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Les Sulbanectes

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 26 févr.
  • 21 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 févr.



Sources antiques :


Pline, Histoire naturelle, IV, 106 : 


"Au Scaldis, l'extérieur est habité par les Texuandres, divisés en plusieurs peuplades ; puis viennent les Ménapes, les Morins, la limite des Marsaques, attenants au bourg appelé Gesoriacum ; les Bretons, les Ambiens, les Bellovaques ; dans l'intérieur, les Catosluges, les Atrébates, les Nerviens, libres ; les Véromanduens, les Suécons, les Suessions, libres ; les Ulmanectes, libres ; les Tongres, les Sunuques, les Frisiavons, les Betases, les Leuques, libres ; les Trévires, libres auparavant, alliés maintenant ; les Lingons, alliés ; les Rèmes, alliés ; les Médiomatriques, les Séquanes, les Rauriques, les Helvétes : les colonies Équestris et Raurica ; sur le Rhenus, peuplades germaniques habitant cette province : les Némètes, les Triboques, les Vangions ; puis les Ubiens, la colonie des Agrippinenses, les Gubernes, les Bataves, et ceux dont nous avons parlé à propos des îles du Rhenus."

Selon  Jean-Marc Popineau, auteur d'un article intitulé "Les Sulbanectes, une approche archéogéographique (Vᵉ s. avant notre ère - Ier s. après) (In :  Société d’Histoire et d’Archéologie de Senlis | Comptes rendus et Mémoires 2016-2017) :


Les mentions écrites des Sulbanectes On ne connaît aucune mention littéraire de cette tribu qui soit contemporaine de l’indépendance de la Gaule. Elle n’est pas même citée dans les écrits de César, contrairement à ses voisins Parisii (nommés quatre fois par César), Suessiones (cinq fois) et Senones (onze fois).

[...]

Les mentions antiques écrites successives des Sulbanectes sont :

  • 48 : Civitas Sulbanectium (socle de la statue de Claude) ;

  • Vers 70 : Ulmanetes liberi chez Pline (Histoire Naturelle, IV, 17 et 31)10, transcrit plus tard en Ulbanectes ;

  • Vers 150 : Σουβάνεκτοι (var. Οὐβάνεκτοι et Σουμανεκτοι), soit Souvanektoi, Ouvanektoi ou Soumanektoi, chez Ptolémée (Géographie, II, 9, 11) ;

  • Sous Honorius (empereur de 395 à 423) : Ciuitas Siluanectum (var. ciuitas Seluanectum) dans la Notitia provinciarvm et civitatvm galliæ (Notice des Gaules).

Le terme de Sulbanecte utilisé en tant qu’ethnonyme disparaît après le Ve s. alors que le nom celto-latin de leur capitale, Augustomagus, est apparu dans les textes depuis une centaine d’années : Augustomago (var. Augustamago) sur l’Itinéraire d’Antonin (380,5), datant de la fin du IIIe s. et Aug. Magus sur la Table de Peutinger (I, 4), peut-être établie après 328.

[...]

La francisation du nom de ce peuple a longtemps été « Silvanecte », en se basant sur les formes du IIe s. Depuis la découverte du socle de statue, on utilise plutôt la forme du Ier s., « Sulbanecte », sans doute plus proche du Gaulois. Les formes Ulmanectes, Souvanectes, Ouvanectes ou Soumanectes ne sont peut-être que des déformations des auteurs ou de leurs copistes ou le témoignage des difficultés rencontrées pour écrire des sons gaulois avec un alphabet étranger. Ptolémée mentionne en effet les Ουεσιονες pour les Suessiones ; le S initial ne semble donc pas être restitué dans la prononciation grecque de l’époque. Quant à la forme Sylvanecte, elle est fautive, due à l’attirance du latin sylva, la forêt.

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Identification :


   Jean-Marc Popineau, auteur d'un article intitulé "Les Sulbanectes, une approche archéogéographique (Vᵉ s. avant notre ère - Ier s. après) (In :  Société d’Histoire et d’Archéologie de Senlis | Comptes rendus et Mémoires 2016-2017) clarifie l'usage de l'ethnonyme Silvanecte/Sulbanecte :


"Pour étudier l’histoire des Sulbanectes, il faut d’abord définir cet ethnonyme. Par convention, nous appellerons Sulbanectes le peuple ou la fraction de peuple, dont on ignore le nom, qui vivait durant l’Âge du Fer sur le territoire de ce qui prendra le nom de civitas sulbanectum après la Conquête romaine, et qui s’étend entre Survilliers (à 30 kilomètres au nord de Paris) et les environs de Pont-Sainte-Maxence et de la vallée de l’Oise, sans les atteindre. Cette étude englobera également les débuts de la période gallo-romaine, avant que la romanisation, tardive ici, n’enlève sa spécificité à ce peuple."




