Les Ambilatres
- Anne

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Sources antiques :
Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre III, chapitre 9 :
« Ils (les Vénètes) s’assurent pour cette guerre l’alliance des Osismes, des Lexovii, des Namnètes, des Ambilatres (Ambiliatos), des Morins, des Diablintes, des Ménapes ; ils demandent du secours à la Bretagne, qui est située en face de ces contrées. »
Pline, Histoire naturelle, Livre IV, 108 :
« À l'Aquitaine appartiennent les Ambilatres (Ambilatri), les Anagnutes, les Pictons, les Santons… »
Localisation :
Fabien Piégay., auteur d'un article paru dans Ouest-France le 3 juin 2013 mentionne un une découverte intéressant en territoire possiblement ambiliate :
"Un village gaulois a existé aux Herbiers. Tout était prêt pour lancer le contournement Sud-Est des Herbiers. Tout ? Non. La mise au jour d'indices d'une présence gauloise à la Cossonnière, a retardé les travaux. Retour sur cette découverte.
[...]
Un village gaulois fort de plusieurs centaines d'âmes. Il aurait été habité entre le Ve siècle avant Jésus-Christ et -51 av. J-C, quelque temps avant la conquête romaine. Ses habitants étaient probablement des Ambiliates, qui occupaient le nord de la Vendée et le sud-ouest du Maine-et-Loire. « C'est unique en Vendée et rare dans le Grand Ouest. Dans la région, ce sont principalement des fermes isolées que l'on retrouvait », détaille Axel Levillayer, archéologue spécialiste des âges du Fer, responsable de ce chantier.
Autre point fort du site : il n'a été occupé par aucune autre civilisation. « Cette situation exceptionnelle va nous permettre de retracer, sur près de 500 ans, les évolutions du mobilier et de l'habitat dans cette zone », se réjouit l'archéologue."
Julie Remy, autrice de Territoires et réseaux en Bretagne et Pays de la Loire à la fin de l’âge de Fer (IIIe-Ier siècles aC). (Ausonius Éditions, 2023) fait le point sur ce qu'on sait actuellement de la localisation du territoire du peuple des Ambiliates :
"Des peuples disparus : les Ambiliates et les Anagnutes. Deux autres peuples sont mentionnés par les auteurs antiques, les Ambiliates (ou Ambilatres) et les Anagnutes, dont la localisation fait encore débat puisqu'on n'en retrouve aucune trace après l'organisation administrative de la Gaule en 16-13 a. C.
Ainsi César évoque le peuple Ambiliate à une unique occasion, au titre de l'un des peuples coalisés des Vénètes lors du combat qui les oppose au général romain en 57/56 a. C. (Gal., 3-9). Cependant, cette citation renseigne peu sur leur situation, au mieux il est possible d'envisager une certaine proximité entre ces deux peuples. Pline l'Ancien, quant à lui, livre un véritable indice géographique puisqu'il mentionne les Ambilatres à l'occasion d'une description qu'il propose des différentes cités qui composent l'Aquitaine romaine (Nat. 4-34). En effet, P.-M. Duval a montré que la description du naturaliste suivait une logique géographique, partant de la Loire et descendant vers le sud. Suivant cette démonstration, le peuple ambilatre trouve sa place juste au sud de la Loire, à l'extrémité nord-ouest de l'Aquitaine. Précisions que les historiens s'accordent, en général, sur la correspondance des Ambilatri de Pline et des Ambiliatos de César.
Au Livre IV (75-4), César fait également mention de la civitas des Ambibares dans la liste de peuples armoricains implantés au bord de l'Océan : universis civitatibus, quae Oceanum attingunt quaeque eorum consuetudine Armoricae appellantur, quo sunt in numero Curiosolites, Redones, Ambibarii, Caletes, Osismi, Veneti, Lemovices, Venelli. Il serait séduisant de confondre les Ambibares et les Ambiliates malheureusement aucun indice ne permet réellement d'étayer cette proposition, si ce n'est que, dans les deux cas, ces noms sont associés à des peuples armoricains.
Sur les bases de ces extraits d'auteurs antiques, plusieurs chercheurs ont tenté de localiser ce peuple, nous en retiendrons les propositions les plus probantes.
[...]
Ce tour d'horizon éclaire sur un débat, qui est encore loin d'être clos quant à la localisation de ces deux peuples. [...] Quant aux Ambiliates, on l'a vu, ils devaient être implantés quelque part entre le sud des départements de la Loire-Atlantique, le sud-ouest du Maine-et-Loire, le nord-ouest des Deux-Sèvres et une large moitié nord de la Vendée. Toutefois, la deuxième hypothèse, partagée par J. Hiernard et G. Aubin et qui localise ce peuple dans une zone géographique autour des Mauges, c'est-à-dire au sud du Maine-et-Loire - compris dans le cadre de cette étude -, apparaît actuellement comme la mieux fondée.
[...]
