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Borvo, le Bouillonnant

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 2 avr.
  • 28 min de lecture



Étymologie :




Toponymie :


Jacques Lacroix, auteur de Les Noms d'origine gauloise - tome II : La Gaule des Dieux (Éditions Errance, 2007) analyse longuement les dérivés de Borvo :


"BORVO est une autre facette, un autre qualificatif du même dieu salutaire (son nom se trouve du reste aussi associé à celui d'Apollon, sur un petit marbre blanc trouvé en Haute-Marne, portant dédicace d'un citoyen lingon au Deo Apollini Borvoni) (CIL., XI 11, 591 1) (Troisgros, 1975, 8-10 ; Sterckx, 1996, 31).

On n'a pas affaire au surnom local d'une divinité topique, mais bien à l'appellation d'un dieu majeur, connu en France par plus de vingt inscriptions dans les régions Centre, Est, Rhône-Alpes et Provence. Les variations du nom que l'on constate : BORVO, BORMO, BORMANUS, BORBANUS, sont la marque d'une implantation assez large : elles traduisent l'adaptation aux habitudes et particularismes de différents peuples, l'appropriation du culte par des populations diverses. Le théonyme est formé sur un radical ancien *bher-; c'est l'élargissement de ce thème qui a pu varier : -v- dans l'Est et le Centre ; -m- et -b- dans le Sud ; candis que clans le Centre et le Centre-Est (régions carrefour) -m- et -v- coexistent (Troisgros, 1975, 28). I.'alternance b/m/v est un phénomène reconnu comme régulier en gaulois (mais que les linguistes hésitent à expliquer par effet de dissimilation ou de lénition) (Evans, 1967, 155 ; Sterckx, 1996, 33 ; Billy, 2000a, 90-91).

La racine bherv-/bherb- n'est pas spécialement liée au sacré ; elle s'est couramment appliquée à l'eau et aux terrains humides. On peut penser qu'elle a traduit anciennement, de façon expressive, le bruit de l'eau qui tourbillonne, qui bouillonne, et aussi « le gonflement de l'eau, l'explosion des bulles venant crever à la surface » (Roblin, 1964, 6). Elle a servi à désigner des sources, des rivières : mais elle a nommé également des sites marécageux : l'eau naissante qui surgit crée un milieu aquifère, terrains détrempés et boueux ; le jaillissement de l'eau, son bouillonnement, provoquent le mélange des boues (on comprend bien « l'usage de la même racine pour désigner la boue et autres liquides troubles : la turbidité de ces 'bouillasses' est manifestement tenue pour le résultat d'un bouillon ou d'un bouillonnement dont l'énergie a remué les fonds ») (Sterckx, 1996, 35). Aussi une série de mots français comme BOURBE, BOURBEUX, EMBOURBER, BARBOTER (jadis bourbeter), BARBOUILLER, etc., auxquels il faudrait ajouter des termes dialectaux, tels le savoyard BARBOTER, « cuire à gros bouillons », le bourguignon BOREE, le bressan BREUBA, « boue », etc., sont issus du même thème gaulois (von Wartburg, I, 1948, 442-445 ; 1àverdet, 1973, 139 ; Garrus, 1988, 66 ; Depecker, 1992, 86 ; Gagny, 1993, 23). La BOURBE est un « mélange instable de terre, d'air et d'eau » (Roblin, 1964, 6).

De là nous viennent des noms de rivières comme le BARBOUX (Doubs), la BOURBINCE (Saône-et-Loire), le BOURBON (Lot-et-Garonne) (avec à sa source le hameau appelé BOURBON), la BOURBONNE (Aube et Saône-et-Loire), le BOURBOUILLON (Jura et Haute-Loire), la BOURBRE (Isère), etc., aux eaux bouillonnantes ou bien boueuses (Dauzat, Deslandes, Rostaing, 1978, 27 et 30 ; Nègre, 1990, 107-108). De là proviennent aussi des noms de localités établies sur des terrains marécageux ou bien à proximité d'une source, comme BOURBERAIN et BOURBILLY (Côte-d'Or), BOURBRIAC (Côtes-d'Armor), BOURBOUILLON (nombreux dans la zone franco provençale), et avec différentes variations vocaliques du rhème, BARBEY et BARBIZON (Seine-et-Marne), BARBONNE-Fayel (Marne), BORBORON (Côte-d'Or), BORBONECHAT (Creuse), BOULBON (Bouches-du-Rhône), BOULBONNE (Haute Garonne) (jadis Borbona), etc. (Guyonvarc'h, 1959b, 164 ; Troisgros, 1975, 53 ; Nègre, 1990, 107-108 ; Taverdet, 1994, 139 ; Sterckx, 1996, 33). Bien sûr, certains de ces noms - quoique remontant à des radicaux gaulois - peuvent avoir été formés bien après l'époque antique (ainsi le nom de LA BOURBOULE, station thermale du Puy-de-Dôme, semble nous renvoyer à l'ancien français borbe, « boue », et au limousin bourboulo, « eau boueuse » ou « ferrugineuse ») (Nègre, 1990, 108). Pour les toponymes ou hydronymes pouvant remonter à l'époque de la Gaule, rien ne certifie non plus qu'ils aient eu nécessairement une connotation sacrée, ni a fortiori qu'ils soient à mettre en rapport avec le théonyme BORVO. BOULBON, localité des Bouches-du-Rhône (Bolbone, en 1054, Borbo, en 1166), n'a été ainsi rapprochée du dieu BORVO que par hypothèse (Dauzat et Rostaing, 1978, 103 ; à comparer avec Rostaing, 1950, 100-101). BARBIREY-sur-Ouche, en Côte-d'Or (Barbiriacus, au VI' siècle), possède une fontaine de Sainte-Eau, source « qui a certainement été vénérée », et où l'on a retrouvé les vestiges « d'un oratoire païen » : débris de marbres et de mosaïques (Bullior, 1890, 295) ; mais rien ne vient assurer que le nom de la localité dérive de celui du divin BORVO. Il est vraisemblable de penser, cependant, qu'une petite part de ces toponymes et hydronymes a pu être jadis reliée au nom du dieu (sans qu'on sache souvent quels noms de lieux sont nécessairement concernés).

