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  • Anne

La Panthère





Étymologie :

  • PANTHÈRE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1121-34 pantere (Philippe de Thaun, Bestiaire, éd. E. Walberg, 461). Empr. au lat. panthera «panthère», du gr. π α ́ ν θ η ρ «guépard, sorte de panthère».


Lire également la définition complète du nom pour repérer quelques pistes d'interprétation symbolique.

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Symbolisme :

Selon Eloïse Mozzani, auteure du Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, S.A.S, 1995, 2019) :


Consacrée à Dionysos, dieu grec de la Vigne, parce que la panthère passait pour aimer le vin et que les nourrices du dieu furent changées en panthères, cet animal fut considéré au Moyen Âge comme le symbole de la rouerie diabolique et même des hérétiques "portant sous un visage d'albâtre une âme d'ébène" : selon Florimond de Raemond, juriste et conseiller du roi en sa cour de parlement de Bordeaux (Histoire de la naissance, progrez et décadence de l'Hérésie de ce siècle, Rouen, 1629), la panthère "est d'une suave odeur, et a la peau d'une si agréable diversité de pelage, et variété de couleurs, qu'elle attire par là infinis petits animaux à soi, lesquels par après elle dévore comme la plus cruelle de toutes les bêtes, ainsi que l'étymologie de son nom le montre, venu de Pan et de Thirion, qui vaut autant à dire que toute férocité. Tel est le naturel du diable, qui cache ordinairement la doux-flairante senteur, et bigarrure différente de l'extérieur des Hérétiques ses vassaux et sujets, par lequel il fait approcher de soi les âmes les plus simples, pour servir de pâture à la bouche infernale, vraie Panthère et toute dévorante".

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D'après Madonna Gauding, auteure de Animaux de pouvoir, Guides, protecteurs et guérisseurs (Octopus Publishing Group 2006 ; traduction française Éditions Véga, 2006) :


"Guide d'interprétation

En tant que symbole onirique

Beauté ; Féminité ; Obscurité ; Pouvoir ; Passion ; Renaissance ; Rédemption.


En tant que gardien ou protecteur

Protège contre un passé douloureux ; Fonctionne en tant que protecteur et gardien permanent.


En tant que guérisseur

Aide à reconquérir le pouvoir qui vous a été enlevé ; Aide à reconquérir le pouvoir abandonné.


En tant qu'oracle ou augure

Poursuite de l'illumination spirituelle ; La perte conduit à un meilleur résultat.


Mythes et contes

Dans de nombreuses cultures, la panthère st le symbole du féminin, de la déesse-mère sombre, magique, du pouvoir de la lune noire.

Si la panthère est votre animal de pouvoir

Lorsque vous avez des problèmes, ceux-ci sont graves - toxicomanie, mauvais traitement dans l'enfance non résolu, mariage brisé, troubles avec la loi. Cependant, si affreux que soit votre passé, vous en émergez plus fort, en contact avec votre grand pouvoir réel. A un moment de votre vie, vous connaissez la rédemption et la renaissance menant à l'éveil spirituel. Vos problèmes viennent de la méconnaissance de votre pouvoir et de sa canalisation vers des buts positifs. Passionné et d'apparence saisissante, vous attirez facilement les membres du sexe opposé.


Demandez à la panthère de vous aider :

- à surmonter un grave problème émotionnel

- à entrer en contact avec votre pouvoir réel

- à être à l'aise avec l'inconnu

- à croire que votre vie peut être transformée.


Accéder au pouvoir de la panthère en :

- devenant le mentor d'adolescents perturbés

- cherchant un maître spirituel

- vous habillant de velours noir.


La panthère se retire souvent pour dormir dans une grotte pendant quelques jours. Si vous avez connu une expérience difficile ou un traumatisme, prenez quelque jours pour vous reposer, recharger vos batteries et guérir vos blessures émotionnelles.


Élément Terre."

