Blog

  • Anne

La Passiflore




Étymologie :

Étymol. et Hist. 1808 (J. de bot., t. 1, p.96). Empr. au lat. sc. passiflora «id.» 1735 (Linné, Syst. Nat., Regnum vegetabile, gynandria. Pentandria. Passiflora) d'apr. le nom flos passionis donné dès 1737 par Linné (v. NED, s.v. passiflora), formé des élém. passi-, de passio, -onis, v. passion et de -flora, de -florus, de flos, floris «fleur».

Étymol. et Hist. I. 1598 « bois des Iles appelé aussi ébène rouge » (R. Regnault, Hist. naturelle et moralle des Indes [trad. du texte esp. d'Acosta], fo185 rods Arv., p. 253). II. 1602 Granadilla « fruit de la Passion » (A. Colin, Hist. des Drogues [trad. de l'esp. par l'intermédiaire d'un texte lat.], p. 668, ibid.); 1647 Grenadille (Relation de l'Isle de la Guadeloupe, fo20 vo, ibid.). I empr. à l'hispano-amér. granadillo « id. ». II empr. à l'hispano-amér. granadilla « fleur et fruit de la Passion » (v. Al.), tous deux dimin. de granada « grenade » (v. Cor., s.v. grano) : granadillo en raison de la couleur rouge de ce bois, granadilla en raison de la ressemblance de ce fruit avec la grenade.


Lire également la définition des noms passiflore et grenadille afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Passiflora incarnata ; Fleur de la passion.

*

*




Botanique :


Passiflora incarnata est la seule passiflore inscrite à la pharmacopée et la seule reconnue en médecine pour ses propriétés sédatives et anxiolytiques intéressantes. Passiflore edulis est la passiflore la plus utilisée dans le domaine agroalimentaire.

*

Selon Yves Lies, auteur d'une plaquette intitulée "La Passiflore" et éditée par l'Institut Européen des Substances Végétales :


La passiflore est une plante grimpante à feuilles alternes que l’on rencontre essentiellement en Amérique Centrale et du Sud, mais aussi en Asie tropicale, en Australie et en Polynésie. Ses fleurs, solitaires, sont de grande taille (5 à 9 cm). Le fruit est ovoïde et ressemble à une petite pomme à chair jaune. On utilise en thérapeutique les parties aériennes de passiflore.

Lire la suite.

Eric Julien et al., dans Le choix du vivant. (Éditions Les Liens qui libèrent, 2018) prend l'exemple de la passiflore pour nous faire comprendre la nécessité de certaines transformations :


La morphogénèse : ces lois qui déterminent les formes, aussi bien en biologie (l'ensemble des transformations que subit l'embryon avant d'obtenir sa forme spécifique), qu'en géographie (phénomènes naturels déterminant la création des reliefs), nous permet de comprendre que la création d'une forme n'est pas un simple processus aléatoire.

Il s'agit de la matérialisation d'un ensemble de paramètres, certains visibles d'autres non, dont l'intention doit avoir un sens, pour celui qui la conçoit, et pour ceux qui la perçoivent. Si la forme n'a plus de sens, ne répond plus à un besoin, une alternative s'offre à elle : soit elle évolue et se transforme, soit elle disparaît. L'exemple de la passiflore est remarquable. Cette liane, plus connue par ses fruits, les fruits de la passion, peut se métamorphoser plus de 150 fois en une dizaine d'années, afin d'échapper aux ruses et aux agressions de son seul ennemi, la chenille papillon Heliconius, qui dévore ses feuilles. Tous les systèmes, qu'ils soient vivants ou économiques, n'ont pas cette capacité de métamorphose. Il est parfois nécessaire de traverser le chaos pour reconstruire, renaître ou repartir de zéro.

*

*




Phytothérapie traditionnelle :


Clément Berliet dans sa Thèse d’exercice (1992, Thèse de doctorat, Université de Limoges) précise les caractéristiques de la passiflore :


La passiflore est utilisée dans les troubles mineurs du sommeil. On utilise les parties aériennes de Passiflora incarnata. Les autres espèces de passiflore (Passiflora edulis, Passiflora quadrangularis…) ne correspondent pas à la passiflore officinale et ne sont pas indiquées en thérapeutique. C’est une liane vivace à tiges ligneuses grimpantes. Ses feuilles vertes sont trilobées aux bords finement dentés et la fleur est pentamèrique, odorante et elle peut mesurer jusqu’à 5 cm de diamètre. La fleur est pourvue d’un calice à 5 sépales, d’une corolle13 de pétales blancs ornée d’une double couronne de filaments pourpres, de 5 étamines et d’un pistil puis de l’ovaire.

Constituée principalement de flavonoïdes et d’alcaloïdes (dérivés harmaniques), elle contient également une très faible teneur en huile essentielle qui est riche en limonène et α-pinène.