Localisation :


Michel Roblin, auteur d'un article intitulé "Les limites de la civitas des Silvanectes." (In : Journal des savants, 1963, n° pp. 65-85) tente de délimiter le territoire des Silvanectes :


"[...] L'inscription romaine du château de Senlis, découverte et étudiée par M. André Piganiol, attire notre attention sur la civitas des Silvanectes, dont l'existence est maintenant attestée dès la fin de l'année 48 de notre ère. Avant d'essayer une reconstitution de la vie urbaine et rurale dans cette région à l'époque gallo-romaine, il nous a semblé utile de préciser les limites de la civitas, d'estimer l'importance de sa superficie et de la situer au milieu de ses voisines de la Belgique et de la Lyonnaise.

[...]

Nous pouvons donc raisonnablement tracer maintenant les frontières du terroir silvanecte, à l'époque gallo-romaine, frontières préservées par l'évêque de Senlis jusqu'à la chute de l'Ancien régime.

Ce terroir était donc très exigu, 500 kilomètres carrés, et cette médiocrité territoriale est accentuée par les grandes dimensions des terroirs des Bellovaques et des Suessions, dix fois plus considérables, et dépassant 5.000 kilomètres carrés, tandis que les Parisii et les Meldes, civitates d'une superficie très normale, apparaissent comme des géants à côté des Silvanectes.

A cette médiocrité territoriale, l'examen géographique et topographique ajoute une infériorité stratégique manifeste. Les bords de l'Oise, distants parfois d'une lieue à peine, sont interdits aux Silvanectes, et de ce fait les embouchures de leurs propres cours d'eau, des ruisseaux à vrai dire plutôt que des rivières, la Thève et la Nonette. Les sources mêmes de celle-ci et de son affluent principal, la Launette, échappent également à Senlis et sont possédées par les Meldes. Sur les rives de l'Authonne, l'infériorité est moins flagrante, les Silvanectes dépassent même parfois la rivière du côté de Pondron et de Morienval, mais les Suessions sont maîtres de son confluent avec l'Oise, à Verberie, et d'une large enclave, du côté de Béthisy, leur permettant de contrôler, sur les deux rives, la voie antique de Soissons à Senlis, non loin de Champlieu. Nous trouvons même ici le seul témoignage gallo-romain susceptible de nous aider à tracer les limites de la civitas : les milliaires mis au jour à Orrouy, diocèse de Soissons, ont des distances calculées à partir de cette capitale des Suessions, la frontière ne semble donc pas avoir été modifiée sur la rive droite de l'Authonne, déjà suessionne à Orrouy dans l'Antiquité.

Le relief, comme l'hydrographie, désavantage les Silvanectes. Les Bellovaques tiennent presque toutes les hauteurs qui commandent le plateau constituant l'essentiel du terroir de Senlis : le mont de Saint-Christophe et le mont Pagnotte notamment qui sont d'excellents belvédères, la butte du Camp de César à l'embouchure de la Nonette. Les Suessions occupent le Longmont au-dessus de Verberie et le mont Béthizoy, neutralisant ainsi les Silvanectes à Saintines, où ils atteignent presque les bords de l'Oise ; la butte de Montigny, qui commande les confins orientaux de la civitas, est également possédée par Soissons. Une situation moins désavantageuse se constate du côté de Paris, et la butte de Montmélian, dont l'importance religieuse supposée pourrait être le résultat d'une situation stratégique favorable, appartenait, de justesse, à Senlis, il est même possible que la civitas se soit avancée jusqu'à Louvres. Les Meldes enfin, postés sur la butte de Dammartin-en-Goële complétaient l'encerclement jusqu'aux sources de la Nonette, au pied du plateau de Nanteuil-le-Haudouin. Terroir exigu, stratégiquement défavorisée, la civitas possédait-elle des avantages économiques capables d'équilibrer ce bilan négatif ?

La majeure partie de la région est constituée de la même couche de calcaire grossier, d'époque tertiaire, que le Soissonnais. Il est recouvert d'un limon d'origine éolienne convenant à la culture des céréales, mais souffre facilement de sécheresse ; les habitats ont ainsi recherché les pentes supérieures des vallons et les buttes-témoins, couronnées par les sables infertiles et par les grès qui nous les ont conservées, mais ceinturées à leur base de glaises et de marnes, avec des sources abondantes et pérennes. En somme, canton fertile, mais qui à une époque d'agriculture extensive ne permettait pas de nourrir une population d'une densité supérieure à celle des régions voisines. Nous sommes donc obligés d'admettre la faiblesse numérique des Silvanectes, et du même coup leur subordination originelle."

