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  • Anne

Le Dictame de Crète




Étymologie :

  • DICTAME, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1548 dictame (F. Rabelais, Le Quart Livre, éd. R. Marichal, LXII, 71) ; 1629 au fig. « baume, soulagement » (Corneille, Mélite, éd. Ch. Marty-Laveaux, I, 234, var. 1). Empr. au lat. class. dictamnum (d'où les formes dictamnum, 1544, M. Scève, Délie, 422 ds Hug. ; dictamne 1704, Trév.) lui-même empr. au gr. δ ι ́ κ τ α μ ν ο ν « id. ». A remplacé la forme pop. ditan [ca 1160 ditan (Eneas, 9566 ds T.-L.)].


Lire également la définition du nom dictame afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Origanum dictamnus ; Condise ; Condrisse ; Dictaine ; Dictame origan ; Diptane ; Dikmuss ; Ditaigne ; Gingembre des jardins.

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Botanique :


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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme du Dictame de Crète :


DICTAME DE CRÈTE - NAISSANCE.

Quand Junon présidait à la naissance des enfants, sous le nom de Lucine, elle portait une couronne de Dictame ; la bonne odeur de cet arbuste, et les vertus médicinales qui l'avaient rendu si célèbre chez les anciens, nous le font encore estimer ; il est originaire de l'ile de Crète.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Dictame - Naissance.

Chez les anciens les matrones se couronnaient de dictame à la naissance d’un enfant.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


DICTAME - DE L'ORGUEIL DE LA NAISSANCE.

[sur l'exemplaire disponible sur le Net, il manque des pages]

... raison que l'on pare Lucine, présidant aux naissances, d'une couronne dictame ; elle apporte à l'être prêt à entrer dans la carrière de la vie le baume consolateur qui doit adoucir les maux que l'on y rencontre à chaque pas.


DE L'ORGUEIL DE LA NAISSANCE.

Lorsque l'on considère avec les yeux de la raison ce qui a coutume d'inspirer de la fierté aux hommes peut- on s'empêcher de rire ou d'avoir pitié de leur folie ? Car quel juste sujet d'orgueil pourraient-ils trouver en eux ? Serait-ce l'éclat des dignités et des faveurs de la fortune dont ils jouissent, serait-ce surtout la distinction de leur naissance ? Mais toutes ces choses étrangères à l'homme, n'étant rien moins que l'homme même ne peuvent le rendre plus estimable. N'y a-t-il pas, en effet, bien de la petitesse à s'enorgueillir de la noblesse de son origine, puisqu'elle n'est ni le fruit de ses travaux, ni la récompense de son mérite ? Quand on louait sur ses ancêtres Alphonse roi d'Aragon : « Je compte pour rien, répondait-il, ce que vous estimez tant en moi, c'est la grandeur de mes ancêtres que vous louez et non pas la mienne. La vraie noblesse n'est pas un bien de succession, c'est le fruit et la récompense de la vertu.

Il y a sans doute de l'avantage à avoir de la naissance ; c'est une prérogative illustre à laquelle les nations ont de tout temps attaché des distinctions d'honneur et d'hommage. Mais plus la naissance est distinguée, plus elle impose de charges et plus aussi elle augmente l'obligation d'avoir du mérite. La noblesse donnée aux pères parce qu'ils étaient vertueux, a été laissée aux enfants afin qu'ils le devinssent. Si l'équité demande que l'héritier du héros le soit de leurs distinctions et de leurs dignités, n'a-t-on pas le droit d'exiger aussi qu'ils fassent revivre leurs grandes qualités et leurs vertus ? La gloire finit où cesse le mérite. Si la noblesse est vertu, elle se perd par tout ce qui n'est pas vertueux, et si elle n'est pas vertu, c'est peu de chose. Si vous n'êtes pas noble, méritez de l'être. Soyez honnête homme, généreux, ami du vrai, inviolable dans vos paroles, maitre de vos passions et soyez assuré que les gens sensés ne regarderont point, pour vous donner leur estime, qu'elle est votre naissance.

