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  • Anne

Le Peyotl



Et voilà ce qu'en font les touristes qui ne comprennent rien à la notion même de plante sacrée !


Étymologie :

  • PEYOTL, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1880 (Jourdanet et Remi, Trad. fr. de Bernardino de Sahagun, Historia de las Cosas de Nueva España, Liv. X, chap. 29, par. 11 ds A. Rouhier, La Plante qui fait les yeux émerveillés, Le Peyotl, 1926, Paris, éd. de La Maisnie, 1975, p. 94, note 3) ; 1899 Peyote du Nahuatl Peyotl (L. Diguet ds Nouv. Archives des Missions sc. et litt., t. IX, p. 621). Empr., comme l'esp. peyotle, peyote, et parfois par son intermédiaire, au nahuatl, dial. aztèque des Indiens du Mexique, peyotle, peiotle (Fried. 1960, p. 496, v .aussi A. Rouhier, op. cit., p. 3, 7 et sqq.) ; l'anglo-amér. transcrit plus gén. le terme sous la forme peyote (cf. DAE, Americanisms et NED Suppl. 2) et ne saurait être à l'orig. de la forme peyotl, la plus cour. en fr.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique sur cette plante sacrée des Huichols.

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Botanique :


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Symbolisme :


Léon Diguet, auteur de Les cactacées utiles du Mexique (Paris, 1928), dans le chapitre consacré à la nomenclature des cactus, remarque :


" Au groupe des Bisnagas, il faut encore ajouter celui des Peyotes, terme sous lequel les indigènes actuels comprennent une catégorie de petites Cactacées renflées aberrantes telles que Lophophora et Ariocarpus.."

[...] Dans leur nomenclature populaire, les Mexicains subdivisent la famille scientifique des Echinocactées en cinq catégories dont la cinquième est :


"5° Peyotes, groupe réunissant confusément toutes les formes anormales et pour la plupart inermes ou subinermes que peuvent comporter les Echinocactées et les Mamillariées, dont les types les plus marquants sont pour les premiers les Lophophorées et pour les seconds les Ariocarpées. A ces derniers il faut encore ajouter le groupe des Peyotillos, dans lequel les indigènes font entrer toute une série de formes plus ou moins épineuses rappelant quelque peu les Peyotes, soit par la morphologie, la biologie, ou encore la teneur en principes toxiques.

[...] Les principes actifs élaborés par les Peyotes sont tous plus ou moins toxiques ; ils ont été, aux États-Unis et en Allemagne, l’objet de recherches et d’études chimiques, physiologiques et thérapeutiques de la part d’Erwin E. Eweil, Hefter, Hennings, Kander, Lewin, Morgan, Prentiss, Richardson, Edmundio White, Writers, et, en France, tout récemment, de Rouyer. Les Indiens, qui ont toujours eu une tendance à faire usage de violents excitants, n’ont pas manqué d’avoir recours aux effets physiologiques que leur offraient ces étranges Cactacées ; aussi les ont-ils employées, soit dans leur médecine, soit comme stimulants dans les marches sous un soleil ardent, soit mélangées à des boissons alcooliques pour produire une ivresse délirante, soit encore et surtout dans les pratiques religieuses afin d’obtenir des effets hallucinants avec visions fantastiques. Grâce à leurs propriétés, ces plantes extraordinaires jouissaient d’une haute vénération chez les anciens Mexicains ; ils les considéraient, ainsi qu’on le verra à la fin de ce chapitre, comme des plantes sacrées capables de conférer des aptitudes surnaturelles à ceux qui s’y adonnaient.

Les Peyotes sont des plantes parfaitement adaptées aux plus excessives sécheresses et à un sol surchauffé par les ardeurs solaires ; ils croissent dans la nature sur ces terres meubles constituées en grande partie par des dépôts d’alluvions aériens, c’est ce qui leur permet un enfouissement facile à l’époque des grandes sécheresses.