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Pour David Carson, auteur de Communiquer avec les animaux totems, puisez dans les qualités animales une aide et une inspiration au quotidien (Watkins Publishing, 2011 ; traduction française Éditions Véga, 2011), la panthère appartient à la famille de la Beauté intérieure, au même titre que la colombe, l'abeille, la gazelle, le renard, la baleine, le cygne, le panda géant, la vache, le cerf, l'oiseau-tonnerre, le colibri, la cigogne, la licorne et le dauphin.


"Beauté intérieure

Certains animaux ont un lien évident à l'élégance - c'est le cas de la colombe et de la gazelle par exemple, qui ouvrent ce chapitre. La ruche d'abeilles est une image harmonieuse de coopération humaine, et le miel symbolise la substance spirituelle. Le chant des baleines, le vol majestueux du cygne, la nature insaisissable de la panthère des neiges, l'éclat du colibri, l'esprit joueur du dauphin - tous ces animaux se rangent harmonieusement aux côtés de la colombe et de la gazelle. D'autres créatures compensent leur manque de grâce par leur caractère et leur symbolisme. Le renard vous est présenté pour son esprit vif et astucieux ; la vache, pour sa pureté ordinaire et sa douceur, tandis que la panda est une incarnation graphique du yin et du yang. en nous aidant à développer notre potentiel, tous les animaux, même le plus roublard, le plus nonchalant, ou le plus comique d'apparence, peuvent contribuer à notre beauté intérieure.

[...]

La panthère étanche sa soif au bord d'une mare bleu argenté. De loin le plus élégant de tous les félins, elle est secrète et insaisissable. Ses yeux vert-or étincellent. Son pouvoir et son audace sont immenses. Après le lion, le tigre et le jaguar, la panthère (ou léopard) est le quatrième plus grand félin. Usant de sa force musculaire et d'une précision d'attaque bien plus grande que celle du tigre, elle est la maîtresse tachetée du camouflage, se fondant dans presque tout type d'environnement.

Dans le monde antique, la panthère était un attribut du dieu Dionysos (Bacchus chez les Romains), créateur-destructeur ; en art, on a a souvent représenté deux panthères tirant le char de Dionysos, et les taches de l'animal étaient associées aux multiples yeux du légendaire Argus.

Certaines cultures soutiennent que les panthères peuvent se rendre parfaitement invisibles si elles le souhaitent, et de nombreuses légendes les décrivent comme des êtres changeant de forme. Il existerait des panthères aux pouvoirs surnaturels qui se transformeraient en jolies femmes et mèneraient les homes à leur perte. Des contes relatent aussi l'histoire de sorciers capables de se changer en panthères et autres félins, et qu, la nuit, attendraient leurs victimes près des chemins désertés.

Plus positivement, l'animal est intelligent, splendide et gracieux. Ses pattes sont plus courtes que celles des autres grands félins, et il peut peser jusqu'à 90 kg. Contrairement aux lions et aux tigres, la panthère sait grimper aux arbres et aux poteaux, ce qui implique qu'elle peut bondir d'ne haut sur une proie. Rusée, elle possède par ailleurs un corps agile, mince et redoutable, aux griffes et aux dents acérées.

Les mouvements souples et tranquilles de l'animal sont empreints d'une grande force, qui peut soudainement se muer en fureur explosive. Ce grand félin est extrêmement redouté. Animal guetteur, il est capable de se transformer en un instant. Il se déplace avec une rapidité qui suscite à la fois crainte et fascination, et frappe avec une précision mortelle. C'est sa façon d'agir. Chassez le naturel (de la panthère), il revient au galop, comme dit le vieux proverbe - mais enfin elle n'en a nul besoin. dans le domaine de la pensée et de l'intellect, ou dans un environnement sainement compétitif, rien ne sert d'être agressif. Dans vos méditations, imaginez-vous à dos de panthère, même si vous choisissez de ne pas être une panthère.