Dans le hameau de Viuz, près de Faverges (Haute-Savoie), a été mis au jour un vaste sanctuaire gallo-romain (occupé du [" au V" siècle), comportant plusieurs fanums, dont deux ont livré des dépôts votifs, avec présence possible d'un ensemble thermal (Bertrandy et autres, 1999, 241-244). Avoisinant ce sanctuaire, on trouve la résurgence d'un petit cours d'eau, le BORBOLLION, auquel doit être associé un lieu-dit du même nom (carte I.G.N. 3431 OT). Les archéologues se demandent si le lieu sacré n'est pas relié à un culte du dieu BORVO (Rémy et Buisson, 1992, 243-2/i!\), d'autant que des inscriptions au dieu sont répertoriées dans la même région, à une trentaine de kilomètres seulement (cependant, borboyon est connu en Savoie avec le sens d'« endroit dans une rivière où l'eau bouillonne ») (Gagny, 1993, 31).

Jean Arsac s'interroge, également, pour savoir s'il ne faudrait pas rapprocher le nom de deux sources bouillonnantes de Haute-Loire - « parce qu'elles one toujours fait l'objet d'une sorte de culte » - du même dieu BORVO : la BOURBOUTE du Maygal et la Fontaine de BORBOTTE à Solignac-sur-Loire (dite aussi BOURBOUTE de Saint-Aubin), toutes deux « fontaines parlantes » : bouillonnant quand on y jetait des fleurs ou des pièces de monnaie, ce qui a pu favoriser une dévotion locale (cependant le patois bourbota signifie « bouillonner ») (Arsac, 1991, 122). On a vu, dans l'étude des « Sources » au chapitre I, que DIVONNE (Ain), ancienne Divonna, se développa sur un site antique d'eau sacrée ; la BARBOLEINE est une des quatre grosses sources qui sortent en bouillonnant des sables de DIVONNE-les-Bains (Hannezo, 1911). La racine berv-, d'où est issu le nom du dieu BORVO, renvoie spécialement en celtique à la notion de gonflement, de bouillonnement (on compare avec le vieil-irlandais berbaid, « il bout, bouillonne », l'irlandais borbhaim, « j'enfle », le gallois berwi, « bouillir », le breton birvi, « bouillonner », etc.) (de Belloguet, 1872, 378-379 ; Henry, 1900, 32; Bonnard, 1908, 192 ; Vauthey, 1959, 456 ; Vendryes, 1981, B-40 et 41 ; Deroy et Mulon, 1992, 68 ; Lambert, 2003, 192 ; Delamarre, 2003, 83). BORVO était donc peut-être le « Bouillonnant » : le dieu de « ce tourbillon, cette impulsion de la masse subitement mise en mouvement » (Roblin, 1964, 6).

Pour Philippe Walter, médiéviste, professeur à l'Université de Grenoble, le nom de la fontaine de BARENTON (dans la forêt de Paimpont-Brocéliande, en Bretagne) est à rattacher au même thème linguistique bher-/ bher-b-/ bher-v- en relation avec l'idée de bouillonnement (on doit repousser l'étymologie de Jean Markale, « Sanctuaire-de-Bélénos », qui n'est fondée sur rien) (P. Walter, 1988, 128 ; Markale, 1986, 32-33). Cette source, sacralisée depuis des siècles, et reliée à des traditions guérisseuses et oraculaires, est évoquée dans le roman de Chrétien de Troyes Yvain et le Chevalier au Lion (on paraît y faire aussi référence dans le récit gallois correspondant d' Owen et Lunet ou la Dame de la Fontaine) (Loth, 1889a, II, 10). À deux reprises, Chrétien insiste sur une caractéristique essentielle de la fontaine merveilleuse, que nous devons mettre en rapport avec son nom : « La fontainne verras qui bout, / s'est elle plus froide que marbres » (v. 380-381) et « De la fontainne, poez croire,/ qu'elle boloit corn iaue chaude » (v. 422-423) (Roques éd., 1965, 12 et 13-14 ; Walter, 1988, 126). L'eau surgissante dégage à sa sortie de terre un principe actif ; le bouillonnement de la fontaine - qui peut toujours s'observer sur place, mais qui est évidemment dû à des phénomènes gazeux naturels - a été mis en rapport jadis avec la divinité : « Nos ancêtres [ont] été [...] fortement impressionnés par les sources jaillissant du sol [...], par les sources bouillonnantes [...]. Ces faits [ont] frappé leur imagination, les [ont] induits à croire à l'existence de dieux cachés promoteurs de ces manifestations véritablement exceptionnelles » (Vauthey, 1959, 455). On rencontre dans bien des mythologies indo-européennes le thème de la source primordiale qui recèle une force ignée dans son eau (Sterckx, 1996, 13-15). Les Gaulois, comme d'autres peuples antiques, ont vénéré les eaux bouillonnantes ; et ils ont fait de BORVO la divinité de ces eaux, calquant son appellation sur le phénomène qu'il déclenchait : « BORVO est donc le dieu qui bout, il est lui-même le bouillonnement [...]. On ne peut pas trouver confusion plus étroite entre le dieu et le mouvement naturel auquel il est associé et qui lui a donné son nom. Il est l'eau bouillonnante qui surgit et qui déborde, apportant ses bienfaits aux hommes » (Troisgros, 1975, 82).

On comprend que la divinité ait été facilement associée aux eaux bouillonnantes des stations thermales. Les inscriptions à BORVO (BORMO ou BORMANUS) se retrouvent de façon presque systématique dans toutes les Aix, villes qui tirent précisément leur appellation de la présence d'eaux curatives : Aix-les-B:ains (C.I.L., XII, 2443, 2444), Aix-en-Diois (C.I.L., X1I, 1561), Aix-en-Provence (C.I.L, XII, 494). Bien sûr, les Aquae ont un nom d'origine latine : les Romains ont contribué à développer ces sites d'eaux guérisseuses. Mais on doit penser que ce sont les populations gauloises qui les avaient d'abord occupés et qui y avaient aménagé des cultes. Les noms latins n'auraient-ils pas occulté de plus anciens noms en rapport avec le théonyme ?

D'autres stations thermales ont gardé dans leur appellation le nom du dieu gaulois qui les patronnait. l'.importance particulière qui fut accordée en ces lieux au culte du dieu pourrait expliquer la rémanence du théonyme.