[...] Le terme Peyote est une castillanisation de l’expression nahuatl Peyutl ou Peyotl, dont l’origine est inconnue ; certains auteurs, comme Manuel Urbina, le feraient dériver, d’après le dictionnaire de Molina et l’avis de l’abbé Hunt y Cortez, du verbe nahuatl Peyona-nic = stimuler, aiguillonner, ou encore de Peyutl = cocon de ver à soie, parce que la plante est de forme globuleuse et se montre plus ou moins pourvue de filaments soyeux en guise d’aiguillons. Aux États-Unis, les Peyotes, en outre du terme vernaculaire mexicain, sont désignés sous les noms de Mezcal button, Devil’s root, Sacred mushroom. L’usage du Peyote doit remonter à une époque reculée ; les conquérants espagnols le constatèrent dès leur arrivée dans le pays, et les missionnaires qui évangélisèrent les Indiens du nord du Mexique, en parlent souvent avec détails dans leurs écrits et le donnent comme étant chez certaines tribus d’un emploi courant. La forme qui doit servir de type au groupe des Peyotes est incontestablement le Lophophora Williamsii Coult. ; c’est du moins l’espèce la plus anciennement définie et qui fut clairement spécifiée par Hernandez sous le nom de Peyotl zacatecensis ; il appartient bien aux Echinocactées par ses caractères botaniques et semble en outre être la forme ancestrale de ce groupe de Mamillariées aberrantes représenté par les séries des Pélécyphorées et Ariocarpées.

[...] Ces Peyotl ou Peyotes comme on les nomme actuellement, étaient surtout préconisés par les tribus sauvages et nomades du nord du Mexique ; ces dernières en faisaient un usage à peu près constant, tant au point de vue religieux qu’au point de vue médical ; c’est pour ce dernier objet, comme nous l’apprend l’historien Sahagun, que les Indiens nommés Teochichimèques venaient en faire le commerce sur les marchés de Mexico et d’autres grands centres. Car, en outre de ses propriétés considérées comme surnaturelles qui en faisaient une plante sacrée, et de son emploi en médecine, le Peyote avait la réputation de conférer à celui qui en faisait un usage modéré, une vigueur et une force suffisantes pour permettre d’affronter sans boire ni manger de longues et pénibles marches sous un soleil ardent, ce qui,aux yeux des Indiens, passait pour une supériorité sur les simples Huiznahuac qui ne pouvaient fournir au voyageur épuisé que des moyens de réconfort ordinaires.L’usage du Peyote se continua encore longtemps après la conquête espagnole chez les tribus nomades du nord du Mexique, ainsi que nous l’apprennent les missionnaires chargés de l’évangélisation du pays.


Le père Arlegui [Cronica de la provincia de San Francisco de Zacalecas, Capitulo V, p. 154. dit à ce sujet :


« La plante qu’ils vénèrent le plus est celle que l’on appelle Peyot, de laquelle, après l’avoir broyée et exprimée, ils boivent le suc dans toutes les maladies ; elle ne serait pas si mauvaise si les Indiens n’abusaient de ses vertus pour avoir des révélations sur l’avenir et savoir comment ils sortiront des batailles.

Ils la consomment moulue avec de l’eau, et comme elle est très forte, elle leur donne une ivresse avec accès de folie et avec toutes les visions fantastiques qui leur surviennent avec cette horrible boisson ; ils établissent des présages sur leur destin, s’imaginant que la plante leur révèle les succès futurs. Le pire est que, non seulement les barbares exécutent cette diabolique superstition, mais qu’aussi les Indiens domestiqués conservent cet infernal abus, quoiqu’ils le fassent en cachette ; mais comme il y a peu de secret entre les ivrognes, ceux qui s’y livrent finissent par être découverts et châtiés avec sévérité. »


Le même missionnaire parle encore de l’usage du Peyote à l’époque des naissances et dit (Cap. IV, p. 144) :


« Les parents se réunissent et convient d’autres Indiens pour une horrible solennité que l’on fait au père. On le contraint à prendre un breuvage confectionné avec une racine que l’on nomme Peyot et qui a la propriété non » seulement d’enivrer celui qui la boit, mais aussi de le» rendre insensible en endormant les chairs et en paralysant tout le corps.

Ce breuvage est administré au patient après vingt-» quatre heures de jeûne, puis on le place assis sur une ramure de cerf dans un emplacement choisi en plein champ.

