonais attribuent au coq se retrouve dans les autres pays d'Extrême-Orient, où le coq a un rôle spécialement bénéfique : d'abord, parce que le caractère qui le désigne en chinois (ki) est homophone de celui qui signifie de bon augure, favorable ; ensuite, parce que son allure générale et son comportement le rendent apte à symboliser les cinq vertus : les vertus civiles, le port de la crête lui conférant un aspect mandarinal ; les vertus militaires, par le port des ergots ; le courage, en raison de son comportement au combat (en des pays où les combats de coq sont généralement prisés) ; la bonté, car il partage sa nourriture avec les poules ; la confiance, en raison de la sûreté avec laquelle il annonce le lever du jour.

Parce qu'il annonce l’événement du soleil, il est en outre efficace contre les mauvaises influences de la nuit : et il les éloigne des maisons, si l'on a soin de le placer en effigie sur la porte. Au Viêt-Nam encore, la patte de coq bouillie est une image du microcosme et sert à la divination.

Dans le bouddhisme tibétain, le coq est toutefois un symbole exceptionnellement néfaste : il figure au centre de la Roue de l'Existence, associé au porc et au serpent, comme l'un des trois poisons. Sa signification est le désir, l'attachement, la convoitise, la soif. On se souviendra toutefois qu'il est occasionnellement pris en Europe comme une image de la colère, explosion d'un désir démesuré et contrarié. Selon les traditions helléniques, le dieu au coq des Crétois, Velchanos, s'est assimilé à Zeus. Le coq se trouvait auprès de Léto, enceinte de Zeus, lorsqu'elle accoucha d'Apollon et d'Artémis. Aussi, est-il consacré à la fois à Zeus, à Léto, à Apollon et à Artémis, c'est-à-dire aux dieux solaires et aux déesses lunaires. Les Vers d'Or de Pythagore recommandent en conséquence : nourrissez le coq et ne l'immolez pas, car il est consacré au soleil et à la lune.

Symbole de la lumière naissante, il est cependant un attribut particulier d'Apollon, le héros du jour qui naît.

Malgré le conseil attribué à Pythagore, un coq était rituellement sacrifié à Asclépios, fils d'Apollon et dieu de la médecine. Socrate rappelle à Criton, avant de mourir, de sacrifier un coq à Asclépios (Esculape). Sans doute faut-il voir là un rôle de psychopompe attribué au coq ; il allait annoncer dans l'autre monde et y conduire l'âme du défunt ; elle ouvrirait les yeux à une nouvelle lumière, ce qui équivalait à une nouvelle naissance. Or le fils d'Apollon était précisément ce dieu qui, par ses médecines, avait opéré des résurrections sur terre, préfiguration des renaissances célestes. Pour la même raison, le coq était l'emblème d'Attis, le dieu solaire, mort et ressuscité, parmi les divinités orientales. Ce rôle de psychopompe explique aussi que le coq soit attribué à Hermès (Mercure), le messager qui parcourt les trois niveaux du cosmos, des Enfers au Ciel. Asclépios étant aussi un héros guérisseur, avant de devenir un dieu, le coq est censé guérir les maladies

Le coq figure, avec le chien et le cheval, parmi les animaux psychopompes sacrifiés (offerts) aux morts, dans les rites funéraires des anciens Germains.

Lors des cérémonies de purification et d'expulsion des esprits, suivant un décès, chez certains peuples altaïques, le mort est figuré par un coq attaché au mat mortuaire, et que le chaman expulse.

Dans les traditions nordiques le coq est encore un symbole de vigilance guerrière. Il surveille l'horizon sur les plus hautes branches du frêne Yggdrasil pour prévenir les dieux, quand les géants, leurs éternels ennemis, se prépareront à les attaquer. Mais le frêne, arbre cosmique est à l'origine de la vie. Le coq, qui veille à son faîte, comme sur le flèche d'une église, apparaît ainsi comme le protecteur et le gardien de la vie.

Les Indiens Pueblo font ainsi l'association Coq/Soleil : Le grand-père disait que les poules étaient créatures du dieu Soleil : c'est important, disait-il, le chant des coqs au petit jour ; le soleil les a mis ici pour nous réveiller ; il avertit les coqs avec une clochette pour qu'ils chantent quatre fois avant le jour (autobiographie du chef Hopi Don C. Talayesva). Cet exemple souligne d'autre part la fonction symbolique du quinaire : le coq chante quatre fois, puis le jour se lève, au cinquième temps, qui est celui du centre et de la manifestation.

