Blog

  • Anne

Le Cresson




Étymologie :

Étymol. et Hist. Ca 1170 kerson (G. de Berneville, Vie de St Gilles, 939 ds T.-L.) De l'a. b. frq. *kresso « cresson » (correspondant à l'all. Kresse) lat. des gloses crissinus ixe s. ds TLL s.v., v. aussi Bambeck, n°30.


Lire également la définition du nom cresson afin d'amorcer la réflexion symbolique.

 

Selon François Couplan, auteur de Les Plantes et leurs noms : histoires insolites (Editions, ) :


"Cresson" dérive du francique kresso, qui désignait cette plante aquatique. On la nomme également « cresson de fontaine », car elle nécessite une eau claire et courante et se cultive généralement à proximité des sources.

Le nom botanique du genre Nasturtium, désignait en latin le cresson alénois, Lepidium sativum. Il provient de nasus, nez, et de torqueo, tordre : les cressons possèdent en effet une odeur prononcée et une saveur piquante.

Le cresson alénois est ainsi nommé, car cette Crucifère à la saveur piquante fut longtemps cultivé dans la région d'Orléans (alénois signifie "orléanais"). Son nom botanique est Lepidium sativum. Le nom de genre désignait en latin un végétal de cette famille et en grec (lepidion) une petite plante médicinale à suc laiteux. Le terme provient du grec lepis, coquille, écaille. Les silicules du cresson alénois ont effectivement la forme arrondie d'une écaille. L'épithète sativum signifie « cultivé ».

Le nom de « cresson de cheval » est attribué populairement à la véronique beccabunga (Veronica Beccabunga) : la plante pousse dans l'eau et se mange en salade comme le cresson de fontaine, mais sa saveur est plus amère que piquante. Elle appartient à une tout autre famille : cresson de fontaine et cresson alénois sont des Crucifères, tandis que les véroniques sont des Plantaginacées.


Autres noms : Nasturtium officinale ; Cresson d'eau ; Cresson de fontaine ; Cresson de ruisseau ; Cresson officinal ; Grasson ; Nanton (Savoie).

*

*




Botanique :


Selon Jean-François Leroy et Hubert Gillet auteurs d'un article intitulé "Sur deux plantes de la Pharmacopée tchadienne (Lepidium salivum L. et Nigella sativa L.) In : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 11, n°5-7, Mai-juin-juillet 1964. pp. 202-204 :


1 — Lepidium sativum L., Cresson alénois, « Khachat » (arabe tchadien). Originaire du Moyen Orient, le Cresson alénois (Crucifère) a été introduit et cultivé dans de nombreux pays : France, Afrique du Sud, Péninsule Malaise, Chine, etc. et bien souvent il s'y est naturalisé. Le plus souvent on en consomme les feuilles en salade ou comme assaisonnement, mais dans certains pays, notamment aux Indes, et aussi en Afrique du Nord, la graine a été très largement utilisée dans la pharmacopée. D'après Badhwar (1946), des préparations à fortes doses de la graine pourraient provoquer l'avortement (India J. Agric. Sri., 16, 34

2 - Dans le Nord Tchad, les graines de « Khachat » ont deux emplois bien distincts :


a) médecine vétérinaire : comme vermifuge des camelins. Elles sont données aux chameaux au moment le plus critique de l'année, c'est-à-dire en fin de saison sèche, juste avant l'arrivée des premières pluies. Les animaux sont ainsi débarrassés des vers qui encombraient leurs intestins et peuvent ainsi tirer le meilleur parti des jeunes pousses vertes que les premières averses font lever.


b) médecine féminine : Les graines de Lepidium sativum sont utilisées par toutes les femmes arabes du Centre Tchad comme emménagogues. Le mode d'emploi est le suivant : il faut disposer de trois verres à thé ; dans le premier on verse les graines de manière qu'il soit à moitié rempli (valeur d'une grosse cuillère à soupe), dans le deuxième on verse un peu de beurre fondu qui a été parfumé au préalable en y faisant griller de l'oiginon. On verse le contenu de ces deux verres dans un troisième verre plus grand. Il est probable que le beurre agit comme liant pour faciliter la déglutition des graines. Notons que celles-ci sont absorbées non-écrasées, simplement lavées à l'eau pour enlever la poussière. Les effets sont rapides. Une fièvre se manifeste et dès le lendemain ou le surlendemain les menstrues réapparaissent. Les femmes arabes prétendent que l'action des graines est certaine dans le premier mois de la grossesse et qu'elles agissent également avec de grandes chances de succès dans le deuxième mois. L'action est compromise au 3e mois. Il est quand même, dans tous les cas, nécessaire de répéter l'opération deux ou trois jours consécutifs.


L'action des graines de Lepidium sativum est tellement efficace que toutes les femmes arabes en portent toujours un petit sachet dissimulé dans leurs vêtements.