Les Indiens viennent avec des os affilés et des dents de différents animaux ; puis, avec de ridicules cérémonies, s’approchant un à un du malheureux patient, chacun lui fait une saignée faisant couler beaucoup de sang ; l’infortuné reste ainsi si maltraité que, de la tète aux pieds, il offre un lamentable spectacle.

D’après l’état du sacrifié, on augure de la valeur qu’aura le nouveau-né.

Chez les Indiens soumis (Indios politicos), il arrive que les pères suspendent au cou des enfants de petits sachets dans lesquels, au lieu des quatre évangiles comme cela se fait en Espagne, ils placent du Peyot ou une autre herbe. Si on leur demande la vertu de cette plante, ils disent sans détour ni honte que c’est un produit merveilleux pour beaucoup de choses, car, avec des sachets, les enfants deviendront de bons torreros, des hommes agiles pour dompter les chevaux et ayant de bonnes mains pour tuer le bétail, de sorte que ceux qui sont élevés avec ce talisman seront aptes dans la vie à toutes les entreprises. »


Le Père Sahagun [Bernardino Sahagun. — Histoire générale des choses de la Nouvelle Espagne, paragraphe 2 du chap. XXIX.] fournit également quelques détails sur le cérémonial auquel donnait lieu, encore au moment de la colonisation espagnole, l’usage rituel du Peyote, et à ce sujet il dit :

« Les Teochichimèques avaient une très grande connaissance des plantes et des racines, de leurs qualités et de leurs vertus ; ils furent les premiers à faire connaître le Peyot, qui entrait dans leur consommation à la place du vin. Après l’avoir absorbé, ils se réunissaient sur un plateau où ils se livraient au chant, à la danse, de jour et de nuit, tout à leur aise, le premier jour surtout, car le lendemain ils pleuraient tous abondamment en disant que les larmes servent à laver les yeux et le visage.

Il ajoute que l’ivresse du Peyote durait trois jours.

Aujourd’hui, l’usage constant ou rituel du Peyote, contre lequel les missionnaires s’étaient efforcés de réagir, a disparu à peu près complètement, du moins des régions où cette plante croît à l’état spontané ; ce fait est dû d’abord à l’extinction des hordes sauvages qui peuplaient cette contrée et ensuite à ce que les indigènes qui leur ont succédé comme occupants de leur territoire, ne paraissent pas avoir su priser l’ivresse et les effets physiologiques de cette plante qui sont souvent pénibles au début.

Néanmoins, en dehors de cette contrée, cette coutume, quoique un peu modifiée, s’est perpétuée jusqu’à nos jours chez les Indiens de la Sierra du Nayarit (Huichols) et ceux de la Sierra Madré de Durango (Tepehuanes et Tarahumares).

Chez ces Indiens vivant retirés dans les sites escarpés, situés en dehors des voies de communications, le Peyote continue à être d’un usage courant dans le cérémonial religieux ; il est considéré comme étant un aliment conférant à ceux qui s’y adonnent, une disposition mentale capable de les mettre en relation directe avec les divinités tutélaires, afin d’en obtenir des révélations.


Comme cette Cactacée sacrée ne croît pas dans les montagnes, on est obligé d’aller chaque année en faire la récolte et un approvisionnement sur les terrains où elle végète spontanément. Pour cela, à la fin d’octobre, peu de temps après que les fêtes de la moisson du maïs ont eu lieu, on organise dans la Sierra du Nayarit une expédition en règle, pour se rendre en troupe au Real de Catorce (État de San Luis Potosi), lieu où, d’après la tradition, les ancêtres des Indiens actuels, sous la conduite de leur chef et législateur Majakuagy, apprirent à connaître le Peyote et ses vertus.

Cette expédition, qui revêt le caractère d’un pèlerinage bien ordonné, a une durée, aller et retour, d’un mois ; elles’accomplit par étapes suivant un itinéraire et un cérémonial qui est toujours le même et dont le but, outre la récolte,est la commémoration d’un épisode fameux de la découverte du Peyote ; cette pérégrination à travers les plaines désertiques du Chichimecatlali devait se terminer par la prise de possession de ces territoires montagneux que les descendants de ces Indiens occupent encore aujourd’hui.