S'il s'agit de votre animal spirituel portez un talisman jaspé peau de léopard, de préférence trouvé dans la nature, ou toute autre pierre tachetée comme l'animal. Ce type de pierre vous connecte à la volonté et à l'énergie guerrière de la panthère. On dit que de tels bijoux portés par les chamans protègent de l'agression ou du danger. La pierre peut également être une aide lors d'un voyage astral.

La panthère peut vous apprendre à voir et à entendre les choses qui en temps normal vous échappent. En tant que collaboratrice spirituelle, elle peut vous aider à assimiler des connaissances rapidement. Rappelez-vous : le silence précède la vitesse - le calme avant l'attaque. Les méditations sur la panthère vous amèneront à un calme concentré, et à un pouvoir compact et imparable. L'esprit du léopard vous fournira un incroyable état d'alerte et une répartie à toute épreuve. L'animal vous apprendra à bondir.


Mot-clé : Audace et rapidité.

Mystique panthère des neiges

La panthère des neiges, menacée d'extinction, est un animal nocturne très actif du crépuscule jusqu'à l'aube. Avec leurs courtes pattes avant et leurs longues pattes arrière, ces félins sont faits pour escalader les montagnes. Ils portent une épaisse fourrure grise avec des ronds noirs et vivent dans les hautes montagnes de l'Asie centrale. Leur longue queue touffue peut dépasser un mètre - elle est presque aussi grande que leur corps. Ils se mettent souvent en boule et utilisent leur queue comme une sorte de boa de fourrure qui leur tient chaud.

En Chine, Inde, Kazakhstan et Mongolie, les contes sur la mystique panthère des neiges sont légion. Au Tibet et au Népal, des légendes racontent comment des chamans lamas se transforment en panthères des neiges et parcourent de grandes distances sous cette forme. Le grand poète-saint et maître du XIe siècle Milarepa fut souvent observé sous l'apparence du félin. Dans ces traditions antiques, un chaman assis sur la peau sacrée d'une panthère des neiges était propulsé sur un tapis magique vers les hauts esprits, et jusqu'au lieu de la compréhension suprême - jusqu'aux véritables portes de la sagesse.

Créez-vous votre propre panthère des neiges et voyagez vers de royaumes extraordinaires."

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),

Les naturalistes ont décidé que le grand félin s'appellerait léopard ou panthère suivant qu'il est d'Afrique ou d'Asie. L'imaginaire néglige cette distinction. Le vocabulaire usuel du rêve ne connaît guère qu'une image, celle de la panthère. Au chercheur qui s'apprête à suivre sa piste, le superbe fauve réserve une surprise de taille : on chercherait en vain, dans les scénarios relatant l'aventure onirique, une évocation de la magnifique robe tachetée aux tons fauves.

La reine des savanes de l'imaginaire est une panthère noire, aux yeux dorés. Celle-là règne dans 70% des rêves pris en référence. Si le regard se concentre sur les scénarios dans lesquels le félidé assume un rôle important, c'est, dans neuf cas sur dix, de la panthère noire qu'il s'agit. L'observation vaut pour l'ensemble des productions oniriques, qu'elles soient émises par une femme ou un homme. Vers quelles zones ténébreuses de la jungle de l’imaginaire sera-t-on entraîné sur les traces de l'énigmatique reine noire ?

L'analyse des associations dirige l'attention sur deux associations dominantes : d'une part la mère de la rêveuse ou du rêveur, liée à l'évocation d'un bébé d'autre part, la mort. La mort et les images qui l'expriment avec un réalisme brutal : le cadavre, le cercueil, le cimetière.

