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Le Korrigan

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 3 nov. 2023
  • 16 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 janv.




Étymologie :


  • KORRIGAN, -ANE, subst.

Esprit malfaisant, nain ou fée, dans les traditions populaires bretonnes. En sortant de Quimperlé, premier dolmen, maison des korrigans, selon notre conducteur, ou nains, qui, certains jours de la semaine, vous arrêtent et vous forcent de danser avec eux (Michelet, Journal,1831, p. 93).Renan et la Villemarqué nous ont raconté l'antipathie que l'Évangile rencontra à ses débuts dans le monde celtique, ils nous ont dit que les Korriganes et les fées sont un souvenir de ces grandes princesses qui ne voulurent pas accepter le christianisme quand les apôtres vinrent dans les plus vieux cantons de notre sol (Barrès, Cahiers, t. 8, 1910, p. 84).

Prononc. : [kɔ ʀigɑ ̃], [-an].

Étymol. et Hist. 1831 (Michelet, loc. cit.). Mot breton. Bbg. Quem. DDL t. 9.



Croyances populaires :


Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Surnaturel, superstitions, être fantastiques, apparitions, lieux enchantés (Editions Omnibus, 2017) Marie-Charlotte Delmas consacre un article au lutin korric :


Corric, Korrik - Lutin – Bretagne : En Haute-Bretagne, le Corric (ou Korrik) est un lutin dont on se contente de dire qu’il est de petite taille. On retrouve ses traces dans le nom de certains mégalithes, souvent sous d’autres orthographes qui sont des déformations du breton et de son pluriel. Le monument mégalithique souterrain de Dineault (Finistère) est nommé Toul-ar-Corriquet, le trou ou la caverne des Corriquets. A Plobannalec, le dolmen le plus grand du Finistère se trouve sur la lande dite « ar Chorriquet » ; à Gouesnach (Finistère), en 1835, deux allées couvertes portaient le nom de Ty-ar-Chorriquet. Un siècle plus tard, les débris de l’une d’elles sont toujours nommés « restes d’une maison de Chorriquets » (G. Guénin, 1934). Outre leur demeure, d’autres éléments lient ces lutins aux mégalithes. Malgré leur petite taille, ils sont capables de lancer de lourdes pierres à la manière des géants. Les Chorriquets de Plozévet qui vivent dans une butte proche du menhir de Stang-Pors (Plozévet, Finistère) s’amusent à jeter sur le menhir des tables ou des piliers de dolmens. A Lesconil (Poullan-sur-Mer, Finistère), les pierres arc-boutées qui forment l’allée couverte dite Tyar-C’horriquet ont été lancées, tels des palets, par les lutins. A Erdeven (Morbihan), ce sont les « Corrighets » qui apportèrent les menhirs des alignements de Kerzhero (abbé Mahé, 1825). Les tables de deux dolmens d’Esquibien (Finistère) « servaient, d’après les légendes, aux Korriquets à jouer aux palets par le travers de la baie, sur les dolmens et les menhirs du Soc’h, en Plouhinec » (H. Le Carguet, 1888).

Ces lutins sont généralement bienveillants à l’égard des humains. A Trébeurden (Côtes-d’Armor), les dolmens « sont hantés par les gorriket, que quelques habitants prétendent même avoir vus. Ces gorriket ne sont pas méchants quand on ne leur fait pas de mal et qu’on les laisse tranquilles. Ils soignent surtout très bien les porcs, et poussent même l’amabilité jusqu’à prévenir les gens de la maison du jour précis où le porc est à point pour être tué. Pour les services qu’ils rendent, ils ne demandent qu’un peu de bloneck [saindoux] pour faire de la soupe ou de la bouillie. On a vu de la fumée sortir de leur demeure et on a senti le fumet de leurs festins. Si on les dérange, ces petits êtres sont si vindicatifs qu’ils ne laissent ni trêve ni repos aux malheureux qui ont osé se mêler de leurs affaires. Ceux qui passent tard auprès de leurs demeures pressent le pas de peur de rencontrer une patrouille de ces petits hommes, dont le chapeau est large comme la lune pleine ». (G. de La Chenelière, 1880.)

Malgré leur amabilité, ces lutins sont craints des paysans. Ceux de l’allée couverte dite caverne des Korriquets à Roz-Criben (Audierne, Finistère) sont accusés d’y cacher les enfants humains qu’ils enlèvent pour mettre un de leurs petits à la place.