En Afrique, selon une légende des Peuls, le coq est lié au secret ; les attitudes, les actes et les métamorphoses du coq correspondent aux différents sorts que subissent les secrets : un coq dans une case signifie le secret gardé dans le silence ; un coq dans la cour (métamorphosé en bélier) = secret divulgué aux proches et aux intimes ; un coq dans les rues (métamorphosé en taureau) = secret répandu dans le peuple ; un coq dans les prés (métamorphosé en incendie) = secret parvenu à l'ennemi, cause de ruine et de désolation. Pour les Azandé cette prescience du jour (Il voit la lumière du jour à l'intérieur de lui-même) rendrait le coq quelque peu suspect de sorcellerie.

Le coq est aussi un emblème du Christ, comme l'aigle et l'agneau. Mais il met en un particulier relief son symbolisme solaire : lumière et résurrection.

Dans Job déjà (39, 36), le coq est le symbole de l'intelligence venue de Dieu : qui a mis dans l'ibis la sagesse de Yahvé, a donné au coq l'intelligence. Aux deux oiseaux une faculté de prévision était accordée : l'ibis annonçait infailliblement les crues du Nil, le coq la naissance du jour. Comme le Messie, il annonce le jour qui succède à la nuit. Aussi, figure-t-il sur les flèches des églises et les tours des cathédrales. cette position à la cime des temples peut évoquer la suprématie du spirituel dans la vie humaine, l'origine céleste de l'illumination salvifique, la vigilance de l'âme attentive à percevoir dans les ténèbres finissantes de la nuit les premières clartés de l'esprit qui se lève. Le coq du cocher parviendrait, selon Durand, de l'assimilation mazdéenne du soleil au coq qui annonce le lever du jour. Le Talmud fait du coq un maître de politesse, sans doute parce qu'il introduit son Seigneur le Soleil, en l'annonçant de son chant.

Le coq jouit en Islam d('une vénération sans égale par rapport aux autres animaux. Le Prophète lui-même disait : Le coq blanc est mon ami ; il est l'ennemi de l'ennemi de Dieu... Son chant signale la présence de l'ange.

On attribue également au Prophète la défense de maudire le coq qui appelle à la prière : il lui aurait donné une dimension cosmique. Parmi les créatures de Dieu, aurait-il dit, il y a un coq dont la crête est sous le trône, les griffes sur la terre inférieure et les ailes dans l'air. Lorsque les deux tiers de la nuit ont passé et qu'il n'en reste qu'un tiers, il frappe de ses ailes, puis il dit : Louez le roi très saint, digne de louange et de sainteté, c'est-à-dire qu'il n'a point d'associé. A ce moment-là, tous les animaux battent des ailes et tous les coqs chantent.

Le coq est souvent rapproché du serpent : c'est le cas, notamment, pour Hermès et Asclépios. Dans l'analyse des rêves, le serpent et le coq sont tous deux interprétés comme des symboles du temps ; ils appartiennent au dieu guérisseur Esculape (Asclépios), qui était probablement une incarnation de la vie intérieure et psychique, car c'est lui qui envoyait les songes.

Ils marquent une phase de l'évolution intérieure : l'intégration des forces chtoniennes au niveau d'une vie personnelle, où l'esprit et la matière tendent à s'équilibre dans une unité harmonieuse.

Le coq comme symbole maçonnique est à la fois le signe de la vigilance et celui de l'avènement de la lumière initiatique. Il correspond au mercure alchimique."

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Comme on le sait, c'est le mâle de la poule. Il en existe de très nombreuses espèces, presque toutes domestiques. A l'instar de la poule, le coq se nourrit de grains de blé, de maïs,, de sarrasin ou d'avoine. Ce qui les distingue chez le poussin, c'est l'ergot du mâle, qui se présente d'abord sous la forme d'un espèce d'écaille ; au cours du cinquième mois environ, il révèle une légère protubérance, qui devient un éperon croissant à partir du septième mois environ. Toutefois, on reconnaît aussi un coq au fait que son corps est revêtu d'un duvet jaunâtre et très fin, et que de petites plumes apparaissent sur ses ailes au dixième jour après la naissance.

Pour les Chinois de l'Antiquité, le coq était un animal solaire. Ils l'ont choisi pour figurer le dixième signe de leur zodiaque. Ainsi, selon eux, c'était le chant du coq céleste qui ponctuait le lever, le zénith et le coucher du Soleil, lui-même représenté par un coq de feu.