C'est le cas de BOURBONNE-les-Bains (Haute-Marne), localité connue sous la forme Borbona en 846 : originellement sans doute Borvon-a, « [Eau]-de-BORVO » (Dauzat et Rostaing, 1978, 103 ; Nègre, 1990, 107). La commune a livré pas moins de dix dédicaces à Borvoni, gravées sur la pierre (le plus souvent sur des autels votifs), et découvertes pour la plupart dans les installations balnéaires gallo-romaines ou à proximité (Troisgros, 1975, 7-22, avec phot. des inscriptions ; Thévenard, 1996, 136-137). Les eaux de la source n'ont pu manquer d'impressionner les populations, parce qu'elles sont abondantes, « très fortement minéralisées, possédant une radioactivité remarquable » (Thévenard, 1996, 125). Elles jaillissaient au milieu d'un vallon marécageux (Troisgros, 1975, 59) ; le double sémantisme de l'eau bouillonnante et de l'eau boueuse que nous avons constaté dans le radical bher- se retrouve ici parfaitement. Le trou de la source fut protégé par une maçonnerie en forme de puits à l'époque gallo-romaine ; et les marais alentours ayant été drainés, on construisit, ordonné autour de la source sacrée, un grand établissement thermal, avec cour monumentale et portiques, ensemble de bâtiments et de salles, nombreuses piscines, grandes et petites, système de distribution des eaux depuis leur point de surgissement... (Thévenard, 1996, 125 135). Dans le puits gallo-romain, des offrandes au dieu furent régulièrement jetées (preuve que ces eaux continuaient à être perçues sous leur aspect sacré et non seulement agréable et utilitaire : « Le caractère romain des thermes et de leur architecture n'a pas fait oublier en Gaule les anciens dieux ») (Grenier, 1960, 448). Lors du curage du puits, dans une boue argileuse noirâtre, on a retrouvé plus de 5 000 monnaies antiques, et aussi des statuettes, des bijoux, et des milliers de noisettes, glands et noyaux de fruits ... (Landes, 1992, 151-152 ; Troisgros, 1994, 27-30 ; Thévenard, 1996, 132 et 135). Le nom donné à la localité qui se développa non loin de la source fut certainement une autre forme d'hommage rendu au même BORVO : signe de l'appartenance indéfectible du lieu au dieu, que les siècles n'ont pu faire disparaître. l'.analyse des toponymes peur se révéler un moyen précieux de compréhension du passé : n'y a-t-il pas une archéologie des mots comme il y a une archéologie des objets ?

Bien que BOURBONNE-les-Bains représentât un site important consacré à la divinité « bouillonnante », le centre de son culte - d'où elle rayonna sans doute ensuite - paraît s'être situé ailleurs : à la frange nord du Massif Central, dans la région appelée justement le BOURBONNAIS. Là, on repère sur la carte routière deux cités distantes d'une cinquantaine de kilomètres seulement, dont les noms contiennent le nom du dieu : BOURBON-Lancy (à la frontière ouest de la Saône-et-Loire, près des terres de l'Allier) et BOURBON l'Archambault (au nord de ce dernier département), toutes deux stations d'eaux thermales.



Dédicace au dieu BORVO et à DAMONA, découverte dans les ruines d'une maison de BOURBONNE-les Bains en 1833 (petit marbre blanc de 15 x 12 cm, au Musée de BOURBONNE-les Bains) : Deo Apoll!ini Borvon[i]! et Damonae / C[aius] / Daminius / Ferox Civis / Lingonus ex/voto :


« Au dieu Apollon BORVO et à DAMONA, Caïus Daminius Ferox, citoyen lingon, en ex-voto » (C.I.L., XIII, 5911).


BOURBON-Lancy (Saône-et-Loire) est sans doute le lieu nommé Aquae Bormonis sur l'itinéraire antique de la Table de Peutinger. Quatre dédicaces au dieu BORMO/BORVO (les deux formes coexistent) ont été découvertes dans la localité (CIL., XIII, 2728, 2806, 2807, 2808) ; l'une d'elles a été exhumée dans les fouilles de la station thermale antique (Rebourg, 1994, 85; Sterckx, 1996, 30). On doit donc bien penser que le nom de cette station est à mettre en relation avec le théonyme. Dès le XVI' siècle, la vogue des eaux de BOURBON Lancy (fréquentées par Catherine de Médicis et Henri III) a entraîné une série de travaux d'aménagement des thermes, d'où des découvertes archéologiques importantes. Le captage des cinq sources était assuré à l'époque antique par plusieurs puits, dont l'un circulaire, construit en moellons de marbre. Quatre piscines principales étaient installées à proximité. Les installations montraient un décor luxueux (emploi de marbres et mosaïques, colonnes, chapiteaux, ornements sculptés, statues...) (Bonnard, 1908, 438-444 ; Grenier, 1960, 443 445 ; Deyts, 1967, 219-220 ; Rebourg, 1994, 82-84). De très nombreuses pièces de monnaie ont été découvertes dans la localité (romaines mais aussi gauloises), données en dévotion à la divinité (Rebourg, 1994, 79-80). Le nom qui fut conféré au lieu, Aquae Bormonis, représenta une sorte d'offrande au dieu : ex-voto toujours présent saluant le pouvoir de BORVO.

BOURBON-LArchambault (Allier), qui a donné son nom à la lignée des BOURBONS, est nommée Borbone Castrum à l'époque mérovingienne sur des monnaies (Vaurhey, 1960 ; Deroy et Mulon, 1992, 68). Aucune inscription à BORVO n'y a pour l'instant été découverte. Mais on peut gager que des dédicaces seront un jour exhumées (« Il est trop évident qu'à l'instar de BOURBON-Lancy [toute proche] elle doit son nom au dieu gaulois des sources. ») (Thévenot, 1968, 102). Déjà les travaux effectués lors des aménagements des thermes modernes ont permis de découvrir revêtements de marbre, fragments de colonnes et de statues, conduits de plomb et de pierre antiques. Trois puits circulaires « qui bouillonnent à gros bouillons » distribuaient l'eau dans plusieurs bassins et une grande piscine entourée de degrés, où l'on pouvait se baigner assis. Les pèlerins devaient y pratiquer les aspersions et immersions censées leur apporter la guérison (Bonnard, ] 908, 444-448 ; Grenier, 1960, 442 443 ; Audin, 1985, 130-13l ; Corrocher et autres, 1989, 34).