En 1879, Paul du Chatelier, qui fouilla le tumulus de Treffiagat (Finistère), témoigne : « Ce n’est pas sans peine que j’ai obtenu l’autorisation d’explorer ce tertre : les habitants du village craignaient les représailles des korrics […]. Depuis mon exploration, j’ai reçu des plaintes d’un des habitants du village du Run, qui me dit que, comme il l’avait prévu, les chorriquet, depuis que j’avais violé leur demeure, s’introduisaient la nuit dans son écurie, et, s’en prenant à ses chevaux, les malmenaient si bien que le matin il les trouvait couverts de sueur. Depuis quelques jours, cependant, ils semblaient leur laisser quelque répit, et cela parce qu’il avait appendu, à l’une des poutres de son écurie, un chapelet de coques d’œufs de poule, avec lequel les chorriquet savent prendre grand plaisir à jouer. » Les lutins de la grotte Ty-ar-Corriket à Lopérec (Finistère) sortaient jadis pour danser au clair de lune. Mais, en 1913, selon une femme de Brasparts : « Depuis que le chemin de fer a passé par là, ils ont abandonné le pays, qu’ils trouvent, sans doute, beaucoup trop bruyant. » (G. Guénin, 1934.)


Couril, Koril - Lutin – Bretagne : En Basse-Bretagne, on appelle Couril ou Koril (du breton korol, « danse ») une espèce de lutin que l’on voit toujours en train de danser. Vers la fin du XVIIIe siècle, tandis que Jacques Cambry examinait les ruines de murailles romaines à Douarnenez (Finistère), un berger lui expliqua qu’il s’agissait du « palais des Courils ou petits hommes » que l’on voyait danser au clair de lune près des mégalithes. Ils attentaient parfois à la vertu des filles et toute communication avec ces démons enchanteurs fut interdite par les évangélisateurs bretons (J. Cambry, 1799). La croyance liée à ces ruines, qui prirent plus tard le nom de Ty-Couriket, perdura jusqu’à la Grande Guerre.

Dans le pays de Vannes (Morbihan), les Korils qui peuplent les landes passent aussi leurs nuits à danser. Dans un conte intitulé « Les Korils de Plaudren », Emile Souvestre raconte l’histoire des deux bossus qui entrent, à quelques jours d’intervalle, dans la ronde des lutins. Le premier, fort aimable, en les écoutant répéter sans cesse « Lundi, mardi, mercredi », leur proposa gentiment d’y ajouter « Jeudi, vendredi, samedi ». Pour le remercier, les lutins lui proposèrent de choisir ce qu’il voulait, lui offrant beauté et richesse ; il demanda seulement qu’on lui retire sa bosse. Apprenant l’aventure du paysan, un tailleur avare et cupide se rendit à son tour sur le territoire des Korils. Il entonna avec eux leur nouveau refrain « Lundi, mardi, mercredi / Jeudi, vendredi, samedi » et y ajouta « Et di… di… di… dimanche aussi ». Cet ajout ne convint pas du tout aux lutins en colère qui exigèrent une suite que le tailleur fut incapable de leur donner. Ils lui demandèrent néanmoins d’exprimer un souhait. Il voulut devenir riche, et, après l’avoir malmené, les lutins lui collèrent, en plus de la sienne, la bosse qu’ils avaient ôtée à son compagnon (E. Souvestre, 1844). Ce type d’histoire n’est pas propre aux Korils et se retrouve ailleurs chez d’autres familles de lutins.


Crion, Kérion - Lutin – Bretagne : Vers Carnac et Locmariaquer (Morbihan), on appelle Crions des nains que l’on dit aussi forts que les géants, à l’image des Corrics de Haute-Bretagne (voir CORRIC). On raconte à la fin du XVIIIe siècle que c’est à eux que l’on doit l’édification des menhirs des alignements de Carnac, qu’ils portèrent dans leurs mains. Chaque nuit, ils dansent au milieu des mégalithes, et ceux qui commettent l’imprudence de rentrer dans leurs rondes s’y épuisent jusqu’au petit jour, ce qui ne manque pas de faire bien rire les lutins (J. Cambry, 1805). Au début du XXe siècle, certains habitants de Carnac pensent toujours que les dolmens de la ville sont habités par les Kérions et, en souvenir de leurs travaux titanesques, on emploie l’expression « fort comme un Kérion » (P. Sébillot, 1907).