L'ombre de Bagheera, la mère redoutable de Mowgli, semble s'étendre sur chaque rêve où se déploient les mouvements souples de la panthère. La puissante ambivalence de l’image plonge l'âme qui l'accueille dans le plaisir trouble dur risque de la blessure et d'un rêve de caresse. Une phrase de F. Nietzsche résume ce félidé : "Ô Zarathoustra... [...] un peu de fourrure autour des griffes et tu es prêt à aimer tous les monstres ! " A suivre cet axe de réflexion, on glisserait le long des inévitables déclinaisons de la disposition sadomasochiste. La panthère noire, reine du rêve, invite à d'autres considérations.

La symbolique des félins s'organise autour de l'élasticité cinétique. La souplesse des formes, l'imprévisibilité des mouvements, font de ces animaux des représentations de la disponibilité vis-à-vis des métamorphoses, des restructurations de la psyché. Mais qu'en sera-t-il de la panthère en robe de deuil ? L'analyse la révélera-t-elle comme un signe de blocage du processus d'évolution ou comme l'agent mystérieux apte à guider le rêveur jusqu'au noyau de sa problématique ? La plupart des personnes qui ont produit l'image de la panthère ont été marquées, dès leur jeune âge, par la mort d'un membre de l'entourage familial. 80% de celles-là n'avaient pas eu, et pour certaines ne pouvaient avoir, l'enfant qu'elles désiraient. Au fil de l'exploration des rêves et de la problématique de leurs auteurs, on voit s'ébaucher une hypothèse que bien des images viendront consolider.

Le schéma serait le suivant : au cours de l'enfance, la mort d'un proche, petit frère, petite sœur ou parent du même sexe que le rêveur, a suscité l'inavouable satisfaction de la disparition d'un compétiteur. Le refoulement de la joie "diabolique" engendre l'angoisse coupable, tenace. La culpabilité oppressante s'exprimera par des sensations d'altération du système respiratoire. elle induit des interdits qui s’opposent, par des voies détournées, la volonté de procréation. L'oppression engendrera, dans les rêves, des images de charges sur la poitrine ou sur le dos. L'insupportable fardeau induit à sont tour une réaction de révolte qui se traduit elle-même par un comportement agressif par rapport à l'environnement? C'est le refuge dans l'attitude sauvage, qualificatif qui accompagnera fréquemment l'image de la panthère.

Le vingt-sixième rêve de Geneviève, un des rares scénarios dans lesquels la panthère occupe une place marquante sans qu'il soit précisé si l'animal est noir ou non, contient des images et des réflexions susceptibles de corroborer ma proposition. Geneviève a perd sa mère alors qu'elle-même n'avait pas douze ans :


« ... Un fauve qui cracherait du feu... une lionne qui crache le feu, autour d'elle, deux ou trois lionceaux... [...] Là, j'ai un peu le sentiment d'étouffement, je ne sais pas pourquoi... j'ai l'impression que j'étouffe, comme si j'étais enceinte... comme si je me souvenais d'avoir été enceinte, ce qui est tout à fait faux... [...] Un volcan... j'ai peur d'étouffer... c'est très noir, avec de la lave rouge en dessous... c'est brûlant, ça fait mal et ça peut étouffer...là, ça me fait penser aux cendres... aux cimetières pour cendres des gens morts... c'est comme si on m'avait brûlée et mise dans un petit casier... là... image d'un cercueil qu'on met dans le four... flammes très vives... [...] Impression d'un rocher sur le cou... ouais... un rocher encore... comme si on voulait m’empêcher de respirer... je ne comprends pas pourquoi... c'est une grosse pierre grise... posée juste sur mes poumons, pas sur mon ventre, comme si on voulait m'asphyxier... comme s'il y avait quelqu'un assis sur le rocher pour que ce soit plus lourd... peut-être mon père ?... Et je me débats...comme si c'était inéluctable que j'étouffe... comme si ça me faisait peur de respirer vraiment... [...] Maintenant je repense à la mort... je suis dans une église, où il y a un cercueil... celui de ma mère peut-être ?... Il faut que je sorte de l'église... je ne peux plus supporter ces gens sinistres... ils s'en foutent !... A nouveau, impression d'étouffer... un cercueil posé sur les poumons... c'est plus encombrant qu'un rocher !... Tout à coup, je deviens une panthère... envie de mordre tout ça et de partir dans la forêt... comme si la seule solution pour sortir de tout ça était de devenir un animal sauvage... je suis une panthère... je suis beaucoup mieux... je peux respirer tout à fait... je prends plaisir à bouger, à remuer... je suis libre... on ne pourra plus me mettre un cercueil sur le dos... je me baigne dans une rivière... ça fait du bien... c'est comme si je me lavais de ma famille... que l'eau faisait partir la mort, la maladie, les horreurs... et ça fait que je peux ne plus être une panthère !... »