Une fois la moisson du Peyote effectuée, les adeptes du pèlerinage reviennent à leurs villages respectifs où l’on procède alors à une solennité de retour à laquelle prend part,sans distinction de caste, toute la population. La provision de la précieuse denrée est répartie en deux lots, l’un sert à la consommation immédiate pendant la fête de retour,l’autre est mis en réserve pour les autres fêtes qui auront lieu dans le courant de l’année. Ce dernier lot est conservé avec soin, et pour le préserver contre la dessiccation ou la pourriture, on le plante dans une terre appropriée contenue habituellement dans un vase de poterie auprès duquel, pour plus de sûreté, on dispose les attributs des divinités tutélaires du Peyote, afin que, au dire des Indiens, la provision se maintienne dans toute sa vitalité et ne perde pas ses propriétés surnaturelles.

Les Indiens, lorsqu’ils font la moisson de la plante merveilleuse, ont grand soin de ne pas l’arracher tout entière ; ils en prélèvent seulement la partie supérieure et laissent en terre une grande partie du pivot, ce qui permet au végétal de se reconstituer en émettant de nouveaux bourgeonnements qui assureront les récoltes futures.

Si parmi les tribus indiennes habitant les montagnes, le culte du Peyote s’est assez bien conservé jusqu’à nos jours avec toutes les manifestations rituelles qu’il comportait aux temps des anciens, il n’en est plus de même de son importance ; cette dernière, depuis déjà nombre d’années, tend à diminuer et à disparaître progressivement. C’est ainsi que,pour ne parler que du Nayarit, les Indiens huichols sont maintenant à peu près les seuls à entreprendre l’expédition annuelle de récolte ; les Coras l’ont presque complètement délaissée et c’est tout au plus lorsqu’ils veulent se procurer les effets de l’ivresse particulière au Peyote, s’ils ont recours au produit que leurs voisins leur fournissent par voie d’échange.

De plus, la récolte du Peyote commence à devenir plus difficile et moins abondante sur les endroits où la tradition ramenait chaque année une troupe de moissonneurs ; ceci est dû en grande partie au développement de l’agriculture et à l’affermage des terrains, causes qui ne laissent plus aujourd’hui un libre transit à travers les grandes plaines dont la plante recherchée a fait son habitat.

[...] Selon Georges Hey, les principes actifs des Peyotes se trouvent associés dans la plante avec des matières résineuses et de la saponine ; ils sont au nombre de sept et ont été désignés sous les noms de : Anhalamine, Anhaloïdine, Anhaline, Anhalonine, Lophophorine, Mezcaline, Pellotine.

Les uns sont peu actifs, les autres au contraire sont stimulants à la manière de la strychnine (lophophorine), narcotiques (pellotine), hallucinants (mezcaline) ; c’est à ce dernier que sont dus ces troubles visuels ou phosphènes provoquant ces étranges apparitions brillantes et colorées que l’on a signalées comme étant le phénomène le plus saillant de l’intoxication par le Peyote.

Les six substances retirées des Peyotes paraissent bien dériver les unes des autres et n’être en réalité que des étapes de la transformation des réserves sous l’effet des réactions biochimiques, comme cela est du reste une loi à peu près commune chez la plupart des végétaux contenant une association de principes extractifs.

Leur absence ou leur prédominance sont évidemment fonction de conditions écologiques et doivent alors dépendre non seulement de l’espèce, mais aussi et surtout de la nature du sol où croît la plante, ainsi que de l’époque de sa récolte. C’est ce qui explique pourquoi, parmi les Peyotes que l’on a recueillis pour des recherches chimiques, on a rencontré parfois des spécimens peu ou point actifs.

Instruits probablement de ces faits par une observation et une expérience ancestrale, les Indiens montagnards qui ont encore conservé l’usage rituel de la Cactacée sacrée ,n’entreprennent leur expédition annuelle de récolte que sur les terrains avoisinant le Real de Catorce et seulement au mois d’octobre, c’est-à-dire peu après la saison des pluies, moment où le végétal ayant accompli son développement saisonnier, se trouve alors dans la plénitude de ses substances élaborées."