Les nombreuses pierres mégalithiques de Locmariaquer sont aussi l’oeuvre des Kérions qui « portaient à quatre ces pierres sur leurs épaules […]. Jadis le monde était plus fort, et puis, dans l’origine, ces pierres étaient beaucoup plus légères et beaucoup moins grosses. Depuis elles ont grandi : ces pierres-là croissent comme les arbres » (S. Bottin, 1831).


Korrigan - Lutin – Bretagne : Chez beaucoup d’auteurs du XIXe siècle, notamment dans les contes, le terme de Korrigan (du breton korrig, « petit nain ») est souvent employé de façon générique pour évoquer les lutins bretons, voire les fées. Toutefois, les folkloristes qui utilisent les différentes appellations locales des lutins conservent souvent celle de Korrigans pour qualifier des lutins sauvages de Basse-Bretagne, dont l’activité tourne généralement autour de leurs trésors et de leurs danses. Dans le Morbihan, plusieurs témoins les décrivent comme des petits hommes noirs au visage bronzé.

Ces lutins sont souvent liés aux monuments mégalithiques. Dans le Finistère, ils vivent dans les dolmens de Bannalec (l’un au Cosquériou d’An Traon, l’autre à cent cinquante mètres, au nord de Kermaout) ou dans l’allée couverte du Menez-Guen (Melgven) qui porte l’empreinte de leurs doigts.

Dans le Morbihan, les cupules de deux pierres du cromlech de Guern sont les écuelles dans lesquelles les Korrigans préparent leur bouillie. Dans ce même département, ils enferment leurs trésors dans les tumuli qui leur servent de demeures, comme celui de Cléguérec. Ceux du tumulus christianisé sous le nom de Saint-Fiacre à Melrand et ceux de celui de Guern sortent certaines nuits pour étaler leurs richesses sur des draps blancs (G. Guénin, 1934). On raconte qu’un pauvre fermier de Penhouët aperçut un soir sur la lande de Lanvaux s’agiter des petits hommes noirs. Les uns dansaient sur un tumulus, tandis que les autres en sortaient ou y rentraient. Surpris, l’homme poussa une exclamation et aussitôt tous les Korrigans disparurent. Une nuit, il décida d’y retourner et, après avoir dégagé l’entrée, il se retrouva dans la demeure souterraine des lutins qu’il trouva assemblés autour d’un vieux pot. Voyant qu’ils avaient été découverts, tous se mirent à fuir et le paysan récupéra le pot qui contenait leur trésor (Dr Fouquet, 1863).

La danse est l’activité favorite des Korrigans. Ils font des rondes autour de blocs rocheux d’Arzon ou de Sainte-Brigitte (Morbihan) dont nul n’ose s’approcher le soir venu. Sur la lande du Guilly à Malguénac (Morbihan), où les petits hommes noirs dansent autour d’un gros bloc de granit, on mit au jour une villa romaine qui passa aux yeux des habitants du pays pour un ancien village de Korrigans. Les briques que l’on dégagea furent prises pour leurs cercueils (G. Guénin, 1934). Dans le Finistère, les Korrigans dansent autour du menhir dit Roc’h-Bras, la Grande Roche, à Brasparts ; en 1915, un paysan d’une cinquantaine d’années affirma avoir vu des petits nains sortir de la « Maison de pierre » à Commana (Finistère), une allée couverte, et se mettre à danser. A Kerugou (Lanmeur), sur la lande Venec-Ven parsemée de pierres mégalithiques, les Korrigans danseurs étalent leurs trésors l’été en plein midi : « Des traditions, recueillies un peu plus tard, précisent que ces danses se faisaient les nuits de pleine lune, tout autour des vieilles pierres, les Korrigans chantant en chœur : “Lundi, Mardi, Mercredi / Jeudi, Vendredi.” Ils n’aiment pas entendre le nom de Dimanche, et malheur à ceux qui, entrés dans leurs danses, ajoutent pour leur être agréables les deux derniers jours de la semaine. Ils sont roués de coups, et on les trouve, le matin, tout exténués auprès des vieilles pierres. » (1877, G. Guénin, 1934.) La chanson des jours de la semaine est assez fréquente dans les légendes et les contes de lutins et de fées.

Au début du XXe siècle, on raconte qu’il n’y a pas si longtemps, sur une colline des landes de L’Hôpital-Camfrout où se trouve un trou à Korrigans, ceux-ci firent danser une femme jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse de fatigue. « Un homme de même a été pris, et quand ils l’ont lâché, il ne pouvait plus retrouver sa route : il a fait plus de dix fois le tour de l’église avant d’arriver à sa maison. » (A. Dagnet, 1905.)