... deux sites sont supposés appartenir à la civitates disparue des Ambiliates (fig. 40 [ci-contre]). Pour cette même cité, un troisième site de hauteur fortifié, peut être évoqué. Il s’agit de l’éperon barré de “La Sangle” à Bouguenais, installé en fond d’estuaire, il domine le cours de la Loire d’environ 30 m de haut. Bien qu’une occupation de La Tène finale soit avérée, la nature de celle-ci n’est pas connue et aucun état laténien n’a été mis en évidence pour le rempart, dont la construction remonte au Hallstatt moyen/final, d’après les résultats des sondages entrepris sur cet ouvrage depuis 2014."
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Étymologie :
Olivier Nillesse (sous la direction), auteur d'un Rapport d'opération Fouille archéologique : Pays de la Loire, Vendée, La Ferrière, ZAC du Plessis-Le Plessis Bergeret 1, Projet de ZAC Fouilles Archéologiques. (INRAP-Grand Ouest, février 2020) cite l'hypothèse de Venceslas Kruta :
"La limite dessinée par la céramique est à mettre en relation avec la proposition de frontière entre Pictons et Ambilatres par J. Hiernard (1996) qu’il fixe sur le Lay. César évoque les Ambiliati (B.G. III, 9) qui soutiennent les Vénètes en 56 av. J.-C. V. Kruta (2000) propose d’assimiler les Ambibarii que César décrit comme des armoricains aux Ambiliati (B.G. VII, 75). A l’époque romaine et selon Pline (H.N. IV, 108), les Ambilatri sont cités comme un peuple aquitain. Leur territoire sera finalement absorbé par les Pictons. Pour revenir à l’époque préromaine, on peut proposer que la culture matérielle permette de distinguer une limite sud matérialisée par le Lay. V. Kruta rappelle que le nom des Ambilates signifie celui d’un peuple installé de part et d’autre d’un fleuve. Les mobiliers des sites du sud du Maine-et-Loire et du nord de la Vendée présentant une unité typologique, il est vraisemblable que la Sèvre Nantaise corresponde à ce fleuve."
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Histoire :
Dans L'Anjou dans les textes anciens (Éditions du Choletais, 1978 ; cité par Jacques sur le forum de l'Arbre celtique) Bernard M. Henry propose une hypothèse concernant les alliances des peuples de la région qui nous intéresse :
"L'attitude divergente des Ambiliati et des Pictones suffit à montrer qu'il ne devait pas y avoir, au moins à l'époque, de tels liens [de clientèle] entre les deux peuples. Si clients il y avait, ce qui conviendrait bien à la faiblesse vraisemblable des Ambiliati, l'état patron ne pouvait être que celui des Namnètes. Grâce aux Ambiliati, les Namnètes auraient alors interdit l'accès de la Loire aux Pictones, comme avec d'autres arguments l'avait bien noté R. Crozet [Histoire du Poitou - Paris PUF - 1970] : « Au nord, ni les Namnètes, ni les Andécaves, ni les Turons n'ont laissé les Pictons atteindre définitivement la Loire » [pour des raisons commerciales]."
Julie Rémy, autrice de Territoires et réseaux en Bretagne et Pays de la Loire à la fin de l’âge de Fer (IIIe-Ier siècles a. C.). (Ausonius Éditions, 2021) mentionne une activité minière en pays ambiliate :
"Effectivement, en 1979, puis en 1996, J. Hiernard souligne le fait que le peuple Ambiliate, s’il est localisé dans une région où ne circulent que des numéraires attribués à d’autres peuples, ne devait pas être suffisamment riche ou autonome politiquement pour frapper sa propre monnaie. Or, l’historien et le numismate ont mis en évidence l’existence d’une monnaie bien particulière qui passerait pour l’un des premiers monnayages de l’ouest de la Gaule : les quarts de statères en or dits “au pontife forgeron”. Bien que peu nombreuses (13 à 14 exemplaires avérés et plus anciennes (entre la fin du IIIe et le début IIe s. a.C.) au regard des monnaies ayant servi à l’analyse de 1979, elles pourraient donc représenter la première monnaie émise dans ce secteur et plus précisément entre les Mauges – région reconnue pour sa richesse en gisements aurifères – et le Craonnais. Une autre série “de style armoricain” dite “aux aigrettes”, – surnommée ainsi pour la présence au droit d’un décor en demi-cercle situé à l’arrière d’une tête humaine – découverte uniquement dans un secteur proche, au sud de la Loire entre les Mauges et le Gâtinais – autour de Cholet, pourrait également y avoir été émise. Il est alors tentant d’attribuer ces émissions au fameux peuple disparu des Ambiliates.
[...]
Récemment, le travail de Master réalisé par M.-A. Dalmont sur l’exploitation de l’or dans l’Ouest de la France a fourni une cartographie précise de ces gisements aurifères, mais surtout un inventaire – recherche documentaire couplée à un travail de prospection pédestre – de ceux ayant fait l’objet d’une exploitation ancienne en Pays de la Loire et en Ille-et-Vilaine. Ainsi, trois grands secteurs miniers ont été mis en évidence sur les départements de Loire-Atlantique, de Mayenne et de Maine-et-Loire, c’est-à-dire dans la région des Miaules, à l’extrême nord-est du territoire namnète, dans la région des Mauges sur le supposé territoire ambiliate et sur l’axe aurifère d’Anjou et de Vay qui traverse la frontière entre le territoire namnète et le territoire andécave."
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