Stephan Fischtl, auteur de Les Peuples gaulois - IIIe - Ier s. av. J.-C. (Éditions Errance, 2004) confirme l'hypothèse de Michel Roblin :


"Les Meldes et les Silvanectes : Les Meldes et les Silvanectes sont deux civitates qui ne sont pas mentionnées dans les premiers livres de la Guerre des Gaules. Les Meldes n'apparaissent qu'une fois, au livre V (César, BG V, 5, 2). On pourrait envisager que cette civitas de faible importance ait échappé à César, mais il est plus vraisemblable qu'elle soit apparue suite au démantèlement de la civitas des Suessions. Les Silvanectes, quant à eux, apparaissent pour la première fois sur une inscription romaine, dédicace à l'empereur Claude qui date de l'année 48 apr. J.-C. (Roblin 1971 ; Piganiol 1961). Leur autonomie est probablement également à mettre en relation avec l'effondrement des Suessions. Nous avons là un bel exemple de la recomposition des civitates par Rome qui avait déjà commencé avec César. Meldes et Silvanectes formaient sans doute originellement des pagi suessions, ensuite détachés de leur civitas."

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   Jean-Marc Popineau, auteur d'un article intitulé "Les Sulbanectes, une approche archéogéographique (Vᵉ s. avant notre ère - Ier s. après) (In : Société d’Histoire et d’Archéologie de Senlis | Comptes rendus et Mémoires 2016-2017) propose la carte ci-dessus et apporte les éclaircissements suivants :


"[...] Ces modifications de détail, et bien d’autres, doivent nous rappeler qu’il faut être prudent lorsqu’on assimile trop systématiquement les limites des civitates, floues par essence, à celles des diocèses, plus linéaires, et qu’il est plus crédible de chercher les éléments géographiques physiques pérennes et bien repérables dans le paysage qui ont servi de support à ces limites, floues par nature. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que les rivières n’ont pas vocation à servir de support à des limites. Elles représentent plutôt des lieux de rencontre, des vecteurs d’échanges.

On remarquera que les points triples, où se joignent les limites de la civitas des Sulbanectes avec celles de deux autres anciens diocèses voisins, héritiers des civitates, sont toujours des lieux très visibles dans le territoire : la butte de Montmélian sur la limite Oise/ Val d’Oise (Parisis / Meldi), l’éperon dominant les marais du Rouanne (Bellovaci / Suessiones) mais aussi le mont Gergon (Suessiones / Meldi) ou Le Royaumont-Bois des Bonnets, éperon encadré par la Thève et l’Ysieux (Parisis / Bellovaci).

Ainsi délimité, le territoire des Sulbanectes mesurerait environ 550 km² et rassemble aujourd’hui 50 communes (63 paroisses). Au regard de la superficie moyenne des cités-peuples de Gaule (de 2000 à 3000 km²), le territoire des Sulbanectes semble donc extrêmement réduit. On peut s’interroger sur cette petite taille et sur l’existence même des Sulbanectes avant la Conquête. Leurs traces semblent en effet très ténues avant le Ier s. de notre ère, surtout pour les mentions écrites et pour le monétaire.


La question de l’oppidum des Sulbanectes. [...] Seuls le mont Alta (42 m de dénivelé) et la butte d’Aumont qui lui est proche (24 m), le haut Montel (52 m), le mont Cornon (54 m), la Montagne de Beaulieu (54 m), la butte de Montmélian (103 m), la butte de Montépilloy (33 m) et le plateau du Blamont (51 m) dominent quelque peu la plaine sulbanecte qui s’établit autour de 70- 100 m d’altitude. Sur quatre de ces sites, des vestiges de l’Âge du Fer ont été effectivement localisés, parfois récemment. Peuvent-ils être assimilés à un oppidum ?

[...]

