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  • Anne

La Vanesse du Chardon




Étymologie :

  • VANESSE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1810 (Latreille, Considérations gén. sur l'ordre naturel des animaux, p. 354 ds Quem. DDL t. 25). Du lat. sc. mod. vanessa, nom donné par Fabricius à un genre de Lépidoptères diurnes (1807, Mag. f. Insektenk., 6, 281 ds Neave), mot d'orig. obsc. (FEW t. 21, p. 278b). D'apr. Guir. Lex. fr. Étymol. obsc. 1982, vanesse représenterait le lat. vanities « vanité, frivolité ».


Lire également la définition du nom vanesse afin d'amorcer la réflexion symbolique.




Zoologie :


Selon Robert Michael Pyle, auteur d'un article intitulé « L’extinction de l’expérience », (Écologie & politique, vol. 53, n°2, 2016, pp. 185-196) :


[...] Un autre papillon orange et noir, la vanesse du chardon (painted lady), apparaît parfois par millions dans les latitudes septentrionales. Certains printemps, comme ceux de 1991, 1992 et 2002, ces papillons peuvent être nombreux au point de bloquer des autoroutes. Les années sèches ou froides, si son habitat au Sud ne produit pas assez de nectar ou si les conditions ne sont pas favorables à un déplacement en masse, il se peut qu’il n’y ait pas la moindre vanesse à voir l’été dans les régions tempérées. Néanmoins, cet immigrant amoureux du chardon est si répandu à l’échelle planétaire que son autre nom est le cosmopolite. Ces insectes sont-ils communs ou rares ? À l’évidence, ni l’un ni l’autre. Les vanesses du chardon et les monarques embrouillent notre conception de la rareté.

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D'après Aline Pasche qui a mené une étude pour la SA, SIREN., étude intitulée "Impacts des éoliennes sur les papillons et leur migration" (2010–Parc éolien « EolJorat », secteur sud) :


La Belle-Dame ou Vanesse des chardons est le papillon migrateur le plus spectaculaire de Suisse . Cette espèce hiverne en Afrique du Nord et migre vers l'Europe au printemps (d'avril à juin). Arrivés en Europe méridionale, les individus se reproduisent et meurent. Ce sont les descendants qui arrivent sous nos latitudes et même jusqu’en Suède (LSPN 1987). Contrairement aux oiseaux, les migrations des papillons sont, sauf cas exceptionnel, à sens unique. Ce sont les descendants qui descendent ensuite vers le Sud en automne. La Belle-Dame, se déplaçant à une vitesse de 25 à 30 km/h, peut couvrir près de 500 km en un jour, ne faisant que de rares pauses pour se nourrir sur les fleurs de chardon (Harlan Abbott 1951).

En mai 2009, une incroyable invasion migratoire de Vanesses du chardon a été observée sur la côte du bassin lémanique en Suisse romande. Des millions d’individus se sont déplacés vers l’Est et le Nord. Une telle migration n’est pas courante et ne se produit pas annuellement. En Suisse, des augmentations caractéristiques des effectifs de la Vanesse du chardon ont été observées en 2003, 2006 et 2009. Il semblerait donc que cette espèce présente une explosion de ses populations tous les 3 ans

[...] Ensuite, la Vanesse du chardon, principal migrateur en Suisse, est une espèce extrêmement courante et commune à l’échelle suisse comme à l’échelle de la planète. Il s’agit d’un des papillons les plus répandus au monde. Elle est présente sur toute la terre à l’exception de l’Amérique latine (LSPN 1987).

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Symbolisme :


Pierre Jourde, dans un article intitulé "Le portrait de Piero Aldobrandi : Sol Niger in Speculo." (In : Littératures 27, automne 1992. pp. 209-220) s'interroge à partir du prénom du personnage :


Les pages 105 à 109 qui, dans Le Rivage des Syrtes, terminent le chapitre Une visite sont consacrées à la description du tableau représentant l'aïeul de Vanessa, le transfuge Piero Aldobrandi. Le regard fasciné par le portrait de l'ancêtre inquiétant, le personnage sortant du cadre, autant de clichés du roman noir, cher à Gracq (et que l'on trouve par exemple dans le Château d'Otrante). Le début du passage installe une atmosphère évocatrice du genre « bien que le tableau restât très sobre [...] une sensation violente de jamais vu qui me coula entre les épaules fit que je rallumai la lumière, de la même main brutale dont on démasque un espion derrière une tenture. » Rangeons ce stéréotype parmi les beaux les femmes fatales, les marins bourrus qui habitent l'œuvre de Gracq. Ce portrait peut être l'occasion de montrer comment l'écriture gracquienne, creusant le stéréotype, retrouve l'archétype.