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Symbolisme :


Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :


KORIGANS OU KORIGS. Race de nains de la Bretagne Armorique, qui habitent particulièrement autour des monuments druidiques. Aussi, dans les traditions, nomme-t-on ces monuments, ville des Koringans. On doit à M. de la Villemarqué, auteur des Chants populaires de la Bretagne, l'hypothèse suivante sur l'origine de ces nains :

« Les anciens bardes, » dit-il , « en nous faisant connaître la déesse Koridwen, l'associent à un personnage mystérieux qui a beaucoup d'affinité avec nos nains. Ils l'appellent Gwion (l'esprit) et le surnomment le Nain. Son existence se trouve liée d'une façon assez étrange à celle de la déesse. Comme il veillait au vase mystique qui contenait l'eau du génie de la divination et de la science, vase qui rappelle d'une manière frappante la coupe des cabyres, trois gouttes bouillantes lui étant tombées sur la main, il la porta à sa bouche , et soudain l'avenir et tous les mystères de la science se dévoilèrent à lui ... L'eau merveilleuse du vase magique est nommée par les bardes l'eau de Gwion. L'ile d'Alwion on de Gwion, dont on a fait Albion et qu'un ancien poëte gallois appelle le pays de Mercure , paraît lui devoir son nom. Gwion a en effet beaucoup de rapport avec ce dieu . On sait que l'Hermès celtique était la plus grande divinité des Bretons insulaires ; qu'ils en avaient chez eux , au témoignage de César, une infinité d'idoles ; qu'ils honoraient en lui l'inventeur des lettres, de la poésie, de la musique, de tous les arts ; qu'ils l'invoquaient dans leurs voyages et lui attribuaient une grande influence sur le commerce et sur les arts. Un bas-relief antique , gravé par Montfaucon, le représente sous la figure d'un nain tenant une bourse à la main. C'est précisément ainsi que les anciens bardes représentent Gwion ; ils l'appellent le nain d la bourse. Or nos nains d'Armorique out aussi une bourse. Tous les attributs de Gwion et de l'Hermès gaulois, la science magique, poétique, cabalistique , alchimique, métallurgique, divinatoire, ils la possèdent; leur jour de fête est le jour de Mercure. Il semblerait donc qu'il n'y eût aucun doute à avoir sur l'identité de ces personnages ; mais nous prouverons, en outre, que les noms mêmes sous lesquels on les désigne sont équivalents. Pour cela , il nous suffira de dire, en deux mots, que les habitants du pays de Galles appellent indifféremment herbe de kov et herbe de guion, une plante médicale particulièrement affectionnée des nains, et que les Gaulois, d'après une inscription trouvée à Lyon, appelaient Korig (petit nain) . Le dieu qui présidait au commerce des Gaules, patronisait les bateliers de la Saône et de la Loire, les voituriers et les peseurs, s'appelait aussi Korig. »

La race des Korigans se divise en plusieurs tribus, dont les principales sont les Kornikaneds, les Korils, les Poul-Pikans, les Teus, les Gauriks, etc.

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F. Martin Arzelier, auteur de La mythologie et la théologie des contes d'enfants (Éditions de l'Imprimerie Neuveville, 1871) complète le tableau :


Les korigans ont un penchant prononcé à voler les enfants ; elles leur substituent leurs propres enfants qui, ainsi que leurs époux, sont aussi hideux qu'elles sont gracieuses. Le petit monstre passe pour muet et se garde bien en parlant de démentir cette opinion, car sa voix cassée comme celle d'un vieillard trahirait sa nature. La pauvre mère qui soupçonne la ruse feint de préparer à dîner dans une coque d'œuf pour dix laboureurs. Le nain étonné se récrie. « J'ai vu, dit-il, le gland avant de voir le chêne ; j'ai vu l'œuf avant de voir la poule blanche ; mais je n'ai jamais vu rien de pareil. » Alors la jeune femme qui sait bien que son véritable enfant ne saurait avoir vu tant de choses, fouette le nain sans pitié ; la fée l'entend et le délivre en rendant l'enfant dérobé. Cette curieuse tradition, commune aux Bretons armoricains comme aux Bretons insulaires, sera signalée ailleurs. [...]