*

*

Selon Jean-Marie Pelt, auteur d'un ouvrage intitulé Des Légumes (Éditions Fayard, 1993) :


Voici certes une plante pimentée au sujet de laquelle on relève d'étranges anecdotes. Laurent Scholtz rapporte, en 1584, que « le fils d'un baron de Bohême mourut après avoir absorbé un philtre. On trouva dans son estomac une substance dure comme de la corne, dont le père du défunt se fit à titre de souvenir une cuillère. Or il arriva que cet ustensile fut dissous par du suc de cresson, preuve évidente que ce suc possède une grande vertu contre les philtres.... » Grüling, en 1668, met en scène une servante à qui, dans un repas de noces, un mauvais plaisant fit boire un philtre. La malheureuse éprouva de violentes angoisses du coeur et de la poitrine, et fut prise de vomissements tels qu'on craignit qu'elle ne rejetât tous ses viscères. Grüling conjura le maléfice au moyen de suc de cresson broyé avec du vinaigre... Voilà donc notre cresson doué de propriétés magiques et héroïques, et l'on n'en finirait pas de relater les propriétés fantaisistes qui furent attribuées à « la plante qui fait contracter le nez », comme l'indique son nom latin Nasturtium.

En revanche, on retiendra le bien-fondé de ses applications dans le traitement du scorbut et des catarrhes bronchiques ; en effet, à l'instar de la plupart des crucifères, le cresson contient une huile soufrée et azotée, de saveur et d'odeur très piquantes, que la moutarde s'honore de posséder à forte teneur. Le cresson se charge de surcroît de er dès lors qu'il pousse à proximité d'une source ferrugineuse. Croissant dans les ruisseaux, il ressemble à la cardamine des champs, dont il est en quelque sorte une version aquatique. Il a été peu modifié par sélection et évoque toujours sa forme sauvage, même lorsqu'il est cultivé en cressonnière. il se cultive en eau courante, absolument pure, à une profondeur ne dépassant pas de 10 à 40 cm. On le récolte durant les mois d'hiver, précisément lorsque les légumes frais font défaut sur les marchés. Ses fortes teneurs en provitamines A et en vitamines B et C sont alors particulièrement bienvenues.

Apprécié des Romains, cultivé en France dès le XVIIe siècle, le cresson a connu un grand développement au XIXe siècle, notamment en région parisienne et en Normandie.

*

*




Phytothérapie :


Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


Le scorbut est traité par le cresson de fontaine ou nanton, Nasturtium officinale, et le raifort sauvage, Raphanus raphanistrum.

 

Dans Des hommes et des plantes (Éditions Opéra Mundi, 1970), son autobiographie, Maurice Mésségué évoque le savoir ancestral de son père sur lequel il a construit ses connaissances :


- Et le raifort, vous l'utilisez ?

- Non, Monsieur le Président, mais savez-vous que chez nous, on l'appelait la « moutarde des Allemands » ?

Pour la première fois, je l'ai vu sourire. Et j'ai poursuivi :

- Je peux vous dire aussi que le raifort est antiscorbutique, stimulant, diurétique, expectorant et placé sur la peau il a des propriétés révulsives. C'est également un très bon tonique. Son usage est recommandé dans les affections scrofuleuses, la chlorose, l'anémie, la débilité et le rachitisme. J'ai remplacé le raifort, qui n'existe pas dans mon pays, par le cresson qui a exactement les mêmes propriétés et a l'avantage d'être moins fort et mieux supporté par les estomacs fragiles.

- Je vois que vous êtes savant, Monsieur Mésségué. Connaissez-vous cette recette suédoise qui est vraiment très bonne contre les rhumatismes et l'hydropisie sous toutes ses formes ? Vous râpez des racines de raifort, vous les humectez d'un peu d'eau vinaigrée et vous jetez dessus du lait bouilli. Quand le lait est caillé, vous recueillez le petit lait et vous en buvez un ou deux petits verres chaque jour. Moi je préfère le raifort râpé mélangé à du beurre et tartiné sur du pain. L'utile et l'agréable...

- On peut très bien faire cela aussi avec du cresson.

*

*

D'après Mohamed El Hafian, et al. auteurs de l'article intitulé "Étude floristique et ethnobotanique des plantes médicinales utilisées au niveau de la préfecture d’Agadir-Ida-Outanane (Maroc)." paru dans le Journal of Applied Biosciences2014, vol. 81, n°1, p. 7198-7213 :


Lepidium sativum L. (Cresson alénois ; Habrchad) :

En décoction des graines dans le lait ou mélangées avec le jaune d’œuf, sont indiquées dans le traitement de la grippe. La poudre de cresson alénois, associe à la poudre de graine de Nigella sativa (Haba sawda) et la graine de Cistus creticus (Irgle) est utilisée comme aphrodisiaque chez les deux sexes et les douleurs des règles.