Ainsi, la plus ancienne occupation connue d’un site de hauteur de l’Âge du Fer (VIIe et Ve s. avant notre ère), qui se prolonge par épisodes jusqu’à la fin de l’époque gauloise, est un village non fortifié, avec nécropole, situé sur la hauteur du Mont Cornon, en plein territoire sulbanecte. Un autre village avec nécropole, actif sporadiquement du milieu du IVe siècle avant notre ère jusqu’à la fin de l’époque gauloise se trouve quant à lui sur la montagne de Beaulieu, au milieu du territoire. Sur le Mont Alta, près de la limite avec les Bellovaci, la double enceinte du Ier s. avant notre ère, qui reste hypothétique en l’absence de fouilles, correspond davantage à un possible oppidum. Il faut noter que le versant nord du mont Alta, bien que situé à plus de 5 km au nord de Senlis, fait partie de son ban paroissial grâce à une importante et surprenante excroissance de ses limites. Le Blamont, en forêt d’Ermenonville, a livré trop peu de mobilier pour qu’on puisse se prononcer. Montmélian, malgré son altitude, sa situation au point de rencontre des trois territoires, son nom qui a attiré l’attention des historiens et sa mention dans une vita de saint Rieul, n’a fourni à ce jour aucun témoignage d’une occupation gauloise. C’est en définitive le site de Montépilloy qui semble correspondre le plus à un oppidum : site de hauteur dominant la plaine de toutes parts, emplacement très précisément au centre géographique du territoire des Sulbanectes, site occupé dès La Tène ancienne et encore à la Tène finale puis précocement romanisé au Ier s. avant J.-C. et apparemment abandonné à l’époque flavienne (2e moitié du Ier s. après J.-C.), époque de la montée en puissance de la ville de Senlis. [...]

[...]

Les informations fournies par les sciences archéo-naturalistes. On ignore donc largement l’aspect du paysage de la civitas des Sulbanectes avant le Ier s. La densité de peuplement semble toutefois particulièrement faible. On a longtemps avancé que la région était recouverte de forêts, et César a contribué à cette légende. Les analyses palynologiques (les pollens) pourraient combler ces lacunes de nos connaissances, mais elles sont rares et ne concernent pas toujours le second Âge du Fer.

De telles analyses ont été effectuées sur le site de Néry « La Sablonnière » (mont Cornon) où se dressait un habitat non fortifié du Hallstatt III (phase IV de Choisy au Bac, VIIe s. avant notre ère). Ces analyses montrent que le site se trouvait, durant le premier Âge du Fer, dans un paysage ouvert de prairies, certainement déjà déboisé (BLANCHET 1984 p. 527).

[...]

Le territoire sulbanecte semble donc à la fois peu peuplé mais très déboisé, parfois depuis fort longtemps et présente, dans les zones étudiées, un paysage typique de bocage, aux prés entourés de fossés et de haies, orienté vers l’élevage ovin et caprin. La période de la Guerre des Gaules a entraîné une reconquête provisoire de la forêt, au moins vers le Rouanne, tandis que la romanisation de la région de Senlis n’a que très peu changé la donne (apparition de chènevières ?). La partie du territoire sulbanecte la plus proche des civitates suessione et bellovaque semble être la plus densément peuplée. La zone qui s’étend autour de Senlis et vers le pays melde au sud paraît être en revanche beaucoup moins peuplée à l’Âge du Fer. La ville d’Augustomagus et les voies qui en partent semblent surgir de terre par la volonté de l’occupant un siècle après la conquête, tandis que la population des environs garde très tard ses traditions, matérialisées pendant toute l’Antiquité par le temple indigène d’Halatte.

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Étymologie :


Michel Roblin, auteur d'un article intitulé "Les limites de la civitas des Silvanectes." (In : Journal des savants, 1963, n° pp. 65-85) fait le point sur l'origine de l'ethnonyme silvanecte :


"[...] Le nom des Silvanectes confirme donc les données négatives de l'histoire et la sylviculture, mais nous pouvons heureusement l'utiliser dans une toute autre direction avec une précision augmentée. Depuis longtemps, deux celtisants, Joseph Vendryes et Henri d'Arbois de Jubainville, s'étaient prononcés sur la question, mais leur étude, intercalée au milieu d'autres considérations d'ordre purement grammatical, n'avait pas éveillé l'attention. Elle n'avait pas échappé toutefois à un linguiste américain de passage à Senlis et auteur d'un article toponymique paru dans le bulletin archéologique local.

Les trois érudits fournissent de l'ethnique une explication différente, mais tombent d'accord sur le point principal : le premier terme de la composition suppose un gaulois *selva, apparenté au vieil irlandais selb, à l'irlandais moderne sealbh et au gallois helw, avec la même signification, propriété, possession, et non pas sylve et forêt ainsi que le supposait Camille Jullian.

[...]