Il est remarquable que le nom de groac'h comme celui de korigan ait désigné les anciennes prêtresses gauloises de l'Ile de Sein, ce sanctuaire armoricain du druidisme.

[...]

Tous les peuples européens ont distingué deux races de nains comme deux races de fées, l'une malfaisante, l'autre amie des hommes. En Bretagne, la première est représentée par les korigans masculins, la seconde par les teuz. Les korigans se partagent en diverses peuplades qui habitent les landes, les bois et les vallées. Les premiers se nomment korils (korol, danse), parce qu'ils passent la nuit à former des rondes ; les deuxièmes, kornikaneds (korn, corne et kana, chanter), parce qu'ils font retentir de petites cornes suspendues à leur ceinture, et les derniers poulpiquets (poul, trou et pika, habitation), parce qu'ils logent dans des terriers. Ces korigans sont les époux des korigans précédents. Bien différents de leurs épouses, ils sont noirs et velus ; leurs yeux brillent comme des charbons ardents, leur voix est sénile et leur face ridée. Leurs gracieuses compagnes ne se contentent pas de témoigner une vive préférence aux hommes. Peu jaloux, ils leur pardonnent aisément une fantaisie assez bien justifiée, mais ils sont soumis quelquefois par elles à de singulières épreuves. Nous connaissons une groac'h qui, pendant qu'elle se divertissait au fond d'une mare avec ses amants, avant de les tuer, obligeait son mari à couver des œufs de pierre sur une haute montagne. Heureusement six hannetons sortirent un jour des œufs de pierre, et le pauvre époux fut délivré à la fois de sa pénitence et de sa femme.

Ces korigans fréquentent les lieux consacrés par les rites du druidisme. Ils forcent les passants attardés à tourner avec eux autour des dolmens et des menhirs, à moins qu'ils n'aient à la main la petite fourche qui sert à nettoyer le soc de la charrue. Ils accompagnent leur ronde en répétant le nom des premiers jours de la semaine. Si quelqu'un de ceux qu'ils entrainent ajoute à cette chanson monotone le nom du samedi et du dimanche, jours devenus néfastes pour eux avec le christianisme, et dont ils ne peuvent prononcer eux-mêmes le nom, ils le récompensent. Enfin, si leur hôte clôt l'énumération des sept jours de la semaine par la mention : voilà la semaine achevée ! ils sont délivrés de leur peine, disparaissent et donnent à leur bienfaiteur les petits sacs qu'ils portent en bandoulière. Ces sacs ne contiennent que du sable, des feuilles sèches, du crin, une paire de ciseaux ; mais aspergés d'eau bénite, tous ces objets se changent en perles, en diamants, en lingots d'or. En tout autre circonstance, défiez-vous de leurs présents ; leur monnaie est souvent de mauvais aloi. Ce n'est pas le seul méchant tour qu'ils jouent aux hommes. Plusieurs, pour leur avoir déplu, au lieu des secours qu'ils étaient venus demander, s'en sont revenus à la maison, si bien battus qu'ils en sont demeurés contrefaits.

Si on a pu reconnaître dans les korigans de sexe féminin la déesse celtique Koridwen, les korigans de sexe masculin font penser au dieu-nain Gwion, dont l'existence est liée dans la mythologie des druides à celle de la déesse. Ce Gwion, Hermès ou Mercure gaulois, est nommé par les anciens bardes « le nain à la bourse. » C'est donc un vrai korigan. Du reste, comme une inscription lyonnaise en fait foi, il portait quelquefois le nom de Korig.