La noblesse excite l'émulation dans les grandes âmes et l'orgueil dans les petites. Un homme d'honneur cherche à se rendre digne de sa naissance et n'en parle jamais : un sot croit qu'elle lui tient lieu de tout mérite et il en parle toujours. La noblesse orne et embellit le mérite quand elle se trouve jointe à la modestie et qu'on parait l'oublier. Mais elle dépare et gâte celui qu’on a lorsqu'on s'en souvient trop. Heureux donc celui qui est honoré d'un beau nom, s'il sait bien le porter ! Mais que celui qui le prostitue est à plaindre ! La gloire de ses ancêtres le couvre de honte, c'est une lumière qui fait paraitre davantage ses défauts ; plus on a de respect pour son nom, plus on a de respect pour sa personne.

O vous qui vous enorgueillissez si ridiculement de la distinction de votre origine, mais oubliez-vous donc que tous les hommes étant sortis de la même tige sont tous frères, tous égaux à cet égard et que celui qui a du mérite et des talents est mille fois plus estimable que celui qui n'en a point ? C'est la noble et sublime leçon que l'empereur Joseph II donna à quelques-uns des grands d'Allemagne qui ne connaissaient rien au-dessus de leur naissance. Plusieurs seigneurs de la cour de vienne se plaignirent à ce prince de ne pouvoir jouir décemment et à leur aise des promenades publiques, parce qu'elles étaient occupées par une foule de petite noblesse et de peuple ; ils supplièrent sa majesté impériale de faire fermer le prater et d'ordonner que l'entrée n'en fut permise qu'à des personnes de qualité. L'empereur surpris de cette demande leur répondit : « Si je ne voulais voir que mes égaux, il faudrait que je m'enfermasse dans le caveau des Capucins, où reposent les cendres de mes ancêtres. J'aime les hommes sans distinction et je préfère ceux qui ont de la vertu et des talents à ceux dont le mérite est de compter des princes parmi leurs aïeux. »

RÉFLEXIONS.

La naissance qui flatte l'orgueil des hommes n'est rien ; c'est le mérite de vos ancêtres qui n'est point le vôtre : c'est se parer des biens d'autrui que de vouloir être estimé par là.

(FÉNELON, Entretiens.)

Comment ceux qui tirent vanité de leur naissance ne s'aperçoivent-ils pas que s'appuyer sur le mérite d'autrui c'est reconnaître que l'on a des raisons pour ne pas trop compter sur le sien ? C'est de la charité de les en avertir car leur intention n'est sûrement pas d'être si modestes.

(Le duc DE LÉVIS.)

Une haute naissance n'est qu'un titre, ce n'est pas une vertu : c'est un engagement à la gloire ; ce n'est pas elle qui la donne. Elle manque et s'éteint en nous dès que nous héritons du nom sans hériter des vertus qui l'ont rendu illustre. La noblesse alors n'est plus que pour notre nom et la roture pour notre personne.

(MASSILLON, Petit Carême.)

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Dictame de Crète (Origanum dictamus) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Divinité : Une multitude de dieux syriens, phéniciens, euphratéens, crétois, araméens, etc.

Pouvoirs : Projections astrales ; Invocation des esprits ; Protectio


Utilisation rituelle : Ce grand origan à feuilles cotonneuses, à fleurs purpurines, est la plante merveilleuse que les Anciens appelaient Dictamnos (de Dicta, montagne de Crète). Ses vertus étaient si étendues, si légendaires, que tous les peuples de la Méditerranée orientale, ensemble ou à tour de rôle, ont consacré cette plante à leurs dieux et l'ont utilisée dans des rituels dont la plupart sont restés mystérieux.


Utilisation magique : Brûlé frais, le vieux Dictame crétois appelle les esprits qui peuvent difficilement résister à sa convocation; les apparitions prennent forme dans la colonne de fumée qui monte du réchaud. Voici un « encens » (nous cédons à la coutume en employant ce mot improprement) spécialement étudié pour favoriser les projections astrales; on mélange à parts égales : Dictame, oliban, benjoin amygdaloïde, vanille, bois de santal. Quand la mixture commence à brûler, on jette dessus quatre ou cinq graines fraîches de courge. La tradition recommande de faire cette fumigation au coucher du soleil, à la fin d'une belle et chaude journée d'été durant laquelle on aura mangé très légèrement, ou mieux pas du tout. Notons au passage que ce judicieux conseil est valable dans tous les cas. Les principes contenus dans les huiles essentielles végétales sont subtils par définition. Ils vous pénètrent lentement par osmose, forçant leur chemin du plan astral (gazeux) au plan physique (solide), et l’état de réceptivité du sujet est au moins aussi important que les produits eux-mêmes. Il est parfaitement vain d'inhaler des parfums ou de boire des infusions après avoir mangé une choucroute paysanne et bu quatre chopes de bière de Munich.