Selon la pharmacopée, la drogue est constituée par les tiges et les feuilles et elle se caractérise par des fragments de tiges creusés et par des vrilles. Utilisée en cas d’insomnie, la passiflore provoque un sommeil proche du sommeil physiologique et elle sera indiquée chez l’hyperactif stressé dont l’endormissement est difficile et qui a un sommeil superficiel et agité.

Les propriétés anxiolytiques (extrait hydroalcoolique) et sédatives (extrait aqueux) ont été explorées par de nombreuses équipes de recherche et montrent l’importance du solvant d’extraction. L’action sédative est attribuée à la fraction flavonoïdique de la drogue et des expérimentations animales ont mis en évidence une prolongation significative du sommeil. Cependant, la passiflore a toute sa potentialité thérapeutique quand ses flavonoïdes sont en présence des alcaloïdes (harmane et dérivés).

La passiflore est également utilisée dans les troubles d’accélération cardiaque entraînés par le système nerveux sympathique et c’est la plante la plus adaptée pour calmer les enfants dans le cas de surexcitation ou d’insomnie par agitation. La pharmacopée européenne possède des monographies concernant la drogue et son extrait sec mais, dans les deux cas, une teneur minimale de 1,5 % en flavonoïdes est requise.

*

*

Dans sa thèse de doctorat en pharmacie soutenue en 2010 à l'université de Nantes et intitulée Le genre Passiflora L. : d'une fleur symbolique à de multiples utilisations, Julie Lambert rapporte de nombreux usages anciens :


À la fin du XVIème siècle, les aztèques utilisaient déjà les passiflores qu’ils cultivaient pour la consommation des fruits et pour les propriétés sédatives et hypnotiques (Clavilier, 2009).

Les Indiens Cherokee réalisaient des infusions de racine pour l’usage local contre les abcès et les douleurs auriculaires (Fleurentin et Hayon, 2007).

Les Amérindiens se servaient des feuilles en cataplasmes pour soigner les blessures et les ecchymoses. Les jus de fruit étaient utilisés pour soigner les douleurs oculaires et les feuilles broyées pour soulager les hémorroïdes, les brûlures et les éruptions cutanées. (www.passeportsante.net : A)

Beaucoup d’espèces du genre Passiflora sont utilisées dans les thérapeutiques traditionnelles de différents pays. (Dhawan et al, 2004). Parmi lesquelles, on peut citer les utilisations suivantes :

Passiflora foetida est utilisée en Guadeloupe comme hypotenseur, régulateur de la fonction hépatique et vermifuge ; alors qu’au Congo, elle s’emploie en instillation nasale contre l’épilepsie, en cataplasmes pour soigner les affections bronchiques et en tisanes en cas de blennorragie.

Le fruit de Passiflora edulis est utilisé aux Antilles comme hypotenseur.

Les feuilles de Passiflora laurifolia servent de désinfectant de panaris, de furoncle et de vermifuge (Boullard, 2001). Mis à part leurs propriétés thérapeutiques, les passiflores ont un intérêt dans le domaine agro-alimentaire et comme plantes d’ornement.

*

*




Symbolisme :


France-Marie Renard-Casevitz reproduit des motifs picturaux dans un article intitulé "Inscriptions. Un aspect du symbolisme matsigueng" paru In : Journal de la Société des Américanistes (Tome 67, 1980, pp. 261-295) et en donne la signification symbolique. L'un d'entre eux est défini ainsi :


Nosangatakero shimoritogi : « j'ai dessiné la fleur de la passion ». Il faut noter que shimori signifie bulle d'air et shimoritogi, écume en plus du sens précédent, fleur du passiflore. Ainsi dans la langue matsiguenga, la délicate fleur blanche et l'écume sont synonymes à moins que l'homonymie provienne, comme je le pense, d'une proximité sémantique des signifiés.

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


La passiflore ou "fleur de la Passion" - appelée ainsi car ses fleurs sont étoilées - présente des filaments comparés à la couronne d'épines, son pistil comporte trois styles (clous de la Passion) et ses feuilles sont aiguës (la lance) ; elle fait régner paix et calme dans une maison et en éloigne "toute espèce de perturbation" Portée sur soi, elle attire l'amitié et la popularité ; glissée sous l'oreiller, elle facilite le sommeil.


Note = style : "Partie allongée du pistil (et du carpelle), entre l'ovaire et le ou les stigmates" (Le Petit Robert).

*

*

Julie Lambert dans sa thèse de doctorat en pharmacie soutenue à l'université de Nantes et intitulée Le genre Passiflora L. : d'une fleur symbolique à de multiples utilisations (2010) précise que :


La passiflore fut une des plantes symboliques utilisées par les missionnaires espagnols pour propager la parole de Dieu. (Couplan, 2000) (Knapp et al, 2003).

L’Europe découvrit les passiflores seulement après la conquête de l’Amérique par les espagnols. Ils les appelèrent granadillas en raison de la ressemblance de leurs fruits avec les grenades utilisées à l’époque. (Ulmer et Mac Dougal, 2004) (André, 1995)

[...]