Les stations thermales de BOURBONNE-les-Bains, BOURBON-L'Archambault et BOURBON-Lancy ont un commun dénominateur (outre qu'elles tirent leur nom du dieu BORVO) : elles possèdent toutes des eaux « hyperthermales » : 66 °C à BOURBONNE-les Bains; 57 °C à BOURBON-LArchambault ; 54° et 60 °C à BOURBON-Lancy (Pomerol et Ricour, 1992, 21, 139, 162, 165). Le bouillonnement de l'eau n'est pas ici seulement dû à l'effervescence et aux tourbillonnements résultant de l'émission de gaz. Une température très chaude se dégage à la sortie de terre, provoquant l'agitation forte des ondes. BORVO, le « Bouillonnant » devient BORVO le « Dieu qui bout » (Troisgros, 1975, 82). Le vieil-irlandais berbaid, le breton birvi, issus du radical *bher- (comme le théonyme Borvo), signifient aussi bien « bouillonner » que « bouillir» (Pokorny, 1959, 132 ; Vendryes, 1978, T-110 ; 1981, B 40 et 41). « Le dieu qui réside dans l'eau de la fontaine primordiale mérit[ait] bien [alors] d'être reconnu comme 'Bouillant' au sens actif de cette épiclèse : celui qui chauffe et fait bouillir son onde » (Sterckx, 1996, 15).

Devant le lien privilégié entre le dieu et les villes d'eaux, on peut se demander si le nom d'autres cités thermales que les BOURBONNE et BOURBON ne pourrait être associé à BORVO. Il est difficile de le soutenir en l'absence de preuves épigraphiques. On a songé cependant aux appellations des stations de santé de BARBOTAN (Gers) et de BARBAZAN en-Comminges (Haute-Garonne), parfois rattachées à un nom d'homme, ce qui ne convainc guère. Mais avait-on ici des sites privilégiés du dieu BORVO ou bien des endroits de « lieux boueux où bouillonnent les eaux », sens correspondant au gascon barbotan (Fénié, 1992, 57) ? L'absence de formes anciennes (comme à La BOURBOULE, dans le Puy-de-Dôme) fait pencher plutôt pour la seconde solution (Nègre, 1990, 108).

Notons enfin que le divin BORVO est parfois associé à une compagne. À BOURBON Lancy et à BOURBONNE-les-Bains, une dizaine de dédicaces à Borvoni et Damonae ont été retrouvées (Sterckx, 1986, 30-31). [...]

On connaît aussi le couple formé entre BORMANOS et sa parèdre BORMANA (exact doublet féminin du nom du dieu) : à Aix-en-Diois, a été découverte une inscription Bormano et Bormanae (CIL, XII, 1561) (Sterckx, 1996, 37). Le site de Saint-VULBAS, dans l'Ain, fut occupé dès !'Antiquité ; encore aujourd'hui bien des jardins de la localité sont alimentés en eau par des canalisations antiques (Buisson, 1990, 95). Un bloc de pierre (ancien autel votif), gardé au musée de la commune, porte le nom de BORMANA, cette fois seul : Bormanae Augustae sacrum ( CIL, XIII, 2452), don « consacré à la vénérable BORMANA » (Troisgros, 1975, 25-26). Il a été retrouvé près de la source dite de « la BORMANE », nom qui doit garder le souvenir de la déesse (Rémy et Buisson, 1992, 241 ; Chevallier, 1992, 16). Émile Thévenot pense que le théonyme BORMANA pourrait aussi expliquer l'appellation de la localité : Bormana passant à Borbana serait devenu Bourbaz ou Burbaz, d'où Vulbaz et VULBAS (Thévenot, 1968, 103) ; Jean Hannezo souligne que dans le patois local, les Bugistes prononcent Saint-VULBAS « San Bourbas » (1911, 54). Le fait que le nom soit affublé d'un qualificatif de saint amène à se demander si « le populaire n'aurait [ ... ] pas cout bonnement travesti la divinité païenne en saint chrétien » (Thévenoc, même réf.) (cette opinion est cependant à remettre en cause, si l'on tient pour sincère la forme Vilbaldus, citée en 1115) (Sterckx, 1996, 34 ; Vurpas et Michel, 1999, 194).

Les toponymes issus de BORVO restent bien plus nombreux et fameux que ceux de ses parèdres féminines (rares et en outre discutés) ; cela « incite à penser que, dans le couple BORVO / DAMONA [ou BORMANOS / BORMANAJ, c'est BORVO qui a gardé la prééminence » (Troisgros, 1975, 55). La déesse ne faisait que souligner la puissance agissante du dieu. Comme nous l'avions noté en conclusion de l'étude des « Eaux sacrées », il semble bien que le pouvoir des eaux « actives» (bouillonnantes ou hyperthermales) aie été dévolu à des divinités masculines."

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Philippe Leveau, Patrick Reynaud, Pascale Barthès, auteurs de "Le territoire des Bormani à la lumière d’une inscritption dédiée à Caligula découverte à Solliès-Toucas (Var)." (In : Revue archéologique de Narbonnaise, 2023, 2021-2022 (54-55), pp. 547-558) citent Bormes-les-mimosas comme dérivant du dieu Borvo :


"Le toponyme Borma qui est attesté en 1056 dans la Gallia Chritiana Novissima et en 1062 dans le Cartulaire de Saint-Victor correspondrait au site de Bormes-les-Mimosas (Barruol 1999, 208, 7 ; Borréani et al. in Brun 1999a, 257). Bormes est en effet avec Boulbon, l’un des deux toponymes où F. Benoit retrouvait le radical *borm dont relève dans l’onomastique méditerranéenne le thème BormoBorvo porté par un dieu de source et par ses dérivés Bormanus, Bormanicus attachés à des sources thermales à Aix-les-Bains (CIL, XII, 2443), Aix-en-Diois (CIL, XII, 1561) et Aix-en-Provence (CIL, XII, 494) (Benoit 1959, 55-56 et n. 49 ; Barruol 1999, 138, n. 8). Des manuscrits donnent les formes borniani, -manni et -manini (Zehnacker 1988, 54). G. Barruol suggérait que le territoire de la tribu des Suelteri s’étendait vers le nord et que le pagus Matavonicus en relevait. J.-P. Brun qui a repris le dossier à sa suite place Bormes-les-Mimosas dans le territoire de ce peuple et en fait coïncider la limite avec celle du diocèse et de la cité romaine de Fréjus, alors que SolliésToucas qui se trouve 25 km à vol d’oiseau à l’ouest serait dans la regio Camactuelicorum (Brun 1999, 117, fig. 37) et dans un territoire qui a appartenu à la cité d’Arles puis au diocèse de Toulon."