Joseph Vendryes admet les deux formes Selvanectes et Silvanecti, en celtique au singulier Selvanectis et Selvanectos, la première plus archaïque, par suite de l'évolution fréquente en celtique tendant à la substitution en grammaire des thèmes en -ti- aux primitifs thèmes en -to-. Rappelant l'ethnique Atrebates, rapproché de l'irlandais atreba « il s'installe, il possède, il séjourne », il voit dans Selvanectis une composition dont le second terme -nectis ne serait autre chose que le participe de la racine verbale indo-européenne ayant donné en latin nanciscor et nactus, ce dernier avec le sens actif « qui a obtenu, conquis », comme tac/tus « qui se tait » et potus « qui a bu ». Les Silvanectes auraient été à l'origine, non pas des pâtres ou des propriétaires jaloux, mais plutôt des clients qui auraient obtenu finalement la propriété de leurs terres. L'étymologie proposée par M. Vendryes nous a paru plus satisfaisante que les deux autres et nous avons essayé de la préciser. Elle tendrait à donner à selva un sens abstrait, juridique, la propriété, le droit à la propriété, à la possession ; le peuple de Senlis aurait donc acquis ce droit, serait parvenu à ce stade juridique, le second terme indiquant un effort, l'aboutissement d'une lutte, une victoire pacifique ou brutale.

Si nous recherchons les termes apparentés dans les autres dialectes indoeuropéens, le groupe germanique nous offre le gothique sïlba, soi-même, apparenté à l'anglais self, à l'allemand selb et selbst, issu selon les germanistes d'un terme du germanique ancien ayant exactement le même sens que le celtique *selva. Il s'agit donc bien d'un vocable du vieux lexique protohistorique et Vendryes trouve une expression identique à Silvanectes dans les strophes du Rig-Veda. Comme le gothique silba est rattaché au pronom personnel sïk, en allemand sich, c'est-à-dire à toute la série indo-européenne qui a donné en latin les pronoms se, sui et sibi et l'adjectif suus, la possession et la propriété paraissent intimement liées à la personnalité et à l'autonomie. Il est légitime d'envisager en germanique comme en celtique une notion de propriété et de possession qui n'aurait pas été limitée concrètement au sol et aux troupeaux, mais plus abstraite, voisine de la liberté et de l'indépendance, non seulement économique, mais plus générale et plus imprécise, les emplois de l'anglais self donneraient un certain poids à cette conception."

Jean-Marc Popineau, auteur d'un article intitulé "Les Sulbanectes, une approche archéogéographique (Vᵉ s. avant notre ère - Ier s. après) (In :  Société d’Histoire et d’Archéologie de Senlis | Comptes rendus et Mémoires 2016-2017) confirme les travaux de Michel Roblin :


"L’étymologie du terme Sulbanectes. L’étymologie la plus vraisemblable de l’ethnonyme Sulbanectes, s’il est possible de la connaître, est proposée par Michel Roblin : Sulbanectes viendrait du gaulois selva, prononcé localement sulba, apparenté au vieil irlandais selb et au gallois helw (= propriété) (ROBLIN 1963 p. 76) et du participe passé -nectis (= qui a conquis). On propose aussi selbán (= troupeau), complété avec aneg = protéger, à rapprocher de l’écossais anacail (= défendre) et de l’irlandais anacol (= protection). Le nom aurait pu être choisi après que ce peuple ait conquis la propriété de son territoire ou défendu son bien, acquérant ainsi son autonomie vis à vis des Suessions. Le fait que le nom de ce peuple n’apparaisse pas dans les écrits de César laisse penser que l’acquisition de cette indépendance correspond à la naissance de la cité après la conquête, ce qui expliquerait la dédicace à l’empereur Claude en 48. A-t-il bénéficié d’une partie du territoire du pagus des Vadicasses ?"

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Toponymie :


Dans Les noms de lieu de la France : leur origine, leur signification, leurs transformations (Éditions Champion, 1920) Auguste Honoré Longnon, Paul Georges François Joseph Marichal et Léon Mirot expliquent l'origine du nom de la ville de Senlis :


"Neuf noms de villes sur douze, dans la Seconde Belgique, sont empruntés aux peuples gaulois : Rémi, Suessiones, Catalauni ou Catuellauni, Veromandui, Atrebates, Silvanectes, Bellouaci, Ambiani et Morini.

[...]

Silvanectes, substitué à Augustomagus, s'est réduit, dès l'époque mérovingienne, à Selnectis. dont une métathèse fît Senlectis : de là le nom moderne Senlis (Oise). Au moyen âge le territoire de Senlis était appelé le Sellentois.

[...]

