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Le Machaon

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 5 mars 2021
  • 12 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours




Étymologie :


  • MACHAON, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1823 (Sc. nat., t. 27). Lat. sc. Machaon, empr. au lat. class. Machaon, nom mythologique.


Lire également la définition du nom machaon afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Papilio machaon - Grand-Carottier - Grand papillon à queue - Grand papillon du fenouil - Grand porte-queue - Papillon Basse-la-Reine -


A noter qu'en finnois, suédois et néerlandais, on appelle cet insecte le "papillon chevalier".

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Symbolisme :


Sur le plan psychanalytique, la cure de l'Homme aux loups présentée par Freud a un lien étroit avec le machaon comme le montre Éric Bordas dans son article intitulé "L'instance de la lettre pour l'Homme aux loups" (Psychanalyse, 2013, n°1, p. 39-47.) :


"[...] Les ailes de la guêpe et les rayures jaunes sont aussi à mettre en relation avec d’autres ailes, celles d’un papillon dont il a rapporté, là aussi, le souvenir très tôt dans sa cure. « Il était à la poursuite d’un beau et grand papillon rayé de jaune, dont les grandes ailes se terminaient par des appendices pointus, c’est-à-dire d’un machaon. Soudain, comme le papillon s’était posé sur une fleur, il fut saisi d’une peur terrible du petit animal et s’enfuit en poussant des cris 8 . » Sa phobie des papillons est contemporaine de la peur des loups. On obtient une nouvelle association :


ailes de la guêpe = ailes du papillon machaon.


Ce souvenir d’une expérience d’angoisse face au papillon revenait souvent et permit à l’Homme aux loups d’établir un lien, encore une fois homophonique, entre babotchka, nom russe du papillon, et babouchka, qui signifie petite grand-mère en russe. Papillon et petite grand-mère se nomment donc dans sa langue maternelle pratiquement de la même manière. Ses associations l’amènent à dire comment, pour lui, les papillons ressemblent à des femmes et à des jeunes filles.

« Ainsi, conclut Freud, ce devait être le souvenir d’une créature féminine qui s’était réveillé dans cette scène d’angoisse », ce qui permet d’écrire cette substitution de la façon suivante :


ailes du papillon

————————————

femme

Les ailes du papillon et la forme qu’elles constituent, notamment dans sa partie inférieure qui « se termine par des appendices pointus », se trouvent prendre la valeur d’un pictogramme de l’identité sexuelle féminine (pictogramme dont l’empreinte s’apparente à la forme W). Cette association avec le féminin se renforce quelques mois plus tard pour l’Homme aux loups, ce que Freud rapporte ainsi : « Le fait d’ouvrir et de fermer les ailes, ainsi qu’avait fait le papillon une fois posé sur la fleur, était ce qui avait fait sur lui cette impression inquiétante. On aurait dit une femme qui ouvre les jambes, et les jambes faisaient alors un V romain. »

Nous pouvons ainsi convenir que l’inconscient de l’Homme aux loups vient à chiffrer (écrire) sa rencontre avec la castration sous la forme d’une marque, d’une trace réelle qui s’apparente au graphisme V et devient la lettre V.

ailes du papillon => castration féminine => V


Cette tentative de nouage de l’imaginaire par le symbolique vient localiser la jouissance par le V qui, passant du statut d’image à celui de pictogramme, se transliterre en la lettre V."

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Dans l'article intitulé "Type de papillon et signification : Si vous voyez souvent des papillons, voici ce que cela peut signifier" de Cyril Renault (Ouest-France, 6 septembre 2016, mis à jour le 9 juillet 2024) on peut lire :


"Papillon Machaon (Papilio machaon) : Le Papilio machaon est souvent associé à la chance, à la joie et à la liberté. Dans certaines cultures, il est considéré comme un symbole de bonne fortune et de prospérité."