Symbole de fierté ou d'orgueil, de courage ou de lâcheté, de détermination ou de présomption, on retrouve les mêmes caractéristiques symboliques partout ailleurs dans le monde antique. Du fait même qu'il chante lorsque le Soleil se lève, le coq fut aussi souvent considéré comme un gardien, celui qui, le premier, annonce la naissance ou renaissance de la lumière du jour et, métaphoriquement, le gardien de la vie éternelle qui prévient l'homme qu'une autre vie l'attend."

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D'après Madonna Gauding, auteure de Animaux de pouvoir, Guides, protecteurs et guérisseurs (Octopus Publishing Group 2006 ; traduction française : Éditions Véga, 2006) :


"Guide d'interprétation

En tant que symbole onirique

Enthousiasme ; Humour Sexualité ; Résurrection ; Soleil . Vigilance ; Fierté.


En tant que gardien ou protecteur

Éloigne les mauvais esprits ; Protège contre le feu.


En tant que guérisseur

Accroît l'énergie masculine (yang) ; Soigne le dysfonctionnement sexuel.


En tant qu'oracle ou augure

Une bonne journée vous attend ; Un étranger arrive.


Mythes et contes

Le dieu grec Hermès se déplaçait dans un char tiré par des coqs. Symbole de sexualité, le coq était sacré pour la déesse celte Brigit.


Si le coq est votre animal de pouvoir

Vous avez accompli quelque chose et désirez que les autres s'en aperçoivent. Ou vous vous pavanez en exhibant votre nouvelle tenue tape-à-l’œil. vous êtes sûr de vous, confiant, travailleur, toujours optimiste. Votre approche directe de la vie est rafraîchissante dans un monde où la manipulation est reine. Même si vos bouffonneries sont agaçantes, vos amis vous aiment. Pour vos collègues de travail qui se poussent tous les jours pour aller au bureau, le matin ne serait pas le même sans votre accueil, joyeux et dynamique. Vous montrez rarement au public votre côté plus sérieux - votre amour des choses de l'esprit et votre foi religieuse. Vous surveillez toujours la présence la négativité ou du péché, chez vous et chez les autres.


Demandez au coq de vous aider

- à créer un bouclier de protection

- à protéger physiquement votre conjoint et votre famille.



Accéder au pouvoir du coq en

- lisant le Kâma-Sûtra

- ayant grande confiance en vous-même.


Le coq annonce l'aube nouvelle. La plupart de ses cocoricos résonnent tôt le matin, moment où il claironne le plus bruyamment qu'il protège son territoire. Protégez-vous vos frontières contre ceux qui risquent de les voler.


Élément Air."

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Symbolisme celte :


Paul de Saint-Hilaire dans son ouvrage intitulé Le Coq (1995) nous fait remarquer que :


"Plus d'un demi-siècle avant notre ère déjà, Jules César remarquait que les peuplades belges établies de part et d'autre de la Mare Britannicum, entendez la Manche, élèvent certes des coqs et des poules, mais qu'elles s'abstiennent de les tuer et d'en manger. Le même interdit existait chez les Pythagoriciens et Jamblique en trouve pour raison à la fin du IIIè siècle que Pythagore qui recommandait à ses disciples : Nourrissez le coq et ne l'immolez pas, car il est consacré au Soleil et à la Lune ! avait été jadis initié à la philosophie druidique.

Ailleurs, Diogène Laërce affirme que, pour ce même philosophe, le coq blanc était l'emblème de ce qui est bon, estimable et de grand prix. Ce qui fait dire à Lucien de Samosate par la voix de notre oiseau, dans un de ses dialogues appelé Le Songe ou Le Coq, qu'il n'est rien d'autre qu'une réincarnation du grand Pythagore.


L'oiseau sacré

Ces divers témoignages laissent supposer que nos gallinacées possédaient chez les nations celtiques, comme auprès des Pythagoriciens, un caractère sacré, confirmé par le fait que le coq était l'attribut de celui que tous les auteurs de l'époque considéraient comme la divinité principale de la Gaule tant cisalpine que transalpine, Mercure.

Or, "ce soi-disant Mercure" comme l'appelle Ferdinand Lot, et Paul-Marie Duval le répète, est un authentique dieu gaulois, le plus grand si on en croit César, Lug, patron des chemins et des routes, inventeur des arts. Et comme son collègue latin, Lug est assimilé à la planète Mercure.