La chaîne d'associations qui relaie la mort, la menace d'étouffement, le poids sur la poitrine ou sur la dos, la panthère, le caractère "sauvage" et la délivrance est clairement apparente dans ce rêve de Geneviève. Tellement apparente, même, qu'on sera tenté de penser que l'hypothèse que nous avons dessinée plus haut repose surtout sur ce scénario. Quelques phrases du cinquante-quatrième rêve de Cédric montreront qu'une telle chaîne appartient bien aux structures fondamentales de l'imaginaire. Cédric avait treize ans lorsque son père est décédé. L'événement a favorisé le développement d'une problématique complexe. Dans l'article consacré à la poupée, nous montrons que celle-là est liée à la mort. Cette observation facilitera la lecture des extraits qui suivent :


« C'est dans un champ de blé doré... je suis allongé et des milliers de mulots me passent sur le corps... [...] Je me bats avec cette jeune femme... je l'ai jetée violemment par terre... elle est probablement morte... j'aperçois alors, derrière une balustrade, une panthère noire aux yeux dorés... elle m'observe... elle est chevauchée par une petite poupée en chiffon, très vilaine, et qui reste immobile. Le doré des blés donne une couleur très chaude, très lumineuse... c'est presque trop lumineux... on ne distingue pas la réalité et tout ça baigne dans une poussière végétale très oppressante pour les poumons... la panthère se dresse sur ses pattes arrière, toujours avec cette poupée sur le dos... [...] Maintenant, moi, j'ai une croix sur le dos... une lourde croix de bois, fixée verticalement... et... en me mettant debout, dans un mouvement brusque, j'ai planté la croix dans le sol et me voilà figé... [...] La panthère a cassé la balustrade... elle vient vers moi, elle m'enlace... il se met à pleuvoir, la jeune femme ressuscite, les blés verdissent... alors je mobilise toutes mes énergies... je pousse un cri de... félin ou de fauve, pour libérer l'énergie... et ce cri de félin se termine sur un cri de nouveau-né... on passe du plus grave au plus aigu, au plus perçant... je suis pris par des mains géantes... je me retrouve la tête en bas... l'air entre dans mes poumons pour la première fis... impression de brûlure très forte... tout ça avec des cris de nouveau-né... je me dirige vers la jeune femme, par terre, je la caresse... comme si c’était la panthère... et la voilà qui bouge à nouveau... »

Sous un habillage différent, il n'est pas difficile de repérer la même chaîne d'associations que celle autour de laquelle se structure le rêve de Geneviève. On y retrouve la mort, la difficulté respiratoire, la charge sur le dos, la panthère, le cri du fauve et la renaissance.

Beaucoup de rêves proposent ainsi des images qui établissent la conviction que la panthère apparaît à l'heure où le rêveur est prêt à se défaire d'une souffrance dont il a trop longtemps assumé le fardeau. La panthère noire représente à la fois la puissance de vie, la terrible oppression de l'angoisse coupable, qui entre en résonance avec l'angoisse de naissance et la dynamique de transformation. Elle affiche courageusement l'origine du mal qui pèse sur l'âme pour mieux le dénoncer et favorise la délivrance. Elle témoigne de l'irrépressible force de renaissance que met en oeuvre la dynamique du rêve éveillé.