Symbolisme :


Selon Gustave Bloch, auteur de La Gaule indépendante et la Gaule romaine. (Édition originale 1900 ; Éditions Phoenix, 2024) :


"[CULTE DES EAUX] Nulle part la conception naturaliste n’apparaît mieux que dans le culte des eaux. La dévotion dont elles étaient l’objet se manifestait sous toutes les formes. Il y a des noms propres gaulois tirés de noms de cours d’eau. Il y a des cours d’eau dont les noms expriment par eux-mêmes le caractère divin. Ainsi la Deva, la Diva, la Divona dont nous avons fait la Dive, la Divone, la Deheune. Les hommages n’allaient pas seulement aux fleuves, aux rivières. Ils s’adressaient aux lacs, aux torrents, aux ruisseaux. Parmi les noms de divinités, ceux qui se laissent expliquer sont pour la plupart la personnification d’une source, quand ils ne le sont pas d’un territoire, et souvent c’est d’une source que le territoire tient son nom. Nemausus, le dieu protecteur de Nîmes, n’est autre que le génie d’une fontaine qui, aujourd’hui encore, est un des ornements de la ville. Par-dessus les génies locaux s’élèvent des dieux ou des déesses représentant l’action des eaux en général. Le plus célèbre est Borvo, Bormo, Bormanus, suivant les régions. Sa renommée est universelle. Elle est empreinte dans la toponymie de tous les pays celtiques. En France, Borvo a donné son nom à plusieurs stations thermales : la Bourboule, Bourbonne-les-Bains, Bourbon-Lancy, Bourbon-l’Archambault. Les Gaulois jetaient au fond des eaux, et de préférence dans les eaux stagnantes qui en conservaient le dépôt, une masse d’objets précieux. Le consul Cæpio (406 av. J.-C.) trouva dans les lacs, maintenant desséchés, de Toulouse une quantité d’or que l’on supposa provenir du pillage de Delphes, et c’est la tourbe des marais qui a fourni à nos archéologues leur plus riche butin. Grégoire de Tours, qui écrivait à la fin du VIe siècle après J.-C., mentionne un lac du Gévaudan où les habitants venaient en foule apporter leurs offrandes. La prédication chrétienne s’est usée contre ces habitudes invétérées. Les fontaines sont restées un but de pèlerinage où les chapelles chrétiennes ont remplacé les sanctuaires gaulois."

Philippe Roy, auteur de "Mithra et l’Apollon celtique en Gaule." (In : Studi e materiali di storia delle religioni, 2013, 79 (2), pp. 360-378) fait le lien entre Borvo, Apollon et Mithra :


"A l’ouest de la même région, sur la frontière du territoire des Éduens et des Sénons, se trouve Entrains sur Nohain, Intaranum, un site doté d’un grand complexe cultuel qui a marqué une dévotion particulière pour les divinités de source, en particulier les déesses-mères et le dieu Borvo-candidus, autre épiclèse d’un Apollon celtique. Mithra était aussi présent dans ce sanctuaire qui n’a pas livré de mithraeum, mais une quantité remarquable de monuments figurés, notamment plusieurs reliefs tauroctoniques, montrant qu’il s’y trouvait solidement installé. Christianisées au Ve siècle sous les noms de Saint-Fiacre et de Saint-Galle, deux sources alimentaient un temple dédié à Borvo-candidus tandis que les fouilles effectuées sur le sanctuaire ont aussi livré une colossale statue d’Apollon. Dieu gaulois des eaux jaillissantes, Borvo qui était adoré sur les lieux avant l’époque romaine a été conjoint à Apollon, dieu des eaux salutaires. Le site a du reste livré des cachets d’oculistes montrant que les pratiques médicales étaient présentes dans l’environnement de ces sources sacrées.

[...]

Dans le nord-est de la Gaule, Mithra voisine dans des sanctuaires de source avec Apollon, qui apparaît fréquemment sous une identité indigène: Borvo, Moritasgus, Grannus ou encore Belenus. Ces sanctuaires recouvraient pour la plupart d’anciens cultes de source où Apollon s’était lui-même intégré, supplantant le dieu local ou partageant le lieu avec d’autre divinités indigènes, notamment les déesses-mères ou sa parèdre Sirona. En Gaule, une source était donc toujours potentiellement sacralisée et dédiée à un génie, mais sans représentation figurée systématique. À leur arrivée, les Romains ont introduit dans la mythologie celtique leurs représentations figurées de la divinité que les Gaulois ont adopté selon leur style, sans forcément créer de nouveaux types parce que la figuration était accessoire et que les modèles proposés pouvaient convenir. Lorsque Mithra arrive en Gaule, le culte des sources se présente encore sous deux formes : tantôt la divinité est invoquée sous son nom exclusivement indigène, tantôt elle porte deux noms dont l’un est local et l’autre emprunté à la mythologie gréco-romaine. Dans l’évolution du panthéon celtique avant la conquête romaine, à la fin du XIIe siècle a.C., Apollon a donc été lui-même un nouveau venu, introduit par des influences grecques.

Les divinités de source gauloises pouvaient donc être à l’origine aniconiques et locales, mais lorsque leur réputation franchissait les limites territoriales, elles étaient pourvues d’un nom, puis associée à un dieu romain équivalent et éventuellement supplantées par lui.

Dans les sanctuaires de source, Apollon a souvent pris la place d’une déesse ou d’un dieu antérieurement installé, mais il n’en a pas effacé la présence, car l’attachement des Gaulois pour leurs cultes traditionnels était fort. Il s’y est conjoint en ajoutant au culte un caractère thérapeutique et solaire, particularité évolutive qui amorçait pour le fidèle le début d’une relation plus personnelle avec le dieu et pouvait de ce fait justifier son intégration. Apollon offre le cas d’un dieu générique, connu et pratiqué dans tout l’Empire, qui prolonge un dieu topique attaché à un sanctuaire préalable, mais que les indigènes ont souvent préféré continuer d’invoquer sous son nom topique. En tant que dieu des eaux, Apollon avait vocation à accompagner les dieux de sources locaux, ce qui explique la diversité de ses associations, mais en tant que dieu solaire il leur donnait une légitimité «universelle», tirant déjà vers un sens plus métaphysique dans la mesure où il portait une dimension thérapeutique. Il s’est imposé comme dieu guérisseur.

