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  • Anne

Le Miro




Autres noms : Thespesia populnea ; Bois de rose d'Océanie ; Porcher



Botanique :






Symbolisme :


Selon Catherine Orliac, autrice de « Le Dieu Rao de Mangareva et le Curcuma longa », Journal de la Société des Océanistes (pp. 114-115 | Année 2002) :

[...]

Les textes ethnohistoriques ne livrent pas d’information sur les bois d’œuvre qu’utilisaient les Mangaréviens pour façonner les effigies du dieu Rao. Cependant, quelques fins prélèvements effectués sur la sculpture expédiée par Caret ont permis de découvrir que cette représentation du dieu avait été sculptée dans une branche de Thespesia populnea (Orliac, 2000 : 30). Cet arbre, très commun en Polynésie et qui pousse sur le littoral des atolls et des îles hautes, peut atteindre une quinzaine de mètres de hauteur ; appelé miro aux îles Gambier, il poussait autrefois abondamment dans l’archipel.

Le Thespesia populnea jouait un rôle important dans la culture polynésienne traditionnelle. À Tahiti, il était planté dans l’enceinte des marae (sanctuaires) où il était indispensable en tant qu’émanation du dieu Roro’o qui inspirait les prêtres dans leurs dévotions (Henry, 1968 : 394) ; parmi les arbres des marae, il était « le plus sacré [...] celui qui sanctifie » (Henry, 1968 : 158). Le bois, mais aussi les feuilles et les branches du Thespesia, étaient utilisés lors de nombreuses cérémonies qui se déroulaient sur les lieux de culte. Aux îles Gambier, des baguettes de miro, ornées de banderoles de tapa, étaient employées lors de la cérémonie du eketea au moment de l’initiation d’un prêtre de haut rang (Buck, 1938 : 450).

Le Thespesia populnea présente certains points communs avec le Curcuma longa ; comme lui, il donne des fleurs jaunes au parfum discret ; de plus ses fruits, ses feuilles et son écorce fournissent un colorant jaune. Le pédoncule du fruit vert laisse en effet exsuder un suc glutineux jaune et le péricarpe du fruit une sève jaune inodore que les Hawaïens employaient pour colorer leur tapa. Anciennement aux îles Marquises, le suc de l’écorce du miro servait à teindre les tapa destinés aux nouveaux nés (Petard, 1986 :120, 218).

En Polynésie, le bois du Thespesia populnea était très recherché par les sculpteurs en raison de ses caractéristiques uniques ; en effet, plus connu sous le nom de « bois de rose d’Océanie », il présente une couleur légèrement rosée ; de plus, lorsqu’il est travaillé vert, il dégage une odeur poivrée qui disparaît avec le temps ; c’est un matériau au grain fin, qui se travaille bien et se polit facilement. Il n’est pas surprenant que le dieu Rao soit sculpté dans une branche de miro car ce bois est souvent cité dans les textes ethnographiques et la tradition orale polynésienne pour la confection des « idoles » et la sculpture d’objets de prestige tels que le siège et le sceptre royal. Il servait également au façonnage des hampes de harpons, des manches d’outils, des traverses de pirogues à balancier, des pagaies (cf. Pétard, 1986 : 218) et dans un contexte plus sacré, pour la fabrication des arcs. À Mangareva, le turuturu des chefs, sorte de sceptre élargi et aplati à l’une de ses extrémités, était taillé dans une branche de Thespesia populnea ; cet objet était finement poli (Buck, 1938 : 175).

Cette représentation du dieu Rao, qui est sans conteste une des œuvres « les plus remarquables de l’art océanien » (Jacquemin, 2000 : 311), a été datée par G. Bonani de AD 793-995, c’est-à-dire entre le début du IXe et le début du XIe siècle de notre ère. L’ancienneté de cette œuvre paraît surprenante ; en effet, en région tropicale et en présence d’insectes xylophages, comment expliquer que ce bois, de dureté moyenne, ait pu se conserver pendant plus de huit cents ans sans subir la moindre dégradation... Ce serait l’objet polynésien le plus ancien que l’on connaisse.

Le dieu Rao, ainsi que d’autres effigies de divinités, étaient conservées dans des édifices particuliers que Dumont D’Urville qualifie de « temples des idoles ». Dans l’enceinte du sanctuaire et à proximité du dieu, étaient érigés des piliers d’offrandes appelés 'ata. Selon F.W. Beechey, ces poteaux avaient la particularité d’être surmontés de « 3 bras gravés, dans les mains desquelles étaient suspendues des offrandes telles des noix de coco sculptées, des bambous, peut-être des instruments de musique... » (Beechey, in Buck, 1938 : 456). Un objet de ce type se trouve à Saint-Pétersbourg et un autre au musée de l’Homme ; ce dernier a été rapporté de Mangareva en 1884 par le docteur Couteaud, médecin de la Marine nationale. Il mesure 1,80 m de hauteur et 24 cm de largeur et se compose d’un fût, renflé à mi hauteur pour empêcher l’accès des rats aux nourritures, et d’un plateau circulaire portant quatre bras, ornés de tatouages géométriques, terminés par des mains (Orliac, 1986 : 4-5). Des prélèvements effectués à la base de l’objet et dans sa partie renflée ont permis de constater que les Mangaréviens avaient utilisé du Thespesia populnea pour le façonnage de ce pilier, comme ils l’avaient fait pour sculpter l’image du dieu Rao.

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