Mythologie :


Selon Jacqueline Vons, auteure de "Dieux, femmes et «pharmacie» dans la mythologie grecque." (Revue d'histoire de la pharmacie, 2001, vol. 89, n°332, pp. 501-512) :


"Dès les textes homériques, apparaissent plusieurs mentions de médecins qui associent aux gestes chirurgicaux d'urgence (incision des plaies, extraction des corps étrangers) l'emploi de médicaments par voie externe et interne pour soigner les blessures des guerriers, que ces médicaments soient de nature humaine ou divine. Au chant XI de l'Iliade, le médecin grec Machaon est blessé par une flèche troyenne qui l'atteint à l'épaule droite ; ses compagnons de combat demandent à Nestor de ramener le chirurgien blessé près des vaisseaux afin de le soigner : « Car un médecin vaut à lui seul beaucoup d'hommes, pour extraire les traits par incision et pour appliquer des remèdes calmants sur les blessures. »" [Homère, Iliade XI, v. 513-15.]

Jean-Yves Cordier étudie la zoonymie de ce papillon remarquable dans un article de son blog daté du 10 juillet 2013 où il développe la dimension mythologique du nom choisi par Linné :


"— Papilio Linné, 1758 : du latin papilio, onis, "papillon".

machaon Linné 1758 :  Dans la mythologie grecque, Machaon (en grec ancien Μαχάων / Makháôn), fils d'Asclépios (dieu de la médecine) est un héros de la guerre de Troie, soignant avec son frère Podalire les cavaliers grecs, puis se cachant dans le cheval de Troie pour prendre possession de la ville avec d'autres chefs. 

— Les noms vernaculaires ont été successivement : Le Grand papillon à queue, du fenouil (Geoffroy, 1762) ; le Papillon Basse-la-Reine (de Geer, 1771 / Meiran, 1730) ; le Grand Porte-Queue (Engramelle, 1779) ; le  Papillon Machaon (Godart, 1819 et 1821) ; le Grand-Carottier (Godart, 1821) ; le Machaon (Luquet, 1986). L'usage actuel a consacré Le Machaon en priorité, ainsi que le Grand Porte-queue. Hormis le Machaon, transposition du nom scientifique, ces noms attirent l'attention sur la forme remarquable des ailes, aux prolongements effilés (ressemblant aux "filets" des hirondelles rustiques, ce qui explique que le machaon soit nommé en anglais Swallowtail, queue d'hirondelle) ; sur les plantes hôtes (fenouil et carotte) et sur la grande taille (30 à 50 mm d'envergure) Le curieux Basse-la-Reine semble transposé du hollandais pour souligner la splendeur toute royale de l'espèce.

[...]

Machaon est d'une famille qui se consacre à la Santé puisque son père n'est autre qu' Asclépios, dieu de la médecine que le centaure Chiron lui avait enseigné, et lui-même fils d'Apollon et de Coronis la Corneille. La mère de Machaon est la nymphe Epione "celle qui soulage les maux", il compte parmi ses sœurs Hygie, déesse de la santé et de l'hygiène, et Panacée, déesse qui soigne tout par les remèdes à base de plante, ou Acèso, déesse de la guérison.

Ses deux frères sont Podalire, médecin, et Télésphore, dieu de la convalescence. Il est marié à Anticlia, de qui il a Alexanor, Sphyros*, Polémocratès, Nicomachos et Gorgasos.

  Machaon et Podalire sont tous les deux des héros de la guerre de Troie, accompagnant les combattants achéens venus venger l'honneur de Ménelas dont l'épouse Heléne a été enlevé par Pâris. Ils mènent trente nefs thessaliennes de Trikké, Ithomé et Œchalie. Habiles chirurgiens, ils exercent leur art auprès des blessés grecs, Machaon soignant notamment Ménélas et Podalire Philoctète. Dans l'Iliade, Machaon est blessé par Paris  à l'épaule droite d'une flèche à trois pointes : Et, aussitôt, Idoméneus dit au divin Nestôr :— Ô Nestôr Nèlèiade, gloire des Akhaiens, hâte-toi, monte sur ton char avec Makhaôn, et pousse vers les nefs tes chevaux aux sabots massifs. Un médecin vaut plusieurs hommes, car il sait extraire les flèches et répandre les doux baumes dans les blessures. Il parla ainsi, et le cavalier Gérennien  Nestôr [Νέστωρ Γερήνιος , Nestor Gerēnios, de Gérénia en Méssénie] lui obéit. Et il monta sur son char avec Makhaôn, fils de l’irréprochable médecin Asklèpios. Et il flagellait les chevaux, et ceux-ci volaient ardemment vers les nefs creuses. (Rhapsodie XI) 

  Selon Quintus de Smyrne, ils feront également partie des guerriers présents dans le cheval de Troie qui mena la ville du roi Priam à sa perte. Selon Virgile (Énéide, 2, 265), Machaon était même le premier de ceux qui sortirent du cheval.