 A Senlis enfin, on a retrouvé, vers 1866, les restes d'un amphithéâtre dans un lieu appelé Fontaine des Reines, ce qu'on serait tenté d'interpréter dans le sens de « fontaine des grenouilles », alors qu'il conviendrait d'écrire « fontaine d'Airaine », conformément à la dénomination fons arenarum employée dans les chartes latines du moyen âge : c'est uniquement sur les indices fournis par ce vocable que le Comité archéologique de Senlis avait entrepris la recherche de cet amphithéâtre jusqu'ici inconnu des archéologues."

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Histoire :


Jean-Marc Popineau, auteur d'un article intitulé "Les Sulbanectes, une approche archéogéographique (Vᵉ s. avant notre ère - Ier s. après) (In :  Société d’Histoire et d’Archéologie de Senlis | Comptes rendus et Mémoires 2016-2017) fait le point sur nos connaissances actuelles des Silvanectes :


"[...] Cette prééminence du monnayage suession, la présence de six monnaies rèmes, la très faible représentation, à ce jour, de monnayage bellovaque (5) ou melde (2) et la relative pauvreté en monnaies autrefois attribuées aux Sulbanectes, peuvent être des indications intéressantes sur l’appartenance des Sulbanectes à la civitas suessione avant et après la conquête.

[...]

L’individualisation de la cité des Sulbanectes. Le statut de liberi des Sulbanectes mentionné par Pline au IIe s., comme pour les Suessiones et les Meldi, les place dans une position intermédiaire entre le statut très favorable de foederati (alliés) des Remi, et celui de stipendiarii, (tributaires) des Bellovaci et des Parisii, ainsi punis de leur résistance à la conquête. Les Sulbanectes ont donc certainement un statut de cité libre au Ier s., c’est-à-dire qu’ils ne sont théoriquement pas soumis à la juridiction du gouverneur de la Province dont relevait la civitas. De plus, ils sont sensés échapper au paiement du tribut. Cette distinction, valable au tout début du Ier s., a pris en fait très rapidement, dès le règne de Tibère, une forme purement honorifique, ne dispensant plus les peuples libres, comme les Sulbanectes, des obligations fiscales communes à toutes les civitates.

Michel Roblin avance que le territoire des Sulbanectes a pu être démembré de celui des Meldi (Meaux) en appuyant son hypothèse sur le tracé des limites des deux cités, dans le prolongement les unes des autres, et sur la séparation entre les deux cités, qu’il juge très rectiligne et non appuyée sur des éléments géographiques du paysage (en fait, la limite passe par la butte de Montigny, 152 m, le bois du Tillet, 155 m et le bois du Roi, 132 m). L’autre argument est que, lors de la réorganisation de la Gaule sous Auguste, les Meldi se sont retrouvés en Lyonnaise tandis que les Bellovaci et les Suessiones dépendaient de la Belgique. Le territoire des Sulbanectes aurait formé une avancée dans la Belgique s’il avait appartenu à la Lyonnaise. Il aurait donc été détaché du territoire melde et rattaché à la Belgique pour redresser la limite, obtenant ainsi son statut de civitas. Cela suppose une très bonne connaissance géographique de la Belgique par les Romains. Les Sulbanectes appartenaient peut-être plutôt tout simplement à la Gaule belgique dès l’origine.

[...]

Il a donc certainement existé avant la conquête un vaste proto-état rassemblant les Suessiones, les Remi, les Meldi et les Sulbanectes (fig. 9). L’histoire des Sulbanectes se confond donc très probablement avec celle des Suessiones avant la conquête. César précise (CÉSAR II, 4) que le magistrat des Suessiones régnait sur un ensemble étendu des deux côtés de la Manche, Gaule belgique d’une part, et d’autre part vraisemblablement ce qu’il appelle ailleurs «les provinces maritimes» de la Bretagne. Les Suessiones appartiennent à la confédération des Belges qui repousse les Cimbres et leurs alliés Teutons, lors de l’incursion de ces derniers en Gaules vers 109 avant notre ère (STRABON IV, 4, 3). Plus tard, les Suessiones semblent acquérir une certaine autorité sur les peuples belges. Sous le règne du roi Diviciacos (homonyme du druide éduen), il est possible qu’ils étendent également leur influence sur certains peuples de Bretagne. En 57 avant notre ère, les Suessiones prennent la direction militaire de la coalition rassemblée contre César, sous la direction de Galba (homonyme de l’empereur Galba), roi des Suessiones et successeur de Diviciacos . César attaque une première fois les Suessiones sur les bords de l’Aisne puis assiège leur capitale. Vaincus, les Suessiones obtiennent sans doute, grâce aux Remi, une certaine mansuétude de la part de César : deux siècles plus tard, Ptolémée les considère comme ayant été libres.