Voilà pourquoi on trouve notre coq présent sur nombre d'autels et de bas-reliefs, du Rhin aux Pyrénées. Il y accompagne le couple divin : Lug, représenté avec les attributs de Mercure, et Rosmerta, déesse de la fécondité. Près de Lyon, l'ancienne Lugdunum dédiée à ce même dieu, on a découvert à Fleurieu une sculpture où l'oiseau tient un rameau dans le bec.

[...] Soulignons encore que Pline l'Ancien, authentique Gaulois de la Transpadane, comme on omet généralement de le dire, n'hésitait pas à voir dans le coq, digne à ses yeux de tous les éloges, rien de moins qu'un exemple pour les gouvernants, voire leurs conseillers, allant jusqu'à l'élever au rang des "maîtres du monde".


Une étymologie celtique

L'étymologie du gallus latin n'est pas connue. Le terme ne viendrait-il pas tout simplement de la Gaule et des Gaulois, où le caractère sacré réservé à cet animal, son rôle d'attribut du dieu le plus important de leur panthéon aurait intrigué les Romains ?

Quant au mot coq, il trouve la sienne, comme d'ailleurs cochenille, coquelicot ou coccinelle, dans une racine celtique, kog, qui signifie : rouge. D'où survit l'expression populaire "rouge comme un coq" ; mais également dans nos campagnes, sans qu'on se souvienne bien de ses lointaines origines, une certaine relation traditionnelle entre cet oiseau et les incendies.

A tous égards d'ailleurs, le rouge convient parfaitement à cet oiseau de feu, tant à cause de sa crête, de ses caroncules et du plumage chez ceux de la race européenne, que pour son âpreté au combat, sa virilité et ses colères. Le rouge est en outre la couleur symbolique du passage entre les ténèbres et la lumière, celle de l'aurore et de la planète Vénus qui y vient avec Mercure, Lug et Rosmerta, annoncer le soleil."

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Pour Sabine Heinz, auteure de Les Symboles des Celtes, (édition originale 1997, traduction française Guy Trédaniel Éditeur, 1998),


"Tout comme la grue l'oie et le lapin, le coq est un animal sacré que les Celtes, du moins dans certaines régions, ne mangent pas. Il est l'annonciateur de la nouvelle journée, qui symbolise le côté actif de la vie. Mais il représente aussi le plaisir d'aimer et de vivre ainsi que la fécondité.

Le coq accompagne des divinités comme Mercure / Hermès que l'on mettait en rapport avec l'abondance et le succès économique. Le dieu était parfois représenté avec trois visages ou avec trois phallus. En Gaule, le coq est accompagné de la déesse-mère, qui symbolise elle aussi la fécondité. Oiseau de combat, il apparaît sur les casques et sur les pièces de monnaie frappées en Gaule. Son humeur querelleuse, légendaire et naturelle (il lutte pour garder ses poules), y a peut-être contribué.

De nos jours, le coq est l'animal héraldique de la France. Le territoire gaulois ne représentait qu'une partie de la France d'aujourd'hui, seule la Bretagne était entièrement gauloise. Les coqs font partie des oiseaux que l'héraldique utilise le plus souvent.

Le lien entre le coq et la fécondité est légendaire en Allemagne où l'on dit qu'un bon coq ne fait pas de graisse, ce qui est plus à l'honneur des hommes sveltes qu'à celui des "machos". A Pâques, comme on le fit d'ailleurs très tôt dans les pays méditerranéens situés à l'Est, on parle beaucoup de ces volatiles. Le lien existe également en anglais, puisque le membre de l'homme est aussi appelé "cock".

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Symbolisme alchimique :


D'après Patrick Rivière, auteur de L'Alchimie, science et mystique (Éditions De Vecchi, nouvelle édition augmentée 2013),


"Ils désignent tous deux [l'oie et le coq] le Mercure des Philosophes. [... Le] coq est dévolu à Mercure, nous l'avons évoqué lors du chapitre consacré aux lois alchimiques. Il tient une place prépondérante dans le bestiaire alchimique (songeons aux nombreuses fables du Roman de Renart où il prend le nom de Chantecler), car il désigne clairement la matière animée qui, par analogie avec la noix de galle, libère le mystérieux kermès (qu'Hermès). D'ailleurs, comme le soulignait fort justement Eugène Canseliet, le vocable "coq" vient du dialecte dorien Koxxos, kokkos, qui désigne tout naturellement le chêne kermès !"

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Aquarelle de Valérie Droin.