Mais Machaon mourut lors de la prise de Troie sous les coups du fils de Télèphe. Ses ossements furent rapportés par le vieux Nestor chez lui à Gérénia en Méssénie, dans un sanctuaire où les malades venaient chercher la guérison.

On aime à croire que Machaon  (en grec ancien Μαχάων / Makháôn) tient son nom de makhaira, "couteau", car il excelle en chirurgie : c'est lui qui soigne Ménélas atteint d'une flèche, ôtant celle-ci puis appliquant des remèdes sur la plaie. C'est à son propos qu'Idoménée eut ce commentaire devenu proverbial : "un médecin, à lui seul, vaut beaucoup d'hommes".

Selon d'autres sources ici, Machaon se rattache au verbe grec makhestai, "combattre, lutter".

  On désigna les deux frères médecins Machaon et Podalire comme les Asclépiades, puis ce nom engloba leurs descendants, une famille noble prétendant descendre directement d'Asclépios, et dont certains étaient prêtres-médecins : la médecine était dans la Grèce antique, un sacerdoce exercé dans des asclépeions ou temples de soins (incubation) dont les plus connus se trouvaient à Cos et à Épidaure. Enfin, depuis Hippocrate l'Asclépiade, ce sont tous les médecins qui sont désignés sous ce terme. Leur caducée comporte le "bâton d'Asclepios", portant le miroir de la prudence, et autour duquel s'enroule la Couleuvre d'Esculape. Le caducée des pharmaciens comporte pour sa part la coupe d'Hygie, sœur de Machaon.


Machaon, son frère Podalire et son fils Alexanor ont donné leur nom à trois Porte-Queues, Papilio machaonIphiclides podalirius et Papilio alexanor. Parmi les synonymes, variantes et sous-espèces de Machaon, je relève Papilio machaon sphyrus (Rothschild, 1895) (du nom du fils de Machaon) et Papilio machaon var. hippocrates (C. & R. Felder, 1864). Enfin, Nicomaque, autre fils guérisseur de Machaon figure dans la famille très médicale des Porte-Queue :  Papilio polites nicomaque Fruhstorfer, 1909 (synonyme).


Nicomachos et  Gorgasos était vénérés ensemble dans un sanctuaire de Phares en Messénie (Pausanias, IV,30) par les malades et les estropiés : est-ce Gorgasos qui y figure sous le nom altéré de Papilio machaon ssp gorganus (Fruhstorfer, 1922) ? J'ai la bonne surprise de constater que H.A. Hürter (1988, p. 41) s'est posé la même question et y a consacré un paragraphe entier pour conclure, comme moi, à une faute d'orthographe. Ce nom gorganus est cité ainsi dans la description originale de l'article Der bekannteste mitteleuropäische Tagfalter noch ohne Namen ("Les papillons les plus connus d'Europe centrale encore sans nom") : "Papilio machaon L. Reg. Pal. exclus. Madeira et Insulae Canariae [...] d) : P. machaon gorganus FRUHST, P. machaon ESPER, HÜBNER, auctores ,...Germania, Austria, Europ. centr.". Il est d'autant plus probable que Fruhstorfer ait commis une faute gorganus / gorgasus que c'est lui qui avait déjà créé Papilio polites nicomaque 13 ans auparavant.

L'épouse de Machaon a donné son nom à Lachnoptera anticlia anticlia (Hübner, 1819), un heliconiiné d'Afrique ; sa mère Epione baptise des papillons de nuit, dont l' Epione marginée Epione repandaria (Hufnagel, 1767).