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Le site https://nativedelicatessen.wordpress.com/tag/peyote/ propose un article intéressant pour une première approche historique du peyotl, basé sur le livre de Richard Evans Schultes et Albert Hoffman : Plants of the God.Their Sacred, Healing and Hallucinogenic Powers (Vermont, 1992) :


"Comme beaucoup de groupes amérindiens indigènes, les Huichols utilisent le peyotl à des fins médicinales mais aussi pour obtenir des visions spirituelles lors de leurs rituels religieux. L’art huichol est un art sacré. Solennel et tourné vers la religion, il se manifeste traditionnellement par des peintures, des statues et tableaux travaillés avec des perles, ou des fils de laine utilisés comme offrandes aux Dieux. Assemblant de nombreuses images, tantôt géométriques et abstraites, tantôt figuratives (notamment avec des animaux), la créativité débridée des Huichols se nourrit d’hallucinations inspirées par ce qu’ils observent sous l’influence de ce cactus « magique » qu’est le peyotl.Un chroniqueur espagnol de la conquête, Fray Bernardino de Sahagún, a estimé sur la base de plusieurs événements historiques enregistrés dans la chronologie indienne que le peyotl était connu des Chichimecas et Toltèques depuis au moins 1890 années avant l’arrivée des Européens. Ce calcul donnerait à la « plante divine » une histoire économique qui s’étend sur une période d’environ deux millénaires. Carl Lumholtz, l’ethnologue danois, a fait un travail de pionnier parmi les Indiens de Chihuahua et a suggéré que le culte du peyotl est beaucoup plus ancien que cela. Il a montré que le symbole utilisé dans la cérémonie Tarahumara que le peyotl est apparu dans les anciennes sculptures rituelles conservés dans les roches de lave méso-américaines. Plus récemment, des découvertes archéologiques dans les grottes sèches et abris sous roche du Texas ont révélé des échantillons de peyotl. Ces spécimens, trouvés dans un contexte suggérant usage cérémoniel, indiquent que son utilisation est vieux de plus de trois mille ans.

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Eliot Cowan, auteur de Soigner avec l'Esprit des Plantes, Une voie de guérison spirituelle (Édition originale 2014 ; traduction française Éditions Guy Trédaniel, 2019) raconte plusieurs histoires de guérison dont il a fait l'expérience à partir du moment où il est entré sur la voie de la Guérison avec l'Esprit des plantes et nous donne de précieux conseils pour y marcher également :


"Les esprits des plantes font partie d'une toile vivante tissée d'amour et de respect, donnant et recevant. Les humains aussi en font partie. Lorsque nous déchirons la toile, un messager arrive en ville avec une valise pleine de choses conçues pour vérifier que nous prenons le message à cœur. Sur la valise, il y a marqué "malheurs".

"Pour le bien de toute la création, réparez la toile, dit le messager. Revenez vers ce qui entretient votre vie, ainsi que celle des autres et de toutes les choses : l'amour et le respect, donner et recevoir."

Il faudrait se souvenir de cette historie dans toute interaction avec les plantes. Si vous souhaitez entrer en relation avec l'une des grandes plantes sacrées enseignantes, le peyotl, l'ayahuasca, ou certains champignons, il faudrait même vous souvenir de cette histoire comme si votre vie en dépendait. Le pouvoir de ces plantes va bien au-delà de tout ce que l'on peut imaginer, et vous n'avez sûrement pas envie de voir leur messager arriver avec sa valise.

Certains diront : "Je suis plein de bonnes intentions, et je suis respectueux, il n'y aura donc aucun problème pour moi." C'est tout à fait naïf. Parfois les relations naïves fonctionnent, mais parfois non. Si nous voulons recevoir la bénédiction de la connaissance, de la sagesse, ou de la guérison, que devons-nous donner en échange ? Comment devons-nous manifester notre respect ? Ce n'est pas à nous de le dire. C'est à l'esprit de la plante d'en décider.

[...]

Certains peuples ont reçu des plantes sacrées enseignantes en guise d'aide-mémoire - de portes d'accès vers les espaces sacrés de la connaissance, de la sagesse et de la guérison. Certaines de ces plantes, comme le peyotl, doivent être ingérées, d'autres non, comme le Wind Tree. Mais aucune d'entre elles n'a été apportée partout, parce que, comme nous l'avons vu, chaque peuple est différent. Les Inuits et les Amazoniens, les Aborigènes et les Celtes, les Zoulous et les Mongols ont tous des besoins différentes. Leurs âmes sont faites de la matière ancestrale de territoires différents. Les manières de se souvenir de leur appartenance à la totalité sont différentes pour chacun. Ainsi les plantes sacrées enseignantes ne sont-elles pas pour tout le monde.