Le suc du Dictame de Crète, enfin, repousse les animaux venimeux. Dans l'île d'origine de cette plante, on dit qu'un scorpion, arrivant sur un Dictame qu’un passant a foulé aux pieds, se donne immédiatement la mort en retournant son dard contre lui-même.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Cette plante aromatique, espèce d'origan, originaire d'un mont de Crète appelé Diktè, passait pour magique aux yeux des anciens peuples de la Méditerranée orientale (Syriens, Phéniciens, Euphratéens, Crétois, Araméens, etc.) qui l'ont consacrée à leurs dieux. Le dictame fut également dédié à la déesse Lucine, à Hécate (apparentée à Artémis) et surtout à Rhéa qui, sur le mont Diktè, aurait donné naissance à Zeus.

Selon une croyance de l'Antiquité, "il suffisait à une chèvre ou à une biche blessée par une flèche de brouter les feuilles du dictame pour que la flèche se retire d'elle-même de l'animal".

La plante au lourd parfum, qui était autrefois appliquée sur les blessures et les plaies, était également employée pour provoquer un accouchement rapide ou un avortement et pour soigner l'hystérie, l'épilepsie, les vers intestinaux et les piqûres de serpent.

Son suc éloigne les animaux venimeux. Selon une croyance de Crète, "un scorpion, arrivant sur un dictame qu'un passant a foulé aux pieds se donne immédiatement la mort en retournant son dard contre lui-même".

Les fumigations de dictame frais sont propices à la divination, l'état médiumnique et l'invocation des esprits : "Les apparitions prennent forme dans la colonne de fumée qui monte du réchaud". La recette pour "favoriser les projections astrales" est la suivante : "On mélange à parts égales : dictame, oliban, benjoin amygdaloïde, vanille, bois de santal. Quand la mixture commence à brûler, on jette dessus quatre ou cinq graines fraîches de courge. La tradition recommande de faire cette fumigation au coucher du soleil, à la fin d'une belle et chaude journée d'été durant laquelle on aura mangé très légèrement ou mieux pas du tout".

Le dictame joue un grand rôle dans la tradition bulgare qui lui attribue une origine céleste : "Autrefois, les cieux étaient habités par un peuple céleste semblable aux Terriens qui mangeait, guerroyait, tombait malade tout comme les humains. Ce peuple avait l'habitude de descendre sur terre et de se réunir autour d'une colline où poussait le dictame, pour y festoyer. Ce sont ces êtres célestes qui auraient laissé le dictame aux hommes en guise de remède : lorsque les mortels souffriraient des maladies célestes, il leur suffirait de les utiliser pour se soigner et guérir".

Chaque année, à la veille de l'Ascension, ceux qui souffrent du "mal des fées" (terme regroupant notamment les maladies graves ou mystérieuses, les atteintes nerveuses, comme l'épilepsie, la neurasthénie, l'hystérie, etc.). Les infirmes et les femmes stériles se rendent sur cette colline "dormir sous le dictame". Ils se couchent sous ses tiges, disposent par terre une toile blanche ou un bol rempli d'eau et des offrandes (pain, miel, vin) destinées aux Samodivi, ou fées présidant au maladies et aux plantes médicinales : ces dernières affectionnent particulièrement le dictame dont elles cueillent les fleurs durant la nuit de l'Ascension, qui marque le début de la "saison des fées" (laquelle dure jusqu'à la fin de l'été).