Une dernière séquence montrera la panthère dans un rôle de passeur, capable de guider jusqu'aux régions d'un au-là du monde visible. Quand la rêveuse accepte de se laisser emporter par un tel nautonier, au fil de l'Achéron, elle a bien mérité l'émouvante réconciliation qui l'attend au terme du voyage. Florence avait un peu plus de quatre ans lorsque sa petite sœur est morte d'une maladie contagieuse que Florence avait contractée à l'école. On mesure sans peine les conséquences du refoulement de la joie inavouable qui accompagne habituellement la disparition d'un rival en affection parentale, renforcées, dans ce cas, par le refoulement du sentiment de la "faute".

Il s'agit du troisième scénario de la cure de Florence. La rêveuse est entrée dans un temple. Elle a traversé plusieurs salles où étaient accomplis des actes rituels. De petits serpents ont commandé l'ouverture secrète d'une énorme porte de pierre. A leur suite, Florence s'est engagée dans un long couloir qui descend sous la terre :

« … C'est une grotte souterraine... il y a une rivière qui passe là... y a un bateau, que je n'arrive pas à voir vraiment... une panthère noire arrive, avec des yeux très dorés... je la caresse... je m'assieds sur elle... le bateau, c'est une gondole, la panthère monte et se met en proue, devant... y a des banquettes bordeaux, rouge foncé, en velours... je monte dans la gondole... elle s'en va toute seule... on avance au milieu de parois... c'est de la roche... c'est assez clair... là, la rivière descend à pic, mais il n'y a pas d'écume... c'est pas vivant... c'est comme un ruban... on n'a pas peur... on n'a pas peur... c'est à nouveau très sombre... on ne voit rien... c'est noir... l'eau est noire aussi... les serpents sont de chaque côté... c'est eux qui font avancer le bateau !... On doit être arrivé... y a là un homme très très âgé, avec une barbe blanche... un druide... un sage, un mage... il fat signe de le suivre... pourquoi faudrait-il le suivre ? Il a répondu que c'est le seul moyen de connaître ce qu'il y a de l'autre côté... ce n'est plus noir... c'est couleur de nuages... on ne distingue pas grand-chose... impression de grandes salles... je sens des présences mais je ne distingue pas les gens... ah !... y a ma petite sœur... toute petite... c'est un bébé... elle marche... elle s'est approchée de moi, me prend la main... elle me dit qu'elle est bien là où elle est... elle est contente de me voir... elle rit... je ne peux plus... ça m'a réveillée... j'arrête ! » Florence, à cet instant, libère l'émotion intense qui succède à la tension que chaque mot prononcé depuis l'apparition de la panthère trahissait.

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Il suffit de constater l'insistance avec laquelle de nombreux rêveurs et rêveuses soulignent le fait qu'ils marchent aux côtés de la panthère, gardant une main posée sur son cou, son dos ou son flanc, pour se persuader que le grand félidé a vocation de guide accompagnateur. Lorsqu'il met en scène la panthère, l'imaginaire invite l'interprète à diriger son investigation sur les refoulements générateurs de l'angoisse coupable, liés à la disparition d'un proche, parent du même sexe ou collatéral plus jeune que le rêveur, survenus pendant l'enfance de ce dernier. La panthère du rêve, le plus souvent noire, est un acteur puissant de la dynamique de transformation. Comme tous les félins, elle expose la disponibilité vis-à-vis des métamorphoses de la psyché. Plus spécifiquement, elle est l'agent décisif de la dissolution d'un des noyaux durs de la problématique.