Dans l'ancien temps, il était facile de savoir qui pouvait bénéficier de telle ou telle plante sacrée. SI, par exemple, vous apparteniez à un groupe qui avait vécu d'innombrables cycles de vies et de morts là où pousse l'ayahuasca, alors l'ayahuasca et vous étiez faits l'un pour l'autre. Si vous étiez d'une autre région, l'ayahuasca n'était pas pour vous.

Maintenant, il est plus difficile de savoir si quelque chose est, ou non, pour vous. La disparition des rites funéraires appropriés a fait que beaucoup d'âmes errent après la mot, et vagabondent dans des espaces ancestraux qui leur sont étrangers, ce qui fait que les réservoirs d'énergie ancestrale sont devenus très mélangés. Et, comme l'âme humaine est construite à partir de l'énergie ancestrale, nos âmes sont devenues elles-mêmes bâtardes. Pour le dire autrement, notre généalogie et notre lieu de naissance ne sont plus des indicateurs fiables de ce dont 'est faite notre âme. [...]

Lorsque vous envisagez de travailler avec l'une des plante sacrées enseignantes, vous demandez-vous si la plante vous considère comme quelqu'un de son peuple - le peuple qu'elle est venue au monde pour aider ?

[...]

Dans la tradition huichol, voilà ce qu'il faut faire si l'on veut devenir un guide pour le peyotl : d'abord cinq ans d'apprentissage éprouvant sous la supervision d'un chaman rusé et impitoyable. Puis un dangereux rituel d'initiation. Si le candidat réussit cette initiation, il devient lui-même chaman et doit passer le reste de sa vie au service de sa communauté. Mais, à ce moment-là, il n'est pas encore prêt à guider d'autres personnes. Il doit encore travailler cinq ans comme chaman. S'il est considéré comme un guérisseur efficace au service du bien-être de son peuple, il peut solliciter une deuxième initiation, encore plus dangereuse que le première. Après avoir passé cette épreuve, il peut se présenter à une troisième initiation pour devenir guide pour le peyotl. Dans cette initiation finale, les ancêtres, les dieux, et le peyotl lui-même, déclarent enfin le chaman apte à guider ceux qui voudraient demander de l'aide à cette plante enseignante.

[...]

Quand les Huichols, le peuple du peyotl, souhaitent demander à cette plante sacrée une faveur particulière, ils font très attention à l'organisation du rituel.tout d'abord le guide humain décide d'une date pour un pèlerinage sur les lieux de naissance de leurs traditions. Il y a une préparation d'un mois où l'on s'abstient de sexe, de sel et de baignades. Un cerf est chassé et abattu avec les prières et le respect adéquats. Un taureau est également acheté et sacrifié. Des offrandes spéciales sont fabriquées, et on prie sur elles avec amour et dévotion ; elles seront laissées par la suite sur le site sacré. Le voyage du village huichol jusqu'au lieu de naissance est long - il y a quelques années, il fallait marcher pendant un mois. Aujourd'hui, des bus et des camions peuvent être loués, mais leur coût est si élevé que parfois le voyage doit être ajourné par manque de fonds. Le long du chemin, il y a toutes sortes de protocoles à respecter, qui culminent lors de l'entrée dans le territoire sacré avec un rite de purification particulier qui rend les pèlerins à jeun aussi innocents que de jeunes enfants. Il y des moments où il faut bouger et des moments où il faut rester immobile, des moments pour parler et des moments pour rester silencieux. Un feu est préparé, consacré, et entretenu avec amour. Un autel est construit, décoré avec des offrandes, et oint avec le sang du cerf et du taureau. On adresse des prières à la plante guérisseuse sacrée, on part à sa recherche, on la trouve, on lui adresse encore d'autres prières, elle est bénie par le chaman, et finalement consommée. Les prières, les offrandes, la préparation de l'autel, tout est fait en observant de façon bienveillante et scrupuleuse les instructions données aux Ancêtres au début des temps. Les pèlerins veillent ensuite toute la nuit. A l'aube, ils chantent les prières traditionnelles de gratitude, et commencent leur long voyage de retour au village.

