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  • Anne

Le Filao




Étymologie :

  • CASUARINA, CASUARINE, subst.

Étymol. et Hist. 1. [1778 casuarina ds trad. de Cook d'apr. Dauzat 1973] ; 1786 id. (Encyclop. méthod. d'apr. König, p. 61) ; 1836 casuarine (Land) ; 2. 1959 chim. (Duval). 1 lat. sc. casuarina, dér. en -ina (-ine*) de kasuwari, lat. sc. casoaris, v. casoar ; dénomination due à l'analogie entre les rameaux de cet arbre et les plumes du casoar ; v. König, ibid .; étant donnée l'orig. de la 1re attest. fr., l'intermédiaire de l'angl. casuarina « id. » ds Webster's est probable, v. Mack. t. 1, p. 186 ; 2 issu de 1, le produit étant extrait du bois de casuarine.


Lire également la définition du nom casuarine afin d'amorcer la réflexion symbolique.

 

Audrey, dans un article daté du 3 décembre 2014 publié sur le site Gralon.net et intitulé "Le Filao Ou Casuarina Equisetifolia : Un Arbre Tropical étonnant" précise l'origine du nom botanique du filao :


Son nom botanique de Casuarina lui a été donné par Linné en 1759, en référence au casoar (ou Casuarinus). En effet, son port retombant et l'allure de ses rameaux rappelle le plumage de cet oiseau.


Autres noms : Casuarina equisetifolia ; Arbre-de-fer ; Bois-de-fer ; Casuarine à feuille de prêle ; Filao à feuilles de prêle ; Filao du pays ; Filao de l'Inde ; Pin australien ; Pin siffleur ;

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Botanique :


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Document de présentation écrit par Benjamin Lisan :



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Symbolisme :


Selon Catherine Orliac, autrice de "Des arbres et des dieux : matériaux de sculpture en Polynésie." (In : Journal de la Société des océanistes, 90, 1990-1. pp. 35-42) :


Le toa ou aito, Casuarina equisetifolia (Casuarinée) est un arbre dont le bois est aussi dur et imputrescible que celui du tamanu. De taille moyenne, mieux connu sous le nom d'arbre de fer, il peut atteindre 15 à 20 m de hauteur pour un diamètre de 0,50 m ; le Casuarina est très répandu sous les tropiques notamment en Malaisie, Mélanésie et Polynésie où il pourrait avoir été introduit par l'homme ; il pousse plus rapidement que le Calophyllum et s'accommode de tous les types de sols notamment des plages sableuses ou rocailleuses des atolls ; sur les îles hautes on le rencontre sur le littoral et à l'intérieur des terres.

Autrefois, à Tahiti, le Casuarina s'appelait toa mais le nom de cet arbre fut modifié au cours du XVIIe siècle lorsque Pomare Ier, qui se nommait aussi Tu, prit le nom de Vairaatoa (emplacement du toa) ; il changea de nom pour commémorer la mort de sa fille Teriinavaharoa, noyée pendant une inondation, et dont le corps fut transporté sur un « pied de toa » ; après une cérémonie au marae qui consacra ce nouveau nom, l'appellation toa, trop sacrée pour être prononcée par la population, fut remplacée par le terme aito. La légende rapporte que les aito furent engendrés par les corps de guerriers morts au combat ; leur sang se transforma en sève et leurs cheveux en feuilles ou aiguilles. Le Casuarina était donc l'emblème du dieu de la guerre, le dieu Oro ; il était planté sur les marae royaux, nationaux et sur le marae international de Raiatea. Comme le tamanu, ses branches servaient à prendre les prisonniers après les batailles ; « c'était une espèce de gibet honorifique réservé seulement aux hommes courageux » ; les victimes humaines offertes en sacrifice étaient également suspendues à ses branches.

Son bois très pesant, de couleur rouge saumon ou rouge violacé sombre à grain fin, prend un beau poli ; comme le tamanu, il doit être séché avant d'être travaillé pour éviter qu'il ne se fende. Le Casuarina servait autrefois à tailler les « idoles » notamment celles représentants le dieu Oro : c'était « une longue bûche de bois de Casuarina longue de 6 pieds non sculptée mais décorée de plumes ». Ces sculptures non anthropomorphes appelées to'o étaient toujours taillées dans un bois dur, imputrescible ; elles n'étaient surpassées en durée que par les statues de pierre. L'aito était également utilisé pour le façonnage des armes de guerre (casse-tête, javelots) et dans un contexte plus profane, pour la confection des battoirs à tapa. Plusieurs battoirs des collections du Musée de Tahiti et des Iles et du Musée de l'Homme sont effectivement en aito ; un petit tiki marquisien (M. H. n° 87-31-25) (représentation du dieu Oro ?) est aussi taillé dans ce bois. Signalons d'autre part que les poteaux du fare aito (maison des guerriers) fouillé en 1981 à Rurutu (Iles Australes) par le Département d'Archéologie du C.P.S.H. sont en Casuarina ; seul un pilier central, sans doute un fata, est en bois d'arbre à pain ; les combustibles identifiés dans un four interne à l'édifice sont en Casuarina et en Calophyllum ; comme les bois de sculpture, il semble que les matériaux de construction et les combustibles puissent être choisis pour leur valeur symbolique.