[...]  Au vu de la circulation monétaire et de leur absence des sources écrites, les Sulbanectes doivent garder pendant un temps leurs liens de dépendance vis à vis des Suessiones.

Lors de la réorganisation de la Gaule par le général Marcus Vipsanius Agrippa, vers 30 avant notre ère, les Suessiones (et avec eux les Sulbanectes), contrairement aux Meldi et aux Parisis, sont intégrés à la province de Gaule Belgique. Les Suessiones se dotent alors d’une nouvelle capitale, Augusta Suessionum. C’est probablement à cette époque qu’il faut situer l’origine du processus de séparation des Suessiones et des Sulbanectes qui aboutira à l’abandon de Montépilloy, à la fondation de Senlis et à la dédicace de la statue de Claude. Reste à déterminer s’il est possible d’établir à quelle époque est fondée la capitale des Sulbanectes qui deviendra Senlis.


La création d’Augustomagus au Ier s. : une étape militaire vers la Britannia ? À partir du milieu du Ier s. de notre ère, l’histoire des Sulbanectes en tant que peuple celtique va peu à peu se confondre avec celle de la Gaule romaine. La construction d’Augustomagus marquera le début du processus d’acculturation qui touche la vie urbaine très longtemps avant de toucher la vie rurale.

La ville d’Augustomagus est bâtie ex nihilo, dans l’état actuel de la recherche, sur un rebord de plateau dominant la Nonette. Elle sera rapidement reliée aux villes de Soissons, Meaux, Paris, Rouen, Beauvais et Amiens par des voies romaines. C’est sans doute ce nœud routier bien relié à des peuples qui résistèrent à la conquête qui a justifié la volonté de bâtir une ville neuve et de constituer une civitas autonome en ce lieu.

[...]

Sur le territoire des Sulbanectes, on a recensé à ce jour une cinquantaine de zones livrant du mobilier de La Tène, soit un site tous les 11 km². Cette densité semble augmenter avec le temps, ceux de la période qui précède la conquête sont les plus nombreux. La moitié septentrionale du territoire, la moins éloignée de la vallée de l’Oise, rassemble la quasi-totalité des sites repérés. La plus ancienne occupation connue d’un site de hauteur de l’Âge du Fer (VIIe et Ve s. avant notre ère), qui se prolonge par épisodes jusqu’à la fin de l’époque gauloise, est un village non fortifié, avec nécropole, fouillé sur les hauteurs du Mont Cornon (Néry, Oise). Le territoire semble assez peu peuplé comparé aux civitates voisines. Au vu des études de pollens, il est cependant très déboisé, parfois depuis fort longtemps et il présente, dans les zones étudiées, un paysage typique de bocage, aux prés entourés de fossés et de haies, orienté vers l’élevage ovin et caprin, mais aussi des zones de céréaliculture intensive au sud. La période de la Guerre des Gaules a entraîné une reconquête provisoire de la forêt, au moins vers l’est, tandis que la romanisation de la région de Senlis n’a que très peu changé la donne avec l’apparition de chènevières.

[...]

 Les mentions problématiques des Vadicasses par Ptolémée et Pline ont permis de supposer qu’une civitas de ce nom a pu préexister sur ce territoire et qu’elle a été partagée entre les Suessions, les Meldes et les Sulbanectes après l’éclatement du proto-état dominé par les Suessions. Le souvenir des Vadicasses a pu subsister dans le nom du Pagus Vadisus des textes carolingiens, dont la capitale primitive était Vadum (Vez, Oise) et dont le nom moderne est « Valois », qui a donné son nom à une dynastie bien connue.

[...]

 Les raisons de l’édification de cette ville neuve [Senlis] sont sans doute autant commerciales (nœud routier entre les peuples dont on a retrouvé les monnaies) que politiques (son statut de peuple libre est une récompense) et militaires (les témoins archéologiques mentionnés sont contemporains de la conquête du sud de la Bretagne par le même Claude de 43 à 47). Senlis se trouve en effet sur un des itinéraires de Lugdunum à Gesoriacum (Boulogne) par Meaux, Beauvais et Amiens.