A minuit, "lorsque se fait sentir un léger souffle de vent, on croit que les Samodivi viennent cueillir le dictame et laisser un signe de guérison ou de mort. Les bruits nocturnes se transforment alors en "murmures" et "chants" et l'on entend les Samodivi prononcer le nom du malade et le remède qui le guérira ou bien le nom de la maladie dont il souffre. Au petit matin, les pèlerins doivent quitter ce lieu dans un silence profond et sans se retourner".

Si, sur la toile blanche ou le bol d'eau, on trouve ne coccinelle une feuille ou une herbe, la guérison est assurée alors que si c'est de la terre, on redoute la mort.

Le folklore serbe fait mention de rites similaires : la veille de l'Ascension également, les fées (vili) cueillent le dictame tandis que les malades nerveux dorment sous la plante après y avoir déposé des dons. Le lendemain, ils doivent trouver un signe concernant leur sort.

Ce pouvoir du dictame tient à ses effets hallucinogènes : "Sous l'action de son parfum lourd et enivrant les malades se laissent tomber dans une "mort" imaginaire - état à travers lequel ils effectuent le contact mystique avec les forces et les créatures surnaturelles".

Signalons encore l'interdiction faite aux femmes de ramasser une plante qui a été foulée par les Samodivi.

Selon la tradition bulgare toujours, pendant la "semaine des Roussalii" (du nom des créatures féeriques apparaissant sous forme de jeunes femmes ou de papillons blancs, qui arrivent sur terre une semaine après la Pentecôte), les morts battent le dictame : c'est pourquoi il faut, le samedi avant la Pentecôte réservé aux morts, "bien nourrir les trépassés". On relève aussi le rite suivant : "Au lever du soleil et dans un silence total, les femmes vont verser de l'eau sur les tombes pour que les pieds des morts ne s'enflamment pas en battant le dictame (1)".


1) Le contact du dictame et surtout de ses racines provoque des brûlures. La plante, par temps très chaud, peut même s'enflammer et brûle.

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Selon Romain Menini, auteur d'un article intitulé : « L'« horrifique dictame » de Rabelais à Artaud », et paru dans la Revue d'histoire littéraire de la France, vol. 111, n° 3, 2011, pp. 515-537 :


Le dictame, plante originaire du mont Dicté en Crète, célèbre pour ses propriétés vulnéraires, est entré très tôt en littérature. Aristote, Théophraste et Pline, entre autres, lui reconnaissaient le pouvoir tout à fait légendaire de guérir les animaux (cerfs ou chèvres sauvages) atteints par une flèche d’homme. [...]

C’est au Quart livre de Rabelais (1552) qu’il revient d’offrir la première occurrence littéraire du mot sous sa forme moderne, tout en relayant la légende qui accompagne la plante depuis l’Antiquité. [...]


Or, à ce simple dont on a surtout déployé la thaumaturgique foliation dans ce que Saint-John Perse eût nommé la « terre arable du songe », on peut accorder toutes sortes de propriétés miraculeuses — ce que les successeurs en « matière médicale » d’Aristote et Théophraste n’ont pas manqué de faire. A. S. Pease faisait de ces propriétés mirifiques — pour la plupart éjectives ou « helctiques » — un résumé succinct ; de la flèche du chasseur au venin du serpent, en passant par le nouveau-né lors de l’accouchement, le dictame faciliterait toute sortie ou éjection d’un élément « étranger » hors du corps à guérir ou à délivrer.

D’autre part, — et c’est aussi ce qui a fait sa fortune — la plante est le plus souvent citée chez les Anciens dans un exemplum visant à défendre l’intelligence des animaux qui, eux aussi, ont en partage quelque « prudence » (Aristote) ou même une part de « raison (ratio) » (Plutarque). Ainsi l’histoire de la sagesse des chèvres sauvages de Crète apparaît-elle pour la première fois dans l’Histoire des animaux du Stagirite :


Beaucoup d’autres quadrupèdes agissent sagement pour se protéger, puisqu’aussi bien en Crète, dit-on, les chèvres sauvages qu’un trait a frappées, recherchent le dictame. Cette plante semble avoir la propriété de faire sortir les flèches fichées dans le corps.