Les teuz ont conservé un nom celtique qui a le sens « d'espiègle. » Saint Augustin le donne comme la dénomination des démons en Gaule. Les teuz sont les mêmes que les lutins d'Ecosse ou d'Irlande. Ils paraissent avoir sur les korigans l'avantage de pouvoir se rendre invisibles et de revêtir diverses formes. Plus d'un homme s'est bien trouvé de leur avoir rendu quelque service pendant une de leurs métamorphoses. Dans un conte un teuz explique que son peuple a reçu jadis ce pouvoir de transformation pour se dérober plus aisément aux sévices des korigans, qui leur faisaient la guerre à cause de leur disposition favorable aux hommes ; aujourd'hui ils ne changent plus de figure que par fantaisie. Ils aident volontiers les agriculteurs dans leurs travaux, et leurs ménagères dans le soin de la maison. Il est vrai que la méchanceté des gens qu'ils obligeaient les a expulsés de partout. Le fait qui, d'après les contes bretons, a motivé leur départ, n'est point particulier à l'Armorique. On y raconte qu'une personne mal intentionnée ayant étendu de la braise sous la cendre autour de la nappe où un repas leur était servi, les teuz se brûlèrent et évacuèrent définitivement le pays. Cette circonstance se retrouve avec une légère variante dans les traditions du Harz. Là de mauvais plaisants chauffèrent de nuit un rocher sur lequel les nains avaient coutume d'aller s'asseoir pour regarder les faucheurs. Dans le Hasli bernois, on a scié à demi la branche où ces bons génies se plaçaient dans la même intention, et de plus on a ri de leur chute. Cela montre l'analogie des teuz avec les gnomes ou nains de la Germanie.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Les korrigans (mot qui vient du breton korig, « petit être, nain ») sont des lutins bretons plus ou moins bienveillants, appelés aussi, entre autres, poulpiquets, kornandons, kérions, que l'on trouve autour des monuments druidiques, lesquels s'appellent souvent d'ailleurs « ville des Korrigans ». Ils vivent à l'intérieur des dolmens et dansent autour la nuit, entraînant les passants dans la ronde dont ils ne sortent qu'à l'aube, épuisés et les os rompus. Les ronds blancs que l'on voit parfois sur les prairies sont les lieux où ils ont dansé.

Les korrigans, ont l'apparence de nains noirs et velus ; ils ont une grosse tête très laide et sont vêtus, en général, de toile grise. Les mâles de l'espèce portent un grand chapeau plat avec un ruban de velours ; les femelles, ou korriganes, ont un petit bonnet violet. ces lutins ont autour de la ceinture une bourse en cuir pleine d'or. Ils sont dotés de pouvoirs surnaturels et d'une force prodigieuse, mais ne sont pas immortels.

Les korrigans détachent les bestiaux pendant la nuit, cousent les personnes endormies dans leur drap (ce qui les fait périr dans l'année) ; les korrigans sont accusées de voler les bébés pour les remplacer par leur progéniture. Parfois, ces créatures labourent un champ. Dans les fermes où on leur laisse un peu de nourriture, ou une pierre plate au coin de la cheminée pour qu'ils puissent se chauffer, les korrigans veulent bien rendre des services domestiques.

Selon Barbora Zavřelová, autrice "Bretagne et la langue bretonne." (Univerzita Karlova, 2013) :


Selon les contes populaires, beaucoup de lutins vivent en Bretagne. Il existe un grand nombre de ces petits êtres qui peuvent être aussi bien malveillants, avares, artificieux, sournois qu’aimables et bienveillants. Une personne attentive peut apercevoir leurs traces dans les landes ou dans les forêts. Les lutins les plus connus sont les farfadets, les poulpiquets et les korrigans. Les derniers sont ceux qui occupent les forêts bretonnes. Le mot « korrigan » est bien sûr breton, le « korr » en français signifie le nain et le « ig » est la partie diminutive de nom. Les korrigans sont les nains vraiment petits et leur tempérament varie de l’un à l’autre. Mais souvent, ils ne sont pas aimables ni bienveillants. Ils sont légendaires également par leur laideur. Les korrigans sont poilus avec une grande tête en comparaison du reste du corps, avec des oreilles pointues et leurs cheveux sont ébouriffés. Certains parmi eux portent un chapeau plat avec un ruban. Les korrigans ont les yeux brillants et un peu rouges. Ce sont eux qui rendent les korrigans tellement dangereux pour les hommes. Avec ses yeux, un korrigan peut envoûter un passant seulement pour s’amuser ou pour l’empêcher de trouver son trésor caché. Les korrigans, en général, aiment séjourner près des fontaines ou des sources où ils allument les feux pendant les nuits et organisent des danses et des fêtes. Selon des légendes, ceux qui les dérangent, doivent accomplir une tâche extrêmement difficile. S’il réussissent, les korrigans sont obligés d’exaucer un des veux de ces personnes mais si elles ne réussissent pas, elles sont envoyées directement au enfer où elles sont enfermées dans une prison souterraine de laquelle personne ne s’est jamais enfuie. Une autre légende raconte que chaque année, au nouvel an celtique, le 31 octobre, les korrigans attirent les vivants pour descendre dans le sous-sol. Ici, ils sont le plus contents, ils y naissent et peut-être également meurent, mais personne ne sait exactement s’ils sont mortels ou pas.

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