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Chantecler, fièrement dressé pour annoncer la venue du jour, doit-il être rangé parmi les plus conventionnels des symboles ? Dans la fraîcheur d'une aurore d'été ou dans les brouillards des aubes automnales, son cri marque-t-il le temps mesquin des hommes ou proclame-t-il une éternité ?

Une première lecture des rêves dans lesquels apparaît le gallinacé laisse le chercheur fortement déconcerté, menacé par la conviction que son exploration ne conduit qu'à des impasses.

D'un scénario à l'autre, les thèmes, les images, la structure n'autorisent aucun rapprochement. Nul fil directeur ne semble s'offrir pour orienter la réflexion.

Présent dans près de 3% des séances de rêve éveillé, le coq n'y joue cependant qu'un rôle modeste. Dans le quart des situations, il fait l'objet d'une simple évocation parmi d'autres animaux de la basse-cour : « Je suis arrivée dans une cour de ferme, il y a plein d'animaux, des canards, des oies, des poules, un coq, des vaches aussi... » Dans les autres scénarios, l'image s'impose durant une courte séquence. Nous n'avons jamais eu connaissance d'un rêve dans lequel le coq aurait été l'acteur principal, comme cela se produit pour tant d'autres symboles.

Ces observations devaient-elles amener à conclure que l'onirisme dédaigne le fringant volatile et, dans cette situation, devions-nous renvoyer le lecteur aux interprétations déduites des matériaux culturels ? Celles-là n'échappent pas non plus à la dispersion ! Symbole solaire pour telle civilisation, le coq est consacré aux divinités chtoniennes sous d'autres latitudes. Quand le prophète Mahomet l'honore comme l'ennemi des ennemis de Dieu d'autres le considèrent lié aux puissances néfastes. Il ne serait pas difficile de prolonger la liste de ces contradictions. Leur rappel ne procède pas d'une intention désobligeante. Il représente au contraire le point de départ de ce qui constituera l'axe de traduction le plus sûr du symbole.

Et si le coq était un signe de contradiction ? Si même il se présentait comme un indice d'union des contraires ? dans cette hypothèse, il serait un agent de réalisation du Soi, du processus d'individuation jungien et cela rejoindrait l'une des valeurs symboliques que lui attribuent ceux qui reconnaissent en lui un signe d'éveil !

Cette vertu, habituellement expliquée par une trop facile évidence – il est celui qui annonce la lumière -, prendrait-elle appui sur un fondement plus substantiel et mieux dissimulé ? C'est ce qu'il faudra démontrer.

Le coq ne se dérobe pas à la règle qui confère à la représentation visuelle l'influence majeure dans l'élaboration d'une image symbolique. La perception visuelle dépend elle-même de deux principaux paramètres : les formes et les couleurs. Une approche impatiente de l'image du coq susciterait la vision d'un volatil paré de multiples couleurs vives dont la nature l'a pourvu. Ce serait prendre un chemin menant à l'opposé de la réalité onirique. Le rêveur engagé dans la spontanéité de l'imaginaire n'évoque pratiquement jamais les couleurs du coq ! Or, l'inconscient ne commet pas de négligence. Il n'oublie pas les couleurs du coq : il les efface !

La multicoloration disperserait l'attention. Elle est ici éliminée au bénéfice de la forme.

Lorsqu'on excepte les évocations de circonstance, par lesquelles le gallinacé n'est qu'un complément dans la foule des animaux de basse-cour, plus des deux tiers des productions oniriques proposent l'image d'un coq stylisé, le plus souvent métallique. S'il est souvent alors placé au sommet d'un clocher, il l'est aussi sur d'autres édifices : pyramide, tour et même une gare. Lorsqu'il s'agit du clocher, l'imaginaire insiste sur des détails qui tendent à minimiser la connotation religieuse. L'emphase est mise sur le village, sur la girouette, comme s'il fallait diriger l'attention, non sur la spiritualité, mais sur la silhouette du coq.

Au risque de rompre le fil de la démonstration - mais s'agira-t-il vraiment d'une rupture ? - nous devons signaler la seule corrélation marquante qu'on relève autour du symbole : le blanc.

Lorsque Mahomet parle du coq, son ami, il précise qu'il s'agit du coq blanc. Le coq du rêve, lui, n'est jamais blanc, mais il s'environne d'images très particulières qui obligent à porter la réflexion sur cette teinte.

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Littérature :

Shakespeare, Hamlet, Acte I, scène 1 :

BERNARDO - Il allait parler quand le coq a chanté.