La description des vertus éjectives du dictame est plus ample dans les Recherches sur les plantes de Théophraste :

Le dictame au contraire est propre à la Crète ; doué de vertus étonnantes, il est utilisé dans bien des cas, mais surtout pour les femmes en couches. Sa feuille ressemble assez à celle du pouliot et s’en rapproche aussi quelque peu pour le goût, mais ses brins sont plus grêles. On en utilise les feuilles, non les rameaux ni le fruit ; à côté de bien d’autres usages, il sert surtout, comme il a été dit, dans les accouchements difficiles, soit qu’il les rende aisés (on le prétend), soit qu’il calme au moins les douleurs (c’est reconnu de tous) ; on le donne en potion dans de l’eau. Il est rare, à la fois parce que le territoire qui le produit est peu étendu et parce que les chèvres le broutent complètement, car elles en sont friandes. On prétend véridique même l’histoire des traits, à savoir que atteintes par des flèches s’en débarrassent en le mangeant. Tel est donc le dictame, telles sont ses vertus.

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Mythologie :


Selon Le Glossaire théosophique (1ère édition G.R.S. MEAD, Londres, 1892) d'Helena Petrovna Blavatsky :


DIKTAMNON (gr.) ou Dictame (fraxinelle). Curieuse plante possédant des propriétés très occultes et mystiques, bien connue autrefois. Elle était consacrée à la déesse Lune : Luna, Astarté, Diane. Le nom crétois de Diane était Diktynna et comme telle, la déesse portait une couronne tressée de cette plante magique. Le Diktamnon est un buisson toujours vert dont le contact, selon l'occultisme, développe le somnambulisme et le guérit également. Mélangé à de la verveine il produira clairvoyance et extase. La pharmacie attribue au Diktamnon des propriétés fortement sédatives et tranquillisantes. Il croît en abondance sur le mont Diktè, en Crète, et entre dans la composition de nombreux accomplissements magiques auxquels recourent les Crétois, encore de nos jours.

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D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


DICTAME (Origanum dictamnus L.). — Les anciens avaient consacré cette herbe à la déesse Lucine, qui veillait aux accouchements ; on la représentait souvent avec une couronne de dictame. L’herbe s’appelait aussi Artemidesium, Eubolium, Labrum Veneris. Les femmes grecques et romaines attribuaient à cette herbe des propriétés extraordinaires dans les accouchements qu’elle était censée faciliter. On raconte que, dans l’île de Crète, les chèvres blessées par une flèche cherchaient de suite le dictame et, en mangeant cette herbe, faisaient sortir la flèche de leur blessure. Chez Virgile, de même, Vénus guérit Ænée blessé avec le dictame (cf. Centaurea, Gentiane, etc.) : Dictamnum genitrix Cretaea carpit ab Ida, Puberibus caulem foliis et flore comantem Purpureo, non illa feris incognita capris Gramina, cum tergo volucres haesere sagittae. Plutarque ajoute que les femmes de Crète en voyant comment, par le dictame, les chèvres faisaient sortir les flèches de leur corps, apprirent à en faire usage pour faciliter leurs accouchements. (1)


Note : 1) Cf. Antigonus Carystius, Mirab. XXXVI, et le scholiaste d’Euripide. Apulée, De Virtutibus Herbarum, attribue au dictame la propriété de tuer les serpents : « Tanta autem virtus est dictamni, ut non tantum interficiat, ubicumque fuerint, serpentes praesentia sui ; sed et si odor ejus a vento sublatus fuerit, ubicumque eos tengerit, mox occidat. »

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Tony Goupil, dans un article intitulé "Croyances phytoreligieuses et phytomythologiques : plantes des dieux et herbes mythologiques" (Revue électronique annuelle de la Société botanique du Centre-Ouest - Evaxiana n°3 - 2016), cherche à déterminer les plantes associées par leur dénomination aux divinités antiques :


Le dictame de Crète, quant à lui, possède divers noms en fonction de ces propriétés médicinales et pharmacologiques, prétendues ou avérées. Il porte ainsi le nom d’artemideion en raison de ses propriétés gynécologiques, mais aussi celui de puleium martis en référence à Mars, car, selon Pline et Isidore entre autres, le dictame de Crète permettait d’extraire les flèches du corps.