[...]

L'insecte est également lié à la métamorphose, en particulier le mais métamorphose qui nécessite justement le passage par l'anéantissement. Comme le note André Siganos, en une formule qui conviendrait assez à Aldobrandi : « Il est l'initiateur à une instance à laquelle les hommes n'accèdent que par la mort » (Les Mythologies de l'insecte, Paris, Librairie des Méridiens, 1985, p. 259).

L'instrument de la métamorphose d'Aldo, celle qui lui désigne le portrait, c'est Vanessa, Vanessa dont « les mains [...] faisaient voleter sur les murs de gros papillons de nuit ». Son nom même, comme le remarque Michel Guiomar, est celui d'un papillon, la vanesse. De la fleur noire à la fleur rouge, il faut un instrument de fécondation, vent ou insecte, rôle auquel Vanessa et Aldo sont appelés : « Quand un coup de vent par hasard a poussé le pollen sur une fleur, il y a dans le fruit qui grossit quelque chose qui se moque du coup de vent », et, le jour de la croisière, le Redoutable est présenté comme « un gros insecte ». fécondation, tels sont les enjeux du franchissement de l'interdit autour duquel s'organise le roman, et que le tableau révèle. Telle est sa sombre vertu : il donne à voir la scène qu'il ne faut pas voir, il montre l'obscène. L'obscène, c'est l'insecte, ce qui ne peut se dire que par lapsus ou par anagramme, l'interdit fondamental, 1' inceste, comme l'ont bien vu Michel Guiomar et Michel Murât. Piero franchit cette puisque sa relation avec sa descendante est d'amour, comme elle l'avoue elle-même. Ce n'est que d'un inceste que peut venir la naissance noire attendue, et Aldo est invité à réaliser la prophétie picturale. Tel Alice interrogée de manière insistante sur son identité par la chenille, il se trouve, face au portrait du grand insecte Piero, en proie à la question d'une identité qui ne peut se réaliser qu'à l'épreuve de la flamme et de l'obscurité.

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Claude Harmelle, dans un article intitulé « Jadis l'herbe était bonne aux fous et hostile au bourreau », (Chimères, vol. 82, n°1, 2014, pp. 227-232), souligne l'aspect migrateur de ce papillon :

|...]

Invasion de belles dames amantes des chardons de notre jardin par un beau dimanche de mai (24 mai 2009)


J’écrivis alors ceci pour les journaux régionaux qui ne le publièrent pas :