HORATIO - Et alors, il a bondi comme un être coupable à une effrayante sommation. J’ai ouï dire que le coq, qui est le clairon du matin, avec son cri puissant et aigu, éveille le dieu du jour ; et qu’à ce signal, qu’ils soient dans la mer ou dans le feu, dans la terre ou dans l’air, les esprits égarés et errants regagnent en hâte leurs retraites ; et la preuve nous en est donnée par ce que nous venons de voir.


MARCELLUS - Il s’est évanoui au chant du coq. On dit qu’aux approches de la saison où l’on célèbre la naissance du Sauveur, l’oiseau de l’aube chante toute la nuit ; et alors, dit-on, aucun esprit n’ose s’aventurer dehors. Les nuits sont saines ; alors, pas d’étoile qui frappe, pas de fée qui jette des sorts, pas de sorcière qui ait le pouvoir de charmer ; tant cette époque est bénie et pleine de grâce !


HORATIO - C’est aussi ce que j’ai ouï dire, et j’en crois quelque chose.

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Dans ses Histoires naturelles (1874), Jules Renard brosse des portraits étonnants des animaux que nous connaissons bien :

Coqs

I

Il n'a jamais chanté. Il n'a pas couché une nuit dans un poulailler, connu une seule poule. Il est en bois, avec une patte en fer au milieu du ventre, et il vit, depuis des années et des années, sur une vieille église comme on n'ose plus en bâtir. Elle ressemble à une grange et le faîte de ses tuiles s'aligne aussi droit que le dos d'un bœuf. Or, voici que des maçons paraissent à l'autre bout de l'église. Le coq de bois les regarde, quand un brusque coup de vent le force à tourner le dos. Et, chaque fois qu'il se retourne, de nouvelles pierres lui bouchent un peu plus de son horizon. Bientôt, d'une saccade, levant la tête, il aperçoit, à la pointe du clocher qu'on vient de finir, un jeune coq qui n'était pas là ce matin. Cet étranger porte haut sa queue, ouvre le bec comme ceux qui chantent, et l'aile sur la hanche, tout battant neuf, il éclate en plein soleil. D'abord les deux coqs luttent de mobilité. Mais le vieux coq de bois s'épuise vite et se rend. Sous son unique pied, la poutre menace ruine. Il penche, raidi, près de tomber. Il grince et s'arrête. Et voilà les charpentiers. Ils abattent ce coin vermoulu de l'église, descendent le coq et le promènent par le village. Chacun peut le toucher, moyennant cadeau. Ceux-ci donnent un œuf, ceux-là un sou, et Mme Loriot une pièce d'argent. Les charpentiers boivent de bons coups, et, après s'être disputé le coq, ils décident de le brûler. Lui ayant fait un nid de paille et de fagot, ils mettent le feu. Le coq de bois pétille clair et sa flamme monte au ciel qu'il a bien gagné.

II.

Chaque matin, au saut du perchoir, le coq regarde si l'autre est toujours là, - et l'autre y est toujours. Le coq peut se vanter d'avoir battu tous ses rivaux de la terre, - mais l'autre, c'est le rival invincible, hors d'atteinte. Le coq jette cris sur cris : il appelle, il provoque, il menace, - mais l'autre ne répond qu'à ses heures, et d'abord il ne répond pas. Le coq fait le beau, gonfle ses plumes, qui ne sont pas mal, celles-ci bleues, et celles-là argentées, - mais l'autre, en plein azur, est éblouissant d'or. Le coq rassemble ses poules, et marche à leur tête. Voyez : elles sont à lui ; toutes l'aiment et toutes le craignent, - mais l'autre est adoré des hirondelles. Le coq se prodigue. Il pose, ça et là, ses virgules d'amour, et triomphe, d'un ton aigu, de petits riens ; mais justement l'autre se marie et carillonne à toute volée ses noces de village. Le coq jaloux monte sur ses ergots pour un combat suprême ; sa queue a l'air d'un pan de manteau que relève une épée. Il défie, le sang à la crête, tous les coqs du ciel, - mais l'autre, qui n'a pas peur de faire face aux vents d'orage, joue en ce moment avec la brise et tourne le dos. Et le coq s'exaspère jusqu'à la fin du jour. Ses poules rentrent, une à une. Il reste seul, enroué, vanné, dans la cour déjà sombre, - mais l'autre éclate encore aux derniers feux du soleil, et chante, de sa voix pure, le pacifique angélus du soir.

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