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Contes et légendes :


Romain Menini, auteur d'un article intitulé : « L'« horrifique dictame » de Rabelais à Artaud », et paru dans la Revue d'histoire littéraire de la France, vol. 111, n° 3, 2011, pp. 515-537 précise comment la légende antique s'est transmise jusqu'à nous :


[Aux] deux sources originaires, il faut ajouter les quatre auteurs antiques, tributaires d’Aristote et de Théophraste, qui ont permis la diffusion du mot grec et de sa légende : Cicéron, Virgile, Plutarque et Pline.

Cicéron, dans le traité De la nature des dieux (II, 126) se contente de transmettre la guérison légendaire des prudentes chèvres crétoises :

On raconte (…) que les chèvres sauvages, en Crète, quand elles sont transpercées par des flèches empoisonnées, cherchent une herbe que nous appelons dictame ; quand elles en ont mangé, les flèches, dit-on, leur tombent du corps.

À la fin de l’Énéide, au livre XII qui raconte la guerre des Troyens contre l’armée de Turnus, Vénus vient au secours d’Énée, dont le corps est percé d’un trait. Le dictamnum fait alors immédiatement effet, non plus sur une chèvre sauvage, mais sur le héros épique, protégé de la déesse :

Alors Vénus, frappée des cruelles douleurs de son fils, va maternellement cueillir sur l’Ida de Crète le dictame dont la tige s’enveloppe d’un jeune feuillage et se couronne d’une fleur éclatante. Les chèvres sauvages connaissent bien cette herbe lorsque les flèches ailées se sont attachées à leur dos.

[...]

Plutarque évoque à son tour, dans ses deux traités sur les animaux, « De sollertia animalium » et « Bruta animalia ratione uti » — qui portent dans la traduction d’Amyot les titres suivants : « Quels animaux sont les plus advisez, ceulx de la terre, ou ceulx de l’eau » et « Que les bestes brutes usent de la raison » —, les chèvres de Candie :

Qui a monstré aux chévres de Candie, quand elles ont reçeu des coups de traict dedans le corps d’aller chercher l’herbe du Dictame, laquelle leur fait sortir les fleches quand elles en ont mangé ?

et les chevres de Candie quand elles sont frappees d’un coup de traict, elles vont manger de l’herbe appellee Dictame, dont elles font tomber facilement les traicts

Et Pline, en deux endroits de son Histoire naturelle, qu’on peut lire dans la traduction pionnière d’Antoine du Pinet (1562) :

Il y encore plusieurs autres choses servans à la santé de l’homme, qu’on a apprinses des bestes brutes. Car les Cerfz monstrerent premierement la vertu du Dictam : par ce que, se sentans blessez, ilz y auoyent recours pour faire sortir hors les flesches dont ilz se sentoyent lardez, en mangeant de ladicte herbe. [en manchette : * Dioscoride dit que ce furent les chevreaux, les Dains, et les Chevres sauvages.]44 Elles [les biches] ont aussi montré la vertu du dictam, en ce que, se sentans blessees, elles y recouroyent pour se scourre [sic] des fleches dont elles estoyent lardees, ainsi qu’avons monstré cy dessus. Ceste herbe se trouve seulement en l’Isle de Candie. Elle a ses branches fort menuës, et est semblable au pouliot, ayant un gout acre et brulant. Elle ne jette ny fleur, ny graine, ny tige : et par ainsi se faut esmerveiller si elle est rare, car elle vient seulement en quelques endroitz de l’Isle de Candie : joint aussi que les dains et les biches en sont fort friandes.

Les auctoritates ci-dessus ont assuré au dictame une renaissance possible. Les récits légendaires des Anciens, qu’on a recueillis soigneusement, ont fait bien plus que combler la réelle méconnaissance d’une plante qu’au quotidien, en France, on ne pouvait cueillir ; les verba — c’est-à-dire la légende — ont ainsi pris le pas sur la res. Aussi, dès qu’il se fixe dans un signifiant unique, en français, le « dictame » peut enfin devenir un véritable motif littéraire.

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Littérature :


A Paul M.


Sois loué, doux penseur, toi qui prends dans ta main !

Le passé, l’avenir, tout le progrès humain, !

La lumière, l’histoire, et la ville, et la France, !

Tous les dictames saints qui calment la souffrance, !