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Littérature :


Sylvain Tesson entreprend grâce à Vincent Munier une véritable quête initiatique qu'il relate dans un récit de voyage qu'il a intitulé La Panthère des neiges, (Éditions Gallimard, 2019). Ce faisant, il s'interroge sur sa relation aux animaux :


De la panthère et des félins, je ne connaissais que les représentations d'artistes. Ô tableaux, ô saisons ! Aux temps romains, la bête vadrouillait sur la frontière australe de l'Empire, incarnant l'esprit de l'Orient. Cléopâtre et la panthère se partageaient le titre de reine des confins. A Volubilis, à Palmyre, à Alexandrie, les mosaïstes avaient déployé des panoplies d'animaux sur des parterres où les panthères dansaient la ronde orphique avec des éléphants, des ours, des lions et des chevaux. Le motif tacheté - « la robe bigarrée », disait Pline l'Ancien au Ier siècle après Jésus-Christ – était un blason de puissance et de volupté. Pline croyait savoir que « ces animaux sont très anciens en amour ». Passait une panthère. Déjà le Romain voyait le tapis où se rouler avec une esclave. Mille huit cents ans plus tard, les félins fascinaient les peintres romantiques. Dans les salons 1830, le public de la Restauration découvrait la sauvagerie. Delacroix avait peint les fauves de l'Atlas fouillant l'encolure de chevaux. Il avait donné des tableaux furieux, de muscles et de fumée, où volait la poussière malgré la matière épaisse. Le romantisme fichait sa gifle à la mesure classique. Delacroix avait cependant réussi un tigre au repos dont la force s'abandonnait, avant les carnages. La peinture s'offrait à la brutalité, cela changeait des vierges d'antan. Jean-Baptiste Corot avait conçu une panthère bizarrement proportionnée, chevauchée par un Bacchus nourrisson avançant vers une femme. Ce tableau étrangement boiteux révélait une terreur masculine. Redoutant l’ambiguïté, l'homme n'aime point qu'un monstre ronronnant fasse joujou avec un bébé et une grasse bacchante. C'est que la femme est dangereuse. On ne saurait trop se méfier. A travers la panthère, l'artiste visait la fée fatale, la vierge en cuissarde, la Vénus cruelle ! C'est connu, les carnassières ne font qu'une bouchée des hommes et il faut se garder de leur beauté. La Milady d'Alexandre Dumas était de ce genre. Un jour, insultée par son beau-frère, elle « poussa un rugissement sourd, et se recula jusque l'angle de la chambre, comme une panthère qui veut s'acculer pour s'élancer ». Le mythe mélusinien inspira la fin de siècle. Le Belge Fernand Khnopff – demi-onirique et demi-symboliste – représenta, dans une toile cryptée de 1896 intitulée Des caresses, une panthère à tête de femme cajolant un amant, déjà pâle. On n'ose imaginer le sort du garçon.

Des préraphaélites avaient convoqué le fauve dans leurs dégoulinades. Des princesses en déshabillé ou des demi-dieux épuisés avançaient dans une lumière de sucre, flanqué de panthères réduites à des mannequins portant pelage tacheté. Ces peintres célébraient la seule beauté du motif. Edmund Dulac ou Briton Riviere faisaient de l'animal une descente de lit pour échouage de rêve ultra-stylés. Puis la force de la bête avait obsédé les maîtres de l'art nouveau. La perfection de sa race convenait à l'esthétisme du muscle et de l'acier. Jouve l'avait bandée comme un arc. La panthère devenait une arme. Mieux ! une Bentley de Paul Morand. Elle incarnait le mouvement parfait, sans pitié ni frottements. Contrairement aux jaguars, elle ne s'écrasait pas contre les arbres. Grâce aux statues archi-léchées de Rembrandt Bugatti et de Maurice Prost, le félin sortait du laboratoire de l’Évolution, digne de se lover au pied d'une brunette 1930 tenant sa coupe de champagne devant ses petits seins pointus. Cent ans plus tard, le motif « léopard » s'affichait sur les sacs à main, et les papiers peints de Palavas-les-Flots. Chaque âge a son élégance, chaque époque fait ce qu'elle peut. La nôtre prenait le soleil en slip.

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