Dimanche en fin de matinée les habitants de Bohéries ont été intrigués par un afflux soudain de belles visiteuses. Des dizaines de milliers de papillons tachetés orange et noir arrivent en vol serré depuis le plein sud et foncent droit sur notre maison. Ils escaladent avec grande vélocité le toit d’ardoise et filent vers le nord dans la prairie de l’étang où ils batifolent un temps autour des consoudes et des chardons, semble-t-il pour y faire quelques provisions de route, avant de repartir plein nord dans un vol rectiligne. Le flux est continu, régulier, rien à voir avec les papillons autochtones qui ordinairement batifolent dans la lumière et les fleurs sauvages abondantes en cette saison, dans un mouvement brownien, sans orientation précise. Cela dure jusqu’à la fin du jour en une longue procession qui ne désempare à aucun moment. Ces papillons semblent attirés par les zones les plus ensoleillées et les plus chaudes des prairies. Un enfant en visite à Bohéries avec ses parents parle de papillons migrateurs, il suggère le nom de « monarques ». L’idée d’une invasion de sans-papiers papillonants, soulève l’incrédulité générale. Personne, à Bohéries, n’avait imaginé de si frêles bestioles abonnées au vol au long cours. On leur supposait une existence brève, dans des écosystèmes limités et éphémères. Une rapide recherche sur internet dément bientôt ces préjugés: il s’agirait bel et bien d’un papillon migrateur et ce n’est pas le « monarque » qui est un papillon migrateur américano-mexicain qui migre, lui, dans le grand nord canadien, mais d’un papillon migrateur nommé « la Belle Dame », en latin « vanessa cardui » ou « vanesse du chardon » (du nom de la plante dont se nourrit sa chenille). En Rhône-Alpes on signale cette année une migration exceptionnelle, un coup de fil en Belgique nous apprend que la Radio-Télévision-Belge-Francophone signale aussi des passages exceptionnels chez nos voisins du Nord. C’est un papillon qui chaque année migre depuis l’Afrique du Nord (et notamment du Maroc), franchit le détroit de Gibraltar, et fonce par temps ensoleillé (nécessaire à son vol car il a le sang froid) vers le grand nord où il va pondre. C’est un voyage sans retour : les nouveaux nés feront le chemin inverse à l’automne et le cycle recommencera l’année suivante. Deux grand-routes sont connues : l’une passe par le Portugal et l’Espagne. Une autre route, plus à l’Est, passe par la Sardaigne, la Corse et la vallée du Rhône. Ces bestioles dont l’envergure ne dépasse pas 6 à 7 centimètres sont capables de parcourir des distances de 3000 à 4000 kilomètres, ce qui est assez stupéfiant. Les compagnies aériennes et les pétroliers ont du souci à se faire ! On les signale, pour la ponte, jusqu’au cercle polaire. La dernière grande migration remarquée par les entomologistes remonte à 1996. Cette année on signale de partout que la migration est très exceptionnelle et ce dimanche à Bohéries c’était bien l’évidence. Dans la grande prairie nord de notre enclos nous voyons des dizaines de milliers de ces individus brouter le végétal pour recharger leurs batteries.

Je remarque qu’un grand silence s’est fait dans le petit peuple des passereaux : les mésanges nonnettes, les hirondelles, les pipistrelles même quand vient le soir (ne me faites pas dire que ce sont des passereaux !), d’ordinaire si friandes de ces gentes dames ailées semblent aussi fascinées que nous par le spectacle de ce gibier surabondant qui accourt vers elles. Les milliers de butineuses qui disputent l’or de notre jardin à ces visiteuses s’écartent de ce nuage ou tentent de simples gestes d’intimidation (un coup d’aile, un vrombissement) pour protéger une étamine ou un calice convoité. Tard dans la soirée un violent orage avec grêle agite le ciel et fait frémir les prairies. Je m’en inquiète en pensant à nos visiteuses. Au cours de la semaine suivante j’apprendrai par la presse régionale que des automobilistes ont signalé le lundi matin, sur les routes des environs, et sur d’étroits couloirs, des dizaines de milliers de cadavres de ces belles dames. « Seul le sang, à la une, fait vendre » me dira un journaliste qui néglige rarement d’écouter la voix de ses maîtres. Un courrier d’une amie finlandaise m’apprendra aussi qu’autour de la Baltique, dans les tourbières de Basse-Saxe, en Pologne, aux Pays baltes, dans le grand nord suédois et en Finlande, une partie de nos belles visiteuses sont arrivées à bon port.

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Dans leur mémoire de master en mathématiques intitulé Nombres de Fibonacci (Faculté Des Mathématiques

Papillon et nombre d'or
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Et De L’informatique, Université Mohamed Boudiaf De M’sila, 2017), Wafa Zerroug et Sara Attabi montrent que les papillons et en particulier la vanesse obéissent à la suite de Fibonacci :




Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque une espèce particulière de Vanesse :

31 mars

(Fontaine-la-Verte)


La vanesse petite-tortue volette au-dessus de la prairie, ballottée par le vent, sans but, sans destin, sans début et sans fin. Par moments, elle étreint une fleur dans l'immensité verte. Elle ne sais pas qu'elle est née, elle ignore qu'elle mourra. Elle ne s'est toujours pas éveillée de son rêve de chrysalide. Je veux être ce fragment de noir et d'orange à frise bleuâtre, cousu en forme de papillon par le grand couturier A. D. N.

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