Raison, justice, espoir, vertu, foi, vérité, !

Le parfum poésie et le vin liberté, !

Et qui sur le vaincu, cœur meurtri, noir fantôme, !

Te penches, et répands l’idéal comme un baume !


Victor Hugo, "A Paul M." (vers 11-18) in Les Contemplations, 1856.

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Romain Menini, auteur d'un article intitulé : « L'« horrifique dictame » de Rabelais à Artaud », et paru dans la Revue d'histoire littéraire de la France, vol. 111, n° 3, 2011, pp. 515-537, donne des exemples précis de l’apparition de la dictame dans la littérature :


Artaud, pendant son internement à Rodez notamment (1943-1946), fait du « dictame » l’un de ses mots fétiches. Il écrit même, en septembre 1945, à Henri Parisot :

Car si Edgar Poe a été trouvé mort un matin au bord d’un trottoir à Baltimore, ce n’est pas dans une crise de delirium tremens due à l’alcool, mais parce que quelques saligauds qui haïssaient son génie et ne voulaient pas de sa poésie l’ont empoisonné pour l’empêcher de vivre et de manifester l’insolite, horrifique dictame qui se manifeste dans ses vers.

(Artaud, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, NRF, éd. P. Thévenin, XXVI tomes, 1976- 1994 [désormais noté OC], t. IX, p. 169-170).

[...]

Le Sermon en question [de Saint François de Sales] reprend le thème du dictame de manière inattendue :


Aristote raconte que les chevres sauvages de Candie (Pline en dit de mesme des cerfz) ont une malice et ruse, ou plustost un instinct admirable ; car estant transpercees d’une flesche, elles recourent au dictamon, par le moyen duquel la flesche est expulsee et rejettee du cors. Mays qui est le Chrestien qui n’ayt esté quelquefois blessé du dard de la Passion du Sauveur ? Qui est le cœur qui ne soit atteint, considerant son Sauveur foüetté, tourmenté, garrouté, cloüé, couronné d’espines, crucifié ? Mays je ne sçay si je le dois dire, que la pluspart des Chrestiens ressemblent aux hommes de Candie desquelz parlant l’Apostre [Tit., I, 12], il dit : Cretenses mendaces, ventres pigri, malæ bestiæ ; Les Candiotz sont menteurs, ventres coüars, mauvaises bestes. Au moins puis je bien dire que plusieurs ressemblent aux chevres sauvages de Candie ; car ayant esté blessés et atteins en leur ame de la Passion du Sauveur, ilz recourent incontinent au dictamon des consolations mondaines, par lequel les dars de l’amour divin sont rejettés et repoussés de leur mémoire.

(Saint François de Sales, Sermon LXI pour la Fête de l’Assomption (15 août 1602), Œuvres complètes, t. VII, 1er vol., Annecy, 1896, p. 447).

L’analogie avec la Passion offre l’un des tout premiers emplois figurés du dictame, qui deviendra fréquent au XIXe siècle. Le passage sonne d’autre part comme un véritable intrus dans la littérature française en ce qu’il prend le dictame — celui des « consolations mondaines » — en mauvaise part et enjoint de s’en détourner pour ressentir en sa chair le martyre du Christ. Scève, beaucoup plus tôt, avait déjà esquissé un tel élargissement de sens du mot, en contexte vulnéraire ; la blessure était alors une plaie amoureuse. Le poète calquait, dans sa Delie (1544), le dictamnum de Virgile et de Pline et déplorait l’absence de dictame :


Fust elle, aumoins, par vertu pitoyable

Mon dictamnum, comme aux Cerfs Artemide,

Tirant le traict de ma playe incurable,

Qui fait mon mal ardemment estre humide.

Scève, Delie, sonnet CCCCXXII, v. 7-10


D’après le Trésor de la Langue Française, il faut attendre la Mélite de Corneille (1633) pour trouver le premier emploi figuré du mot apparaissant avec sa graphie moderne :


Je sens que tout à coup mes regrets adoucis

Laissent en liberté les ressorts de mon âme :

Ma raison par ta bouche a reçu son Dictame

[...]

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Voir aussi : Dictame blanc (Fraxinelle) ;



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