Cette famille de toubib, toujours tirée à quatre épingles (surtout dans les collections des chasseurs de papillon), possède d'étranges secrets et est passée maître en aposématisme, cet art d'effrayer les prédateurs. Machaon concocte dans ses alambics des phyltres à base de carotène que sa chenille libère par ses osmeterium en cas de danger. Leurs osmatéries repoussent les Oiseaux, Lézards, Fourmis, (mais non les Guèpes, Vespula germanica étant au contraire attirée par l'odeur de carotte des chenilles pour les croquer alors que des ichneumonidés les parasitent  (H. Descimon 1991).  De même, les larves du Machaon se nourrit de la Rue fétide, ou Ruta gravaeolens, grande plante médicinale répulsive pour les insectes (puces et pucerons), mais que machaon ne craint pas. En outre, cette espèce sait détourner à son profit les pigments qui lui servent à orner sa livrée de telle façon qu'elle décourage les prédateurs. Elle est inféodée aux Ombellifères et aux Rutacées, plantes qui n'ont pas de parenté botanique mais qui ont en commun des huiles essentielles (celle du fenouil fœniculum vulgare par exemple, qui parfume nos pastis).

 

 * l'un des synonymes de Papilio machaon est Papilio sphyrus (Hübner, 1823)."

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D'après Marie-Hélène Marganne, auteure de "Les modes d'acquisition et de transmission du savoir médical dans l'antiquité gréco-romaine." (Histoire des Sciences Médicales, 2017, vol. 51, n°2, p. 163-173.) :


"[...] Au fil du temps, les conditions d’apprentissage de la médecine et son contenu ont évolué. “Un médecin vaut beaucoup d’autres hommes”, dit Idoménée, un des héros de l’Iliade d’Homère (XI, 514), à propos de Machaon. Ce fils d’Asclépios et son frère Podalire représentaient alors deux aspects de la médecine des temps héroïques, puisque le premier aurait été plus spécialisé en chirurgie et le second, dans l’administration de médicaments. Au moins à partir de l’époque classique, sinon plus tôt, une troisième branche viendra s’adjoindre aux deux premières : la diététique, qui vise à établir ou restaurer l’équilibre entre l’alimentation et les exercices. C’est elle qui occupera désormais le premier degré dans l’échelle des soins, avant la pharmacologie, qui, à son tour, cédera la place à la chirurgie en cas d’échec. Avec sa science, sa prudence, sa modération et sa sagesse, Hippocrate de Cos (vers 460-370 avant notre ère) incarne parfaitement ce type de médecine, qui agit par gradation."

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Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque la beauté du Machaon :

24 février

(La Bastide)


[...] Un papillon machaon s'extirpe de sa chrysalide, dans un buisson du col d'Èze : ô le gris velouté de ses ailes zébrées de jaune - arabesque d'azur et deux pois rouges à la queue.

8 juillet

(Tincave)

Papillon machaon : talisman d'or pâle.

Papillon flambé : bagnard lunaire.

Papillon apollon : fragment d'atmosphère.

Papillon nègre : flamme brune aux yeux mandarine.


Messieurs les papillons, je suis votre serviteur.

26 août

(Fontaine-la-Verte)

[...]

Cet après-midi, j'ai l'âme ascensionnelle. Le soleil s'infiltre dans mes artères et mes veines comme il fuse dans les nervures des papillons. Je me fais récurer les vaisseaux par la lumière. Je profite de la perte de poids pour voleter. Je salue Icare et Cyrano, qui sont des machaons jaunes.

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Arts visuels :


Jean-Yves Cordier propose sur son blog un article intitulé "Un Machaon (Papilio machaon) prête ses ailes à saint Michel." (paru le 9 janvier 2016) qui lui permet d'asseoir son hypothèse selon laquelle le papillon machaon, malgré sa beauté était associé jusqu'au XVIe siècle à la mort :


Un Machaon Papilio machaon prête ses ailes à saint Michel dans une allégorie de la victoire de la mort.

[...]

  La Vanité de Jan Sanders van Hemessen  (Hemiksen, vers 1500 - Anvers (?), vers 1560).

 

C'est une huile sur bois peinte vers 1535-1540, conservée au Musée des beaux-arts de Lille depuis 1994, sous le n°  Inv. P. 2009. [...]