 

Selon l'article de Marie-Hélène Dabat, et al. intitulé "Le cresson à Antananarivo (Madagascar) : entre intérêts alimentaires et risques." paru dans Le Courrier de l'environnement de l'INRA n°62 en 2012 :


Dans le modèle de consommation des Tananariviens, le cresson a un statut particulier, et l'importance de sa consommation, outre son prix, est en partie liée à sa réputation de plante « bonne pour la santé » : 65% des ménages pensent que le cresson est un produit exceptionnel sur le plan nutritionnel. Quasiment assimilé dans la tradition populaire à une plante médicinale qui peut prévenir les maladies cardio-vasculaires, l'hypertension, la fatigue, etc., le cresson aurait même un pouvoir anti-pelliculaire ! Cette bonne réputation ancrée chez les plus âgés notamment est peut être un des facteurs qui explique la consommation plus fréquente lorsque le chef de famille a plus de 50 ans (chaque semaine pour 35,1 % de ces ménages) que lorsqu'il ou elle a moins de 40 ans (26,4 %). Elle est aussi plus fréquente dans les milieux populaires que dans les milieux plus aisés.

Les connaissances scientifiques corroborent l'intérêt nutritionnel du cresson. En effet, le cresson frais présente des teneurs fortes en fer (3 mg/100 g) et en calcium (160 mg/100 g). Il est très riche en vitamine C (60 mg/100 g), en provitamine A (2,9 mg/100 g), en vitamines du groupe B à l'exception de la vitamine B12 et il fournit des quantités non négligeables de vitamine E et de vitamine K.

[…]

Le cresson, une plante épuratrice ? Lorsqu'on suit un parcours amont-aval dans les cressonnières d'Antananarivo, on constate que les eaux usées, initialement grises, deviennent limpides après avoir traversé deux ou trois parcelles de cressonnières : une partie voire la totalité de la charge polluante organique et minérale est éliminée par les cressonnières. Cela rejoint le fait que la culture du riz soit possible en aval, mais pas en amont des bas-fonds de la capitale. Une étude a donc été menée pour obtenir des données sur la « performance épuratoire » des cressonnières vis-à-vis des polluants tels que les matières organiques totales, les matières en suspension, les nitrates, les ions ammoniums. Elle a consisté à mesurer sur deux cressonnières irriguées par des effluents liquides les qualités de l'eau à l'entrée et à la sortie, au cours d'un cycle cultural et en considérant les deux saisons de production.

Les résultats sont concluants : la teneur en matières organiques diminue à la sortie des cressonnières tant en saison sèche qu'en saison humide. […]

Les cressonnières se comportent donc en lagune épuratrice des eaux usées vis-à-vis de la matière organique, des nitrates, de l'ammonium et du phosphore. Notons que cette épuration naturelle, aussi efficace que celle traditionnellement prônée avec d'autres plantes aquatiques comme la jacinthe d'eau (Eichhornia crassipes), la laitue d'eau (Pistia stratiotes), les hydrocotyles (Hydrocotyles umbrella), les fougères d'eau (Salvinia spp.) et les lentilles d'eau (Lemna spp., Azolla caroliniana) (Reddy, 1984) présente de plus l'avantage non négligeable… de rémunérer les producteurs et de contribuer nettement à l'approvisionnement alimentaire de la ville !

*

*




Symbolisme :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


NASTURUUM (italien : nasturzio, crescione ; français : cresson). — La graine du cresson, d’après Macer Floridus, a une grande puissance contre les serpents :


Fortius est herba semen ; depellit abortum

Haustum cum vino, ventrisque animalia pellit ;

Et sic serpentis dicunt obstare venenis ;

Solus odor positi carbonibus effugat illas.


On sait que l’odeur du cresson est très forte.

 

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Le cresson des prés passe pour la plante favorite des serpents : dans la Vienne, on prétendait que celui qui en cueillait serait, dans l'année, mordu par l'un d'eux. Certains attribuent toutefois aux graines de la plante un pouvoir contre les serpents. Selon une tradition du Poitou, tout cresson poussant hors de l'eau est vénéneux.

Porter un brin de cresson des fontaines procure la santé.

En Grande-Bretagne, une jeune fille qui, le mars, sème une ligne de cresson et une ligne de laitue peut connaître le caractère de son futur mari : il sera doux et conciliant si la laitue pousse en premier mais si c'est le cresson, il sera exigeant et parfois violent.

*

*




Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :




Mythes et légendes :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Certains paysans de la Haute-Bretagne croient que le cresson ne vient que dans les ruisseaux où l'on a roui du lin, et qu'il est produit par la graine de cette plante.

[...] D'autres interdictions sont basées sur la croyance que des animaux dangereux se cachent dans le voisinage de la plante ou qu'elle est elle-même une sorte de poison. Les paysans de la Vienne .qui regardent le cresson des près (Cardamine pratensis) comme la fleur favorite des serpents, recommandent aux enfants de ne pas la cueillir sous peine d'être piqués dans l'année par un de ces reptiles.

[...] Le cresson qui croît hors de l'eau passe en Poitou pour être vénéneux.

*

*


203 vues

Posts récents

Voir tout