[...]

Toutefois, le thème des eaux bouillonnantes ne s’éloigne pas du caractère solaire, symbolisme où se joue la parenté entre Borvo, Apollon et Mithra.

À Entrains, les trois dieux sont présents. Borvo, dont le nom évoque les eaux bouillonnantes, est lui-même doté d’une épiclèse : Candidus, dieu des eaux bouillonnantes et de la blancheur. Comme chez Apollon et Belenus, cette blancheur est solaire et apporte non seulement la santé mais aussi le bien-être spirituel. D’après Hatt, l’acception du mot candidus s’étend au sens de franchise et de loyauté, ajoutant à l’exégèse une fonction morale qui s’approche de la spiritualité du culte à mystère. On peut trouver une corroboration de ce fait dans la célébration faite à Trèves pour Constantin au IVe siècle (310) de l’Apollon gaulois : « Notre Apollon dont les eaux bouillonnantes punissent les parjures ». À Trèves, Apollon était conjoint à Grannus et porte dans sa représentation une cruche fluente.

Les dieux celtes conjoints à Apollon s’apparentent aux dieux solaires des eaux bouillonnantes, et Mithra l’est aussi, mais sa solarité revêt un sens spirituel plutôt que thérapeutique. On doit considérer la valeur de la source mithriaque comme un élément mythologique. Tous les mithraea n’étaient pas établis auprès de sources antérieurement consacrées ou considérées comme salutaires. Les adeptes de Mithra ne cherchaient pas spécifiquement des sources salutaires pour y installer leurs sanctuaires parce que le culte et les rites initiatiques pourvoyaient à leur destinée spirituelle. En revanche, même si l’eau n’était pas utilisée comme eau thermale ou salutaire en soi, elle pouvait être sacrée en tant que représentant le numen du dieu dont elle était un signe tangible. Les cachets d’oculistes trouvés dans les mithraea sur les sites thérapeutiques apollinaires relient la lumière salvatrice du culte solaire à l’eau guérisseuse. Mais deux aspects apparaissent dans les sanctuaires à fonction guérisseuse: un aspect religieux de médecine prophétique par incubation, et un aspect pragmatique, associé à un art médical pratiqué par des médecins dans les sanctuaires. C’est plutôt le second aspect qu’on trouve dans l’environnement mithriaque et dans ce cas le rôle de Mithra ne se confond pas avec celui d’Apollon qui porte l’autre aspect. Les ex-voto retrouvés dans les spelaea, tendent néanmoins à montrer qu’en Gaule Mithra était tiré vers l’image d’un dieu guérisseur de source et éloigné de celle du dieu martial de la pratique militaire. La possibilité d’un glissement ponctuel du dieu solaire vers sa dimension de dieu des sources, dans un contexte indigène où de tels cultes étaient antérieurement développés, faisait d’Apollon le dieu « frère » qui pouvait servir de point de jonction et amener Mithra dans le champ religieux local.

Un parcours est tracé, qui montre comment le mithraïsme a pu trouver des éléments d'affinités dans le contexte apollinaire pour installer sa propre prédilection : la prégnance indigène initiale du culte des sources, la malléabilité iconographique du dieu gaulois qui pouvait s’élargir à la dimension plus cosmique du message solaire et évoluer vers une relation personnelle thérapeutique, à quoi il ne restait plus qu’à ajouter un passage de la guérison physique à la guérison spirituelle.

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Laura Tuan, autrice d'un livret d'accompagnement intitulé Les Tarots celtiques (Éditions De Vecchi S.A., 1998) a fait le choix d'associer l'Arcane XVIII à une autre divinité celte, Borvo ou Manannan : 


"Borvo, comme Grannus et Maponos, figure parmi les épithètes d'Apollon. De l'irlandais berbainn (cuire, bouillir), Borvo préside aux cours d'eau, aux courants et plus particulièrement aux eaux bouillonnantes des stations thermales.

Chez les Gaulois, nombreuses étaient les divinités préposées à la surveillance des cours d'eau : sources, ruisseaux, rivières, tous avaient un dieu protecteur. Les Celtes continentaux n'ont en revanche aucun véritable dieu de la mer, qui leur est inconnue. S'agissant de ceux installés dans les territoires insulaires, en Irlande et au pays de Galles, la tradition irlandaise par exemple, cite plusieurs fois Ler (qui devient Mac Llyr au pays de Galles) et Manannan, qualifié de fils de la mer, à savoir pêcheur, navigateur.

Dans le mythe, cependant, Manannan ne fait pas partie des Tuatha De Danaan et ne combat donc pas aux côtés des dieux dans la bataille de Mag Tured. Mais on parle de lui comme du meilleur marin du monde, capable de prédire le temps et de gérer avec beaucoup d'expérience le commerce entre l'Irlande, l'Ecosse et l'île de Man (à laquelle se rattache son nom). Il semble par ailleurs doté d'un cheval extrêmement rapide à la crinière flottante. Ce qui fait dire, quand les vagues écumantes se brisent avec fracas sur les rochers, que les chevaux de Mac Llyr sont arrivés. Dans le cycle irlandais, Manannan est également le seigneur des îles des bienheureux : gardien, par conséquent, de l'au-delà, il possède entre autres deux vaches enchantées qui produisent continuellement du lait, une épée infaillible appelée Fragarach (celle qui répond), un manteau magique de la couleur de la mer et un chaudron, lui aussi magique, toujours rempli de nourriture à ras bord.

C'est Manannan, toujours, qui rend les dieux invisibles et qui les nourrit avec la soupe de l'immortalité, comparable à l'ambroisie des Grecs et au soma des Indiens.

Et comme si cela ne suffisait pas, il garde dans ses domaines des coffres pleins de trésors, de bijoux et de pierres précieuses, qu'il offre de temps en temps aux pêcheurs.


La carte : Le dieu des sources et des eaux, comme celui des profondeurs marines, a de longs cheveux bouclés et des yeux très clairs, presque cristallins. Il émerge ici des transparences aquatiques, au milieu des poissons, des libellules et des nénuphars, avec sa chevelure parsemée de coquillages.