[...]

Si vous pensez que les plantes sacrées enseignantes n'ont aucun intérêt dans le monde actuel dit "réel" méditez ceci : il y a quelques années, je conversais avec une connaissance huichol. C'était un homme prospère selon les standards huichols, et qui accomplissait un mandat bénévole au service de sa communauté, comme gouverneur traditionnel de sa région. Il parlait un espagnol excellent et était cultivé. Pour faire la conversation, je lui ai demandé s'il était allé dans une école locale de la mission catholique, là où d'autres personnes de sa génération avaient appris l'espagnol.

"Non, dit-il. Je n'ai jamais été à l'école. Je ne sais ni lire ni écrire."

Surpris, je lui ai demandé : "Mais alors, comment avez-vous appris à parler si bien l'espagnol ?

- Je l'ai appris de la même façon que mon grand-père, un grand chaman qui a vécu jusqu'à 110 ans. Il l'a appris à l'âge de 80 ans.

- Et comment votre grand-père l'a-t-il appris ?

- Le peyotl le lui a appris."

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Littérature :


Dans son roman Réparer les vivants (Éditions Gallimard, 2004), Maylis de Kérangal évoque le cactus sacré des Huichols :


"..., soudain s'attarde sur les pentes mauves du mont Aigoual drapées dans les ruissellements et sans doute que Révol repense, un flash, à ce jour de septembre où il avait été initié au peyotl dans sa maison de Valleraugue - Marcel et Sally étaient arrivés en fin d'après-midi dans une berline émeraude aux jantes souillées de boue séchée, le véhicule avait freiné lourdement dans la cour du hameau, et Sally avait agité la main par la fenêtre ouh ouh c'est nous !, ses cheveux d'un blanc neigeux voltigeaient dans l'habitacle, découvrant ses boucles d'oreilles en bois, duo de cerises écarlate et verni ; plus tard, après le repas, alors que la nuit était tombée sur le causse, une pluie d'étoiles éclairantes, ils étaient sortis dans le jardin et les mains de Marcel avaient décolleté d'un emballage de kraft quelques petits cactus vert-de-gris, ronds et sans épines, que les trois amis avaient fait rouler dans leur paume, avant d'en respirer l'odeur amère ; ces fruits venaient de loin, Marcel et Sally étaient partis les chercher dans un désert minier du nord du Mexique, les avaient exfiltrés illégalement et acheminés avec précaution jusque dans les Cévennes, et Pierre, qui étudiait les plantes hallucinogènes, était impatient d'ne faire l'expérience : la combinaison d'alcaloïdes puissants contenus dans le peyotl, parmi quoi un tiers de mescaline, provoquait des visions surgies de nulle part, sans lien avec les souvenirs, des visions qui jouaient un rôle majeur dans l'usage rituel de ce cactus que les Indiens consommaient le plus souvent lors des cérémonies chamaniques ; mais, plus encore, Pierre s'intéressait à la synesthésie qui se manifestait lors des hallucinations : la vivacité psychosensorielle étant censée s'accroître dans la première phase de l'ingestion, il espérait voir des goûts, voir des odeurs et des sons, des sensations tactiles, et que la traduction des sens en images l'aide à comprendre, voire à percer, le mystère de la douleur. Révol songe à cette nuit étincelante, où la voûte céleste s'était déchirée au-dessus des montagnes, libérant des espaces insoupçonnés où ils avaient cherché à s'engouffrer, couchés dans l'herbe le dos contre la terre, et soudain il est traversé par l'idée d'un univers en expansion, en devenir perpétuel, un espace où la mort cellulaire serait l'opératrice des métamorphoses, où la mort travaillerait le vivant comme le silence travaille le bruit, le noir la lumière ou le statique le mobile, une intuition fugitive qui persiste sur sa rétine alors même que ses yeux reviennent zoner sur l'écran de l'ordinateur, sur ce rectangle de 16 pouces irradié de lumière noire où s'annonce la cessation de toute activité mentale dans e cerveau de Simon Limbres."

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