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Mythologie :


Françoise Douaire-Marsaudon, dans un article intitulé « D’un sexe, l’autre », (In : L’Homme [En ligne], 157 | janvier-mars 2001) rapporte un mythe dans lequel le filao jour un rôle symbolique d'Arbre du Monde :


Le mythe d’origine du Tu’i Tonga : Un des dieux Tangaloa, ’Eitumatupu’a, tombe amoureux d’une fille de chef, ’Ilaheva Va’epopu’a, descend du ciel par un grand arbre-de-fer (Casuarina equisetifolia) et lui fait un enfant. Remonté au ciel, le dieu ’Eitumatupu’a envoie à ’Ilaheva un morceau de terre argileuse et une igname pour nourrir l’enfant ; il donne aussi à l’enfant le nom de ’Aho’eitu. Une fois devenu grand, l’enfant demande à sa mère l’identité de son père ; celle-ci lui indique que c’est un dieu qui habite le ciel et il décide de le rejoindre en empruntant lui aussi le grand arbre-de-fer. Arrivé au ciel, il rencontre son père qui lui présente ses frères célestes ; mais ces derniers, jaloux de sa beauté, le coupent en morceaux, jettent sa tête dans un buisson puis le mangent. Le père découvre alors le forfait et ordonne à ses fils de chercher la tête de ’Aho’eitu, tête qu’il dépose dans un tano’a (bol à kava) et de vomir dans ce même bol les restes de leur frère, sa chair et son sang. Après un certain temps, ’Aho’eitu ressuscite. ’Eitumatupu’a envoie ses enfants sur terre en confiant à ’Aho’eitu la charge suprême sous le titre de Tu’i Tonga ; ses frères célestes devront se tenir derrière lui pour l’aider à gouverner, sans prétendre au titre royal.

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Littérature :


Dans la Revue de Madagascar d’avril 1934, Jean-Joseph Rabearivelo, premier écrivain malgache d’expression française, publie un sonnet sur l’espèce equisetifolia :


“Filao, filao, frère de ma tristesse, qui nous vient d’un pays lointain et maritime, le sol imérinien a-t-il pour ta sveltesse l’élément favorable à ta nature intime ?


Tu sembles regretter les danses sur la plage des filles de la mer, de la brise et du sable, et tu revis en songe un matin sans orage glorieux et fier de ta sève intarissable.


Maintenant que l’exil fait craquer ton écorce, l’élan de tes rejets défaillants et sans force ne dédie aux oiseaux qu’un reposoir sans ombre,


tel mon chant qui serait une œuvre folle et vaine si, né selon un rythme étranger et son nombre, il ne vivait du sang qui coule dans mes veines !”

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Audrey Virassamy propose un conte pour les enfants intitulé "Le filao qui voulait devenir flamboyant" (Éditeur : Orphie ; 2015) dont voici la 4e de couverture :


C'est une histoire d'arbres et d'amitié. Flio, le filao, et Flame, le flamboyant, vivent dans un joli jardin à côté d'une petite école. Tous les jours, les enfants s'amusent avec Flame... Flio aurait bien aimé être, lui aussi, fêté comme un roi. C'est une histoire d'arbres et d'amitié, mais c'est aussi l'histoire d'un frère qui dessine et d'une sœur qui aime les histoires, les filaos et les flamboyants.

Sur le site de la BNF dédié aux livres pour enfants, on peut lire la critique suivante :


Deux arbres vivent l’un à côté de l’autre, Flio le filao et Flame le flamboyant. Ils regardent passer les saisons paisiblement, jusqu’à ce que le calme de leur existence soit perturbé par la construction d’une école. Flio, enfermé dans la monotonie de son cycle, toujours vert, admire le flamboyant empreint toute l’année à d’énormes changements mais, surtout, le préféré des enfants.

Le flamboyant illumine de ses couleurs chatoyantes : couleurs vives, couleurs de feu, il attire l’attention de tous. Du tronc à la gousse en passant par les fleurs, toutes ses parties sont utilisées dans les jeux imaginés par les enfants. Le filao, lui, demeure dans l’indifférence jusqu’à ce qu’un jour, son étonnante ressemblance avec les conifères transforme ses cycles. Dorénavant à chaque Noël, il devient l’arbre de Noël.

C’est une histoire sur le temps qui passe, les saisons, les changements mais surtout sur l’acceptation de soi.

L’illustration y est simple, joyeuse ou triste en fonction de la saison et les jeux typographiques véhiculent aisément les émotions des personnages.

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