En 1569, Nicolas Monardes, médecin espagnol, a publié son travail sur les plantes et les herbes médicinales utilisées en Indes occidentales. Dans la seconde édition de 1596, une monographie décrit la grenadille. Il fut le premier à la décrire et à rapporter une certaine similitude entre la fleur et les marques de la crucifixion du Christ. (Ulmer et MacDougal, 2004) (André, 1995) (Clavilier, 2009). [...]

La légende de la fleur de la passion ainsi que l’origine du nom de la plante sont souvent attribuées à Jacomo Bosio, moine scolastique italien.

En 1609, Emmanuel de Villegas, moine mexicain en voyage à Rome, lui présenta des illustrations d’une passiflore. Jacomo Bosio fut d’abord sceptique quant à l’existence de cette fleur insolite, mais ses doutes s’envolèrent lorsqu’il découvrit les dessins, descriptions, textes et poèmes ramenés à Rome par d’autres jésuites. (Knapp et al, 2003) (Ulmer et MacDougal, 2004) (Vanderplank, 2000)

Jacomo Bosio inclût la passiflore dans son traité consacré à la croix et au calvaire du Christ en 1610. Pour lui, Passiflora caerulea était la preuve absolue de l’existence du Christ et de sa Passion. (André, 1995)

La fleur reste ouverte une journée puis se referme, ce qui signifie pour Jacomo Bosio que les mystères de la Croix et de sa Passion devaient rester ignorés des populations païennes jusqu’au jour choisi par le Seigneur. (Knapp et al, 2003) (Vanderplank, 2000).

Sur la figure suivante, on peut observer les différentes structures de Passiflora caerulea ayant inspiré Jacomo Bosio. Il est parfois difficile de retrouver tous ces éléments car sa description est éloignée de la fleur réelle.

Il décrit les structures suivantes de P. caerulea comme les représentations du calvaire du Christ :

La colonne centrale représentait la croix.

Les 3 styles du pistil symbolisaient les 3 clous utilisés pour sa crucifixion.

Les 5 étamines teintées de rouge figuraient les gouttes de sang coulant des 5 plaies du Christ.

L’ovaire volumineux évoquait l’éponge imbibée de vinaigre.

La couronne et ses 72 filaments rappelaient la couronne du Christ tressée de 72 épines.

Les filaments à pointes rose vif représentaient le fouet sanglant.

Les feuilles à 3 lobes rappelaient la lance.

Les taches rondes foncées sur la face inférieure des feuilles figuraient les 30 pièces d’argent que Judas reçut pour avoir trahi son maître.

Les vrilles représentaient le fouet.

(Fleurentin et al, 2007) (Knapp et al, 2003) (Pelt, 2004) (Vanderplank, 2000).


Certaines passiflores ont été introduites en Europe par les conquistadors espagnols au XVIIème Siècle dont Passiflora incarnata qui fut la première espèce à être cultivée à Paris en 1612. (Ulmer et MacDougal, 2004). Durant ce siècle, de nombreuses descriptions et illustrations d’espèces de passiflores ont été retrouvées. Les botanistes adaptèrent la symbolique à la forme des fleurs des espèces nouvelles :

Les 5 pétales et les 5 sépales devinrent les 10 apôtres présents à la crucifixion, Pierre et Judas étant absents.

Les 3 grandes bractées devinrent la Sainte Trinité.

(Knapp et al, 2003) (Vanderplank, 2000).

*

*




Mythologie :

Selon Annie Boule, dans un article intitulé "Notes sur la civilisation guaranie" paru In : Mélanges de la Casa de Velázquez, tome 1, 1965. pp. 255-278, :


L'étrange et symbolique mburucuyâ (passiflore) si souvent commenté et représenté (en particulier sur les timbres d'Uruguay...) ne pouvait que couronner ces légendes relatives aux plantes d'Amérique tropicale. Son histoire est en effet une triste idylle qui rejoint celles de Léandre et Héro, de Roméo et Juliette et surtout de Pyrame et Thisbé — puisque dans ce dernier cas le sang des deux jeunes gens qui se sont tués par amour colore le mûrier «dont jadis les fruits étaient blancs». Il était donc une belle espagnole, nommée Mburucuyâ par le chef guarani qui l'aimait.

Mais le père de la jeune fille, un sévère capitaine qui s'opposait à leur union, tua un jour en secret le malheureux amant. Lorsque Mburucuyâ l'apprit par la mère du jeune homme, elle creusa une fosse où elle déposa le corps de celui qu'elle aimait, et se transperça le cœur d'une flèche qu'il lui avait donnée. La vieille indienne recouvrit les deux corps et quelque temps après elle vit jaillir de la sépulture une plante inconnue... Il restait à rattacher cette tradition aux attributs de la passion du Christ qui caractérisent la passiflore: pour tout accorder, même si l'interprétation n'est pas très orthodoxe, les indigènes ajoutèrent donc que Celui qui était mort pour l'amour des hommes avait approuvé le sacrifice de la jeune fille...

*

*



233 vues