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  • Anne

La Pariétaire




Étymologie :

Étymol. et Hist. Fin xiiie s. subst. fém. paritaire (Simples medecines, éd. P. Dorveaux, p. 159, § 918) ; 1544 pariétaire (Duchesne d'apr. Roll. Flore t. 10, p. 54). Empr. au lat. parietaria «id.» substantification au fém. de l'adj. parietarius «de mur», dér. de paries, -etis «paroi» v. aussi André Bot.


Lire également la définition du nom pariétaire afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Parietaria officinalis L. ; Camberousette ; Casse-Pierre ; Escargoule ; Gamberoussette ; Herbe à bouteille ; Perce-muraille.




Botanique :


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Phytothérapie :


Dans l'article intitulé "Plantes de femme. Corps et sang féminin" paru dans Ecologie humaine en 1993, Anne-laure Rigouzzi mentionne la pariétaire :


Le domaine thérapeutique visé oriente le choix des plantes. Ainsi, les plantes "amères", définies par leur saveur caractéristique, assurent-elles l'entretien général et interne de l'organisme, sous forme de soins préventifs ou curatifs. Parallèlement se profile l'ensemble de plantes "nettoyantes" à usage mixte, interne et externe. En tisane, elles "purgent l'intérieur et les glaires" (la Pariétaire, Parietaria officinalis). En lavage et compresse, elles lavent la peau des "petits", les "croûtes de lait des bébés", "les humeurs de peau des nourrissons", ou encore "l'eczéma" (la Saponaire, Saponaria officinalis). […]

La Pariétaire (Parietaria ojficinalis), autrefois "panacée du jeune âge", est toujours associée aujourd'hui à l'idée de "l'intérieur des bébés", pour "les dégager après la naissance... ils sont engorgés..., ça les débarrasse...".

[…]

Notons que bien d'autres plantes possèdent cette marque rouge de bon nombre de remèdes dépuratifs, comme la pariétaire ou "Gamberoussette". qui signifie "jambe rouge". Cette espèce, aux tiges rouges, est en effet "dépurative", "diurétique" et "bonne pour le sang". L'analogie entre le mal et les caractéristiques de la plante, sa couleur, sa forme, sa saveur et son parfum sont autant de fils qui permettent de retrouver la trame de la perception populaire des remèdes végétaux.

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Pierre Lieutaghi, dans L’herbe qui renouvelle : Un aspect de la médecine traditionnelle en Haute-Provence. (Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2014) revient sur l'utilisation de la pariétaire :


Crasses du corps et plante nettoyante : la pariétaire

Hypersécrétion de la muqueuse intestinale, les glaires dont il est question ici se manifestent, entre autres, dans l'entérite enfantine, affection fréquente autrefois (erreurs alimentaires, hygiène défectueuse) et cause de beaucoup de décès par déshydratation. Nul doute qu'ils aient été perçus comme des « humeurs viciées » appelant l'intervention des plantes dépuratives Dans notre aire géographique et, semble-t-il, dans une grande partie de la région méditerranéenne française, c'est à la Pariétaire qu'on a eu le plus souvent recours quand ce symptôme se manifestait.

[...]

Urticacée très courante que les vieux murs, dans les villages méridionaux, la Pariétaire est surtout connue de nos jours comme diurétique-adoucissante. Son emploi dans les diarrhées des nourrissons était si courant, autrefois et naguère, qu'on pourrait presque la qualifier de « panacée du jeune âge ».Panacée suspecte selon certains :


Trop souvent dans la première enfance, écrit Réguis, un régime mal compris, une alimentation précoce, l'influence des chaleurs estivales (...) troublent les fonctions digestives et donnent la diarrhée verte, affection redoutable, car elle met en quelques jours la vie de l'enfant en péril. Les bonnes femmes (sic) ne s'émeuvent guère de tout cela et comme les déjections sont vertes, l'enfant a l'aigo de goutet. Alors on lui fait consciencieusement boire de la tisane de Pariétaire, plante qui, ayant la couelur des excréments du petit malade, doit nécessairement guérir l'affection. Dire le nombre d'enfants qui, chaque année dans notre Midi, meurent, victime de ce préjugé, est impossible.

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Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Selon Pline, la déesse Minerve montra en rêve cette plante à Périclès, homme d'État athénien, dont un des esclaves, tombé d'un temple en construction, luttait contre la mort. La pariétaire le sauva.

Plus tard, elle fut appelée « herbe aux Nonnes » en vertu de ses qualités supposées d'anti-aphrodisiaque. En réalité, comme la pariétaire pousse sur le vieux murs, on la trouvait sur ceux des couvents, d'où cette association.

A Marseille, un petit paquet de la plante herbacée, attaché sous la cheminée, fait passer les aphtes.

Selon Françoise GAIDE auteure d'un article intitulé "Les noms des ‘plantes des femmes’ dans les textes médicaux latins, lexicologie et ethnologieé paru dans l'ouvrage M. Fruyt et Cl. Moussy (éd.), Structures lexicales du latin, Paris, 1996, p. 85-95 :

Je pense que dans le cas de la pariétaire helxine fait de toute évidence allusion à ce qu'elle accroche les vêtements, comme le propose d'ailleurs Pline (22, 41 : ... semina un capitibus lappaceis adhaerescentia uestibbus, unde et helxinem dictam uolunt). Cette plante n'a pas d'usage en obstétrique. Par contre c'est bel et bien avant tout « l'herbe qui accroche », comme l'a montré l'ethnobotaniste Pierre Leutaghi dans un très beau livre relatif à la médecine traditionnelle en Haute-Provence, en signalant son emploi à Mane, comme goupillon, pour laver les bouteilles, ou à Banon, comme tampon, pour récurer les casseroles, ou encore son nom latin d'urceolaris, très bien attesté, par exemple chez Scribonius Largus et Pline, qu'il faut interpréter comme « herbe aux cruchons », et son nom médiéval de vitréole.

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Pierre Lieutaghi, dans L’herbe qui renouvelle: Un aspect de la médecine traditionnelle en Haute-Provence. (Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2014) revient sur l'uitilisation de la pariétaire :


[…] La Pariétaire n'est évidemment pas la seule plante verte - et la « médecine des signatures » pour simpliste qu'elle être parfois, ne tombe jamais dans la stupidité. Nos enquêtes nous montreraient plutôt la Pariétaire associée à l'image du rouge, couleur de sa tige. Cette particularité lui vaut, dans le Var en particulier, le koli nomde Camberousette (ou Gamberoussette = « jambe rousse »).

[…]

Reste encore l'enseignement des animaux. J'ai déjà brièvement évoqué ailleurs le comportement des chiens qui broutent littéralement la Pariétaire sur les murs (observations personnelles dans le Haut Var et les Cévennes du Gard) et les déductions qu'on pu en tirer les médecins du passé ou les simples « empiriques ». Rolland, de son côté cite les auteurs du XVIe siècle (dont Ambroise paré) selon lesquels les oiseaux « se purgent et se guérissent des maladies au moyen de cette plante », en particulier les coqs qui ont tué des vipères. A La Brillane, Monsieur M. « purgeait ses chiens de chasse » à la Pariétaire, qu'il faisait infuser dans leur soupe.

Il n'est pas exclu que la fonction « purgative » de la Pariétaire, en médecine humaine, ait été « apprise » par observation de l'« auto-médication animale » et que l'interprétation des « signes » propres à la plante soit venue étayer, affiner ce savoir brut.

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