Ici, nous voyons le buste (élargi) d'un homme jeune et imberbe, les yeux bruns, le front bouclé, en léger contrapposto accentué par l'inclinaison de la tête. Les ailes caudées reproduisent exactement le schéma des nervures du Papilio machaon, aussi nommé Grand Porte-queue. Les ocelles bleues des ailes postérieures sont cachées par le manteau rouge (maintenu par un fermail et par une ceinture) du personnage  qu'il faut identifier comme l'archange saint Michel malgré l'absence d'attributs tels que la cuirasse, le glaive ou la balance. (Bien que je réalise tout à coup que cette identification que je tenais pour acquise m'est parfaitement personnelle !) Terminons par la description de la jupe en étoffe soyeuse, quadrillée à motif floral d'or.  

Le paysage de l'arrière-plan apporte peu à la compréhension. On notera tout au plus derrière l'épaule droite des hauteurs boisées, et à droite du tableau un clocher dominant un village, et qu'un connaisseur pourrait peut-être identifier.

L'essentiel du tableau est désigné à notre attention par l'index du saint. ou du personnage ailé. (Notons au passage le traitement maniériste des mains.) Cet index désigne un miroir ovale, ou un bouclier ovale dont le centre est un miroir, et nous pouvons être certain qu'il s'agit d'un miroir puisqu'il reflète l'avant-bras du jeune homme, et une boucle de la bande de papier qui s'y enroule.

[...]

Conclusion : J'identifie ce jeune homme, que ses ailes désignent comme un ange, avec l'archange saint Michel. Il renvoie alors au Livre de Daniel 12 : 1-3 : 


En ce temps-là, se lèvera Michel,  le grand chef qui a pour mission d'aider ton peuple. Ce sera un temps de détresse tel qu'il n'y en a jamais eu depuis que des nations existent jusqu'à ce moment-là. En ce temps-là seront sauvés ceux de ton peuple dont le nom est inscrit dans le livre. 2 Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et l'horreur éternelles. 3 Les hommes qui auront eu de la sagesse resplendiront alors comme le firmament, ceux qui auront amené un grand nombre à être justes brilleront comme les étoiles, à toujours et à jamais.


Comme tel, il n'est pas celui qui terrasse le dragon du Mal, mais le juge du Jugement Dernier chargé de décider du salut des âmes ou de leur damnation éternelle. Le miroir (plus magique que "déformant" ) qui se substitue à son bouclier habituel n'informe pas seulement celui à qui il rend ici visite de la fin dernière de toute chose, qui est la Mort, mais il l'incite à une conversion susceptible de renoncer aux plaisirs temporels afin de se préoccuper de son salut.

C'est cette fonction qui explique que saint Michel soit doté d'ailes de papillon et non, comme d'habitude, d'ailes d'oiseau (d'aigle notamment, ou de paon, ou de Piérides). La symbolique de l'oiseau est liée à son versant céleste,  à la victoire de la Vie sur les forces du Malin, et donc à la fonction combattante de l'archange. Le choix du papillon, associé depuis toujours au destin de l'âme après la mort, et, par ses métamorphoses, aux possibilités de renaissance, est parfaitement judicieux pour cet ange annonciateur des fins dernières. A contrario, la présence d'ailes de lépidoptères dans ce contexte nous montre bien combien, au XVIe siècle, ces insectes portent une symbolique funéraire.  

Le motif grossièrement à damier des ailes peut aussi être lu comme un rappel de l'ambivalence du destin de l'âme après la mort, et de l'affrontement des forces du Bien et du Mal ici-bas, et dans le cœur de l'homme. La queue propre aux Papilionidés a aussi peut-être sa signification, mais faut-il aller jusque là ?

Le point de vue des conservateurs du Musée de Lille est que ce tableau n'est qu'une partie d'un  diptyque, le crâne n'étant "très probablement que le reflet d'un personnage qui occupait un volet droit disparu". Néanmoins, ce tableau me semble cohérent à lui seul si on considère, comme je l'ai fait, que le crâne est celui du peintre qui fait face au miroir, et, à travers lui, celui du spectateur du tableau.

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Voir aussi les fiches sur le Papillon et la Chenille.



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