Signification ésotérique : L'eau est la mère qui régénère l'homme, qui le purifie et le guérit. Mais c'est aussi le miroir dans lequel se reflètent les intuitions de l'inconscient, la mer où s'agitent les flots des sentiments, l'étang où se cachent les souvenirs, les complexes, les peurs, ce petit côté trouble, en somme, présent dans de nombreuses vies.

Entrer en contact avec l'eau, s'y plonger permet au corps constitué d'ailleurs à 99% d'eau de recouvrer les énergies perdues et de retrouver l'accord parfait avec sa vibration, gage de guérison et de bien-être.


Mots-clés : Intuition - Inconscient - Guérison - Silence - Initiation.


A l'endroit : Inconscient - Imagination - Réflexion - Médiumnité - Clairvoyance - Hypnose - Secrets dévoilés - Popularité, influence de l'entourage - Souvenirs, rencontre avec des personnes du passé - Féminité - Enfance - Fluidité, mutabilité - Guérison - Pièges qui échouent - Ténèbres qui se dissipent - Réunions, voyages en mer, commerce - Passion folle - Grossesse - Professions créatives au contact du public - Gains inespérés, trésors - La mère - L'épouse - Une femme mystérieuse.


A l'envers : Inquiétude - Manque de fiabilité - Colère - Attitudes fuyantes - Dépression - Anxiété - Superficialité, illusions, rêveries trompeuses - Émotivité destructrice, souci, tristesse - Caprices - Préjugés - Paresse - Masochisme - Excès - Pièges - Incertitudes - Obstacles - Émotions incontrôlées - Besoin d'accepter des compromis - Souvenirs stériles - Influence négative du passé - Traumatismes - Maladies cachées - Confusion mentale - Rhumatismes - Névrose - Intoxication - Cauchemars - Mensonges - Tromperies - Scandales - Trahisons - Secrets divulgués - Vols - Duplicité - Chantage - Méprises - Jalousie - Relations confuses et sans issue - Carrière incertaine - Fraudes - Fluctuations économiques - Amitiés dont il faut se méfier.


Le temps : Nuit - Lundi - Juillet.


Signes du zodiaque : Cancer - Poissons - Vierge.


Le conseil : Faites la distinction entre rêve et réalité, et avant d'agir, assurez-vous que vous avez les pieds bien sur terre : en vous laissant guider par l'intuition, vus ne vous tromperez pas."

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Dans Des Dieux gaulois, Petits essais de mythologie (© ARCHAEOLINGUA Foundation, 2008) Patrice Lajoye nous renseigne davantage sur les caractéristiques du couple divin formé par Borvo et sa parèdre


"Le bouillonnant et la vache sacrée :

Borvo et Damona


Le symbolisme bovin des eaux que nous avons entraperçu avec Benacus se retrouve de façon plus flagrante avec un couple divin très répandu dans le monde gaulois : Borvo et Damona.


Le bouillonnant

Borvo, aussi orthographié Bormo, est un des dieux les plus fréquemment rencontré en Gaule et au-delà. Les inscriptions sont nombreuses : à Entrains (Nièvre) ; à Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire) ; à Bourbonne-les-Bains (Haute-Marne) ; à Aix-les-Bains (Savoie). Avec la variante Bormanus, il est connu à Aix-en-en-Diois (Drôme) et à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) Non loin d’Auch (Gers), l’Itinéraire d’Antonin atteste de l’existence d’un lieu de Bormanus (Lucus Bormani). Enfin, après l’ajout du suffixe celtibère d’appartenance –icus, on le connaît au Portugal, à Caldas de Vizella (Guimaraes.

Le nom du dieu est assez aisé à comprendre. L’existence de diverses variantes en borb-, borv- ou borm- a pu poser problème, mais Christian Guyonvarc’h a résolu cela assez logiquement en proposant une racine indo-européenne *bher(u) , subissant parfois un élargissement en -m (élargissement qui a aussi eu lieu en latin, avec par exemple le mot fermentum). De fait, il exclut un emprunt de la langue gauloise au ligure, comme on le faisait auparavant à la suite d’Henri d’Arbois de Jubainville. Quoi qu’il en soit, Borvo est le « Bouillonnant ». Cela concorde bien avec la liste des endroits où on a découvert son nom : le dieu est systématiquement lié à des sanctuaires des eaux ou à des complexes thermaux.

Émile Thévenot pense d’ailleurs avoir identifié Borvo sur un motif de céramique sigillée représentant un Apollon tenant une coupe dont le contenu déborde en bouillonnant.


Les premiers Celtes d’Anatolie

On notera que Borvo, plus exactement Bôrmos, est l’un des dieux celtes les plus anciennement attestés. Le peuple des Mariandynes, localisé au VIIIe siècle avant J.-C. entre la Paphlagonie et la Bithynie, est très vraisemblablement d’origine celtique, comme l’a bien montré Bernard Sergent. Or ce peuple rendait un culte au héros Bôrmos, lequel, bien évidemment, est lié aux sources. On dit que ce héros aurait été enlevé par des nymphes alors qu’il allait chercher de l’eau à une source.


Une toponymie abondante mais difficilement utilisable

Le terme Borvo / Bormo a généré de nombreux noms de lieux, dans tout le monde celtique ancien. Citons par exemple : Boulbon (Bouches-du-Rhône), Bourbon Lancy (Saône-et-Loire), Bourbon-l’Archambault (Allier), Bourbonne-les-Bains (Haute-Marne), Worms, Bürvenich, Burtscheid et Wormerich ? (Allemagne), La Bourboule (Puy-de-Dôme), Bourbriac ? (Côte-d’Armor), Bourberain (Côte d’Or), Barbonechat (Creuse), Bormio (Italie), Vormes (Haute-Vienne), Bormes (Var). Cependant, même si nous avons rencontré certains de ces lieux dans la liste des dédicaces, il ne faut pas en conclure que tous ont été des sanctuaires de Borvo. Le terme « bouillonnant » a pu s’appliquer à n’importe quelle source, ruisseau ou rivière voire même à des hommes. Selon Xavier Delamarre, le sens primitif du mot était « source chaude ». En ancien français, un « bourbillon » désigne un marais, et les termes « bourbe » et « bourbier » sont basés sur la même racine.

L’utilisation des toponymes pour compléter la répartition des attestations du dieu s’avère donc impossible.


