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  • Anne

La Giroflée



Étymologie :

  • GIROFLÉE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1393 giroflée (Ménagier, II, 45 ds T.-L.). Fém. subst. de l'adj. giroflé « de girofle ; parfumé au girofle » (fin xiiie s. clous gilofrez, G. de Bibbesworth, 1117 ds T.-L. ; cf. giroflé adj. masc. subst. « boisson à la girofle » ca 1275 Adenet Le Roi, B. de Conmarchis, éd. A. Henry, 835).


Lire également la définition du nom giroflée pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :

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Symbolisme :


Sheila Pickles écrit un ouvrage intitulé Le Langage des fleurs du temps jadis (Édition originale, 1990 ; (Éditions Solar, 1992 pour la traduction française) dans lequel elle présente ainsi la Giroflée :

Mot clef : Fidélité dans l'adversité


Déjà la giroflée blanche fleurit, et fleurit sous la pluie

le narcisse, et fleurissent au hasard des montagnes les lis.


Et déjà l'amoureuse, parmi les fleurs devenue fleur

Dzénophila fleurit, douce rose de Poïthô.


Prairies, sous vos vaines chevelures brillantes, pourquoi

riez-vous ? L'enfant vaut toutes vos couronnes parfumées.


Méléagre (IIe-1er siècle av. J. C.), Les Amours de Dzénophila.


Les Giroflées sont très appréciées dans les jardins parce qu'elles fleurissent après que les premières fleurs printanières sont fanées, et avant que s'épanouissent les Roses et les espèces estivales. Le nom du genre Cheiranthus, vient des termes grecs signifiant « main » et « fleur ». En Grèce, la Giroflée était communément utilisée en bouquet lors des fêtes. La tradition veut que Charlemagne ait éprouvé une véritable fascination pour cette fleur au parfum capiteux.

Une vieille légende écossaise relate l'histoire d'une noble jeune fille fiancée contre son gré à un prince, mais secrètement amoureuse d'un chef de clan. Celui-ci se déguisa en ménestrel et vint chanter sous la tour où la retenait son cruel père. Elle lui jeta une Giroflée et entreprit de descendre par une échelle de fortune, mais un barreau se brisa : la belle se rompit les os et expira près de la fleur. Son amoureux lui jura une foi éternelle, et adopta la Giroflée comme emblème de sa fidélité dans l'adversité. Et c'est ainsi que cette si jolie fleur devint un bien triste symbole !

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Selon les traditions de nombreuses régions françaises, on obtient des giroflées doubles en les semant le vendredi saint. Dans les Deux-Sèvres et en Touraine, le semeur doit être à jeun alors que dans le Loiret et l'Yonne, il doit opérer avant le lever du jour.

Les giroflées rouges ou violiers ont le même privilège si elles sont semées le jeudi saint, entre l'office et les Ténèbres, ou un autre jour mais par une femme enceinte qui ignore l'identité des graines (Gironde). Dans le Massif central, les femmes, pendant le chant du Stabat du jeudi saint, remuaient les graines de violiers qu'elles avaient dans les poches pour en obtenir des fleurs doubles.

Une légende a trait aux violiers qui croissaient sur les murs du château de Trémazan, dans le Finistère. Ces fleurs, rapporte Paul Sébillot, "y ont poussé depuis qu'elles ont été arrosées du sang de sainte Aude ; les paysans les nomment Chinoff santez Eodez, fleurs de sainte Aude, et elles ont, disent-ils, cette couleur en souvenir de la vierge martyre ; au moment de leur floraison, les amoureux viennent les cueillir ensemble".

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"De toutes les couleurs la giroflée dit : "confiance", "fidélité dans l'adversité" et recommande : "promptitude". Enfin, elle annonce pour conclure : "beauté durable, voire éternelle". Bon programme. Feu, elle affirme : "Je vous aime de plus en plus". Rouge brun, elle prend des risques : "Mon amour ne varie pas".

La beauté durable, la giroflée connaît : elle fleurit toute l'année. Quant à la promptitude, elle en donne elle-même l'exemple : sitôt semée, elle se hâte de sortir de terre. Cette vitesse de réaction ne serait-elle pas aussi celle de la "giroflée à cinq feuilles" dont les générations passées ont gardé un souvenir cuisant ?

En effet, elle nommaient ainsi familièrement une "bonne" claque (à cinq doigts) comme la décrit Huysmans dans Les Sœurs Vatard : "Elle s'était attirée une giroflée tellement fleurie que sa joue en avait gardé l'empreinte pendant un jour".

Enfin, parce qu'elle aime se planter dans les interstices des murailles, les ruines et les endroits abandonnés, la giroflée a longtemps été dite "fidèle au malheur". On croyait même autrefois dans les campagnes qu'un pied de giroflée poussant sur un rebord de fenêtre mourait au même moment que son propriétaire. Allons, la giroflée est aussi une fleur très gaie qui autrefois faisait chanter : "Girofli girofla".


Mot-clef : "Fidélité".

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Littérature :


LE MOUSQUETAIRE.

On peut donc lui parler de son nez, maintenant ?…

(Appelant Lise, d’un air triomphant.)

– Eh ! Lise ! Tu vas voir !

(Humant l’air avec affectation.)

Oh !… oh !… c’est surprenant ! Quelle odeur !…

(Allant à Cyrano, dont il regarde le nez avec impertinence.)

Mais monsieur doit l’avoir reniflée ? Qu’est-ce que cela sent ici ?…


CYRANO, le souffletant.

La giroflée !

(Joie. Les cadets ont retrouvé Cyrano : ils font des culbutes.)

RIDEAU.


Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, Acte II, Scène XI, 1897.

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La Giroflée


Clous de girofle et giroflée,

Giroflée à cinq feuilles,

Sire Nicolas nous accueille,

Coiffé d’un chapeau huit reflets,

Dans son jardin de Viroflay,

Clous de girofle et giroflée.


Robert Desnos, "La Giroflée" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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