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Croyances :


Selon Elisabeth Pailard-Frutieaux, autrice de "Le village disparu de Montmélian aux confins du Parisis et du Senlisis sur les communes de Saint-Witz (Val-d’Oise) et de Mortefontaine (Oise) : du Mediolanum celtique aux châteaux et églises de Montmélian." (In : Revue archéologique de Picardie, 2009, vol. 1, no 1, pp. 57-68) :


"Le plus ancien témoignage sur l’ancienneté de Montmélian est son toponyme issu du celte Mediolanum, dont nous trouvons plusieurs exemples en Gaule romaine, ainsi que sa position de butte-frontière aux confins des territoires gaulois silvanectes et parisiens, dont les chefs-lieux étaient alors Senlis (Silvanectis) et Paris (Lutetia). Au Moyen âge, la limite des diocèses de Paris et Senlis, héritiers des anciennes cités du Bas-Empire.

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Sur le plan archéologique, les vestiges antiques sont rares, cette période étant attestée seulement par des trouvailles ponctuelles depuis le XIXe siècle et par des prospections de surface au XXe siècle. En 1803, J. Cambry signale la découverte de vases de bronze et de tegulae à Montmélian. En 1866, un trésor monétaire gallo-romain constitué de 350 monnaies de bronze a été découvert au lieu-dit "Le cimetière Saint-Witz", aujourd’hui "L’ancien cimetière", au pied de la butte et au sud du village. Cent sept sesterces des Ier et IIe siècles après J.-C. ont été identifiés : parmi eux des monnaies aux effigies des empereurs Vespasien, Domitien, Antonin, Marc Aurèle, Commode et Crispine. En l’absence de fouilles véritables, on ne peut avancer qu’au titre d’hypothèse la présence d’un vicus gallo-romain au sommet de la butte.

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Mercure a-t-il été honoré à Montmélian ? L’évangélisateur saint Rieul de Senlis, pourfendeur d’idoles et d’ex-voto.

La plus ancienne source historique concernant Montmélian est la seconde Vie de saint Rieul, premier évêque de Senlis et évangélisateur des Silvanectes au IVe siècle après J.-C. Selon cette source hagiographique, le saint évêque aurait renversé aux confins de son diocèse une représentation du dieu Mercure d’un signe de croix, épisode que la tradition situe traditionnellement au sommet de la colline de Montmélian, mais que la seconde Vie de saint Rieul situe à Louvres dans le Val d’Oise. L’hagiographe décrit une idole vénérée par une multitude d’individus offrant des sacrifices à ce faux dieu, c’est pourquoi il la réduit en poussière et baptise ensuite les fidèles dans la nouvelle foi. On peut penser à une statue, un pilier, ou une stèle votive de pierre.

César, dans la Guerre des Gaules, rapporte que Mercure était le dieu préféré des Gaulois (1). Une statue monumentale d’un Mercure gaulois provenant d’un des sanctuaires du Puy-de-Dôme est conservée au Musée d’Archéologie Nationale à SaintGermain-en-Laye. Un relief votif d’un Mercure barbu, provenant de Marissel près de Beauvais, conservé au Musée départemental de l’Oise, a été découvert en 1695 dans une sablonnière à proximité de la voie antique Beauvais-Bavai, accompagné de vestiges architecturaux ayant pu appartenir à un fanum.


Note : 1) « En tête des dieux, ils honorent Mercure. Ses représentations sont les plus nombreuses : ils le tiennent pour l’inventeur de tous les arts, le chef des routes et des voyages, le grand maître des gains et du commerce. » CESAR, Jules - Guerre des Gaules, VI 17-18."

Jean-Marc Popineau, auteur d'un article intitulé "Les Sulbanectes, une approche archéogéographique (Vᵉ s. avant notre ère - Ier s. après) (In :  Société d’Histoire et d’Archéologie de Senlis | Comptes rendus et Mémoires 2016-2017) fait référence à une dévotion antérieure à celle de Mercure :


"La légende locale veut que les Gaulois aient pratiqué à Montmélian le culte de Teutatès, puis que saint Rieul y ait détruit un lieu de culte dédié à Mercure. On ne sait en fait absolument rien sur l’occupation gauloise de ce lieu."

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Postérité :


La Brasserie Saint-Rieul, qui se situe à Trumilly dans l’Oise, a trouvé l’inspiration et le nom d'une des bières qu'elle propose dans l’histoire de sa région. En effet, elle a choisi le nom de la tribu gauloise des Silvanectes qui peuplait cette région pour baptiser cette blonde triple de 8°.

Il s'agit d'une bière à l’étiquette sobre, qui présente une reproduction d’un statère en Or et sur laquelle on peut lire les mots suivants : « Courageux et habiles, ils maîtrisaient le maniement de l’épée, la frappe des statères en or, et la culture de l’orge. C’est avec cette dernière qu’était concoctée pour chaque grande occasion une cervoise spéciale… »

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