Apollon médecin

Comme Grannus, Borvo a été assimilé à Apollon. Cette assimilation est justifiée par le fait que Borvo, dieu-source guérisseur ne pouvait être confondu qu’avec un autre médecin. Toutefois, cette assimilation n’est explicite qu’à Bourbonne-les Bains. Partout ailleurs, Borvo / Bormo se présente sans interprétation classique.

Par contre, à Entrains, Borvo est associé à Candidus, le « Blanc », et à Aignay le-Duc, le nom de Borvo est remplacé par Albius, qui signifie aussi le « Blanc », en gaulois. Ces deux noms semblent être en fait la traduction du surnom d’un autre Apollon gaulois, Apollon Vindonnus (« Divin Blanc »), attesté au sanctuaire des eaux d’Essarois (Côte-d’Or).


Une seule parèdre : Damona

Comme Apollon Grannus, Borvo n’a qu’une seule parèdre, même si celle-ci peut porter plusieurs noms. Ainsi, elle s’appelle Bormana à Aix-en-Diois (Drôme). Elle est connue seule à Saint-Vulbas (Ain), mais le nom même de cette commune est tiré de Borvo, et une autre commune, non loin, porte le nom de Saint-Bourbaz.

Partout ailleurs, le nom de cette parèdre est Damona, connue avec Borvo à Bourbon-Lancy et Bourbonne-les-Bains, et avec Albius à Aignay-le-Duc.

Mais elle est attestée une fois avec l’Apollon local d’Alise-Sainte-Reine (Côte-d’Or), Moritasgus. Enfin, elle est seule à Rivières (Charentes), où elle possède un surnom topique : Matuberginnis (« De la montagne de l’ours »)."

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Mythologie :


Dans La France mythologique (Tchou, Éditeur, 1966) établi sous la direction de Henri Dontenville, on trouve un rapprochement entre Borvo, Mars et Gargantua :


"Les Anciens vénéraient les sources ; elles émanent d’un domaine mystérieux, inconnu : les entrailles de la terre, et certaines contiennent vraiment des sels guérisseurs. Il existait donc un véritable culte des Eaux qui s’est perpétué jusqu’à nous, malgré la christianisation. Pour ne pas faire violence à des habitudes ancestrales, les sources vouées à Borvo passèrent sous la protection de la Vierge ou d’un saint; mais, pour le peuple, elles gardèrent les mêmes propriétés curatives, réelles ou supposées...

[...]

Lorsqu’on songe à la vocation aquatique de Gargantua, on a tendance à penser que les mots « boue » et « bourbe » pourraient être à la base de ce thème.

Le mot bourbe, en particulier, ouvre soudain des perspectives révélatrices. Il est d’origine gauloise et appartient au radical celtique Borvo. Or ce mot est surtout connu parce qu’il est le nom d’un dieu des eaux thermales de Gaule, nom d’où sont issus tous les lieux-dits « Bourbon », « Bourboule », « Bourbonne ». Voilà que Gargantua nous fait rencontrer à nouveau une divinité gauloise ! Définissons-la rapidement : cette divinité a été assimilée par les Gallo-Romains à Apollon. En effet, son nom est fréquemment joint dans les inscriptions à celui d’Apollon guérisseur en tant que dieu des eaux thermales. Mais, en fait, les théologiens de la religion gallo-romaine, pas plus que les imagiers de l’époque, ne paraissent bien sûrs que Borvo doive être assimilé à Apollon. Ailleurs, en effet, Borvo est assimilé à Mars : il suffit de lire l’ouvrage de M. E. Thévenot Sur les traces des Mars celtiques pour s’en assurer. Nous rencontrons donc encore le dieu gaulois Mars, Mars-Borvo, au lieu de Mars-Mullo, mais indiscutablement Mars, un Mars solaire et aquatique puisqu’on a pu le confondre avec Apollon.

[...]

Précisément : dans la Nièvre à Bouhy, fut adoré Mars Bolvinnus. « Ce Mars est connu par de nombreuses dédicaces sur de grands autels trouvés en réemploi le long de la voie romaine d’Entrains à Briare et Orléans, tout près du village de Bouhy. » Bouhy, certes, n’est pas attesté en « Bolvinnus », mais en « Balgiacum ». Quant au cognomen, on s’accorde à voir en lui une autre forme du nom Borvo. Le radical des deux mots est le même et ne présente qu’un fait de permutation de la consonne liquide finale. Ainsi, la syllabe-clé boui et ses formes Bœuf, Bois, Bouillie, Bourri, Bourde, Bourbe, ont bien l’air de faire allusion au dieu Mars, ici « Borvo », là-bas « Bolvinnus ».

[...]

Avatars asiniens. Il convient, pour finir, d’étendre l’effet des découvertes de ce paragraphe. Nous avons vu, dans un récit de Sébillot, Gargantua nous inviter lui-même à opérer une de ces simpli¬ fications que nous avons déjà pratiquées ailleurs. Il avale un âne mort et s’écrie : « païsso bourri », avec jeu de mots « bourri » = « poussière », mais aussi « âne ». En vérité, le jeu de mots a été fait dans la légende, dans l’ordre inverse : de bouhy on est passé à bourri, et de bourri on a tiré toute une série d’anecdotes asines. On vient de voir la légende de saint Pèlerin. Le fond de l’histoire signifie que Pèlerin/Mars le Rouge a été sauvé, ou trahi, par Bouhy, puis par Bourri, puis par un « âne », puis par un « aulne », un « aune ». Voilà pourquoi nous trouvons le saint caché dans le tronc d’un aune : genre de cachette plus qu’improbable, car je ne crois pas que l’aune devienne jamais grand ni gros. Mais cette interprétation escamotait le rôle du serpent. Aussi inventa-t-on un second acte à la scène au cours duquel le serpent s’enroule autour de l’arbre pour aider ou trahir le saint. On ne s’apercevait pas qu’on venait sans le savoir de répéter la même histoire, avec des mots différents.

Donc, tous les cas où Gargantua a affaire avec des ânes doivent nous ramener à des épisodes concernant Bolvinnus ou Borvo. Notons que la confusion se trahit jusque dans l’œuvre de Rabelais : l’arbre de saint Martin arraché par Gargantua est dans l’édition A un « aine » et en B un « asne ». La plupart du temps, dans ces épisodes, l’âne tient le rôle de la bouillie. Ainsi, Gargantua avale un âne dans le Gard, dans la Nièvre, en Angoumois."

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